‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 45 sur 108 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

repentir et sa reconnaissance, ce pécheur devenu pénitent publiait partout qu'il était le plus grand et le plus indigne des scélérats, et qu'il n'avait pas moins fallu qu'un P. Gaver pour l'arracher du fond de l'enfer et le faire rentrer dans la route du ciel.

Ce ne fut pas le seul à qui Dieu accorda une pareille grâce par le ministère de son serviteur. Plusieurs autres, après une apostasie de cinq, de sept et de dix ans, après s'être précipités dans tous les- excès qui occasionnent et qui suivent une telle défection, après avoir résisté à tous les avis et à tous les reproches, ne purent résister à la douceur et à la force du P. Gaver. Ils retournèrent tous à leurs monastères, où ils devinrent des modèles de la plus parfaite pénitence. Tant il est vrai que dans un ministre de JÉSUS-CHRIST ce n'est pas la rigueur,mais la charité qui trouve l'art de gagner les cœurs à Jésus-Christ !

Il convertit plusieurs hérétiques, notamment un prélat anglais.

DANS ce même hôpital, il fît éclater le grand talent que le ciel lui avait donné pour ramener les hérétiques au sein de l'Église. Entre plusieurs exemples qu'on en pourrait rapporter, je me contenterai de citer les plus remarquables.

Comme il faisait ses visites ordinaires aux pauvres malades de Saint-Sébastien, il y trouva un calviniste si opiniâtre dans ses erreurs, qu'ayant inutilement employé plusieurs jours à le réduire, il prit enfin le parti de l'abandonner. Croyant que son zèle serait plus efficace auprès d'un autre malade qui n'était pas éloigné, il s'adresse à lui et le trouve animé d'une haine implacable contre un de ses ennemis : il était résolu de le tuer partout où il le trouverait.A tous ce que put lui dire le zélé missionnaire pour l'engager au pardon, il répondait: «J'abandonnerai mes desseins de vengeange quand celui que vous venez de quitter abjurera ses erreurs.» A ces mots, le Père se jette à genoux, adresse une prière fervente au Seigneur et, dans l'instant, on vient l'avertir que l'hérétique est converti et qu'il veut se confesser avant que de mourir.

A cette heureuse nouvelle, se tournant vers le vindicatif obstiné : « Ne voyez-vous pas, mon fils, lui dit-il avec bonté, que Dieu veut vous avoir à quelque prix que ce soit ? Oui, il

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veut sauver deux pécheurs à la fois : allons à ses pieds pour l'en remercier. » Cet homme, tout étonné et croyant à peine ce qu'il entendait, court lui-même vers l'hérétique pour être témoin de la vérité ; et convaincu par un tel prodige, il se jette humblement aux pieds du saint homme, lui remet tous ses intérêts entre les mains et se réconcilie de bonne foi avec son ennemi.

Mais la conversion la plus éclatante, parce qu'elle en entraîna un grand nombre d'autres, fut celle d'un prélat anglais. Pour bien entendre ce fait.il faut reprendre les choses de plus haut.

Il y avait déjà plusieurs années que des corsaires anglais et hollandais infestaient les mers de l'Amérique. Après avoir longtemps menacé le nouveau royaume de Grenade, ils s'emparèrent enfin des îles de Saint-Christophe et de Sainte-Catherine, où ils établirent deux puissantes colonies de leur nation. De là ils faisaient sans cesse des courses funestes aux Espagnols, à qui ils enlevaient presque tous les jours des vaisseaux chargés de nègres, de mahométans et d'autres esclaves qu'ils employaient à cultiver leurs terres. Le roi d'Espagne, informé du préjudice que ces fâcheux voisins causaient à ses sujets, aux marchands et à toutes les habitations situées le long des côtes, envoya contre eux une flotte commandée par Frédéric de Tolède, avec l'ordre très pressant de les chasser de ces îles, à quelque prix que ce fût. Ce grand capitaine s'acquitta si bien de sa mission, que non seulement il se rendit maître des deux îles, mais qu'il fit prisonniers presque tous les Anglais et les Hollandais avec tous les esclaves qu'ils avaient enlevés. Il les embarqua sur ses navires et les emmena à la baie de Carthagène ; mais de crainte qu'ils ne pussent reconnaître l'état et les fortifications de la place et qu'ils ne répandissent leurs erreurs dans le pays, on les obligea de rester sur les galions, sans leur permettre de venir à terre.

Animé de son zèle ordinaire et plein d'une vive confiance en Dieu, Claver demanda à son supérieur et au commandant la permission d'aller sur la flotte ; et l'ayant obtenue, il s'y rendit muni de tous les ornements nécessaires pour célébrer la messe. Étant monté sur un navire où il y avait plus de six cents Anglais gardés par quelques Espagnols, ceux-ci le reçurent avec joie, et le prièrent de leur dire la messe, qu'ils n'avaient point entendue depuis leur départ des îles. On ne

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