‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 63 sur 108 · LIVRE QUATRIÈME. I3I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I3I

ses mains. Son mari ayant été attaqué d'une maladie contagieuse dans un petit château à quelque distance de la ville, on fit prier le saint homme de venir au secours de ce gouverneur, qui était presque à l'extrémité. Il porta avec lui une image du F. Alphonse Rodriguez, qu'il présenta au malade. Dès que celui-ci l'aperçut, il témoigna beaucoup de joie et de respect ; il promit, s'il guérissait, une grosse somme d'argent pour contribuer aux frais de la canonisation de ce grand serviteur de Dieu. Le Père lui-même se mit en prières, et récita un évangile sur le gouverneur qui, malgré l'espérance d'un prompt rétablissement, mourut bientôt après fort regretté de tout le monde. Isabelle, inconsolable d'une telle perte, s'imagina que le Père n'avait pas voulu prier le Seigneur pour la santé de son mari, ne doutant point qu'il n'eût été exaucé s'il l'eût fait : elle s'en plaignit à lui-même fort amèrement, et eut le courage de lui demander s'il ne l'avait pointtrompée ? « Non », répondit Claver, « et le F. Alphonse lui-même a demandé instamment à Notre-Seigneur la guérison du malade ; mais ce divin Sauveur lui a répondu, qu'il lui était beaucoup plus avantageux de mourir maintenant, parce qu'il ne serait jamais mieux disposé. Il assura depuis si positivement et si souvent que ce gentilhomme était sauvé, qu'on ne peut révoquer en doute ses connaissances sur ce point, et que la vertueuse épouse se consola de la perte de son époux, par la certitude de son bonheur.

D.Vincent de Villalobos fut attaqué d'un mal si violent, que toute la famille en pleurs le regardait déjà comme mort. Une femme de sa connaissance lui dit qu'une de ses esclaves étant sur le point d'expirer, elle lui avait mis, par le conseil du P. Claver, une certaine racine sur la tête et que en peu de jours elle avait été totalement guérie. C'étaient effectivement quelques racines broyées que le saint homme employait ordinairement dans ces sortes de rencontres, plus pour cacher le miracle que pour servir de remède. Plein de confiance, ce gentilhomme se fit appliquer le même remède sur la tête et sur le front : il dormit ensuite tranquillement, l'appétit qu'il avait totalement perdu lui revint et son mal se dissipa.

Une esclave de Dona Marie-Anne de Bellido tomba si dangereusement malade, qu'en peu de temps elle fut réduite à l'extrémité. Déjà même on la croyait morte et on se disposait à l'ensevelir, lorsque le P. Claver arriva, sans avoir été ni appelé, ni averti. « Non, non », dit-il en la voyant, « elle n'est

pas morte, et même elle ne mourra point. » Il l'appelle aussitôt par son nom, elle ouvre les yeux, lui répond, se confesse et se trouve parfaitement guérie.

Un autre jour qu'on l'avait été chercher en hâte pour un malade.il le trouva déjà privé de tout sentiment. Comme tout le monde j ugea qu'il avait expiré, le Père mit sur le corps la croix qu'il portait et se retira aussitôt,en donnant pourtant quelque espérance à ceux qui étaient présents. A peine eut-il fait quelques pas dans la rue, qu'on le rappela : le Frère qui l'accompagnait, demanda ce qu'on voulait ? et comme on lui répondit que le malade désirait parler au P. Claver, le bon Frère, qui croyait la chose impossible, voulut continuer son chemin ; mais on le pressa si fort, qu'ils revinrent et trouvèrent celui qu'on avait cru mort parfaitement guéri. Cet homme rendit la croix, en faisant mille remercîments à son bienfaiteur, qui de son côté, sans proférer la moindre parole, retourna promptement au collège : mais son compagnon, aussi étonné du silence du Père que du prodige même, n'y fut pas plus tôt arrivé, qu'il raconta à tout le monde ce qu'il venait de voir.

Les démons ne résistaient pas plus que les maladies à la vertu de son pouvoir ; et le nombre des possédés qu'il délivra fut si grand que, dans les informations qui se firent après sa mort, on ne put recueillir qu'une partie des faits. En voici un exemple d'autant moins douteux, qu'il se passa à la vue d'une infinité de personnes. Dans l'hôpital de Saint-Sébastien, un nègre encore infidèle fut pris d'une maladie inconnue et qui paraissait incurable. Il oublia tout à coup sa langue naturelle, pour en parler une que personne ne pouvait entendre ; il sentait au dedans de lui-même une voix terrible qui le menaçait de mort, si jamais il songeait à se faire baptiser ; il devint enfin si furieux, qu'il voulait se détruire. Le P. Claver ayant été appelé, reconnut sans peine l'artifice et la rage de l'esprit des ténèbres : il dit quelques évangiles sur le malade et en lui mettant la main sur la tête, il récita le « Credo » à haute voix. A l'instant le démon prit la fuite, le nègre, devenu tranquille, parla sa langue ordinaire ; il demanda le baptême, et dès qu'il l'eût reçu, il se trouva délivré de toutes ses infirmités.

Ce n'est pas toujours par des guéiïsons ou des délivrances miraculeuses, que le Seigneur fait éclater la sainteté et la puissance de ses serviteurs. Une jeune négresse portant un panier plein d'œufs qu'elle allait vendre au marché, fut ren-

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