‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 92 sur 108 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

plainte, jamais il ne fit paraître la moindre altération sur son visage : <( Mes péchés », disait-il alors, « en méritent encore bien davantage. »

On lui apporte la vie imprimée du F. Alphonse Rodriguez. — Traits singuliers de sa tendresse pour lui à cette occasion.

AU milieu de tant de sujets d'affliction, Dieu lui ménagea une consolation bien capable de les lui adoucir, aussi bien que de satisfaire la tendresse et la dévotion qu'il conserva toute sa vie pour son premier maître dans la vie spirituelle.

Un religieux de la maison vint un jour lui apporter la vie du vénérable F. Alphonse, imprimée depuis peu en Espagne: « Mon Père », lui dit-il en l'abordant, « voici la vie du saint F. Rodriguez qui vient de paraître ; il a voulu sans doute vous procurer du haut du ciel cette satisfaction, avant votre mort. » A cette nouvelle et à cette vue, le P. Claver transporté de joie, ne trouve point assez de termes pour le remercier : il prend le livre, et l'ayant mis avec respect sur sa tête, sur son cœur et sur ses lèvres : « Béni soit Dieu », s'écria-t-il, « qui m'a donné la consolation de voir enfin ce que j'ai si longtemps désiré ! » La vue du portrait du saint religieux qu'on avait mis à la tête de l'ouvrage, redoubla la vivacité de ses transports. On profita de cette circonstance pour lui demander quelques secrets qu'on n'aurait jamais pu tirer de lui.

On lui demanda donc s'il était vrai que le F. Alphonse lui eût prédit qu'il passerait aux Indes et en particulier à Carthagène ? Il répondit qu'il le lui avait répété plusieurs fois. On s'informa de quelques autres particularités de sa vie : il commença par cette extase prodigieuse, dont on a parlé dans le premier livre de cette histoire ; et en la rapportant, il parut entrer lui-même dans un ravissement pareil : ses yeux se fermèrent tout à coup, la parole lui manqua, et il ne put exprimer que par ses gestes les douceurs intérieures dont son cœur était inondé. Quelques moments après, le frère sacristain le voyant assoupi, se retira et remporta le livre avec lui : mais à peine fut-il sorti, que le P. Claver à son réveil, se voyant privé de son trésor, se fit promptement habiller, parce qu'il ne pouvait le faire lui-même ; et soutenu par son amour, qui lui donna des forces en ce moment, il alla à la sacristie chercher le frère, pour le prier de ne lui pas

refuser la consolation de voir encore à son aise la vie et le portrait de son cher maître. Son respect ne lui permit pas alors de l'envoyer chercher par un autre, et malgré son

S. Alphonse Rodriguez.

extrême faiblesse, il voulut y aller lui-même, afin qu'il fût dit que, s'il devait la première lecture à son bonheur et aux attentions d'autrui, la seconde était le prix de ses soins et de sa

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