‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 49 sur 108 · LIVRE TROISIEME. IO · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. IO

ment, le traite d'hypocrite et d'imposteur, et finit par lui dire avec colère qu'il ne le tromperait pas, comme il en avait déjà trompetant d'autres assez simples pour se laisser séduire. Un vrai zèle supporte l'humiliation et le mépris, comme il reçoit la gloire et le succès. Celui du Père ne se rebuta point; et le plaisir de souffrir quelque chose pour JÉSUS-ÇHRIST modérait la douleur qu'il ressentait de voir tant d'obstination dans cet hérétique. Semblable à un médecin éclairé et charitable qui, sans s'étonner des injures que lui dit son malade, choisit le temps le plus favorable pour lui donner les remèdes propres à le guérir : avertissements, assiduités, services et surtout prières ferventes, il employa tout pour toucher le cœur de ce misérable. Le lendemain de l'enterrement du dernier Hollandais converti, il retourne à celui sur qui il n'avait pu rien gagner encore. Mais ses prières avaient déjà obtenu ce que toutes ses paroles n'avaient pu faire. Dès que l'hérétique l'aperçut: «O mon Père! » s'écria- t-il d'un air vivement touché, $ mon Père, venez à moi ; >> en même temps il ouvre les bras pour le recevoir. Le Père y court transporté de joie, et tous les deux se tenant étroitement embrassés, ils furent quelque temps sans pouvoir se parler que par leurs^ larmes. Enfin, le malade ayant poussé un profond soupir : « Ecoutez, mon Père, » lui dit-il, « une chose bien étonnante. Ce Hollandais que vous fîtes hier enterrer avec tant de cérémonie m'est apparu cette nuit ; il m'a fait entendre qu'il n'y avait point d'autre route de salut que celle que vous enseignez, et que par elle seule lui et tous ses compagnons se sont sauvé.-'. Il m'a ensuite repris très sévèrement de toutes mes iniquités à votre égard, en réordonnant de vous en demander pardon et d'ajouter foi à vos paroles. Je me prosterne donc à vos pieds, mon cher Père, et je m'abandonne entre vos mains : faites de moi tout ce qu'il vous plaira pendant les deux jours que j'ai encore à vivre. Le temps est court, ne le perdons point : aidez-moi, je vous en conjure, de vos prières et de vos conseils. » Le saint homme, au comble de ses désirs, se surpassa, pour ainsi dire, dans les soins qu'il prit de ce pécheur pénitent : c'était le fils de sa plus amère douleur, et par là même il devint celui de sa joie la plus sensible. Après avoir fait son abjuration, le malade voulut recevoir les sacrements; en les recevant, il pria le Père de ne lui point faire à son enterrement des honneurs dont ses crimes le rendaient indigne, mais de le faire jeter sans sépulture au milieu de la

campagne, et ses dernières paroles furent des actes fervents de foi, d'espérance et d'amour, qui remplirent tous les assistants de consolation.

Il entreprend, la conversion des mahométans.

ON sait que, de tous les peuples, les mahométans sont les plus entêtés dans leur secte ; les plaisirs des sens autorisés par leur loi, et la défense qu'ils ont de traiter les matières de religion autrement que par les armes, les rendent en quelque sorte incapables de conversion. Il en arrivait un très grand nombre à Carthagène, tant sur des navires marchands pour y trafiquer, que sur les vaisseaux mêmes du roi pour servir à garder les côtes. Dès que le P. Claver apprenait l'arrivée de quelque flotte chargée de Maures, il allait aussitôt les chercher, soit sur les vaisseaux, soit dans les rues, soit dans les maisons de la ville ; il tâchait de lier peu à peu amitié avec eux, s'intéressait à leurs affaires, leur demandait s'ils avaient besoin de quelque chose. En même temps il leur faisait entendre qu'ils pouvaient disposer de lui, et qu'il était prêt à les secourir en tout ce qui dépendait de ses soins. Enfin il faisait si bien, par ses prévenances et par ses services, qu'il les gagnait insensiblement à JéSUS-Christ. Parmi les pauvres à qui il avait coutume de donner l'aumône, il trouva un Turc d'un naturel si féroce, que tout autre eût désespéré de le réduire : mais le saint homme, loin de se décourager, en prit occasion de redoubler ses soins pour ce malheureux ; c'était lui qui avait toujours la meilleure part aux aumônes. Cette espèce de combat, d'insultes d'une part et de bons traitements de l'autre, dura plusieurs années, jusqu'à ce qu'enfin le mahométan, vaincu par la douceur et la patience du P. Claver, vint le trouver, se fit instruire, reçut le baptême et devint aussi humble et aussi doux qu'il avait été jusque-là fier et intraitable.

Un Maure, âgé de soixante ans, étant tombé dangereusement malade, ses compagnons, qui craignaient qu'il ne pût résister au zèle de l'apôtre de Carthagène, allaient tous les jours le voir, pour l'encourager à demeurer ferme dans les erreurs de sa secte. En ayant été averti, le gouverneur D. Pierre de Zapata le fit transporter dans sa maison où le P. Claver se rendit aussitôt ; à peine lui eut-il parlé que le

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