‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 58 sur 108 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

que jusque-là on eût vu la moindre apparence de pluie, elle commença à tomber, et dura pendant trois jours et trois nuits en telle abondance, qu'elle répara tous les dommages causés par la sécheresse.

Une autre fois, étant allé dans l'habitation de D. Nicolas de Barrios, le nègre qui était l'intendant de la maison, plein de respect pour 1 eminente sainteté du Père et persuadé que Dieu l'envoyait pour le soulagement d'une pauvre négresse malade, le reçut avec de grandes démonstrations de joie et fit tout son possible pour le bien traiter. Il voulut le loger dans un appartement commode; mais le Père ne choisit qu'un misérable taudis rempli de blé d'Inde déjà échauffé, qui fourmillait de calandres et d'autres petits insectes. Cependant, pour répondre aux honnêtetés de son hôte, il lui donna de bonnes espérances au sujet de sa malade, et ayant dit un évangile sur elle, elle se trouva débarrassée de son mal. Ce ne fut pas la seule faveur dont Dieu récompensa la charité du nègre. Le Père, charmé, de son bon cœur, lui promit de dire trois messes pour lui : il en. avait déjà dit deux, lorsque le jour suivant il pria son hôte de partir promptement avec lui pour aller dire la troisième dans un autre lieu. Le nègre un peu surpris fit d'abord quelque difficulté : il se rendit enfin ; et à peine furent-ils sortis de l'habitation, que des pirates hollandais y vinrent tout mettre à feu et à sang.

Il rendit le même service à une peuplade auprès de laquelle il était allé en mission. Éclairé tout à coup d'une lumière surnaturelle, il avertit ceux qui assistaient à ses instructions, de se chercher pour quelque temps une autre demeure, parce que dès la nuit suivante il devait arriver une troupe d'Anglais déterminés à saccager tout le pays. L'avertissement parut d'autant plus extraordinaire, qu'on n'avait pas eu encore la moindre nouvelle de l'arrivée d'aucun Anglais dans ces mers : mais on ne fut pas longtemps sans reconnaître la vérité de la prédiction et la sagesse de ceux qui en avaient profité. Ces pirates qu'on avait cru fort éloignés, abordèrent la nuit même à la côte, ravagèrent toute l'habitation et brûlèrent toutes les maisons,àlaréserve de celle où le saintmissionnaire avait logé et à laquelle il avait donné sa bénédiction.

C'est ainsi que, pour la conservation et le salut de ces nouveaux chrétiens, Dieu donnait à leur apôtre des lumières intérieures dont il ne manquait jamais de profiter lui-même, sans qu'aucune difficulté fût capable de l'arrêter. Étant un

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