LIVRE TROISIEME
en temps sur sa personne quelques rayons de sa gloire. L'archidiacre de Carthagène étant un jour à l'hôpital pour y distribuer quelques aumônes, y trouva le Père au milieu de ses malades, le visage brillant comme le soleil et la tête environnée d'un cercle de lumière dont les yeux étaient éblouis. Après être demeuré quelque temps saisi d'admiration et de respect, il voulut attendre qu'il eût fini ses instructions pour aller lui baiser la main et se recommander à ses prières ; mais, comme si le saint homme eût senti ce qui lui était arrivé et ce que l'archidiacre voulait faire, il se déroba promptement à ses yeux, sans que celui-ci pût jamais comprendre comment il lui était ainsi échappé, malgré son attention à l'examiner et à le suivre.
Il convertit les pécheurs et les désespérés.
TANT de prodiges de zèle et de charité lui avaient attiré, dans ces deux hôpitaux, un tel respect et une telle confiance, qu'il n'y avait rien dont il ne vint à bout pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; de sorte que, quand les religieux de Saint-Sébastien avaient fait inutilement tous leurs efforts auprès de quelque pécheur endurci, ils faisaient venir le saint homme, bien assurés de la victoire. On y amena un homme attaqué d'un mal extraordinaire et tout à fait inconnu; les yeux lui roulaient continuellement dans la tête; ses membres se raidissaient tout à coup avec violence ; il avait plutôt l'air d'un démoniaque que d'un malade : remèdes naturels et surnaturels, tout fut employé pour le faire revenir à lui, mais en vain. Si on lui appliquait quelques reliques, il les rejetait avec fureur ; si on lui parlait de se confesser, il ne répondait que par des injures ; lui présentait-on le crucifix, il détournait la tête en désespéré. Après un jour et une nuit entière passés dans cet état violent, on eut recours au P. Claver, comme au dernier remède. Il accourut, tout vieux et tout infirme qu'il était alors ; à peine eut-il parlé quelques moments au malade, que celui-ci devint doux comme un agneau ; il demanda et reçut les sacrements avec de grandes marques de repentir de ses crimes, et mourut dans les sentiments d'un pécheur sincèrement revenu à Dieu.
Sa présence n'y était pas moins utile à la guérison du corps qu'à celle de l'âme. Je ne sais quel malade eut une
extrême envie de manger une espèce de fruit propre du pays et très sain par lui-même, mais qui cette année-là était fort rare. Le prieur de l'hôpital en fit chercher partout ; mais, quelque soin qu'il y apportât, il ne fut pas possible d'en trouver. Il communiqua son embarras au P. Claver : « Fiez-vous à moi, lui dit le saint homme, je vais en chercher moi-même, et j'espère en découvrir.» Il sort aussitôt ; et, au bout d'une demi-heure, il revient avec un grand panier tout rempli de ces fruits, les plus beaux et les plus sains qu'on eût vus depuis longtemps. La surprise fut si grande à cette vue, qu'on ne douta point qu'il ne les eût obtenus de Dieu d'une façon miraculeuse.
Le docteur Adam Sobo, médecin de cet hôpital, a attesté juridiquement que, quand il faisait la visite des malades avec le P. Claver, il lui demandait ordinairement ce qu'il pensait de chacun, et que toutes les fois que le serviteur de Dieu lui répondait : « Faites, Monsieur, ce qui est de votre ministère, et du reste ayons confiance en Dieu, » c'était une marque indubitable que le malade devait guérir, comme il l'avait toujours éprouvé. Aussi avait-il conçu une si haute idée de sa sainteté, qu'il ne manquait pas de lui adresser ceux qui avaient besoin d'un secours extraordinaire. Un jour que ce médecin se trouvait seul avec un malade encore plus infirme d'esprit que de corps,homme soupçonneux, inquiet, taciturne et qui jusqu'alors n'avait voulu entendre parler ni de confession, ni de Dieu ; tout à coup ce malheureux, touché de la grâce, le pria de lui trouver un confesseur : «Mais, ajouta-t-il, je le voudrais habile et discret, parce que mon mal est cent fois plus grand que vous ne pouvez l'imaginer, et que toute main n'est pas propre à une pareille guérison. « Hé bien ! » répondit le médecin, « j'ai déjà trouvé l'homme qu'il vous faut ; vous me direz, plus tard, si je vous aurai bien servi. » Quelques moments après il lui conduit le P. Claver, dont les manières cordiales le gagnèrent du premier abord. C'était un religieux qui avait prêché plusieurs années avec succès et qui, ayant apostasie, menait depuis longtemps une vie fort débordée. Le zélé missionnaire, ayant entendu sa confession générale, lui ouvrit les yeux sur la grandeur de ses crimes, l'anima d'une confiance salutaire en la divine miséricorde, plus grande encore que ses iniquités, et sut si à propos l'épouvanter et le rassurer tout à la fois, qu'il eut la consolation de le voir parfaitement converti. Pour mieux témoigner son