‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 85 sur 108 · LIVRE CINQUIÈME. | je · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. | je

car dès qu'il fut en chemin, la pluie, qui jusque-là avait été continuelle et abondante, cessa tout à coup.

Ce n'était pas seulement aux supérieurs, c'était à tous les officiers de la maison qu'il obéissait, comme à Dieu, dans tout ce qui regardait leur office. S'il entrait dans la cuisine pour y rendre quelque service, il se découvrait et, les yeux baissés, il priait humblement le cuisinier de lui dire ce qu'il voulait qu'il fît. Quand il était chargé de préparer le réfectoire, il n'arrangeait pas la moindre chose sans l'ordre de l'officier qui en avait le soin. Au premier signal que donnait le portier, il accourait en lui disant : -;' Que m'ordonnez-vous, mon frère? » Le sacristain, sûr de le trouver toujours à ses ordres, avait recours à lui pour tout ce qui demandait le ministère d'un prêtre. Quand il sortait en ville, il n'avait point d'autre volonté que celle de son compagnon, qui déterminait à son gré, et le chemin qu'il fallait prendre, et la manière d'aller. S'il entrait dans le quartier des novices, il demandait les ordres de celui qui y présidait, et le respectait alors comme son supérieur. Enfin sa passion d'obéir, si on peut employer ce terme, était si forte que, quand il était obligé d'aller en mission, sans autre compagnon qu'un nègre qui lui servait d'interprète, ne pouvant se résoudre à se gouverner lui-même, il donnait à cet esclave toute autorité sur lui, pour avoir le mérite de l'obéissance : c'était lui qui réglait l'ordre de la marche, les repos qu'il fallait prendre, les habitations où l'on devait aller.

De ce grand principe de la plus parfaite obéissance, partait son attachement et son exactitude à toutes les règles établies par saint Ignace ; et ceux qui furent les plus attentifs à examiner sa conduite, furent forcés d'avouer que jamais ils ne l'avaient vu manquer à la plus légère observance. Dans la multitude de ces règlements, il y en a quelques-uns qui paraissent peu importants en eux-mêmes, et d'ailleurs très assujettissants ; mais sa vigilance et son courage suppléaient à tout; de sorte que quand, en sortant de la maison, il oubliait par hasard de se marquer à la porte, accablé du grand nombre de personnes qui voulaient alors lui parler, dès qu'il s'apercevait de son oubli, il retournait sur ses pas pour obéir à ce que la règle prescrit sur cet article.

Il était toujours le premier à se trouver où le signal de la communauté l'appelait. Si on lui remettait quelque lettre sans avoir été décachetée, il était sensiblement affligé de voir

que les supérieurs ne lui donnassent pas lieu, en la lisant les premiers, de pratiquer la subordination et la dépendance. A plus forte raison n'écrivait-il jamais sans leur avoir montré ses lettres ; et il était si exact sur cet article, qu'ayant eu ordre de son général d'écrire pour quelque affaire particulière à un autre jésuite des Indes, et ne pouvant montrer la lettre au supérieur de la maison, il alla la porter au provincial, qui était pour lors à Carthagène.

Son humilité profonde.

ANT de vertus éclatantes étaient fondées sur une humilité si profonde, qu'il n'y avait à ses yeux rien de plus petit, ni de plus vil que lui-même. On a déjà vu les efforts qu'il fit auprès de ses supérieurs, pour les engager à le laisser servir dans la Compagnie, en qualité de simple frère coadjuteur. Quelque propre qu'il fût, par la beauté de son esprit, la singularité de ses talents et sa capacité éprouvée, à remplir les emplois les plus élevés, soit dans la chaire chrétienne, soit dans les écoles théologiques, soit même dans le gouvernement, il se borna toujours à son premier ministère auprès des nègres, des pauvres et des malades, sans que jamais il lui vînt en pensée qu'il fût bon à autre chose.

Il n'oubliait rien de ce qui pouvait contribuer à le faire regarder comme le dernier des hommes. Deux fois par semaine, il allait par la ville chargé de linge, de draps et de toutes sortes de provisions pour les prisonniers ou les malades, et quand en chemin il rencontrait un infirme ou un impotent, il le chargeait sur ses épaules, jusqu'à ce qu'il lui eût trouvé un asile sûr et commode. On sait qu'un de ses plaisirs était de manger à la porte avec les pauvres.au même plat et à la dernière place ; mais il ne se contentait pas de cette humiliante situation. Après le repas, il leur aidait luimême à laver, il rinçait les vases, nettoyait les plats, appropriait les sièges, balayait la place ; en un mot, il faisait tout ce qu'on aurait pu exiger du dernier des esclaves.

La moindre marque d'estime l'affligeait, et les honneurs étaient pour lui ce que sont pour un homme superbe les affronts les plus sanglants : c'est pour cela qu'il fuyait le commerce des riches et des grands, et que sa conversation la plus ordinaire était avec les petits, les pauvres et les simples.

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