I.A [iASILlylF; VATICANE
direction de l'Étrurie. Le prestige qui laccompacfii.iit lui fit donner son nom an terrain ffu'elle traversait sur le Vatican : tcrritorium triumphale. On lappelait, selon les époques, vio Efrusca, via Vaticana. via Triiimjihalis, et même, au ne siècle, sur le témoignage du prêtre Caius, via Regalis. Entre ces deux voies se trouvaient le cirque de Néron, le térébinthe et le temple d'Apollon, prés (lii.|iicl saint Pierre fut inhumé : sppultus in templo Apollinif<. Il est évident que l'apôtre ne fut pas enseveli ilans le
Martyre t\r siiinl Picrro, par .Michclangiolo. (Chaprllc Pauline au Vatican.) — Photog. Alinari.
temple d'Api)ll(>ii. H l.inl h .idiiiic, en ('l;ii'giss;uit le sens de l'expressictn du Liber jionli/icali^ : prés le lciii|ili' d .\|iiilliiii. ( )i'i (''Liil-il situé?
A gaiiclii' (Ir la liasili(|ii(' (Iniislaiiliiiiciiiic. à i|iii la ii-^.ardait de face, — se li(Hi\ail ViM's le ci'iilic un l'ililicc. ilc Inruir rdinlf. dédié à sainte l'('liniiil|c. la lillr spirituelle laiil aiim'e de ra|ii'i|i v. l'Iiisieiirs diil voulu Vdir diiiis ce! or.iloire le liiii|i|e d.\|in||( n. laiciii- qu'ils aiiiiiienl pu é'vitiM' en ri'lléchissant sur I eiM|ilaccniciil circnp»' |iar la liasili(pie. C.uiistaiiliii. pressé de gldiilier >aiiil l'ieiic. lil di'iiinliià la liàic le eii((ue de Nénui. el duiiiia n mime base, ;iii\ deux nefs lalé-i'ales île gauche, les iuui-s même qui portaient les gradins el les galeries. Par ccinséquenl. la basilique se trouvait eu plein eiiipio, débordant jusqir.iu putiiuni. (!e ipii nécessnii'cment . en a(|ii|)taiit ror.itoire de Pi'ti'nuille cojiune temple
d'Apollon, met ce derniei' au beau milieu de l'arène. Chose absurde au premier coup d'œil. Force est donc de répudier entièrement cette opinion. Avec Fontana'. Cancellieri* et beaucoup d'autres, nous pensons qu'entre le cirque et le temple d'Apollon il y avait une voie permettant le libre accès des galeries. Ce qui rejette le temple d'Apollon plus à droite, près la Confession de saint Piei're. De cette façon, le Liber pontiflcalis peut dire sans exagération : Sepultus est via AureJin in templo Apollinis, juxta palatium Neroniamim.
Tous les détails sont concordants et se corroborent l'un l'autre. Nul tombeau n'a été mieux signalé, mieux délimité. La Providence veillait sur lui.
L'ensevelissement de saint Pierre à Rome est attesté par une nuée de témoins. Des lèvres du prêtre Caius les affirmations se succèdent à travers les siècles sans interruption. Poètes, docteurs, historiens, orateurs, répètent à l'cuvi les louanges du toniheaii du prince des Apôtres. L'univers est comme un immense clavier sur lequel les hommes de génie viennent chanter tour à tour à l'Église et aux anges de Dieu les gloires de ce tombeau.
0 Rama felix! Heureuse, non pas d'avoir vaincu le monde, écrasé les nations, dépouillé les empires; heureuse, non pas de s'être gorgée du sang des vaincus, enrichie de leurs trésors, repue de triomphes et de débauches, non! 0 Roma felix, quae tantorum principum es purpurata pretioso sanguine^! Ainsi chantait, au ve siècle, Helpes, la femme de Boèce; ainsi chante encore l'Église catholique sur toutes les plages du monde. A Rome, aux premières vêpres de la fête de saint Pierre , devant le vieillard assis sur sa chaire, au milieu de tout un peuple remplissant le plus vaste temple du monde, deux fois les chantres de la chapelle pontificale répètent cette strophe qui redit aux vrais Romains la gloire de leur ville: O Roma felix! Ainsi l'ont climilé, sur des rythmes divers, les génies qui s'appellent Augustin. Ainbroise, Léon, Chrysostome. Chrysostonie siirtoiil, révê(Hie de la rivale de Rome, laisse tomber de ses lèvres d'or des accents émus : « NonI s'écrie-t-il, le soleil ne répand pas plus de splendeurs dans les cieux que la ville de Rome illuminée par ces deux astres! De Rome, Pierre et Paul ressusciteront! Pensez au spectacle que cette ville contemplera, (|uand elle verra de ses yeux Paul sortant avec Pierre du tombeau pour se rendre ati-devant du Christ'! »
' Foril., Templ. Valir. 1. II, c. vin, p. 13.
'■' Cancelliori, De Secirt. t. I, p. '.125 et scq.; Hoiiie, "1780.
^ Hymne des Vêpres de la fêle de saint T'ierre.
' lIoiiiU. xwii in Eju.ft. ail Boni. Op. oiiin., t IX. p. 757; Paris. \TSi.
i. A (!ASII.10LK VATICANE
Nous ne pouvnns citer les admirables pages que les Pères ont laissées sur le tombeau de saint Pierif; (|iril nous suffise de renvoyer le lecteuià l'ouvrage de Stepliano Pxtrgia. véiitabli' chaîne d'or où. siècle par siècle, les témoignages les plus précis et les plus élofjuents viennent se soudeil'un à l'autre, et forment |;i preuve la plus iri-écnsable de la présence à Rome des restes du primi' des Apôtres '.
IIP
Cnicifit'iiicnl ili' sninl Picrro (portes de bmnze de la Basilique I. — A. PhilaiVlc.
Vers l'an \H'). le |i;i|ii' Aii.iclel é'Ieva sur la s('|nilliiie de sailli l'iwrre une iiK-nioriii . nii iiioniiiiii'iii dr diiiirii-inn ^iiriis.iiilr |HMii- lui donner asile à liii-inrnie et à ses successeiiis. Hic iiiiiiioiiinn hculi l'clri luiislni.vil et cvnijKjsuil , iIiidi ])rcsh!il('r fiirlus fiiisscl u hniln l'rlr<>. srn nlin hica iihi episcopi recovdnrtitiir scpidliiru' ',
Telles sont les ((uel(|iies lignes (|iie r.iiilii|iiili' nous a liaiisniises suite tombeau |irimitirile saiiil l'ieire. I.enr InirMli' inriiie esl une jjaianlie
' Vnticmia coufessio; Homo, 177ri.
' l.ili. pnnlif. I, |i. .■)V Kilil. Dui'licsiir
d'authenticité, et nous pouvons établir sur ce fondement, avec une entière sécurité, notre opinion toucliant la memoria d'Anaclet, jusqu'à la paix de Constantin.
On croit généralement que pendant la durée des persécutions la construction d'Anaclet fut simplement un monument funéraire, conservant à la chrétienté de Rome le souvenir de la sépulture de son fondateur. Nous pensons, au contraire, que cette memo7'ia, hàtle et ornée (construxit et comj)osuit) par les soins d'Anaclet, fut à Rome le centre religieux, l'église principale, en un mot la cathédrale des papes jusqu'à Constantin. Nul empêchement et toute fiicilité du côté de la loi. « La religion des tombeaux est si grande, dit Cicéron, qu'on regarde comme un crime de se faire ensevelir hors des monuments de ses aïeux '. » Cet axiome juridique fonde et explique les habitudes romaines sur les funérailles. Toute famille noble a sa sépulture privée. C'est un champ sur le bord de quelque voie célèbre. Loin de dissimuler le monument funèbre, on met la façade en pleine vue, afin que la richesse de ses marbres, l'élégance de sa construction, la profusion de ses statues, étalent à tous les yeux l'opulence de la famille. Les chambres sépulcrales, réservées à ses membres, sont décorées de peintures.
A côté, plus humbles, les columbaria présentent les niches oîi reposent les cendres des affranchis et des esclaves. Même après leur mort, les habitués de la maisf)n doivent l'entourer et lui rendre honneur. Autour de l'édifice principal, à travers les fleurs, les arbres et les vignes, s'élèvent d'autres constructions, des salles pour les n'unions, des portiques et la loge du gardien. Le champ du repos devient un lien d'agrément, une villa '.
Les petits, — ceux qui n'ont pas d'aïeux. — ont le même souci. La pauvreté, loin de rétrécir le cœur, souvent le dilate et y fait germer des dévouements et des tendresses inconnus sous les lambris d'or. Seul, de ses propres deniers, l'ouvrier ne peut acheter un champ, creuser des chambres sépulcrales, élever un monument, l'entretenir pour y offrir, à certains jours, les libations sacrées et prendre part aux festins d'usage; c'est trop pour sa bourse. Le culte de ses morts n'en souffrira pas. Ce qu'il ne peut à lui seul, le groupe, le collège le réalise. Sous des noms divers, se fondent partout à Rome des sociétés funéraires, composées ordinairement d'ouvriers de même métier, de simples amis, d'habitués d'iiii iiiTme lien, de compagnons des mêmes plaisirs. On vote les statuts; une caisse commune garde la cotisation mensuelle. On achète
' De Leg. M , xxii.
- Allard, Persécut., II, append., et Boissier. la Religion romaine, II.
LA nAsii.iQLE vatk:ane
le domaine, on creuse le columbarium, et chacun, selon sa mise de fonds, a droit à tant de niches pour les siens. Le collège a ses administrateurs, son protecteur, quelque patricien chargé de défendre ses intérêts. Au ler siècle de l'ère chrétienne, un sénatus-consulte autori.se ces associations. En voici le texte : Qui stipeni menslruam conferre volent in funera, in id collegium coeant, neque sub specie ejus collegi nisi semel in mense coeant conferendi causa unde defiincti sepeliantur '. On le voit, le législateur craint la conspiration. Tout en accordant l'autorisation légale aux collèges funéraires, il a peur que -les petits ne s'en sen'ent
Columbarium.
comme d'une arme contre le pouvoir, et il restreint à une fois par mois le droit de se réunir au sépulcre commun.
Los grands pouvaient visiter et honorer à leur aise les tombeaux île li'iir famille; les pauvres étaient limités : on mesurait leurs larmes. Cette distinction injurieuse fut l'objet de vives réclamations, et siirldiit de contraventions nctinhreuses. Aussi, quelques années après, on ajoutait à la loi ce correctif : « 11 n'est pas proliiln'. dit Marcicii. de se n''iniir pour un motif religieux, à la condition de respecter le sénalus-considt('(|ui interdit les associations illicites*. » C'était large : les associés des divers collèges, outre les réunions mensuelles destinées à recevoir les cotisations, pouvaient s'as.';emhler à volonté, sous prétexte religieux, dans le domaine fiuiéraire.
Tout domaine occupé par une s('|Miltiirc de famille ou de société jouissait de la plus complète sécurité. La loi en faisait un lieu sacré.
' liicri|)lioii lie l.anuviuiii. Oiflli tiOSii ' Digest., XI. vu.
M.ircirii. Ihi/i-sl,-. M . Ml. -.'J. I.
à condition toutefois que le corps y eût été réellement inhumé '. C'est pourquoi, quand la coutume de l)rûler les corps eut prévalu, on tourna la loi d'inhumation réelle en mêlant aux cendres quelques poignées de terre. Pas de distinction pour le genre de mort. Les suppliciés, comme les autres, ont les mêmes droits et jouissent du même respect. « Les corps des suppliciés, dit le jurisconsulte Paul, doivent être délivrés à quiconque les réclame pour les ensevelir -. » Ulpien dit également : « Les cada^Tes de ceux qui ont eu la tête tranchée ne doivent pas être refusés à leurs parents. On peut recueillir sur le bûcher et déposer dans un tombeau les cendres et les ossements de ceux qui ont été condamnés au feu *. »
La loi romaine, comme on le voit, affirme de plus en plus le droit au repos dans la tombe. Dans un rescrit impérial, Marc-Aurèle le rappelle et ordonne « que les cadavres qui ont reçu la juste sépulture ne soient jamais troublés dans leur repos * ».
Ces lois protectrices, inaugurées avec le christianisme, ({uoique en dehors de lui, et confirmées dans leur développement pendant les trois siècles de persécutions, ont un caractère providentiel qui éclate à tous les yeux. L'Église entre naturellement dans le cadre légal, sans violence; on dirait qu'il est fait pour elle, à sa convenance, tant elle s'y glisse avec facilité. Elle est même plus scrupuleuse vis-à-vis du texte. Point de bûcher, point de cendres à recueillir; ses sépultures sont « justes », — justa sepultura, — car son respect pour les corps de ses enfants, sanctifiés par l'Esprit-Saint. ne lui permet pas de les détruire. Elle les confie à la terre, l'inhumation est réelle.
Chose remarquable! Le salut du monde vient par la mort du Christ, il sort d'un tombeau. Pour grandir et se répandre, la société chargée par Dieu de communiquer ce salut à l'univers entier, l'Église, suit la même voie. La mort assure sa liberté; le tombeau lui donne le droit de vivre. L'Église y trouve l'inviolabilité de ses domaines, l'immunité de ses habitations, la légalité de ses réunions. Les empereurs et le Sénat, croyant protéger uniquement le droit des pauvres à iilcmcr leurs morts, travaillaient à I.i grande œuvre de l'évangélisatinii du monde. D'une main ils tenaient la hache poni' tuer les chrétiens, de l'antre la loi (|ni en sauvait la semence.
Le domaine orrupo pai- le tombeau do s.iint Picnv olViait (loii(> ,in\
' Cicer. de I.cg. il , xxii.
■' Paul, Dùj., XLVIII, XMV, 'S.
' Ulpion , ihul. ^ Bill., XI. VII, :i
fidèles toutes les garanties de sécurité pour leurs réunions, de par la loi. N'est-ce pas (hV\h une raison grave de penser qu'ils en ont profité ? Il y a plus, les hahitudes dirétiennes des premiers siècles vont apporter un puissant appui ;"i notre opinion.
Dès le temps de l'apostolat de saint Pierre à Rome, les cimetières chrétiens de famille se fondent. Aucun fidèle n a la pensée de mêler ses cendres aux cendres des païens, fussent-ils ses plus proches parents. L'abinie qui sépare les deux religions est tellement profond, que, vivants ou morts, la communauté est impossible. Le païen a son urne funéraire, ses libations, ses dieux mânes; le chrétien creuse son loculus, grave sur la pierre ou le marbre' >\\ù le ferme les symboles de sa foi. et y repose dans l'attente de la résurrection. Ses frères viennent le rejoindre; non seulement les membres de la famille patricienne qui a doniK' le terrain, percé les galeries, élevé le momunent, mais tous, riches et pauvres, enfants du même Dieu, héritiers des mêmes promesses. Il n'y a point de di.stinction, point d'exclusion, le.sclave y repose à côté de son maitre. Souvent l'esclave est plus honoré ipir le lu.iilrc. car l'honneur est réservé au témoignage du sang. Ce sang, versé pom' Jésus- Christ, fût -il sorti des veines d'un esclave, constitue l'aristocratie chrétieimc. Au cadavre mutilé du martyr, on creuse une chambre plus vaste, on la décore de peintures. Son sai'cophage est sculpté, et sur lui le pontife offrira le sacrifice du Christ. Patriciens et patriciennes lieiidiout à grand iiuiuieur d'i'tre ensevelis à ses côtés.
Ainsi se sont fondées les catacombes apostoliques dont nous avons parlé : celle de Priscilii' pai' la famille sénatoriale de Pudens. celle de Domitille par les Flaviens, celle ad Nymphas sancti Pétri par les Ostoriens, celle de saint Paul par Lucine, et, sans nul doute, cello de saint Pierre au Vatican. Ni la tradition ni les documents ne nous ont ti'ansmis le iu)m de la famille ((ui ouvrit le cimetière du Vatican. Ouand Pierre y lui ensiweli. il se Innisa au milieu des siens, parmi les héros de la perséculioii de Niron. duni les restes calcinés y avaient été déposés. Ce nesl |iuiiil mie sinqile conjecture. Sous le pontificat d'Urbain \'lll. comme nous le verrons dans la suite, en cieu-ani le< Iniidatious du baliiai{ilin <{iii leiniixie l'anlej |ia|i;d de la basili(|iie. on Ironva de nombreux ossements l'u parlie cailionisés '. (rr^taienl nos pères dans la foi <|ui se ii'vaieni de lenr londie poiu' tc'moigner à nouveau en faveur du C.lirisl.
Les cimetièr(îs |>rivés ne [louvaienl dîner longtemps. L'extinction des familles proprii'iaires. les frais d"eiitri'lieii el ira;iianilissemeiit des gale-
' Ms (lu cliiiniiinc l'ImMi, <oiilriii|ioriiin tirs Imiilli's i Arcliiv >\>- l:i ll;isllii|ui'.>
ries, et surtout le développement du christianisme, obligèrent l'Église, vers la fin du ne siècle, à se constituer en collège funéraire. Rien de plus facile surtout à cette époque où, grâce à un rescrit de Septime- Sévère, toutes les restrictions légales étaient levées en faveur des domaines funéraires de Rome et des provinces, ("est la vraie origine des propriétés ecclésiastiques. Les pontifes romains nomment un administrateur des cimetières et ne craignent pas, si leurs droits sont lésés, d'en appeler même au tribunal de l'empereur. L'Église primitive n'est nullement, comme on l'a trop répété, une société secrète, clandestine, enfoncée dans les catacombes; elle vit au soleil, fonctionne en plein air, achète, vend, plaide au besoin, comme toute autre société, sous le nom et le couvert de collège funéraire. On Tattaque souvent. Persécutée, exilée, broyée, elle se relève toujours vivante. Rarement on confis({ue ses biens, tant la propriété funéraire est sacrée pour les Romains. Il faut un Valérien pour violer ses tombeaux : œuvre sacrilège qui paraît tellement monstrueuse, que Gallien, son successeiii'. l';iit anicndi' hoiioralilc et les restitue à l'évêque de Rome '.
Certes, nous ne ])rétendons pas que l'Église fut toujours en sécurité, dans ses domaines funéraires, pendant les persécutions. Le même Septime- Sévèrc, qui proclame le rescrit de légalité pour tous les cimetières, proclame également l'édit de guerre à outrance contre le christianisme.
Singulier contraste! Les assemblées religieuses sont interdites aux chrétiens même dans les cimetières, les assemblées funéraires autorisées par la loi. Comment les distinguer? La haine populaire a vite raison de ces nuances, et souvent, malgré la loi, elle env.ihit Irs cimetières, trouble
■Je?' ?
les sacrifices et immole à sa rage les chrétiens ([iielle rencontre. Le pape Sixte II est décapité sur son siège à Prétextât; de nombreux chrétiens, réfugiés dans une chambre sans issue à Priscille, y sont murés vivants. « Tous les jours, s'écrie Tertiillicn. nous sommes assiégés, tous les jours trahis, et vous venez ordinairement nous saisir an milieu de nos réunions *. » Il fallut même organiser la défense dans les catacombes. Des escaliers coupés, béants dans le vide, des galeries tortueuses, véritables labyrinthes, des issues ouvei'tes sur des arénaires, sont encore aujourd'hui les éloquents témoins des souffrances de nos pères. A Rome, comme à Carthage, le peuple qui comprenait que la force sociale de l'Église était dans ses cimetières, réclamait à grands cris la suppression du droit funéraire pour les chrétiens : Arex non sint! Plus de cimetières aux chrétiens!
' Euseb. Hist. Eccl. VII, xiii.
* Apoloy. VII.
LA BAslLIgLU VAÏICANE yj
Heureusement la Providence veillait sur les siens, et par une contradiction inexplicable, à part quelques années, et des violence.s partielles, kl loi romaine qui tuait les chrétiens les protégea toujours dans leur tombe. Du rescrit de Trajan qui défend d'être chrétien, jusqu'à l'édit de Constantin qui donne à l'Église toute liberté, c'e.st-à-dire pendant une période de trois cents ans, la persécution est à l'état permanent dans l'empire. C'est la loi : être chrétien, c'est être criminel. Cependant.
Ensevelissement de sainte Cécile . |>ui' l'etrattini.
grâce au caractère libéral ilc (|nfi((ui;s empereurs, grâce à des r.iisons de politique intérieure qui. vu la iiiiilliliide des chrétiens, se trouvait obligée (le reculei' devant iuk; répression universelle, les violences et les scènes sanglantes avaient de longues intermittences. Les accalmies se produisaient tantôt dans une partie de l'empire. tantAt dans une autre, selon les dispositions plus ou moins conciliantes des gouverneurs des provinces et des populations: (pielipietois tout l'empire était en paix avec l'hlglise. Ia's ('(lils de nimt vciiaicnl périodi<|uement commt! les éruptions de l'abiuir inrcm.il. soubresauts spasmoditjues de l'être mauvais don! la rage stimulait sans cesse l'autorité païenne. L'Église, forte des promesses divines, courbait la tête sous l'orage, mais ne désespérait jamais. Plus on l'accablait, pins elle se relevait vigoureuse, ix' sang
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de ses enfants, comme un bnin vivifiant. Ini rendait une nouvelle jeunesse.
Aussi, (juand le calme renaissait, à Tavènement d'un nouvel empereur ou après des châtiments tels que les païens eux-mêmes y voyaient la colère des dieux, elle se hâtait de réparer ses ruines et de profiter, pour ses assemblées, des dispositions légales concernant les cimetières.
Les oratoires souterrains, si chers à la piété des fidèles parce qu'ils renfermaient les restes des martyrs, devinrent vite trop étroits et d accès trop difficile. Au-dessus des cryptes sépulcrales, en plein soleil, dans le domaine qui appartenait à rÉglise, on éleva des chapelles dédiées à l'un des martyrs les plus célèbres qui reposaient sous terre.
C'est ce que le pape Anaclet, dès Fan 04. fit jiour le tombeau de saint l'ierre. Un seul type de ces moniunents primitifs nous est resté comme un témoin, la basilique de Sixte et Cécile, actuellement encore debout, au-dessus de la catacombe de Callixte, à la voie Appienne. M. de Rossi en attribue la fondation au pape Fabien, en plein me siècle '. A l'origine elle n'était pas voûtée; un simple toit, pas de mur de façade, pas de porte. Trois absides, formant la croix, terminaient une petite nef ouverte. Située au milieu du domaine funéraire, à l'écart de la voie Appienne, cette basilique n'avait pas besoin de iiiui- de façade. Les chrétiens étaient chez eux, loin de tout regard ])r(>l'ane, indiscret, et l'ouverture complète de l'édifice leur permettait d'assister eu plus grand nombre, en dehors, aux cérémonies liturgiques. Elle nous donne une idée de ce ([ue devait être la memoria élevée par Anaclet sur le corps de saint l'ierre. Il ne faut y chercher ni les dimensions, ni la richesse, ni le caractère monumental des basiliques constantiniemies. Tout y est petit, comprimé dans son extension, symbole troj) réalisk' de la violence ipii pesait sur l'Église.
Du resté, outre les oratoires des cimetières que nous voyons se multiplier au-dessus du sol, les papes consacrent, dans Rome même, de véritables églises paroissiales. Au milieu du ne siècle, à la demande de Praxède, fille de Pudens, l'hôte de saint l'iiM'ie. le pape Pic I dédie le palais, sanctifié par un si grand souvenir, au culte cfirélien, sous le litre de Pasteur. Quelques années plus tard, sous Marc-Aurèle, une jiatiicienne, Cécile, descendante des Scipions, était condamnée à être étouifée dans sa salle de bain. Retrouvée vivante pai' le bourreau, elle fut frappée de la liaclie, et après trois joins d'agonie elle expirai! eu l'emettanl au pape le palais qu'elle habitait pour en faire une église. « f^n jour, dit
' Roma soit., III.