LIVRE PREMIER. j y
En sortant de ce lieu sacré par esprit d'obéissance, il y laissa son cœur, et son amour lui fit trouver le chemin aussi triste et aussi long en le quittant, qu'il lui avait paru court et agréable en y allant.
Il fait ses premiers vœux,
DE retour au noviciat, il s'y prépara à faire ses vœux par une retraite de huit jours, suivant ce qui se pratique chez les jésuites. Prêt à faire a son Dieu l'oblation entière de sa personne^ il ne se considéra plus que comme un esclave entre les mains de la souveraine Majesté : il n'eut plus de volonté que pour lui en sacrifier tous les mouvements, plus de corps que pour lui en faire un holocauste perpétuel par les rigueurs de la pénitence, plus de sens que pour les captiver sous le joug de sa loi et de son bon plaisir. Ce fut dans ces dispositions que, le S août, il se consacra à Dieu par les vœux de religion, mais avec une si grande abondance de larmes, qu'à peine put-il les prononcer. Dépouillé de tout à l'extérieur, son attachement intérieur fut si parfait, mais surtout sa pauvreté d'esprit et de cœur fut telle, que dès ce moment il sembla ne plus aimer que les pauvres et les esclaves, pour devenir par vertu ce qu'ils étaient par nécessité.
La perfection qu'il avait acquise dans ces saints exercices avait quelque chose de si frappant, qu'on le retint plus de deux mois pour servir de modèle aux autres novices. On devait, selon la coutume, l'envoyer, au sortir de son noviciat, achever ses études dans quelque collège, avant que d'enseigner aux autres les lettres humaines ; mais on ne voulut pas priver sitôt les novices de sa présence et de ses exemples. Il fut le seul à ne pas s'apercevoir de cette marque de distinction de la part des supérieurs : son humilité la lui fit même regarder moins comme une estime singulière qu'ils faisaient de sa vertu, que comme un temps dont il avait lui-même besoin pour acquérir une perfection qui lui manquait.
Il étudie les humanités à Girone.
IL eut volontiers passé le reste de sa vie dans l'humble état de novice ; mais les supérieurs jugeant enfin qu'il était temps de l'appliquer aux sciences, l'envoyèrent au
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collège de Girone, où en peu de mois il se rendit si habile
dans la langue grecque et dans la langue latine, qu'il se trouva en état de composer en l'une et en l'autre, et de réciter publi-