I.A liA<ll,|ilLi: \ AT ICA NE
La chambre est divisée en deux parties égales, par une plaque de marbre haute d'un mètre, ce qui forme un véritable caveau bisome, disposé pour recevoir deux sarcopiiages. C'est Im quo furent déposés, sans les mêler, les re.stes des apôtres Pierre et Paul.
Le fait est certain.
Martyre (If> salnl S«^hiwticii (inosaïqitf d'après If tahlcan lin I><iiiiiniquiii i
Oillic les tf'indijiUajïes que liniis vcikhis dr i;i|i|i(iil('i'. dfs ddcuiiiciits autlu'iiliqui's, ddiil nous .illniis (lisciilci- l.i \;ilriir rt --uitoiit courdiniiiiT les récits, confirment celle li-.iiishliiiii.
Le calendi'ier Kilociilieii. n'-difïé sous le pape Ijlière. vers le milieu du iv siècle, el i|iii seiv.iil dnidd olliciel ."i IM-ilise romaine, porte ;iu '29 juin celte iiidicilJDii : /// Ivil. Jiili<i^ l'rtri in Calacumbits et l'uidi (Mcnsc, Tksco cl Jjasuo co)>s.'. Cette date consul.iin^ (i\e la dt'positiun
' C.r. II.' liiissi, Romit sottcn-., 1, \> 11:!.
aux catarnmbes. des restes apostoliques, eu Taunée 258. Cepeudant il paraissait ctrauge que ce même jour ou célébrât la dépositiou de saint Paul à la voie d'Ostie. Le calendrier, par sa brièveté. laissait un doute. Le martyrologe Hiérouymien vint le dissiper eu r()m]ilétaut launonce liturgique de la fête du 29 jiiiu. Voici ce qu'il dit : /// Kal. Julias Romx via Aurélia SS. Apostoloram Pot ri et Paidi. Pciri in Vaticano, Pauli iu via Osteiisi , ufriimqne in Catacumbis, passi siib Neronc, Basso et Tusco consulihnsK II est clair ({ue pax^i suh Nerone est une parenthèse se rapportant à répo(|ue du martyre même, taudis que Bnx^^o cl Tasco considihus désigne le temps de la déposition aux catacombes. Aucun consul n"a porté ce nom à répo({ue de Néron.
Au iv siècle toujours, le pape Daniase, l'erveut admirateur des martyrs, compose, en l'honneur du tombeau provisoire des Apôtres à la Platonia, uiu' inscription (|iril y place lui-même. Elle n'y est plus depuis longtemps, mais im pèlerin l'a copiée, et sou manuscrit, retrouvé à Eiusiedeln, va nous la faire connaître. Nous la citons eu entier, car elle est d'une grande importance et a eu le don d'exercer la sagacité de nombreux traducteurs, comme nous le veiruns dans la suite :
Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes.
Nomiiia qiiisque Pétri pariter Paulique roquiris.
nis(M|nilos Orions iiiisit, qiiod siionlc tat(>mur
Sant,niiiiis ol) nicritiim, Christnin qui pcr asira scrnli
.-EthiM'ios |)('ti(M(' sinus it'gnaqiii' iiioiiim.
Roiiia siios potins nieruit deteiidere rives.
Haec Damasus vestras referai nova sidcia laudos -.
Nul doute. Damase chante dans ses vers la présence des Apôtres à la Platonia.
Jusqu'ici, ni le calendrier Filocalien. ni le martyi'ologe Hiéi'onymien, ni Damase lui-même, ne nous unt révélé pourquoi et quand les restes des Apôtres, enlevés à leur séjiulture. furent transportés ad Catacumbas. Ils signalent et affirment le fait; rien de |)lus.
Un premier rayon de lumière jaillit des Actes apocryphes de saint Pierre et de saint Paul, publiés au iv- siècle. Dans un appendice à la Vie des apôtres, ils racontent, sans indiquer de date, Ihistoire suivante : « Au temps où les Grecs enlevaient les corps des saints Apôtres pour les emporter en Orient, eut lieu un terrible tremblement de terre. Le peuple romain accourt, les rejoint au lieu appelé Catacombe, sur la voie Appieunc au troisième mille. Les corps y restèrent un an et sept mois, jusqu'à l'époque
' Cf. De Rossi, Rornn sotterr., I. ji. H6.
LA l).\>ll.lnl K V.VTIi;.\NE
OÙ lurent coiistiuits les nionurnents où ils turent déposés, après un retour triomphal, au chant des hymnes'. »
Des Grecs volant les corps des Apôtres, un tremblement de terre qui les arrête, le peuple romain qui accourt, l'ensevelissement sur place, tout cela semble bien étrange et révèle l'état d"esprit dun historien qui i;i|i|iciil(' va^iiciiii'iil iiii l;iil ilmil les détails lui échappent t-t qu'il ne I ICI il précise!'.
Deux siècles plus tanl. la légende a pris corps. Ce que l'anonyme des
Décoratiuii ilu la voùu* do la cltnnibrr st''|nil. Snlnt Picrro recevant une couronrir tic la inaiii île NoU-e-Soi^înriii t-i -.mil l'uni prèclianl.
Arles no savait pas liicii. avec le temps le peuple Ta ('clairci à sa taçuu; sailli (lii'i^nin' If (lr;iii(| va ikhis l'aire C(tniiaitre ce «pie lOii di.-^ait au VI'' si«''ilc sur (•(■Ile i|ii(sli(Mi. La clivonstaiice est grave. I/iiiipératrice Ciitishiiiliiia Anj^iisla \iiiil ilc lui ciivdycr des messagers chargé-s de lui ili'iiiaiHlei' (Il <n\\ 11(1111. |Miiii- l"(''glise de Coustanliimiile. la tiMc de saint l'aiii. Le iHMilile e-;| ,it leMi'. Jamais il iToseia «l('|iiiiiiller Home iLuii trésor aussi pli'iii'iix; (•(■ seiail |iin\(ii|uei' l.i Cdlèie ilivilie. A preuve, il cent a l'impéiatrire et lui raconte le Ciil mii\;iiiI : " Que vous dire «les corps des bieiiliemviiN Api'itres? Ti>iil le iiiniMJe sait «piaii temps nù ils ont siiiillert. «I«'s liilèles venus d'< trient Miiilnienl s'emparer de leurs corps
' Lipsius. .lc<(( Apostolovitm apocripha, Acla l'viri, rU.. \>. '2-1; Lipsia", I8L1I.
110 SAl.NÏ-l'lEKUE DE HOME
comme d'un bien leur appartenant à titre de concitoyens. Ils les prirent, les portèrent jusqu'au deuxième mille, hors la ville, au lieu appelé ad Catacumhas, et les y cachèrent. Quand ils se décidèrent à les enlever de ce lieu, un orage terrible les épouvanta et les dispersa. Alors les Romains, avertis par la bonté du Seigneur, reprirent les corps et les déposèrent aux sépulcres où ils sont aujourd'hui. Qui donc, sérénissime Impératrice, au courant de ces choses, oserait, je ne dis pas toucher, mais seulement regarder ces corps sacrés ' ? »
Grégoire se retranche derrière ce fait, « connu de tous, » dit-il, pour inspirer à l'impératrice une religieuse terreur et se dispenser d'exécuter ses ordres. Le lieu, comme on le voit, ne varie pas. C'est toujours le cimetière ad Catacumhas. Tous les documents sont d'accord, et, après saint Grégoire, les itinéraires indiquent imperturbahlcrnent la Platonia comme le sépulcre provisoire de saint Pierre et de saint Paul.
Le même accord est loin d'exister sur la date et la raison de cet événement. Grégoire le Grand, employant les termes des Actes apocryphes, dont les récits couraient le peuple, place la translation à l'époque du martyre avec toutes ses circonstances merveilleuses. Le calendrier Filocalien, au contraire, et le martyrologe de saint Jérôme, plus ancien de deux siècles, donnent une date certaine, consulaire, l'an 258. Naturellement, deux courants d'opinion se sont établis. Les uns, comme Panvinius, Vignoli, Marangoni, Marchi. et de nos jours My Lugari, admettent deux translations ad Catacumbas , la première à la mort des Apôtres, la seconde au me siècle. Les autres, commi' Raronius. Pagi. Papebroch, Borgia, le professeur Marucchi et Tabbé Duchesne, n'acceptent qu'une seule translation au ni*-' siècle. Cette dernière opinion, que nous croyons plus conforme à la vérité, est la nôtre, et nous allons tâcher de la mettre en lumière.
Rien ne prouve qu'il y ait eu une translation des corps des Apôtres au temps de leur martyre, ni les Actes apocryphes rédigés au iv*: siècle, ni l'inscription de saint Damase. Nous laissons hors de cause l'autorité de saint Grégoire, qui ne vaut, dans le cas présent, que ce que valent les Actes apocryphes sur lesquels il s'appuie.
Le texte des apocryphes est par lui-même incohérent. On ne comprend pas bien comment les Grecs ont pu enlever aussi facilement les corps de saint Pierre au Vatican, de saint Paul à la voie d'Ostie, les réunir tous deux sur la voie Appienne, sans qu'un seul chrétien de Rome s'en soit aperçu. Ils reposaient, comme nous l'avons vu, dans des pro-
' s. Greg. Op. t. II. Epist. xxx, p. 707; Paris, 1705.
I,A UASILIULK VATICANK 11|
piiétés privées qui, renfermant des dépôts aussi précieux, ne devaient pas être laissées à l'abandon. Si le coup de main des Grecs a si bien réussi, et au Vatican et à la voie d'Ostie, sans soulever le moindre soupçon, il faut croire à une négligence coupable de la part des chrétiens. De [iliis. il est étrange, pour ne pas dire davantage, que les Grecs, en possession des corps des Apôtres, aient fait la sottise de s'arrêter à trois milles de Rome, c'est-à-dire à la porte, pour y passer la nuit. Celait s'exposer à être découvert, surtout sur une voie aussi fréquentée. Ce repos osf telloinent invraisembiabjc, (|iril suffirait à lui seul pour faire tomber cette légende. Le merveilleux qui arrive si à propos : orage, tremblement de teri-e, avertissement divin, est loin de la consolider.
Mais il y ;i plus (|uc ilc I imobérence; le texte des apocryphes ne dit en aucune manière «pu: la liaiislalinu a iii lieu immédiatement après la niMil (les Apôtres. Le Légendaire raconte, au chapitre Lxni, l'ariivée à Rome de personnages venus de Jérusalem pour assister à la sépulture des Apôtres; ce qui est déjà extraordinaire, car on se demande l(''gitimement avec le l'ère Papebroch ' comment ils ont pu apprendre l(;ui' mort à Jérusalem et arriver à Rome pour les ensevelir. Le chapitre LXiv est plein d'un long discours de ces Orientaux, le lxv"-" de la mort de Néron, et comme conclusion générale des Actes, pour être complet, l'auteur, à iu-ùlr-poiu point, sans aucun lien avec les précédents récits, rapporte le fait de lenlèvement des corps des Apôtres parles Grecs, Ici <|iic nous l'avons cité plus haut. Ces lignes linales n'ont point de date. 11 est évident ([ue l'écrivain, se rappelant vaguement une tradition populaire, la consigne sans la coinpriMKhe et sans l'éclaircir. il voit quehpie chose, mais ne distingue pas bien. Les apocryphes cités ptir saint Gré*goire, à raison de leur incohérence et de leur silence, ne peuvent donc pas servir de base à une première translation immédiate après le riiartyre des Apôtres.
Les vers de saint Damase ne la tavorisent pas davantage. Leur concision en rend l'intelligenc»' difficile, sujette à diverses interprétations, ce qui infirme d('jà leur aiitiiriit'-. Leur témoignage est net pour le fait de la translation; nul, à notre avis, pour la date et les circonstances.
Damase (h'iiulc |i;m- cliantei'. dans les drux |nrmiers vers, la gloire <le la Platonid, ijui a eu I liDum-ur de (ioniifi- asile aux corps des Apôtres :
Hic habitassi; priiis sanclos cu^iiuisccri' (J('l)rs. Nomina quistiiio l'cUi parili'i- l'aiiluiiic ict|iiiiis.
' Act. Sanct. Juiiii , t. V, \i. Ub. — CI'. Maïucclii , Memoric Dei SS. Aposloli, olc [i. OU.
112 SAlNT-l'IKKliE 1>E UdME
Puis le pontife établit une antithèse entre l'Orient , patrie naturelle des Apôtres, et Rome, leur patrie d'adoption :
Discipulos Orieiis misit, quod sponte fateinur Sangiiinis ob meritum, Christum qui per astra seculi .îltherios petiere sinus, regnaque pioruni.
L'Orient a envoyé ces disciples, nous l'avouons sans peine, qui par le mérite de leur sang l'épandu, ayant suivi le Christ dans les cieux, ont atteint les ports éthérés. le royaume des justes :
Roma suos potius nieruit defendere cives.
Mais Rome a mérité de les protéger comme ses propres citoyens.
Damase, d'après cette traduction, que nous soumettons à plus savant que nous, car nous ne l'avons trouvée nulle part, rend à l'Orient ce qui appartient à l'Orient, à Rome ce qui appartient à Rome. L'Orient a donné à Rome les disciples du Christ, qui sont venus niDUiir dans ses murs; Rome chrétienne a eu l'honneur de protéger leurs restes sacrés, comme les restes de ses enfants. Qu'on se rappelle que Damase veut glorifier le sépulcre de la voie Appienne, et l'on no scia pas surpris de le voir se réjouir et s'honorer de ce que le peupli; romain a su protéger, contre les outrages de la profanation, les corps des Apùlies du Christ.
Quelle que soit la valeiu- de notre essai de traduction, il est une chose certaine, c'est qu'il n'est pas question, dans les vers de Damase, d'une translation immédiate, par des Orientaux, apiès la mort des Apôtres. On a voulu trouver une allii^idii à ce tait dans le vers :
Discipulos Oriens iiiisit...
Mais la n)oiiidre attention prouve que ces disciples sont les Apôtres euxmêmes, comme le contexte le démontre clairement.
Reste l'unique translation dans le coiu'ant du iw siècle. Là encore deux partis se sont formés. Il est évident à tous les yeux que jniur relever les corps des Apôtres au 'Vatican et à la voie d'Ostie, les transporter dans une cachette, — un vrai puits. — au cimetière de la voie Appienne, il a fallu une raison grave, impéiieuse. Un texte de Lampride, dans la Vie de l'empereio- Élagabale, a porté plusieurs auteurs, comme le Père Papebroch, le Père Marchi. Lugari, à mettre celte translation, de l'an 218 à 222, sous le règne de cet empereur. Voici ce texte : Elephantorum quadrigas in Vaticano agitasse dirutis septdcris f/vx obsislehani '.
' Cité par les Bolland., Act. Sanct. Junil, V. p. WO. — Latnprid. Vita Hclioynb. c. xxil.
I,A B.VSILIijLE VATICANE 113
Éla^ahaU", ciitiv .iiities raiitaisies, orjianise des courses dV:lt'phaiits au Vatican, et, pour leur donner du large, détruit les tombeaux qui gt"'nent le passage. D'où les corps de saint Pierre et de sain! Paul ont été transpurlés au cimetière (/(/ Catticidiibas. Cette conclusion nous garait arbitraire et sans londement dans les prt'misses. Lanipride se sert d'une expression très vague : in Vnllinno. La plaine Vaticane est vaste, et rien ih' |iiimivc ipie les cuiiiso aient eu lieu précisément où reposait le corps de saint Pierie. On uiililic ijujl a\ait [très de lui. cuninie une puissante protection, le tein[iie même d'Apollon. Laniitride ne dit pas non plus que tons lus tombeaux aient été détruits, mais simplement ceux qui tMitravaient la piste. Pourquoi y placer à tout prix If tombeau de saint Pieiie. i(ui se trouvait dans nnc propiiété piivée, inviolable et sacrée d'apiès la loi? Lus empereurs même les pins fous, comme Elagabale. donnaient ces courses dans leurs jardins ut leurs villas : les tombeaux dont il s'agit doivent être ceux des esclaves et des afïraiicliis de la maison inqjériale.
Nous avons même une pi-unvu manifeste que le tombeau ilu saint Pierre n'a pas été détruit dans culte ciicoiistancu. Autour ih- Ini. dans le domaine funéraire, d'autres toiul)uan.\ iliiétiens s'étaient groupés avant l'époque d'Élagabale, et y demeuièrent intacts après lui. Un témoin nous en est resté dans le sarcopliage de Livia Nikaiiis. aujiMiririini liin dus ornements du musée du Louvre. Si lus innnmnunls unionrani lu sépulcie de l'apôtre n'ont pas dispain (levant lus ('■i('|ilianls ill^lagabalu. à plus forte raison l'oratoiru d'Anaulul.
Du reste, une singulariti' l'trange s'attaclierait à cette translation. Certes, la tond)e de .saint Paid à la voie d'Ostie ne devait pas arrùtur lus (Mjur-ses du Vatican; jxmrtpioi troubler inutilement le icpos du grand Apôtre'? Si Pierie et Paul furent transportés ensemble aux catacombes, comme tous les documents et la J'Inlunia elle-même le pidiivenl. nous sommes en droit du conchnc (|nu Imis dunx unt coin u lu inùmu daugur. Ce danger connnun, supi'êmu. (pii ('ticignit lu co'iu- dus cbii'tiuns ut lus força à dérober à tous les regards les c(»rps sacrés dus .Vpi'itrus, n ust aiitiu <|iiu ['('(lit du Val('iiun.
Depuis la picmièru purséculioii. l'an li'i, l'Kglisu avait pas.sé par le ter ut le l'un. Du Ni'idu à Valt-riuii su ih'pldiu. siu- l'inniieiisité de l'empire romain, nnu lamunlalilu tliéorie du niarlvrs. bnilés vifs, écorchés. noyés, broyés sous lus coufts, dévoiV's par lus bùlus. ba|tpus i\r la liaclie. Toules les torlUi-es oui r\r ('puisées; niais la lagu dus boiniuaiix n'a pa> traiiclii
' Mif Lugari ailimt une transhition de saint Pifirt-, sons Klut;abalo. à raison ilis counii'S, »i>i>» qu'on touchât à saint l'aul. i|ui n'aurai! rejoint auint l'ierrf aux catuconiln'S que sous ViiliTieu.
114 t;.\lNT IMEliUE DE lUiME
la porte des cimetières. Derrière leurs plaques de marbre, dans Varcosolium creusé par le fossor, les victimes dorment en paix. Les frères peuvent les visiter, la lampe funéraire illumine leurs sépulcres, les fleurs les décorent, les hymnes sacrées les glorifient : la catacombe est devenue un sanctuaire que la loi romaine rend inviolable. Les persécuteurs les plus cruels, comme Septime Sévère, Maximin, Dèce, n'ont pas troublé le repos des martyrs; le premier, Valérien, soupçonne que la force vitale de rÉglise sort de ses tombeaux, et en décrète la ruine. Les cimetières sont confisqués, les réunions interdites sous peine de mort. Le collège funéraire des chrétiens devient une association illicite et soumise par conséquent à toutes les rigueurs des lois. Elles sont terribles. Celui qui en fait partie est regardé comme un brigand, qui s'emparerait à main armée des temples ou des édifices publics '. On peut le mettre à la torture et le punir de mort, quand même il serait le dernier des associés.
L'anxiété des chrétiens fut poignante. Les supplices et la moit ne les effrayaient pas : ils avaient coutume de soutTrir et de mourir; mais la crainte de la profanation dos tombeaux des martyrs les consternait. On comprend alors, devant ce péril imminent, l'enlèvement des corps de Pierre et de Paul. Ils étaient les trésors de l'Église romaine. Leurs monuments étaient connus : amis et ennemis savaient qu'au Vatican et à la voie d'Ostie reposaient les restes vénérés des premiers chefs des chrétiens. La dévotion des fidèles, les réunions liturgiques les signalaient aux persécuteurs comme le point où il fallait frapper pour frapper au cœur. A cette époque. Sixte II occupait la l'iiaire de saint Pierre. Il voulut sauver à tout prix les corps des Apôtres. Par ses ordres, les fossores les relèvent de leurs sépultures, et sans bruit, sans éclat, les transportent sur la voie Appionne, dans un caveau appartenant à une famille chrétienne. Ce n'est point au cimelière de Callixte que le lugubre cortège s'arrête, ni dans une des grandes catacombes qui l'avoisinent : elles sont trop connues, trop en évidence, et quelques mois plus tard Sixte sera décapité sur son siège épiscopal, dans celle de Prétextât, pour y avoir tenu une réunion malgré la loi. Ce fait prouve que les cimetières n'étaient pas un lieu sûr, et (ju'il fallait cacher ailleurs les précieuses dépouilles. S'il s'était agi de les protéger uniquement contre les éléphants d'Élagabale, on ne comprend pas bien pourquoi le cimetière de Callixte n'aurait pas eu l'honneur de donner asile aux Apôtres. Sa célébrité, ses belles galeries, ses chambres sépulcrales, enrichies de marbres et de peintures, les grands martyrs qui
' (( Quisquis illicitum collegiiiin usurpaveiit , ea pœna tenotur qua tenentur qui hoininibus armatis loca publica vel templa occupasse judicati suiit. » (Ulpien, Digcst., XLVll, XXII, -2.)