‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 70 sur 108 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

qu'on fit à ce sujet, on reconnut qu'il n'était pas possible que le Père eût été informé de la maladie subite de cette fille. Elle mourut le jour même, et les parents ne doutant point de son salut, se consolèrent plus aisément de sa perte.

Il lui arrivait souvent de prédire ces sortes de morts heureuses, plus consolantes et plus précieuses que la santé. Etant allé voir Augustin de Baraona qui languissait depuis quelque temps, le malade voulut se confesser pour se mieux disposer à la mort. Sa femme et son fils voyant qu'ils avaient déjà passé plus d'une heure et demie ensemble, eurent la curiosité d'écouter ce qu'ils disaient et se glissèrent doucement derrière les rideaux. Ils furent bien surpris de voir le Père à genoux, qui, les mains jointes, suppliait son malade de le recommander à Dieu, dès qu'il serait avec lui, ce qui arriva le lendemain ; Baraona le lui promit, en l'embrassant avec tendresse. Cependant la dame, affligée d'entendre que la mort de son mari était si proche, fondait en larmes: mais son fils la consola enfin, en lui rappelant les paroles que le saint homme avait ajoutées. La mort de Baraona arriva le lendemain, ainsi que le Père l'avait prédit.

De toutes les personnes de Carthagène, Dona Isabelle d'Urbina fut celle qui eut le plus souvent occasion de reconnaître dans son saint directeur le don de prophétie et de lumières. Un jour, après l'avoir confessée, il lui imposa pour pénitence de prier Dieu pour les esclaves qu'elle avait dans une habitation fort éloignée de Carthagène; «et surtout pour ce pauvre martyr », répéta-t-il par deux fois avec une émotion extraordinaire. Huit jours après elle apprit qu'à la même heure, le maître des esclaves en avait aperçu un qui s'était retiré pour prendre un peu de repos, parce qu'il se sentait fort malade; et que s'étant imaginé que ce malheureux quittait le travail par négligence, il l'avait fait traîner rudement en prison, où, chargé de fers, il périssait de misère et de langueur.

Quelques jours avant le carême, étant entré chez la même dame, à qui sa sœur était venue tenir compagnie: € En vérité, dit-il, de tout ce carême, on n'aura pas besoin ici de parures. » Dès le premier dimanche, D. Juan d'Urbina, leur père, tomba si malade, que les deux sœurs ne furent presque occupées qu'à le soigner. Au bout d'un mois, il lui prit une si grande défaillance qu'on pensa à lui donner le viatique ; et comme sa fille était toute désolée de voir que le médecin

voulait différer, le P. Gaver la rassura, en lui disant qu'il n'était pas encore temps. Quelques jours après, il survint au malade de grands vomissements qui firent craindre pour sa vie, et le lendemain Dona Isabelle courut à son saint directeur pour lui demander le secours de ses prières. « Quoi! lui dit-il, en frappant deux fois de la main sur une petite table qui était placée vis-à-vis de son confessionnal, quoi! des prières peur ce saint homme Job! Dieu lui destine une brillante couronne dans le ciel; mais ce ne sera que la semaine sainte.» Il mourut en effet le dimanche des Rameaux.

Il se trouvait alors à Carthagène un jeune Espagnol de grande espérance, nommé Emmanuel Alvarez. Le P. Gaver le pressa vivement de quitter le monde et de prendre l'habit religieux, parce qu'il devait mourir plus tôt qu'il ne pensait, en telle année et en tel mois qu'il lui marqua. Alvarez, incertain de ce qu'il devait faire, ne découvrit rien à personne de tout ce qu'on lui avait dit et continua pendant quelques années ses études à Santa-Fé. Après y avoir pris les grades ordinaires, il revint à Carthagène, où il ne trouva plus le serviteur de Dieu qui était mort depuis quelque temps, et où il prit enfin l'habit de Saint-François. Au milieu de son noviciat, il tomba malade; et comme ses supérieurs voulaient le renvoyer chez ses parents pour se rétablir, parce que le mal paraissait devoir être long et dangereux : « Non, non, dit-il alors avec assurance, tout cela serait inutile : je dois mourir cette année, dans ce lieu même, et ce sera au commencement du mois prochain. Il y a longtemps que mon saint P. Gaver me l'a prédit, et cela arrivera assurément. » En effet, le novice mourut saintement dans les premiers jours du mois suivant.

D. Lopez d'Estrada, fils aîné de la sœur d'Isabelle d'Urbina, ayant été puni par son maître pour quelque négligence dans ses études, se retira de dépit au couvent de Saint- Jacques, dans le dessein de se faire religieux. Ses parents en eurent beaucoup d'inquiétude. Le P. Gaver étant allé voir la mère du jeune hemme, cette dame lui fit part de son chagrin, en lui disant que, quoiqu'elle désirât voir ses enfants prendre une route aussi sainte, celui-ci n'était pas encore en état d'embrasser un tel parti. « Ne craignez rien, lui répondit le saint homme. D. Lopez ne sera jamais religieux; mais il faudra vous résoudre à consacrer à Dieu vos deux cadets qui entreront chez les jésuites. >> L'aîné changea bientôt en effet

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