‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 67 sur 108 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

résolut de se détruire. Pour exécuter son dessein en liberté, il envoya sa femme chercher le P. Claver, sous prétexte de venir le consoler. Déjà la dame était à la moitié du chemin, lorsque, faisant réflexion au risque qu'il y avait à laisser ainsi son mari seul en proie à ses idées noires, elle se sentit comme inspirée de retourner sur ses pas. En rentrant dans la maison, elle entend un grand bruit du côté du jardin : elle y court avec précipitation, et trouve son mari pendu à un arbre, mais qui luttait encore contre la mort. Sa douleur lui donnant des forces, elle le soulève par les pieds, en appelant à grands cris les voisins à son secours. On arriva assez à temps pour détacher ce malheureux avant qu'il expirât ; mais dès qu'il fut revenu à lui, il entra dans une telle fureur, qu'il cherchait uneépée ou un couteau pour se percer. Le P. Claver, appelé en hâte, eut à peine pris la main de ce maniaque, en lui mettant au cou une médaille de saint Ignace, qu'à l'instant il devint tranquille. Il employa une grande partie de la nuit à se confesser ; et dès le lendemain matin, le gentilhomme vint à l'église pour rendre ses actions de grâces à saint Ignace, mais en publiant hautement que c'était par l'entremise du fils qu'il était redevable au père d'un tel bienfait.

Citons pour terminer un événement plus extraordinaire encore. Le Frère sacristain ayant aperçu, dans la cour du collège", un homme qui marchait d'un air triste et paraissait réduit au désespoir, eut envie de lui parler pour lui donner quelque consolation ; mais cet homme refusa obstinément de l'écouter en disant qu'il était déjà trop tard. Le bon Frère redoubla ses instances : tout ce qu'il put tirer de lui, c'est que Dieu sans doute l'avait conduit en ce lieu, pour mettre fin à ses malheurs, mais qu'il ne pouvait lui en découvrir la cause. Le sacristain l'engagea enfin à s'adresser au P. Claver, qui, après lui avoir parlé en secret, le retint dans la maison pendant toute la nuit et lui servit lui-même à souper. Le matin, cet homme, devenu plus tranquille, se confessa avec de grands sentiments de repentir, et, délivré tout à coup de ses inquiétudes, il conjura le Père de lui aidera rendre grâces à Dieu de ses infinies bontés, et de raconter à tout le monde ce qui l'avait amené au collège et ce qui lui était arrivé. Voici ce qu'il rapporta lui- même.« J'avais perdu tout mon bien, lui dit-il, et ne sachant plus comment vivre, je pris le parti de me donner la mort. Dans cette résolution, je me mis en chemin vers une montagne peu éloignée de la ville. En ce

moment un homme inconnu se présenta à moi ; et, m'ayant dit avec beaucoup de douceur de ne rien craindre, de me fier à lui, et de le suivre, il me conduisit par un sentier tout hérissé d'épines et de buissons touffus, où, pour faire un pas, il fallait m'ouvrir le chemin. avec des peines infinies. Surpris de me voir tout déchiré et tout couvert de sang, je dis à mon guide : « Eh ! JÉSUS ! où me conduisez-vous? » A ces mots le fantôme disparut; et moi, ayant fait aussitôt le signe de la croix, je retournai sur mes pas pour retrouver mon chemin. Dès que j'y fus arrivé, j'aperçus la même figure qui se présenta de nouveau, en me répétant les mêmes paroles que la première fois. Alors ne pouvant plus douter de ce que c'était, je fus saisi de frayeur, et je m'enfuis à toutes jambes vers le collège des jésuites. J'y restai quelque temps, flottant entre le désir de me délivrer de mes peines et la honte d'en avouer le sujet. Deux fois je voulus sortir, mais je fus toujours arrêté par la vue du même fantôme, qui du milieu de la rue me faisait signe de venir. Enfin, dans le temps qu'aux approches de la nuit je voulais encore m'en retourner, le sacristain de votre maison m'a rencontré, Vous savez tout le reste. »

Il pénètre dans le secret des cœurs.

ACE don de faire des miracles et de consoler les personnes réduites au désespoir, Dieu voulut encore unir celui de prédire l'avenir et de pénétrer dans le secret des consciences. Tant d'âmes qu'il secourut si à propos, sans avoir pu naturellement être instruit de leur état, ainsi qu'on vient de le rapporter, en seraient déjà une preuve incontestable ; mais ses lumières ne se bornaient pas à ces connaissances. Il lisait dans le cœur des nègres qu'il confessait, et ne manquait pas de leur rappeler les péchés qu'ils oubliaient, ou que la honte leur faisait dissimuler. Quelque soin qu'ils prissent de se cacher, il découvrait leurs dissensions, leurs rancunes secrètes, ou le dessein qu'ils avaient formé de s'enfuir. Il n'est pas croyable combien il en retint par là dans le devoir.

Il y avait dans un monastère quatre négresses fort vertueuses, qui faisaient tour à tour l'office de portière. Le Père, qui les estimait beaucoup, leur parlait de Dieu toutes les fois qu'il y allait. Une religieuse, fort curieuse de savoir ce qu'il pouvait leur dire, se cacha un jour pour l'écouter ; et

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