LIVRE PREMIER
honneur qu'il pût recevoir, on peu!: dire que leur compagnie ne dut pas s'en tenir moins honorée que lui, puisqu'il lui donnait dans sa personne un nouvel apôtre et un grand saint.
Dès le premier jour de son noviciat, les exercices de l'état religieux lui furent aussi familiers que s'il les eût pratiqués toute sa vie. On ne trouva presque rien à lui apprendre; on ne vit rien a réformer en lui; on eût dit qu'il était né pour ce genre de vie, et que le même esprit, qui avait inspiré le fondateur prescrivant les règles, était passé dans le jeune novice pour les pratiquer. Jamais, ni pendant le temps de son noviciat, ni dans toute la suite d'une vie variée par tant d'emplois et de travaux différents, personne ne le vit manquer à la plus légère observance, de sorte que le P. Gaspard, qui avait été novice avec lui, étant devenu provincial et le voyant plusieurs années après à Carthagène, ne put s'empêcher de dire avec admiration: « Je trouve ici le P. Clavcr aussi novice que lorsque je le vis àTarragone.» En effet, ni ses grands services, ni le nombre de ses années, ni son mérite universellement reconnu ne changèrent rien en lui de la douceur, de la simplicité, de l'humilité et de l'exactitude du novice le plus soumis et le plus fervent : aussi est-ce l'état dans lequel il se considéra toujours par rapport à tout le monde.
Persuadé que tout est grand, que tout est précieux au service du souverain Maître,et que des premiers commencements de la vie spirituelle dépend tout le cours de la vie religieuse, il n'oublia rien pour parvenir à la plus haute perfection. Assiduité à l'oraison, ardeur pour le travail, recherche des emplois les plus pénibles et les plus humiliants, dureté envers lui-même, affabilité à l'égard de tous les autres, promptitude à obéir à ses supérieurs, zèle à servir ses frères, parce que dans ses frères et dans ses supérieurs il ne regardait que Dieu: tel fut dès lors le plan général de sa vie. Aussi s'attira-t-il bientôt l'estime et l'amour de toute la communauté où l'on savait priser le vrai mérite.
Dieu se communiquait à son serviteur à proportion du zèle et de la fidélité qu'il témoignait à son service et les enseignements intérieurs qu'il reçut alors de ce divin maître pouvaient lui tenir lieu de tout le reste. Peut-être ne sera-t-on pas lâché d'en voir ici un abrégé, tiré d'un petit livre qu'il communiqua depuis à un de ses confidents les plus intimes.
VIE DE SAINT riERRE CLAVER.
« i° Chercher Dieu en toutes choses,et tâcher de le trouver \( en tout.
■ 2° Faire tout pour la plus grande gloire de Dieu.
« 30 Employer toutes ses forces pour parvenir à une v< obéissance si parfaite, qu'on soumette sa volonté et son ■• jugement au supérieur comme à la personne même de « Jésus-Christ.
« 40 Ne rien chercher en ce monde que ce que JÉSUS- « CHRIST lui-même y a cherché; c'est-à-dire, à sanctifier les • âmes, à travailler, à souffrir, à mourir même pour leur •■ salut, en vue de Jésus-Christ. >>
Il est aisé de voir que toute la vie du P. Gaver est renfermée dans ce peu de paroles, et qu'en écrivant ce qu'il devait taire, il ne marquait que ce qu'il fit toujours.
Il fait un pèlerinage de dévotion a Mont-Serrat.
OX a coutume d'envoyer les novices en pèlerinage à quelque lieu de dévotion, en mémoire de celui que saint Ignace, leur fondateur, fit lui-même au commencement de sa conversion, à Notre-Dame de Mont-Serrat : ils y vont toujours à pied, en demandant l'aumône, et logeant, autant qu'il est possible, dans les hôpitaux. Le terme du pèlerinage assigné au jeune Claver eut de quoi lui être infiniment agréable ; ce fut Mont-Serrat même. On l'y envoya en la compagnie de deux autres novices, avec la bénédiction de son supérieur, et un bourdon à la main pour toute provision. La fatigue du voyage ne lui fit rien diminuer ni de la durée de ses oraisons, ni de la rigueur de ses pénitences, ni de la pratique des exercices prescrits par la règle. Dès qu'il était arrivé en quelque endroit, son premier soin était d'aller à l'église, avec ses compagnons, pour y adorer JÉSUS-CHRIST dans le sacrement de son amour. Après avoir passé quelque temps en prières, il allait demander l'aumône de porte en porte ; et de quelque nature qu'elle fût, sa vertu y trouvait toujours de quoi se satisfaire : si elle était peu considérable, il était au comble de la joie, parce que son amour pour la pauvreté et pour les souffrances la lui rendait précieuse ; si elle était plus abondante, son contentement était égal, parce que son amour pour le prochain y trouvait un moyen facile