‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 73 sur 108 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

debout et tout brillant de gloire, avec le religieux à genoux devant lui et qui lui demandait humblement pardon d'avoir voulu obscurcir par ses discours leclat de sa sainteté.

Mais c'est particulièrement au saint sacrifice de la messe que sa dévotion éclatait d'une manière plus sensible. Il appréhendait si fort que les fidèles ne manquassent d'y assister les jours d'obligation, que pour la commodité du public, il avait obtenu la permission de dire deux messes les jours des principales fêtes de l'année, et en particulier celui delà fête du Saint-Sacrement. Il avertissait le sacristain de ne lui point donner les ablutions ordinaires, s'il s'apercevait qu'après un certain temps il entrât du monde pour chercher une messe. Quelque nombreuses que fussent ses occupations, après s'être confessé avec une grande abondance de larmes, il employait une demi-heure à se préparer à ce divin sacrifice. Depuis ce moment jusqu'à la fin de son action de grâces, il ne parlait à personne et restait tout absorbé dans la pensée et dans l'amour de Dieu qu'il allait offrir et recevoir. A l'autel, son visage paraissait si enflammé, son air si pénétré de respect, surtout aux fêtes de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, qu'il inspirait la modestie, la piété et la dévotion aux plus insensibles, et qu'une infinité de personnes trouvaient une véritable consolation à entendre sa messe. Pendant toute son action de grâces, la grandeur infinie, la bonté incompréhensible d'un Dieu abaissé jusqu'à servir d'aliment à sa créature, la vue de sa propre bassesse, et le sentiment de son indignité le frappaient tour à tour si vivement, que, n'ayant point alors assez de paroles, ni de sentiments pour exprimer sa reconnaissance, il recourait à la sainte Vierge, pour la prier de suppléer à sa faiblesse, et de l'aider elle-même à remercier son Fils.

Sa dévotion à la sainte Vierge et à quelques saints particuliers,

IL avait sucé, pour ainsi dire, avec le lait, la dévotion envers cette auguste Mère de Dieu, qu'il regardait comme le canal par lequel Jésus-Christ se plait à nous communiquer ses grâces, pour nous engager à avoir pour elle plus de respect et plus d'amour. Le saint commerce qu'il avait eu avec saint Rodriguez, si chéri de cette Reine du ciel, n'avait

pas peu contribué à augmenter les sentiments qu'il avait pour elle : il portait sur sa poitrine un petit livre où la vie et les mystères de la sainte Vierge étaient représentés : il les regardait souvent, il les méditait sans cesse ; et jamais il ne les voyait sans se sentir pénétré de l'amour le plus tendre pour cette bonne Mère. Toutes les fois qu'il entrait dans la maison, ou qu'il en sortait, après avoir adoré le Saint-Sacrement, il ne manquait pas d'aller la saluer dans sa chapelle.

Il l'appelait ordinairement « la Mère du bel amour » ; et, pour obtenir par son intercession un amour de Dieu plus vif et plus tendre, on l'entendait souvent, au milieu de ses prières et de ses ravissements, répéter ces paroles si touchantes: «Ah ! ma bonne Mère, apprenez-moi, je vous en conjure, apprenez-moi à aimer votre divin Fils : obtenez-moi une étincelle de ce pur amour dont votre cœur brûla toujours pour lui ; ou prêtez-moi le vôtre, afin que.je puisse du moins le recevoir dignement en moi. »

Il célébrait toutes ses fêtes avec une piété singulière ; et dès la veille il s'y préparait par des prières, des pénitences et des jeûnes extraordinaires : il consacrait l'après-midi de ces jours-là à confesser les enfants des écoles publiques, pour leur inspirer de bonne heure l'amour de Marie. Il avait engagé quelques personnes riches et vertueuses à lui envoyer un repas où rien ne manquait pour la propreté et pour l'abondance : il en faisait porter une partie à l'hôpital de Saint-Lazare, et lui-même il distribuait l'autre à la porte,où il avait soin de préparer une table commode pour les pauvres : il s'y asseyait avec eux, mais toujours à la dernière place : il y faisait aussi venir quelques joueurs d'instruments pour les réjouir. A la fin du repas, il leur faisait une petite exhortation propre à exciter leur respect et leur confiance pour celle dont la fête les rassemblait ; il récitait avec eux le chapelet, et les renvoyait enfin charmés de ses vertus et de sa bonté.

On ne saurait dire combien il distribua de chapelets. Sans compter ceux qu'il donnait au confessionnal, dans les hôpitaux et dans les prisons, tous les ans il en dépensait huit à neuf mille pour les nègres nouvellement arrivés, et il avait grand soin que tous fussent exacts à le porter. Il employait le temps des récréations communes à faire lui-même des chapelets avec ses interprètes.

Chaque jour de l'année était marqué par quelque petit service qu'il tâchait de rendre à la Mère de son Dieu ; et, à

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