‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 48 sur 108 · LIVRE TROISIEME. IOI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. IOI

Il vient à bout des plus obstinés par sa douceur et sa patience.

IL ne trouva pas les mêmes facilités dans toutes les conversions qu'il voulut entreprendre. Certains hérétiques, en le voyant approcher, se bouchaient les oreilles pour ne pas l'entendre; d'autres, après l'avoir accablé d'injures, se jetaient sur lui comme des furieux, lui déchiraient son manteau et paraissaient vouloir le mettre lui-même en pièces. Mais son zèle et sa douceur triomphaient de tout, et il eut la consolation de voir plus de cent de ces obstinés se convertir enfin de bonne foi.

Parmi les pauvres qui venaient en foule chercher l'aumône à la porte du collège, se trouvait un de ces hérétiques qui, touché de la modestie, de la patience et de la charité du saint missionnaire, se détermina à embrasser ia foi catholique, il parut ensuite en public avec un chapelet au cou. Les autres, furieux de se voir enlever ainsi peu à peu tous leurs compagnons, le menacèrent de l'assassiner, s'il ne rentrait dans leur religion. Le Père, averti de ce tumulte, le retira d'entre leurs mains, le mit dans un lieu de sûreté et se chargea de pourvoir lui-même à sa subsistance. Le nouveau converti ne fut pas longtemps dans cette inquiétude. Dieu l'appela bientôt à lui, pour le récompenser de sa généreuse fidélité. Il mourut tranquille,en remerciant la divine Providence dele tirer si à propos du péril où il était de se perdre pour l'éternité.

L'hôpital de Saint-Sébastien se trouvait alors rempli de Hollandais sortis de l'île de Sainte-Catherine. Le Père ayant appris qu'un des plus entêtés était dangereusement malade, se rendit avec empressement auprès de lui ; et après bien des exhortations et des fatigues, il le détermina à embrasser la religion catholique dans laquelle il mourut. Il pourvut luimême à ses obsèques, et cette marque d'attention de sa part attira à la foi plusieurs autres Hollandais.

On avait pris avec eux une grande multitude de nègres qu'ils avaient infectés de leurs erreurs, sans leur ôter mille superstitions idolâtres auxquelles ils étaient encore attachés. C'était pour le Père un double travail : il fallait leur arracher tout à la fois le paganisme et l'hérésie ; mais son zèle pour ses chers nègres se réveillant, sembla lui donner de nouvelles forces.Comme il s'en trouvait parmi eux plusieurs qui n'avaient

pas été baptisés, il commença par les instruire ; quand il les vit bien disposés, il fit élever dans î'égliseun autel magnifiquement orné ; et pour rendre la cérémonie plus éclatante, il eut soin d'y faire venir un grand chœur de musique. Toute la noblesse de la ville accourut à cet édifiant spectacle,et plusieurs s'offrirent d'eux-mêmes à servir de parrains. La dévotion singulière avec laquelle les nouveaux convertis reçurent le baptême et les autres sacrements, ne contribua pas peu à accréditer la foi catholique.

Tout cela cependant ne fit aucune impression sur un malade qui demeurait toujours obstiné dans ses erreurs. A tous les soins, à toutes les prières du saint missionnaire,il ne répondait que par des injures et des blasphèmes contre l'Église romaine. Tandis que le Père, désolé de son endurcissement, s'occupait à ce travail si ingrat, on apporta à l'hôpital quatorze Hollandais qui étaient en danger de mort. Voulant essayer s'il réussirait mieux auprès d'eux ; il va les trouver, les embrasse, leur prépare des remèdes, accommode leurs lits, leur présente lui-même à manger, leur rend les services les plus bas ; en un mot, il n'omet rien de ce que peut inspirer la plus attentive et la plus humble charité. Cependant il leur parlait souvent de la religion ; et ces pauvres gens, déjà charmés de ses bontés, l'écoutantavec plaisir,il sutsi bien les gagner l'un après l'autre, que treize d'entre eux moururent bons catholiques.il en restait un, qu'il n'avait pu réduire ; voyant que sa maladie augmentait, et qu'il était près de mourir dans l'hérésie, le Père redoubla ses prières et ses efforts, et eut la consolation de le voir expirer avec les plus vifs sentiments de douleur et de foi. Ravi d'un changement si inespéré, il voulut le faire enterrer avec un grand appareil : tentures, luminaire, musique, rien ne fut épargné ; et les obsèques furent honorées par la présence de tout ce qu'il y avait de plus considérable à Carthagène. C'était montrer aux hérétiques le cas que l'on faisait de ceux qui mouraient dans la communion de l'Église, et ces marques flatteuses de distinction, étaient de nature à les gagner.

Malgré tous ces succès, le zèle du saint homme n'était pas satisfait,et il voyait avec douleur le malheureux, auprès duquel il s'était déjà donné tant de peines, plus endurci que jamais. Touché des plaies funestes de son âme encore plus que du triste état où la maladie avait réduit son corps, il retourne à lui et s'avance pour l'embrasser. Celui-ci le repousse rude-

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