‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 51 sur 108 · LIVRE TROISIÈME. \0J · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. \0J

fut le Père, lui-même, qui à son ordinaire le pressa de se convertir. Ébranlé, il changea de couleur ; mais il ne se rendit pas encore et passa rapidement son chemin sans faire semblant d'entendre ce qu'on lui disait. Il fallut un nouveau prodige de charité pour dompter ce naturel féroce. Vers le même temps on condamna un criminel à mort, et comme il ne se trouvait point d'exécuteur, on voulut obliger le Turc à en faire l'office. Celui-ci ne pouvant s'y résoudre, s'enfuit et se retira au château de Sainte-Croix, sous la protection de quelques personnes puissantes. On le découvrit bientôt et on le força à faire l'exécution, pour laquelle il avait tant de répugnance que, sans un peu de biscuit trempé dans le vin que le Père lui donna avec beaucoup de bonté, il serait tombé en faiblesse. Mais la tendresse, la charité, le zèle du serviteur de Dieu à l'égard du criminel même, qu'il était chargé d'assister à la mort, portèrent le dernier coup au cœur du musulman. Persuadé enfin que la loi que professait un si saint homme était la seule véritable, il vint,dès le soir même de l'exécution, se jeter à ses pieds et se mettre entre ses mains. Peu de jours après il fut baptisé dans la cathédrale avec toute la solennité possible.

Il serait impossible de dire combien le P. Gaver convertit de mahométans ; mais ce qu'on peut assurer, c'est que presque aucun de ceux qui de son temps vinrent à Carthagène, ne put résister à l'esprit de Dieu qui agissait en lui. Peu content d'aller les chercher dans le lieu de leur demeure, il prenait après le repas les clefs du portier, pour avoir occasion de gagner quelque âme à Dieu. C'était une de ses récréations les plus ordinaires; et comme parmi les pauvres à qui il donnait à manger, il se trouvait souvent des hérétiques ou des musulmans réduits à la dernière misère, en les soulageant dans leur faim et dans leur soif,il avait la consolation de rassasier celle qu'il avait lui-même de leur salut. Il les servait le plus souvent à genoux, et ces malheureux, touchés de son humilité et de sa douceur, entraient enfin dans tous les sentiments qu'il s'efforçait de leur inspirer.

Ses travaux dans les prisons.

SON zèle n'eût pas été satisfait, si quelque misérable lui eût échappé. Il trouva donc le moyen de pénétrer dans les cachots les plus profonds et les plus abandonnés. Quand

il allait visiter des prisonniers, il les excitait à la patience et au repentir de leurs crimes; et lorsqu'il les trouvait sumsammemt disposés, il les confessait comme pour mourir. Ayant banni des prisons les jurements, les inimitiés et les querelles, il avait chargé un des prisonniers les plus dociles de l'informer exactement de tous ceux qui retomberaient dans ces sortes de fautes, pour leur en faire une sévère correction. La prière s'y faisait tous les jours en public, et le soir tous les prisonniers s'assemblaient pour réciterles litanies de la sainte Vierge. Il avait plus d'attention encore pour ceux qui étaient retenus dans les cachots: il allait s'y renfermer avec eux et ne les quittait point qu'il ne leur eût donné quelque consolation.

Il n'est aucune espèce de service qu'il ne s'efforçât de rendre à ces malheureux. Non content d'avoir chargé un vertueux licencié, nommé Jean Sanchez, de se faire spécialement leur protecteur, il allait lui-même trouver, tantôt les procureurs et les greffiers, pour les engager à expédier promptement les affaires de ceux qui languissaient dans la prison, tantôt les avocats les plus habiles, pour les exhorter à prendre leur cause en main, tantôt les juges mêmes, pour les conjurer de terminer au plus tôt les procès, sans faire attendre si longtemps des misérables. Dans les causes criminelles, il se contentait de demander simplement tout ce qui ne blessait pas absolument la justice. S'il apprenait qu'un criminel était l'objet de poursuites de la part d'un particulier, il allait chez celui-ci pour l'engager à se désister, et ne manquait pas de lui représenter qu'il y avait beaucoup plus de risque pour lui à poursuivre une vengeance qui pourrait lui devenir funeste, qu'il n'y en avait pour le coupable à subir une peine qui pouvait lui devenir méritoire.

Il assiste plusieurs criminels à la mort; ses succès dans ce ministère.

ON ne peut douter qu'il n'eût une grâce singulière pour adoucir aux criminels leur sentence de mort. Dès que quelqu'un d'eux était condamné, on l'envoyait chercher. Il accourait sans différer,embrassait le criminel avec tendresse.et lui mettant son crucifix entre les mains: «Ah! mon cher frère, lui disait-il,voici la planche que Dieu vous offre dans votre naufrage;et il n'y a point pour vous d'autre moyen d'échapper à la

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