LIVRE QUATRIÈME. I I
des ressources que le collège n'était pas en situation de lui fournir: mais Dieu lui fit trouver des aumônes abondantes, et sembla même autoriser son zèle en ce point par des événements qui tiennent du miracle. Ayant appris qu'un marchand de. ses amis était sur le point de partir pour la traite des nègres, il lui remit une somme d'argent pour acheter trois esclaves des plus dociles et des plus capables d'instruction, en l'assurant que Dieu ne l'abandonnerait pas, et que cet argent devant servir à la conversion d'une infinité d'âmes, pourrait être la cause de son salut à lui-même.
Le commencement du voyage fut assez heureux pour le marchand, mais quand il fut à la vue des côtes de Guinée, il s'éleva tout à coup une si furieuse tempête, que les galions du roi, sur l'un desquels il s'était embarqué, furent dispersés en un moment, et que celui qui le portait alla donner avec impétuosité contre un rocher. Déjà le navire était à moitié brisé, on avait jeté à la mer une partie de la charge, et l'équipage cherchait inutilement à se tirer de.ee péril. Dans cette extrémité, le marchand se ressouvient de l'argent que le P. Claver lui avait confié ; il se dépouille de tout, ne conservant autour de lui que le linge où il avait en ferméce trésor, et plein de confiance en Dieu et dans les mérites de son serviteur, il se lance au milieu de la mer. Malgré tous les efforts qu'il faisait pour se sauver à la nage, il se voyait sur le point d'être englouti parles flots, lorsqu'il aperçut tout à coup une monstrueuse écaille de tortue que la Providence semblait lui envoyer, comme autrefois elle envoya une baleine pour sauver le prophète Jonas: il résolut de s'en servir comme d'une espèce d'esquif pour gagner le rivage; et après avoir été pendant plusieurs heures le jouet de la fureur des vents et de la mer, il aborda enfin sain et sauf, mais absolument dénué de tout, et n'ayant pour toute ressource que l'argent du P. Claver. La tentation était délicate, vu l'état déplorable où il se trouvait réduit, mais sa fidélité fut plus grande encore, et il aima mieux s'exposer à manquer du nécessaire, que de manquer à exécuter la commission dont il était chargé. Il acheta les trois nègres qui lui parurent les plus habiles et les plus intelligents, et il ne douta point que si l'argent même du saint homme avait été son salut dans son premier voyage, l'usage qu'il venait d'en faire ne fût sa sauvegarde à son retour. C'est ce qu'il écrivit lui-même au P. Claver, avant que de partir pour Carthagène. Il ne se trompa pas dans son
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espérance, et Dieu, content de sa fidélité, lui fut fidèle à son tour. Son voyage fut heureux, ses travaux furent bénis du ciel; et en peu d'années il devint plus riche qu'il ne l'avait été.
Types de nègres de la Côte des Esclaves.
Ce fut ainsi qu'avec le secours de la Providence, le zélé missionnaire parvint à avoir sept nègres tous de différentes
Types de nègres de Porto Nuovo (Côte de Bénin).
langues: mais que de soins et que de peines ne lui fallut-il pas encore pour les instruire et les former à instruire les