‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 74 sur 108 · LIVRE CINQUIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. I

chaque heure du jour, il ne manquait pas de la saluer par l'hymne de l'Église consacré à cet office. Il était principalement si touché de la pureté de sa conception immaculée, et de la gloire de son assomption triomphante, qu'il l'en félicitait souvent avec une joie visible jusque sur son visage.

Il ne pouvait larir sur les louanges et les vertus de Marie. Un jour de l'Annonciation, se trouvant dans la chapelle de la maison de D. André de Vauquecel, où il s'entretenait familièrement avec lui et avec toute sa famille des grandeurs de la Mère de Dieu, il tira une petite image où était représenté le mystère dont on célébrait la mémoire. Après s'être étendu quelque temps sur les obligations infinies que les hommes avaient à cette heureuse Vierge, il poussa un profond soupir, perdit peu à peu l'usage de ses sens et resta plus d'une heure en cet état, au milieu de tous les assistants qui répandaient des larmes de dévotion, jusqu'à ce qu'enfin son compagnon, voyant qu'il était temps de retourner au collège, le tira fortement, et le fit revenir à lui.

Après JÉSUS-CHRIST et sa sainte Mère, sa principale dévotion était à son ange gardien, à saint Pierre, son patron, et à son père saint Ignace dont il portait toujours une médaille sur lui. Mais il avait de plus choisi vingt-quatre saints pour ses protecteurs, et il s'adressait à chacun d'eux tour à tour ; afin qu'il n'y eût pas une seule heure dans la journée, où, comme il le disait lui-même, il n'eût un avocat particulier auprès de Dieu. Ceux qui seraient tentés de regarder toutes ses attentions comme des minuties, ne savent guère ce que c'est qu'une dévotion animée par une foi vive et une tendre charité.

Son amour pour le prochain.

UXE des preuves les moins équivoques de l'amour dont il brûlait pour Dieu et de l'intérêt qu'il prenait à son culte et à sa gloire, c'est l'amour même qu'il avait pour le prochain et le zèle dont il était dévoré pour son salut: amour si pur et si désintéressé, que dans les hommes il ne cherchait, il ne voyait rien que Dieu, rien que des âmes rachetées de son sang ; zèle si empressé et si ardent, qu'après s'être épuisé de travaux pour ses frères, il gémissait encore de ne pouvoir rien faire pour eux. Il est inutile de rappeler que ce fut ce

zèle ardent du salut des âmes qui le fit sortir d'Espagne, traverser les mers et souffrir un long martyre de quarante années dans un pays où tout conspirait à affliger la nature ; mais ce qui est surtout remarquable, c'est cet amour désintéressé du prochain qui l'attacha aux pauvres, aux misérables et aux esclaves si particulièrement, qu'il ne connaissait pas même de nom la plupart des gens riches ou qualifiés de Carthagène. Instruire les ignorants, consoler les affligés, visiter les captifs, assister les infirmes, fournir à toutes les nécessités des malheureux, c'étaient les plus chères délices de son cœur.

Plusieurs personnes dignes de foi ont attesté que, pendant tout le temps de son apostolat à Carthagène, il ne se passa pas un seul jour où il n'eût exercé quelque acte héroïque de charité ; de manière que, selon qu'il est rapporté dans les procès dressés pour sa canonisation, il est en ce point plus admirable qu'imitable. Sans rien répéter ici de ce qu'il fit au service des nègres,que ne lui en coûta-t-il point pour les empêcher de périr ? Ces malheureux prenaient souvent le parti de se laisser mourir de faim pour terminer par là toutes leurs misères, et il n'y avait que la charité du P. Claver qui fût capable de vaincre leur obstination sur ce point. Un d'eux, accablé de maux et tout couvert d'ulcères, ayant pris cette funeste résolution, le saint homme l'alla trouver et, à force de prières, le décida à prendre du moins un morceau. Celui-ci l'ayant tenu quelque temps dans sa bouche, le rejeta avec dégoût dans le plat. « Mon fils », lui dit alors le Père, « ce n'est pas ainsi qu'il faut faire ; regardez-moi. » En même temps il prend le morceau, et l'avale aux yeux du nègre, qui, étonné de son zèle et de son courage, se détermina à manger, et guérit enfin.

Il soulage les âmes du purgatoire.

IL n'abandonnait pas les âmes de ses frères après la mort, ainsi qu'on l'a déjà pu remarquer : pénitences, prières, messes, indulgences, il leur appliquait tout ce qui dépendait de lui : aussi arrivait-il souvent que ces âmes affligées, sûres de son crédit auprès de Dieu, venaient lui demander le secours de ses prières. La délicatesse et l'incrédulité de notre siècle ne m'empêcheront pas d'en rapporter ici quelques

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