‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 8 sur 108 · LIVRE PREMIER. Î · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. Î

quement de petits discours qui lui attirèrent des applaudissements dont sa modestie eut beaucoup à souffrir.La pénétration de son esprit, jointe à l'assiduité de son application, lui fit faire de si grands progrès, que ses maîtres se déchargeaient quelquefois sur lui du soin d'instruire les autres jeunes jésuites.

Comme c'était moins la curiosité et l'envie naturelle de savoir que l'esprit d'obéissance et le bon plaisir de Dieu qui le guidaient dans toutes ses démarches, jamais son étude ne lui fit rien déranger du temps ni de la suite de ses exercices de piété ; il la commençait en s'adressant à Dieu; il la continuait avec Dieu ; il la finissait tout absorbé en Dieu ; il le priait alors avec ardeur d'être lui-même son premier maître, et de ne lui rien apprendre qu'à l'aimer souverainement et uniquement.

On l'envoie faire sa philosophie à Majorque, où il lie une étroite amitié avec le F. Alphonse Rodriguez.

ON venait d'établir depuis peu à Majorque un collège pour lès jésuites, et on voulut y envoyer un professeur habile, avec quelques jeunes étudiants. Claverfut du nombre de ceux qu'on destinait à faire leurs études dans cette ville où des raisons secrètes l'attiraient, et, par là, il se trouva au comble de ses vœux. Il était alors âgé d'environ vingt-trois ans ; et quelques fatigues qu'il fallût essuyer, sa joie fut extrême de penser que les périls et les tempêtes de la mer allaient le jeter entre les bras du F. Alphonse Rodriguez (I), dont la vertu brillait depuis longtemps d'un éclat extraordinaire.

Ce bon religieux faisait alors l'office de portier au collège de Majorque ; mais, dans cet humble état c'était une âme favorisée des plus sublimes dons de Dieu ; un de ces esprits simples et dociles où habite la doctrine céleste, et à qui les illuminations divines tiennent lieu de toutes les lumières de la science humaine ; un de ces cœurs purs et droits qui, détachés de tout le reste, jouissent en paix des familiarités du divin amour, et qui, placés sur la terre, semblent

i. Alphonse Rodriguez, né en Espagne, le 25 juillet 153 t. entra à l'âge de quarante ans dans la Compagnie de JÉSUS, où il exerça pendant plus de trente ans, avec une rare piété, les humbles fonctions de Frère coadjuteur. Ce saint religieux fut mis au rang des Bienheureux par Léon XII, le 29 septembre 1824. Le décret de sa béatification fut solennellement publié à Rome, le 12 juin de l'année suivante. Enfin Léon XIII le canonisa le 15 janvier 1888.

goûter déjà les délices du ciel. Quel attrait pour le jeune Claver d'être destiné à vivre avec un homme si capable de lui apprendre tous les secrets de la science des saints et de la perfection la plus relevée ! A peine, en arrivant à Majorque, eut-il rendu ses respects à son nouveau supérieur, qu'il alla avec empressement chercher celui qu'il regardait comme son maître, et qu'il avait aimé avant même que de le voir.

Dès qu'ils s'aperçurent l'un l'autre, ils se reconnurent aux seuls sentiments de leur cœur : tous deux se prosternèrent en même temps, pour se donner mutuellement des marques de leur respect ; et sans avoir encore ouvert la bouche, ils entendirent sans peine tout ce qu'ils voulaient se dire. Si Claver fut ravi de trouver dans Alphonse un saint vieillard déjà parfait, Alphonse ne le fut pas moins de trouver déjà tant de vertu dans un si jeune religieux.

Tous deux reconnurent avec joie un trait aimable de la Providence à leur égard dans cette réunion de leurs deux âmes si semblables et déjà si unies en Dieu. Ils convinrent, avec la permission du supérieur, d'un temps marqué pour conférer tous les jours ensemble des choses divines ; et ils choisirent pour cela une heure qui ne pût apporter aucun obstacle ni aux emplois de l'un, ni aux études de l'autre. Ainsi, de l'école de la philosophie, Claver passait à celle de la sainteté ; et la même pureté d'intention qu'il apportait à toutes les deux les lui rendait également profitables. Dieu lui donna pour l'une un esprit excellent, avec des professeurs habiles, et pour l'autre, avec un cœur embrasé d'amour, un maître éclairé de l'Esprit-Saint. Aussi ne perdait-il pas une seule de ses paroles qu'il avait grand soin de mettre par écrit. Le disciple, charmé de la vertu de son maître, s'efforçait de l'imiter; et le maître, à son tour, charmé des dispositions singulières de son disciple, ne lui cachait rien de ce qui pouvait le conduire à la plus sublime perfection : instruit des desseins de Dieu sur Claver, il répandait son âme tout entière dans la sienne.

Ceux qui cherchent à s'édifier seront bien aises de trouver ici un abrégé des instructions d'un saint à un saint. Le voici, tiré de la vie du F. Alphonse imprimée à Madrid, et recueilli longtemps auparavant par le P. Claver.

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