LIVRE QUATRIÈME
était déjà teint du sang d'un si saint homme. En arrivant chez lui, il l'appliqua sur les yeux de sa femme, qui depuis trois mois était incommodée d'une grosse fluxion, et dans le même instant elle se trouva guérie.
Dieu lui fait connaître ceux qui ont besoin de son
secours.
IL n'était pas toujours nécessaire qu'on s'adressât à lui, pour éprouver l'effet de son pouvoir auprès de Dieu. On a déjà remarqué plus d'une fois, que souvent il connaissait par une lumière surnaturelle les personnes malades, affligées, qui avaient besoin de son secours. C'est ce qui fut juridiquement prouvé dans les informations canoniques, on en verra avec plaisir quelques exemples. Un pauvre homme, nommé Alphonse Nicolas, étant tombé dangereusement malade, fut tout surpris de voir le P. Claver entrer chez lui, parce qu'il ne l'avait point fait avertir, et que d'ailleurs son logement était si écarté qu'on ne pouvait le trouver que très difficilement. Après lui avoir dit quelques paroles de consolation, le saint homme l'exhorta à se confesser ; et, ayant appris de lui qu'il s'appelait Nicolas, il lui demanda s'il voulait voir son patron. Le pauvre répondit qu'il le voulait bien. Aussitôt le Père tire de sa poche un livre où était l'image du saint et la présente au malade. On y voyait une troupe de démons fuyant à l'aspect du saint évêque, et dont la figure terrible fit une si forte impression sur Alphonse qu'au moment même il conçut une vive douleur de ses péchés, et que, pour commencer une vie plus chrétienne, il voulut faire une confession générale. Le Père lui fit en sortant une aumône considérable, il continua de le visiter tant qu'il fut malade ; et, après lui avoir rendu les plus humiliants services, il baisait les ulcères dont il était couvert. Quand le malade fut en état de marcher, il venait tous les jours à l'église du collège ; dès que le P. Claver l'apercevait, il se levait du confessionnal et le prenait par le bras, pour l'aider à se traîner jusqu'à la chapelle du Christ, où il avait soin de le placer de manière qu'il pût entendre la messe commodément.
On vit alors se renouveler mille fois, en faveur des Espagnols, les merveilles opérées en faveur des nègres qui avaient
besoin d'un prompt secours. Comme il allait un jour voir un malade pour qui on l'avait appelé, il s'arrêta tout à coup au milieu du chemin, puis s'adressant à son compagnon : « Mon Frère,» lui dit-il en homme inspiré, « retournons sur nos pas, et allons sauver une âme.» A ces mots il marche en diligence vers l'endroit qu? lui marquait l'esprit de Dieu, et il entre dans une cabane où il trouve un pauvre Espagnol que la misère et le désespoir avaient réduit à se pendre. Comme il respirait encore, le P. Claver coupe la corde, reçoit ce malheureux entre ses bras et le fait revenir à force de soins. S'appliquant ensuite à la guérison de son âme, il lui fait vivement sentir le risque qu'il avait couru de périr éternellement ; et le voyant pénétré d'une sincère douleur de son crime, il le confesse, le console et le laisse enfin déterminé à recevoir avec soumission la croix dont Dieu l'avait chargé.
Une dame espagnole, dont le fils avait mal réussi dans quelques affaires qu'on lui avait confiées, se voyant accablée de dettes et poursuivie par des créanciers impitoyables, dont elle essuyait tous les jours les menaces et les mauvais traitements, tomba dans un si violent désespoir qu'elle prit la résolution de s'empoisonner. Au moment qu'elle descendait pour fermer la porte de la maison,afin que personne ne vînt la troubler dans l'exécution de son dessein, le P. Claver, conduit par une inspiration particulière, entra dans la cour. « Qu'y a-t-il donc, Madame, » lui dit-il en la regardant d'un air de bonté et de compassion ? Frappée d'une visite à laquelle elle ne s'attendait pas et revenue à elle-même: «Ah! mon Père, s'écriat-elle, soyez le bien-venu : c'est sans doute un ange que Dieu m'envoie pour me secourir. » En même temps, elle se jette à ses pieds et lui montre le poison qu'elle avait préparé. Le Père l'ayant reprise avec fermeté, lui fit une vive exhortation sur la dette éternelle qu'elle allait contracter, sur les exigences tyranniques des démons auxquels elle voulait se livrer, et sur les avantages des afflictions et de la patience. « Eh ! pourquoi, ajouta-t-il, désespérer, même en cette vie ? Que n'avezvous recours à Dieu ? Ne savez-vous pas que c'est un père qui n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui ? » La dame, vivement touchée, reconnut sa faute, la confessa et, après en avoir reçu l'absolution, se résigna parfaitement à tout ce qu'il plairait à la Providence de lui envoyer.
Dans une maison de Carthagène distinguée par sa piété, il y avait un grand nombre de négresses à qui on ne permettait