‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 69 sur 108 · LIVRE QUATRIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I

Il est favorisé du don de prophétie. — Diverses prédictions en conséquence.

L'AVENIR ne lui était pas plus caché que le fond des cœurs, et le besoin des malheureux.

Dona Théodora Banquelez, épouse de Don Gabriel de Mendez, gouverneur de Sainte-Marthe, étant sur le point de repasser en Europe avec son mari, voulut prendre congé de l'apôtre de Carthagène et se recommander à ses prières : «Madame, lui répondit-il avec politesse, allez avec la bénédiction de Dieu ; mais sachez que peu après ce voyage qui sera heureux, il vous en faudra faire un autre bien plus long.» Comme elle se montrait curieuse de savoir ce qu'il voulait dire par là, il lui déclara nettement que ce voyage serait pour l'autre vie ; qu'elle mourrait peu de jours après son arrivée en Espagne ; et que Dieu voulant l'appeler à lui, il fallait se soumettre à sa volonté sainte, qui fait tout pour notre bien. La dame, quoique jeune et en parfaite santé, suivit le conseil du P. Gaver ; elle se disposa sérieusement à paraître devant Dieu, et sa mort, qui suivit de près son débarquement en Espagne, justifia la sagesse de ses précautions.

Une autre fois, étant allé chez Dona Marie-Anne de Villedo, il demanda avec beaucoup d'instance à parler à un certain esclave de la maison ; mais, comme il venait de sortir à l'heure même, il chargea la maîtresse de le lui envoyer, dès qu'il serait revenu. <( Que voulez-vous donc ? mon Père, » lui dit le nègre en l'abordant. « Que vous vous confessiez tout à l'heure, comme pour mourir,» répondit le Père. Après s'en être défendu quelque temps sur ce qu'il n'avait rien à craindre et qu'il se portait bien, il obéit enfin et se confessa. Quand il fut retourné à la maison, il mangea de bon appétit, se coucha plein de santé, et le lendemain matin on le trouva mort dans son lit.

Le bruit s'étant répandu quelque temps après dans Carthagène, que le mari de la même dame avait été tué à la guerre de Catalogne, une de ses amies alla pour la consoler dans son affliction, et tâcha de la rassurer sur ce qu'on n'en avait point encore appris de nouvelles certaines. Voyant qu'elle ne gagnait rien sur l'esprit de l'épouse désolée, elle lui

conseilla d'envoyer chercher le P. Claver, qui était plus que personne en état de lui dire la vérité. On le pria donc instamment de venir, mais il le refusa toujours ^en disant : « Eh ! pourquoi irais-je ? puisque je n'ai rien à lui apprendre qui puisse lui donner quelque espérance ? » Bientôt après on reçut, par des lettres d'Espagne, la nouvelle certaine de la mort du gentilhomme espagnol.

Le capitaine Pierre Doriola, ayant envoyé son fils en Espagne pour faire ses études à Salamanque, vint prier le P. Claver de recommander à Dieu ce jeune homme qui était alors en mer. « C'est ce que je faisais dans ce moment, répondit-il, parce que les galions essuient à l'heure qu'il est une violente tempête ; mais, par la protection divine, ils ne périront pas. » Le capitaine remarqua le jour et l'heure de la prédiction ; et les premières lettres qu'il reçut de son fils lui apprirent la vérité de tout ce qu'on lui avait déclaré.

D. Antoine de Bétancour étant venu prendre congé du Père, avant que de se rendre à son gouvernement de la Jamaïque : « Partez, lui dit le saint homme, mais ne manquez pas d'emmener vos enfants avec vous.» Le gouverneur suivit ce conseil, sans savoir pourquoi on le lui donnait ; mais il ne fut pas longtemps sans en apprendre la raison. Peu après, la ville de Carthagène fut affligée d'une violente peste, qui y fit de grands ravages.

Il tira d'un danger encore plus pressant un grand nombre de personnes qui étaient sur le point de périr, sans le savoir. En passant un jour devant une maison de la ville, il avertit tous ceux qui y étaient d'en sortir sans différer, s'ils ne voulaient pas être écrasés sous les ruines. Ils obéirent, quoique avec assez de répugnance, parce qu'ils ne voyaient aucun péril : mais à peine eurent-ils fait quelques pas, que la maison croula et ne fut bientôt plus qu'un tas de bois et de pierres.

D. Juan d'Uvriarte Araoz, un de ses pénitents, désolé de voir sa fille unique à l'extrémité, résolut d'aller au collège la recommander aux prières de son saint directeur. « Non, non, lui dit le Père en le voyant arriver, et avant qu'il eût encore pu dire une parole. — Mais, mon Père, répartit D. Juan, que voulez-vous me dire par là? Croyez-vous que je vienne me confesser? — Vous voulez, répliqua le saint homme, que je recommande votre fille à Dieu; rendez-lui plutôt grâces de ce qu'il veut la prendre pour le ciel: il n'est pas même nécessaire de dire la messe pour elle.» Par toutes les perquisitions

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