‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 11 sur 106 · I.A BASILKJLF. VATICANE · texte numérisé non relu

I.A BASILKJLF. VATICANE

un grand peintre, mit dans ses fresques ce qu'il avait sous les yeux : la pyramide de Gains Cestius à la porte d'Ostie, le monument de Ronmlus au Vatican, et entre les deux le crucifiement de saint Pierre. C'est l'origine de l'opinion qui favorise le Janicule, le premier document. Toutefois, à qui regarde bien, la fresque de Giotto ne rappelle d'aucune façon le sommet d'une colline. Les deux cônes, comme deux cliandeliers, accompagnent la scène du martyre qui a lieu à leurs pieds en rase campagne. Giotto, certainement, ne songea pas au Janicule.

Au xve siècle, l'artiste chargé par Eugène IV de fondre les nouvelles portes de Saint-Pierre s'inspira des fresques de Giotto. Comme entre la pyramide de Cestius et le monument de Romulus se trouve le sommet du Janicule, — et beaucoup d'autres choses, car il y a du large, — il plaça le martyre sur une montagne, entre les deux cônes. L'opinion était fondée. Sixle IV, (piclciues années plus tard, lui donna un nouveau gage dans les sculptures exécutées pour la balustrade qui! lit élever autour de la Confession '. L'idée fit rapidement son chemin dans les masses, d'autant plus qu'il y avait sur le Janicule une église très ancienne dédiée à la sainte Vierge et à saint Pierre. Les pèlerins affluèrent. Hors l'église, dans la cour du monastère on leur montrait, avec la meilleure bonne foi, l'endroit même du crucifiement, le trou où la cmix était plantée. Les rois d'Espagne, Ferdinand et Isabelle, émus d'un pareil souvenir, relevèrent l'église ({ui tombait en ruines, et sur leur ordre, vers la fin du xve siècle, Bramante construisit au-dessus du trou légendaire un petit temple ravissant, de forme ronde, surmontt' d'une coupole portée par seize colonnes de granit noir. Les pUKjuus de marbre et les inscriptions, consacrant et le lieu du martyre df l'apôtre et la piété des rois catholiiiues, se multiplient. Les papes donnent bulle sur bulle pour enrichir d'indulgences le nouveau sanctuaire; le courant est établi. Depuis lors, un bon frère capucin, armé d'une longue gaule terminée par un entonnoir, ne manque jamais de puiser dans \r \\'<\i du crucifiement de la poussière jaune qu'il distribue aux pèlerins.

Malgré les phKjues de marbre et les bulles d'indulgences, de nombreuses protestations se sont toujours élevées au nom de la vraie tradition. Nous citons la plus célèbre, celle de Bosio. le grand explorateur des catacombes. « Si on doit donner quelque crédit à la tradition, écrit-il, la tratlition la plus antique est que Pierre a été crucifié et enseveli où est la basilique actuelle du Vatican -. »

' Cette halustrailo en marbre blanc se trouve aujourd'hui dans Ins groWes valicancs. où iiou.s l'avons vue.

'^ Homa solierr., lib. II, c. m.

78 SAINT- PIEU RE DE lioME

Si Pierre a été cruciiié au Janicule, comment expliquer le silence des premiers itinéraires sur un lieu aussi sacré? Les auteurs de ces guides, qui commencent au ve siècle, connaissent tous les cimetières, tous les oratoires, toutes les églises. Ils vont partout, notent au passage tout ce qui est vénérable, et ils auraient oublié le lieu du cruciliement de saint Pierre! Comment expliquer le silence de saint Damase et de saint Grégoire le Grand? Ces deux pontifes, Fun par ses inscriptions, l'autre par ses discours, ont signalé à la dévdtion des chrétiens les lieux les plus s.aints de Rome, et seul le lieu du crucifiement de saint Pierre serait oublié! Ce silence est extrêmement éloquent, et. appuyé par les documents anciens que nous avons rapportés, prouve ave(" é'vidence que l'on confondait au Vatican, dans une même vénératiim. le ( luciliement et la sépulttu-e de saint Pierre. On ne les distingue pas. ir.wce que le même lieu les réunit. Dans la basilique actuelle, l'endroit précis du crucifiement, « près l'obélisque, entre les deux mêla. » se trouve à l'extrémité du grand transept droit, à l'autel des saints apôtres Simon et Jude'.

Après une douloureuse agonie, Pierre ivndit sdii ànic à Dieu. C'était le 29 juin. Tau 67 de l'ère chrétienne, la douzième de Néron. Il avait siégé à Rome vingt-cinq ans, et gouveiiu' l'Église, depuis la mort du Christ, pendant trente-huit ans*.

' .Aliuucchi, Memorie, p. 75. — De notre tem))S, un îles plus ardents iléfcnseurs du Janicule fut Mfc'i" Pacifici, sous le pontiCicat de l'ie Vil. Dans son ouvrage, cet auteur accoli" ensemble deux thèses dont 1 une inlirnie .sin^'ullérenient l'autorité de l'autre, parce nu'elle montre que M^'' Pacifici se laissait facilement entraîner par des rêves liisloriques. D'après lui, Noé serait venu mourir au Janicule pour y prophétiser la mort de saint Pierre. Et certainement les prêtres qui récitent si souvent le psaume Quare fremuerunt génies, ne se doutent pas que plusieurs versets de ce psaume annoncent et prouvent clairement la venue de Noé au Janicule. Cf. Marlirio di S. Pietro c venula e morte (H Noe sttllo stesso monte.

' La date de la mort do saint Pierre oscille entre l'an (15 et l'an 70. Kusébe de Cé.sarée la met en 70. IChronic); saint Jérôme, la quatorzième année de Néron, c'est-à-dire en 69. {Lih. de Script. Eccl.) Cependant le saint Docteur fournit lui-même à saint Épiphane la rai.son la i)lus sérieuse pour adopter l'an 67. Il dit que Sénèque mourut deux ans avant que Pierre et Paul reçussent la couronne du martyre. Or Sénèque mourut sous le consulat de Silius Nerva et d'Atticus Vestinus. (Cf. S. Hier. Lib. de Script. Eccl., et Tacit. Ann. XV, xlviii.) — Ces deux |)ersonna}rcs étant entrés en charge en 65, les Apôtres durent être mis à mort en 67. Le |iape Pie IX a adopté cette date en faisant céléhni' rn I^!(17 le dix-huitième centenaire de leur mort.

LA BASIMuLE VATICANE

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LIVUE II

LES TOMHK.UX PlMMITirS

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