‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 62 sur 108 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Dieu le favorise du don de miracles.

TANT de succès n'eussent pas aussi pleinement répondu aux travaux d'un seul homme, si Dieu lui-même ne l'eût fait dépositaire de sa puissance en le favorisant des dons qu'il a coutume de communiquer aux apôtres des nations infidèles ; je veux dire du don des miracles, du don de prophétie, du don de pénétrer le secret des cœurs.Je commencerai par le don des miracles.

Un nommé François Lopez, chargé de recueillir les aumônes destinées à entretenir le luminaire de la confrérie du Saint-Sacrement, choisissait ordinairement pour faire cette quête, le temps de la plus grande ardeur du soleil ; parce qu'alors tout le monde se tient renfermé chez soi, pour éviter la chaleur. Dans l'exercice de cette bonne œuvre, il gagna une violente maladie qui le mit bientôt à l'extrémité. Pierre Mercado, son oncle, alla promptement chercher le P. Claver qui, à son arrivée, le trouva sans aucun signe de vie. Voyant que tout le monde le pleurait déjà comme mort : « Non, non, >) dit-il avec confiance, « celui au service duquel il a perdu la santé saura bien la lui rendre ; et il n'a permis que le péril fût si grand, que pour mieux faire éclater la grandeur de sa miséricorde.» Il ordonna ensuite qu'on exprimât dans la bouche du malade l'eau d'une certaine espèce d'épongé, remède qui passe pour assez violent dans le pays ; mais un nègre fort expérimenté, qui se trouva présent, s'y opposa en soutenant que Lopez était mort. « Non », insista le saint homme, « il ne l'est pas : qu'on essaye seulement. » Puis il s'en retourna promptement à la maison, en recommandant le malade au Seigneur. On fit le remède ordonné, mais il n'opéra rien, et le nègre s'obstina plus que jamais dans son opinion. Tandis que toute la famille fondait en pleurs, Mercado va retrouver le Père, pour se consoler du moins avec lui. « Eh ! pourquoi », lui dit le serviteur de Dieu, « pleurez-vous ainsi votre neveu? Retournons, le remède aura peut-être plus de vertu une autre fois.» Aussitôt il se met en chemin, entre chez le malade, bénit la boisson qu'il avait d'abord ordonnée, remue lui-même l'eau avec la main ; et à peine l'eut-il donnée au malade, qu'on entendit celui-ci pousser un grand soupir. Dans le premier transport de joie, tous les assistants

SAINT PIEKKË CLAVEK.

coururent à lui ; et le Père, entendant crier au miracle, disparut promptement. Quelque soin que son humilité eût pris de cacher ce prodige aux yeux des hommes, sa fuite précipitée, son air embarrassé, son espèce d'obëtination à conseiller un remède, qui dans ces circonstances est souvent plus nuisible que salutaire, le trahirent malgré lui : et ce qui ne laissa plus aucun lieu d'en douter, c'est que dès ce même jour le malade fut parfaitement rétabli.

Le receveur André de Castro Payant fait appeler chez lui pour y baptiser un enfant qui paraissait en danger de mort, il voulut faire chauffer l'eau qui lui parut trop froide : mais comme il ne se trouva point alors de feu dans la maison et que le danger pressait, le saint se fit apporter l'eau, la bénit, la mêla avec la main, et à l'instant la personne qui tenait le vase d'argent sentit, au travers du métal, une douce chaleur qui la surprit extrêmement.

L'esclave d'une femme voisine du collège étant prête à expirer d'une hémorrhagie, sa maîtresse fort affligée, parce qu'elle n'avait point d'autre domestique pour la servir, fit avertir le P. Claver de venir la confesser au plus tôt. Il y alla, et après lui avoir donné l'absolution : «Levez-vous, Marie », lui dit-il, « et servez votre maîtresse. » Elle obéit, et se trouva sur-le-champ en état de rendre dans la maison tous les services ordinaires.

La sœur de la dame Isabelle d'Urbina étant malade d'une petite vérole accompagnée de pourpre, Isabelle envoya une chaise à porteur au P. Claver, qui était alors fort âgé et fort infirme, en le conjurant de venir disposer sa sœur à la mort, et la consoler elle-même. En arrivant, le Père fit prendre à la malade un petit morceau de conserve fort commune ; après quoi ii dit à Isabelle: « Ne craignez plus de voir mourir votre sœur : la mort est, à la vérité, venue bien près d'ici, mais elle a passé. » En achevant ces paroles, il sortit. Le médecin étant venu quelques moments après et trouvant la malade fort affaiblie, voulut lui faire donner l'Extrême-Onction ; mais les deux sœurs pleines de confiance dans les paroles de leur saint directeur, ne jugèrent pas à propos de se presser ; et en effet la parfaite guérison suivit de près la visite et le remède. Mais Dieu voulut faire sentir à la même dame, par un événement bien différent, quoique non moins miraculeux, qu'il connaît beaucoup mieux que nous-mêmes ce qui nous est avantageux; et qu'en pareil cas, il faut s'abandonner avec confiance entre

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