LIVRE PREMIER
ABBAYE de MONT-SERRAT,
de soulager la misère des pauvres. C'est ainsi que tout profite, tout tourne en bien à une âme qui aime son Dieu.
Quand les trois jeunes novices arrivaient de bonne heure au lieu où ils devaient séjourner, ils rassemblaient les enfants dans quelque place de la ville ou du bourg ; et de là ils les conduisaient en procession jusqu'à l'église, chantant des prières et des cantiques : spectacle édifiant où tout le monde accourait en foule. Ils avaient surtout grand soin de leur faire, tour à tour, un catéchisme mêlé d'exhortations, pour les instruire de leurs devoirs et les engager à les remplir. Lorsque le tour de Gaver était venu, le zèle dont il paraissait animé et la force de ses paroles faisaient une grande impression sur tous les assistants : le feu dont l'Esprit-Saint embrasait son cœur se communiquait à ceux de son auditoire. Des personnes de tout âge se mêlaient avec les enfants pour l'écouter, tous emportaient comme fruit de ses discours une vive douleur de leurs péchés et un amour sincère de leur Dieu.
A la vue de la sainte montagne qui était le terme de leur voyage, Gaver se prosterna, pour rendre ses respects à la Mère de Dieu, qui y est particulièrement révérée. Quelque rude que fût le chemin, hérissé de rochers escarpés et coupé de ravines profondes, son amour le lui rendait facile et doux: rien de tout ce que l'œil y découvre ensuite de beau et d'agréable ne fut capable de détourner un moment son esprit de la vue des beautés célestes dont il était occupé. Mais quels furent les transports de son cœur à l'aspect de cette image vénérable qui lui représentait la majestueuse beauté de la Reine du ciel, qu'il avait toujours tendrement aimée comme sa mère ! Il resta trois jours entiers dans ce saint lieu, aussi touché de la charité des enfants de saint Benoît, à qui appartient ce monastère, qu'édifié de leurs exemples ; mais, pour tirer de son pèlerinage le fruit principal que les novices s'y proposent, après s'être confessé avec la plus vive douleur, il reçut le corps de son Dieu dans un cœur pénétré de la dévotion la plus tendre. Il passait devant l'image miraculeuse de la Vierge tout le temps qu'il n'était pas obligé d'employer ailleurs, et il eut voulu y passer toute sa vie. Il n'a jamais fait à personne le détail des faveurs qu'il reçut alors de cette Reine des Saints : mais toutes les fois que, dans la suite de sa vie, il se rappelait le souvenir de ce pèlerinage, il versait des larmes si douces, qu'il était aisé de juger par là des délices dont son âme avait été inondée.