I.A BASIl.lyLi; VATICAN i: I2'.i
Silvestre et Constantin et lattribuer à la basilique privi'e. floniostique. qui se trouvait dans les palais des patriciens '.
La basilique Constantinienne avait cinq nefs; celle du milieu, la plus grande et la plus élevée, comptait vingt -cinii mètres de large, les quatre nefs latérales chacune huit mètres trente; toutes occupaient une longueur de quatre-vingt-quinze mètres. En y joignant la largeur de la nef transversale à laquelle elles aboutissaient, et la profondeur de l'abside, on trouve à l'ensemble une étendue de cent trente mètres environ. La hauteur de la nef centrale montait à quarante-trois mètres, descendant rapidement à vingt pour les nefs les plus proches, et jusquà quinze seulement pour les deux extrêmes. Quatre i-angs de colonnes divisaient les nefs. Les deux premières de la nef centrale étaient en marbre africain, extrêmement rare et précieux. Elles décorent aujourd'hui l'entrée du portitjue. Ces colonnes furent prises un peu partout, dans les cirques, les temples, et siutout au mausolée d'Adrien, qui offrait à peu de distance une carrière inépui-sable. Au-dessus de la colonnade centrale courait une architrave dont la frise fut ornée, par Nicolas III, des portraits de tous les papes exécutés en mosaïque -. Elle était terminée par une corniche assez large pour permettre de faire le tour de la basilique, et gardée par une balustrade en bois. Plus haut, les murs pleins, divisés par deux ordres de pilastres superposés, étaient ornés de peintures représentant, .lu iiukI les scènes de l'Ancien Testament, au sud celles du Nouveau. Ces peintures, exécutées sous le pape Fonnose, en 899, par un artiste grec, furent renouvelées par Giotto, sous Boniface Vlll. en 1298. Il eut ordre de leprodiiire lidèlement les mêmes sujets. Enlin, dominant cette frise, cette corniche et ces pilastres, s'ouvraient de chaque côté onze fenêtres à plein cintre qui lépandaient une lumière discrète dans l'immense vaisseau. Pas de voûtes, 'mais un plafond formé d'énormes poutres, doni les inlnvalles laissaient vnlr la toiture l Constantin les revêtit de lames «i'ur.
Cinq arcs donnaient accès dans le transept. L'arc du milieu, soutenu par deux énormes colonnes de granit, s'appelait l'arc triumphal. Uiu' poutre placée sur champ, au travers de la nef centrale, rojKtsait sur l'e.vtrémilé des chapiteaux à la naissance de la courbe. La perspective devait en pàfii-, mais nos pères n'étaient pas délicats siu' ce sujet, et cette poutre leur
' Consulttr pour cclli' discussion lo l'écent t'I iiiti'rrss;mt ouvriige île Mi' Crosljiiosa, lu linniliche cristiane; Itoma, Cu};(;;i:ini, 1892. li'autpur fait une th("'se en faveur des basili(|uca privées lionl nous ne |)ai'ta^;i'Oiis pas les conclusions, mais on y trouvera une hililiograpliic (lotaillcc sur la question.
^ Cette idée fut reprise depuis, et les portraits des papes ne sont pas le moindre ornement île Saint-Paul - liors-les-Murs.
' On peut avoir une idée de ce genre de plafond l'i Sninl-Liiurent- liors-les-Murs et à Sainle- Subiuu.
|:iO SAIN'T-IM i:i! H K lll'; 11(1 ME
semblait meiveilleuse. quand, aux fêtes solennelles, on appendait à la grande croix qu'elle portait, émergeant entre les clefs symboliques, des centaines de lampes dont rilluminati(in fantastique faisait étinceler l'or et les marbres de la basilique.
En passant sous l'arc triomphal revêtu de mosaïque, on arrivait à un portique formé de douze colonnes de marbre précieux, enguirlandées de feuillages de vigne, d'où leur nom de columnx vitineae. Une tradition veut qu'elles aient appartenu au temple de Salomon '. Placées sur deux rangs, six de front, en face l'une de l'autre, à l'entrée du transept, ces douze colonnes, reliées entre elles par une grille en fer doré, précédaient et fermaient la Confession de saint Pierre, c'est-à-dire l'excavation au fond de laquelle se trouvait le tombeau. Nous en pai-lerons plus en détail dans le chapitre suivant.
De l'autre côté de l'excavation, presque sur le rebord, en avant de l'abside, s'élevait l'autel papal. Il était unique dans la basilique au temps de Constantin; car ce n'est (jue plus tard, vers le vie siècle, soit à cause du plus grand nombre de prêtres, soit par le transport dans les églises des restes de plusieurs martyrs, que l'on multiplia les autels dans la même église*. L'autel papal éUut surmonté d'un ciborium en argent, sorte de petite coupole soutenue par quatre coloimes de poi'phyre. Sa richesse (lut exciter la cupidité de (pielque i-oyal jiillard. car il disparut. Après diverses i-estauralions. Pie il en lit exéciilci- un de style gothique eu iiiailnc blanc, port('' par les mêmes colonnes de jtorphyre. l/aiihl laisnii l'ace à la nef centrale, en sorte (pie le pontife céh'biaiil icgardail ('(Micnl.
N'ciiaicnt ensuite le prcsbyleriiim et l'aljside. (Jnchpics luaiclics de porphyre y conduisaient du transept. Dans le fond, au centre du mur circulaire, était placée la chaire du pontife; de cl^Kpie côté, les sièges des cardinaux et autres prélats. Ces sièges étaient en luaihre blanc d('coi-(' de mosa'iques, et remontaient à Léon IIl. Cinq fenèti-es éclairaienl l'abside. Le fond de lu con([ue formant voùle fut revêtu d'une uiosa'iqiie vers l'an 630, sous le pontificat d'Honorius I.
Au centre, le Sauveur est assis sur uu liônc le nimbe ( lucil'ère aiitoui' de la tête et bénissant. Adroite, saint Paul, deiiout. tient de la main izanchc une banderole avec ces mots : \filu l'ircrc ('Jirifiliia est.
' Huit ilo CCS colonnos di'^corent ;(ujouril'liui les niches de la coupole où se conservent les grandes reliques de la sainte Croix, de la sainte Lance, de la sainte Face et la tête de saint André. Deux sont dans la chapelle du Saint -Sacrement. Une autre, connue sous le nom de colonnades possédés, est entourée d'une grille dans la cliapelle de la Piela de Michel -.\nge. Une longue inscription rap|iclli' que Notre -Seigneur s'est souvent appuyé contre cette colonne dans le temple de JtMusaleni.
■' Cr. Canccliicri, de Sccretariis , II, p. 752. Baronius, ad ann. LVii.
& Cl
LA BASIMQL'E VATICANF. 133
A gauche, saint Pierre, également debout, poi-te sur le bras gaufhe deux clefs et une banderole avec ces mots : Tu es Christus Filins Dei vivi. Derrière les Apôtres et les ombrageant, des palmiers: à leurs pieds, des enfants jouent au milieu des fleurs et des arbustes. Au-dessous de ce pi'emier groupe, sous les pieds du Sauveur, jaillissent rpiatre fleuves, — allusion mystique aux quatre fleuves païadisiatpu's, et symbole des quatre flvangélistes. Quelques cerfs s'y abreuvent. Plus l)as encore, au premier |ilan, une croix est plantée siu- une colline; devant elle, un agneau, la gr)rge percée, fait couler son sang dans une coupe. A droite. Innocent III, lin lies restaurateurs de cette mosaïque, debout, tiare en tète; à gauche, une noble matrone, couronnée d'un diadème, pinlr un étendard : c'est l'image de l'Église. Près du pontife, sept agneaux sortent d'une ville, Jérusalem; sept autres s'approchent de la matione, venant de Bethléhem.
Ceux qui sont familiers avec les églises de Rome reconnaitiont sans })eine les sujets favoris aux mystiques artistes du moyen âge. L'ensemble est loin d'être un chef-d'œuvre. Les ligures sont vulgaires, les gestes faux, la perspective nulle; mais le symbolisme y est si toucliaiil. que les pèlerins, éblouis parle fond d'or lumineux sur Irijucl cette scène se détachait, oubliaient l'artiste pour ne voir ([iie l'idé'e elin'tiemie (|ii'elle exprimait.
La Confession de Saint-Pienc r.uitel |i;i|),il. \f presbyterium et labside formaient dans la basilique comme un lenq)le à paît. d'Iail nu lieu réservé, qu'une balustrade en maiiiro interdis.-iil ;iii |nililic. .\ certains jours de fête, on suspendait antuiii' de cctic (■ncrniie .^acn'c des voiles précieux, tissus d'or, d'argent ou de [)oiii|hv. eiiiichis de broderies et de pierres fines, dont les papes faisaient souvent oHi;nHle à la Basilique.
Les grandes lignes que nous venons de tr;ircr |ieiiveiil <|niini'i- une idée générale de la forme et de la disposition intérieure de la basilique Conslaiilinienne; mais ce que nous renom-ons à di'<rii-e, c'est la profusion d'ornements qui l'encombraient. Les papes, les enipereius. les rois, les cai'dinaux. les pèlerins de tmile race et <le loiile condition ont rivalisé de générosité j)0Ui' rendre iionmuige au toinbeau de saint Pierre. De l'or, il y en a paitont; il ruisselle sur le pavé, sur les iiuus. sur les autels, sur les poutres du plafond. Les lampes, les c.iiKli'l.ilues. les croix, les statues, les encensoirs, les vases en or cl en .ir^eiit se cinniiiciii |i:ir cmlaino. ( >ii en mel p.iilonl , sans oïdie, semés coin nie Ic^ l'inilcs du liinianient; ce que l'on cherche, ce n'est pas le coup d'œil dune dt'coratiou harmonieuse, ni l'i'li'gance du dehors, c'est \o j)oids. Lisez les inlernunables listes (pi'i'-lale le Libi'f ponUficalis, vous y venez nott'-. avec le plus gr.ind soin, le pt)ids lie chaque objet. On le place sur \m bord de cluipileau. sui- un coin de poutre, au-dessus d'un anlel, [leii iin|porle: c'est de lor. rt il |>è>e taiil
J34 SAlNT-PIEHlîE DE ROME
de livres. Aussi est-il facile de conipn'ndi-e l'enthousiasme des pèlerins quand ils entraient dans la Basili(Hie, illuminée par des milliers de lampes et de cierges, (lui la faisaient flamboyer en gerbes de feu. C'était l'image, l'avant-goût des célestes irradiations.
La circulation cependant devait être entravée par les innombrables autels qui se dressaient partout; on en comptait plus de quatre-vingts. Nul respect pour les lignes d'architecture; nulle attention à la perspective des colonnades. Si quelque pieu.\ lidèle a la dévotion d'élever un autel à son saint préféré, il demande l'autorisation du révérendissime Chapitre, lui assigne des revenus pour la célébration d'un office, et l'autel est placé à l'endroit désiré, au pied d'une colonne, devant une porte, même en pleine nef, même devant la Confession. Les autels se touchent dos à dos, par l'encoignure; l'un est vu de face, l'autre de côté; les ciborium se croisent; il y en a de toutes les formes, de toutes les hauteurs, de toutes les matières. L'œil n'en était ])oiiit clioipn'. On voyait avant tout l'idée et la richesse du décoj\
L'idée est excellente : ce ])e\q)le de saints autour du prince des Apôtres donnait à la Basili(pir l'image du paradis; mais un peu d'dnlre n'aurait pas nui et eût retracé avec plus de vérité les harmonieuses hiérarchies des esprits célestes. Tout le inonde, du reste, est satisfait : le donateur qui fera déposer ses os devant son autel; l'artiste qui travaille pour sa gloire; le pèlerin ([ui s'y prosterne à deux genoux et les bons chanoines qui, pour le chant d'ime messe on d'un oflice, auront (piel(jiies écus de plus dans leur bourse, et ce petit vri re de claretum ' qui les reposait doucement de leurs fatigues.
Kn (piiltant l'intérieur de la vieille Basilique, jetons un j-egai'd sur le pavé. Il est en marbre de diverses couleurs, formant les dessins les plus gracieux. L'or s'y joue entre le porphyre, le granit et le serpentin. De nombreuses églises de Rome ont conservé ce genre de décoration, connu sous le nom d'opus Alexandrinvm.
Dans le principe, la Basilique avait sept portes, deux dans l'abside et cinq sur la facjade, dont trois doimaient accès dans la grande nef, et deux dans les nefs latérales. Plus tard, pour faciliter la circulation des mvdtitudes immenses qui acc(tiiraieiit à Sainl-Pieri'e, surtout pendant les jubilés, on ouvrit onze nouvelles portes, tant dans le transept que dans les nefs latérales, sans compter la porta Santa, qui ne servait <|ne pour le jubilé.
La porte centrale, appelée porte d'Argent, était la plus célèbre. Son
' Vin sucré, parfuim'", qui' Ion distribuait aux chanoines après certains offices .
COLONNK UL- T K M f L E DE f^ .\ L 0 M 0 N UANS LA l; A S 1 1. K' f E DE SAINT -IMEUnE
I,A lîASILIQUE VATICAN!-: t3">
nom lui vint ipiand Giv-ioirt; le Grand, l'an .j'JO, lu i(;vùtit de lames darçrcnt. Cela il luie lenlalicjn pour les voleurs. Les Sanasins les emportèrent ail lain.iitalilf pillage de 846. Léon IV les rétablit et y employa sept cents livres d'argent. Cette fois, leur existence fut plus longue. En 1130. les pèlerins les admiraient encore; il fallut la lapacité de Tantipape Anaclet II pour les arracher et les distribuer à ses adhérents. Une simple porte en bois les remplaça jusquau pontificat d"Kugènt' IV. En 1445, ce pape donna ordre à Antoine Philarète et Simon Baldi. artistes tlorentins, de fondre une porte en bronze. Ils y ti-availlèrent douze ans. On peut l'admirer encore sous le porticjui' acliul.
En sortant de la Basilique, on avait à droite les portes de Ravenne et du Jugement: à gauche, les portes Romaine et Guiddiica. La porte de Rîivenne prit son nom du passage des lialiitants de cette ville qui occupaient à Rome toul un quaitier; celle du Jugement, du passage tles (Ticueils : c'est par elle (jue les défunts étaient inlrtjdiiits dans la 15asilii|ue. La porte Romaine servait d'habitude à la population, tandis <|ue la (iiiidont'a parait avoir été réservée aux pèlerins et à leurs guides. Ces quatre portes, après bien des vicissitudes de richesse et de misère, furent renouvelées sous Eugène IV et sculptées, avant que Philarète et Baldi coulassent v.n bronze l'histoire de la l'éunion des Eglises grecque et romaine, par un dominicain, frère .Viitiiine-Michel de Viteibe. \\\ bas des quatre portes on lisait : i/as portas ligncas fccit F. Avloniii'^ Michai'Iin ilr Vitrrhio. Oni Prœdicatorum. An. Doin. iA33.
Entre les portes on voyait des plaques de marine relaiaul les donations de Grégoire II, et la bulle du premier jubilé de Boniface Vlll. Au-dessus ('{aient appendus de glorieux trophées : la couronne, la lance, le sceptre et les insignes royaux de saint Etienne, roi de Hongrie; un étendaid et une lance enlevés aux Sarrasins par Pierre II d'Aragon; les bannières con(iuises à Tunis par Gliaiies-Quint. avec les serrures des portes de cette ville; la chaîne du port de Smyrne. rapportc'e par le cardinal Caralfa; douze bannières pi'ises aux liugu(>nots par Charles IX '. leliques précieuses (|ui raconlaitnl aux pèleiins Aw iiKinde l'Utier les elVoits ht'nuques des successeurs de saint l'ieiiv iimir la ili'fense de la cliii'tieiit('.
Ces portes s'ouvraient sur le i|iiai|ii|iiiili(|iii' qui prc'ci'dail la Itasilique. lieu (('lèliie ildlil les s| ilendi 1 1 is lavirellt lellemelll Uos pères, qu'ils lui
donnèicnt le nmii de l'tirnilixAU] ne pense pas qu'il soi! l'o-nvn- de Cons-
' l.;i iciiiisi' en fui Ciilc soloiinrllniicnt an saint |i;i|ii' Pif V |iar iiii riivoyi' cxlraordinairo qui les porta au Vatican, escortr «le douze tnini|iettes et de douze eavaliers dont eliai'un tenait nu étendanl à la main. l'ar ordre de Pie Y, on les dépusa d'abord sur l'autel île saint Pierre pour lui en faire lioinniape, et on chanta le Te Dnim. On ne lira pas les lioMd>ardes ilu eliàteau Saint- .Aiife, dit Toiiijîio; mais les trompettes soumirent penii;iiit tout le traiet. TcirriKi". di-ollr lndriiNi*.
tantin. Il f;iit plutôt partie des édifices qui s'ajoutèrent à la Basilique, pour la compléter, sous le règne de son fils.
Le Paradis de Saint-Pierre était une cour carrée entourée d'un portique, dont une des galeries s'appuyait à la Basilique et en abritait les portes. Au-dessus de son toit, la façade s'élevait devant la nef centrale et se terminait en un fronton orné d'une rosace. Une croix grecque dominait le tout'. Cette façade, légèrement recourbée à la naissance du fronton, ne présente aucun cachet architectural. C'est raide et peu gracieux. Elle fut décollée de mosaïques et percée de six fenêtres. Peut-être que le fond d'or des mosaïques, la faisant resplendir sous les rayons du soleil, lui donnait une beauté que nous ne pouvons plus apprécier.
Les quatre portiques du P.uadis étaient formés par une colonnade. Là, comme dans la Basilique, il y avait profusion de peintures et de mosaïques. Les autels y avaient débordé, les monuments funèbres s'y pressaient. Papes, empereurs, rois et cardinaux s'y donnaient rendez-vous dans la toiiibf. 11 y avait le poiti([ue des Pontifes -, où les successeurs de Pierre aiiuaieut à dormir leur dciiiici' sommeil. Plus de quarante papes y furent ensevelis. Sur les murs, les épitaphes se mêlaient aux mosaïques représentant les conciles et les saints qui avaient le plus lutté pour la défense de la foi. En sorte qu'en circulant à travers ces tombeaux on suivait pas à pas l'histoire de rÉglise, ses gloires et ses soulfrances. Une peinture attirait surtout les regards, c'était la fameuse A^ai'/ceZ/a de Giotto. Autrefois, avant (rentrer dans la Basilique, les iidèles avaient l'habitude de se tourner vers l'Orient. Les papes, vonlaul saiidiliei' cet usage, dernier reste du paganisme, en le dirigeant, iniivnl dabonl au-dessus delà colonnade qui regardait l'Orient les images de Notre-Seigneur et de saint Pierre. Giotto les remplaça parla scène admirable de la Marche de saint Pierre sur les eaux. Le cardinal Baronius ne manquait jamais de vénérer cette image avant d'entrer dans la Basilique, en disant : Domine, ut erexisti Petrum a fluctïbus, ita eripe me a peccatorum undis. La fresque de Giotto, reproduite en mosaïque, occupe encore la nH'me place sous le portique de la Basilique, et les vrais Bomains continuent de se t ou nier vers l'Orient pour la saluer.
Les trois autres galeries du Paradis étaient réservées aux empereurs, aux rois et aux grands personnages. « Les empereurs, s'écrie saint Chrysostome, n'osent pas, malgré le diadème qu'ils portent, demander à être ensevelis près les corps des Apôtres; le seuil de leur basilique leur suftit. Les empereurs deviennent les portiers du Pêcheur ' ! » Ces portiers impé-
' Nous avons vu celte croix très vénérable dans les sout(M-rains de Saint- Pierre.
-' Cf. Cancellieri, de Secretariis, I, p. 660.
' In demonsirat. adv. Jud.-pns et Genliles. t. I. 0pp., p. .")70; Parisiis, 1718.
LA BASILIQUE VATICANK 137
riuux. iliiiit les os reposent devant le seuil de i Apôtre, sont Honurius Valentinien et Placide, son épouse; Cedwald et Oii'a. rois d'Angleterre. — ces deux derniers, véritables amoureux du Pêcheur, ijui !< ur fit oublier leur famille cl leur patrie; — Sicalgaita. femme de Robert Guiscard, et l'empereur Otlion II, dont les cendres étaient cenfermées dans un gigantesque sarcophage de granit, orné de marbres verts et couionné par un couvercle de porphyre, qui sert aujourd'hui de cuve baptismale à Saint- Pierre'. Ces tombeaux, ces épitaphes, ces mosaïques ont di-^itaru avee les
Pavé de la basilique. (tiroUes vaticanes.j
richesses de l'antique Basiliijue, saiil (jurlques d('liiis échappés aux nouveaux Vandales (jiie dirige.iil nraiiiante, et dispersés dans les grottes vaticanes.
La Cdiir (inentouiait le (luatli ipoilique fut tlabord orut'e d'un pavé en mosaïque, réparé par le pape Siniplicien en 4G8, et par Symmaque en 500. L'an 678, le pape Donus h' i(in|)laça cette mosaïque par des plaques de marbre d'une blancheiii é'hlniiissante. Entre temps, au iv siècle, sain! Dainase canalisa les eaii\ qui descendaient des hauteurs du Vatican, s'inliltraienl jiis(iue dans les cryptes de la Basiliipie et en menai;aient lexistence. Ces eaux servirent h alimi'nler le baptistère (|ui se trouvait dans le
' C(. Canccllicri . île SecrctariLs, I. \<. (HKi. Ce .sarcophago se Irouvn dans les souterrains, où nous l'avons vu.
transept et vuie fontaine que Daniase établit dans le Paradis pour Tusage des pèlerins. Symmaque renouvela cette fontaine et en lit une œuvre d'art. C'était un édicule, formé de huit colonnes de porphyre portant un toit eu bronze, décoré de croix et de palmes. Sous la coupole, il plaça une énorme pomme de pin, également en bronze, autour de laquelle des paons et des dauphins faisaient jaillir l'eau. Cette pomme de pin eut un grand succès d'admiration. Dante, parlant d'un géant, dit :
Sa face me parut longue et grosse Coiunie la pomme de pin de Saint-Pierre à Rome.
Les jours de fête, le Paradis avait une décoration parliculière : les pauvres, les infirmes, les estropiés, les aveugles s'y donnaient rendez-vous, debout ou à genoux, le long des galeries, les mains tendues, sanglotant leurs prières, bénissant leurs bienfaiteurs, ri souvent aussi invcclivant les avares qui passaient devant leur béqviille ou leur pancarte sans déposeï- une aumône. La coutume s'en est bien conservée; anjoind'lnii encoi'o, aux portes des églises de Rome, il faut passer entre deux baies dv miséreux qui vous harcèlent de prières.
Trois portes de bronze donnaient passage dans le Paradis; elles ouvraient au dehors sur un palier qui formait esplanade au-dessus de la place. On y montait par soixante-quinze marches, le plus souvent en se traînant sur les genoux, par respect pour le tombeau de l'Apôtre. Un jour, Rome entière contempla un empereur gravissant à genoux l'escalier de Saint-Pierre jusqu'au palier supérieur où le pape l'attendait : c'était Charlemagne. Symmaque, ayant pitié des pèlerins qui se livraient à ce rude exercice, même pendant les chaleurs deté ou sous une pluie battante, couvrit d'un toit les extrémités de l'escalier, qui devinrent ainsi comme une galerie montante.
Sur le palier supérieur, orné de marbres, en avant du quadriportique, le pape recevait les empereurs et les rois. On y brûlait solennellement les livres hérétiques. Ceux de Photius y furent jetés dans les flammes par Adrien II, et exhalèrent ime odeur nauséabonde. Le 10 février 1413, le pape Jean XXIII fit le dernier autodafé de livres pernicieux. C'était aussi le lieu où l'on exposait les grands criminels avant de les conduire au supplice. Le 3 décembre 1409, quatre faussaires y parurent, dont l'un, comme chef de la bande, était coiffé d'une mitre dérisoire '.
En descendant les soixante-quinze marches, nous ti-ouvons au pied,
' Mignanti, Istoria délia Basil, vatic, I, p. 20.
à c :li.M[iif lixtrémité, les statues de saint Pierre et de saint Paul, œuvre de Mirio de Fiesole, exécutées sous le pontifiait de Pie II '.
C'est le moment de contempler l'extérieur de la basili<iue Constiintinienne. Au premier abord, l'œil est surpris, égaré dans un fouillis de constructions. An lieu d'être seule, dégagée, et de nous présenter une silhouette délinie, la basilique de Constantin se trouve perdue parnii les églises, les monastères, les hospices, les palais (jui Tenclavent. Chaque siècle a bâti autour, sans souci de l'harmonie. Le portique, (jui fait face à la place, est flanqué de deux églises: l'Apc^llinaire, bâtie par H(jnorius I, et Sainte- Marie in Turri; le palais de l'archiprètre y est accolé. Les églises de Sainte-Pétronille, Saint-André, des Saints-Serge-et-Bacchus, du Sauveur, (le S.iint-Grégoire, d(; Saint-Ambroise, de Saint-Vincent; les monastères des Saints-Jean-et-Paul, de Saint-Martin, de Saint-Ktienne-le-Majeur. de Saint- ]';(ienne-l(!-Mineur. de S;iinte-Croix-en-Jérusalem, le palais pontifical et ses dépendances, le temple de Probus, tous ces édifices, — et nous en passons, — s'entassent pèle-mèle sur les flancs de la vieille basili(pie, «pTils déligm-ent comme de monstrueux parasites et dérobent aux regards. Seul le Campanile, élevé à la droite du palais par Adrien I«'", tour ctirrée plaquée (le marbres et de mosaïques, émerge au-dessus de cet amas de bâtiments et porte li.Mif son coq doré dans le lijcii du ciel.
Nous ne devons pas jeter la pierre à ces infatigables bâtisseurs d'églises et do monastères, (pii se souriaient si peu de la perspective; Rome païenne, à l'apogée de sa gloire, leur eu donuail rexemple. Celui qui a parcouru le Forum peut se rappeler rinq)ression produite par le nombre inouï d'édifices qui se bousculaient dans cette petite vallée : temples de la Goncoi'de, de Vespasien, de Saturne, de Castor et Pollux, de Vesta avec ses dépendances, d'Antonin et Faustine, de Romulus et Rome, le portique des DU Consentes, les rostres, les arcs de Septime-Sévère, de Fabius, les basilifpies Julia, ./Emilia, la Curie, les boulii|ues vieilles et neuves, les statues, tout se confondait, se pressait. s'enchev('''trait à ce point (|u'on se d(Muan(ie où la foule pouvait s'assembler et circuler. L'effet gén('ral n'('tait pas plus heureux (|ue celui de la basilique de Constantin.
])evanl les iii.iiclics ijui inoul.ùi'ul au p.ilicr du I '.uiiilis. sV'Icndait une place où l'on alioiiiiss.ùl \n{v une ^^iiiciic couvcilc. qui |i.iil.nl du uk'iIc d'Adrien cl loii'ric.ùl le 'l'iluv. < )ii r,i|i|ie|,iit ,ni moyen âge le Grand Poitique ou siinplement le Port iipie de Saint-Pierre. C'était le lief des Paternostrari, des Coronari, ou vendeurs d'objets de piété : chapelets, images, statuettes de saint Pieiie, cU'ii^ de la Confession, citMges et Aynus Dci.
' (i(!S .staluc» sdiil ihiiis l(> oiii'i'iilor ((iii l'uiiiliiil ili' In l!:iHilii|iii- :'i la sacrintio.
Ils installaient boutique un peu partout, sous le Portique, en pleine place, sur les marches, dans le Paradis, et jusqu'aux portes de la Basilique. Nous ne répondons pas qu'ils ne les aient jamais franchies. 11 y avait cependant un certain ordre. Pour éviter les disputes entre marchands, d'humeur souvent peu accommodante, on mélangeait les commerces. Le lieu des vendeurs de figues se trouvait dans le Paradis même, tout près celui des bijoutiers. La concurrence était difficile. Les étoffes et les bibelots en cyprès se tenaient côte à côte. Les arracheurs de dents installaient leurs machines sur les marches d'où ils débitaient leur boniment. Les comestibles, légumes, huiles, fruits, poissons salés, avaient leur quartier, sauf les bouchers qui sont absents. La Basilique était alors le centre de la vie active pour le spirituel et le temporel; tout s'y trouvait, même les Juifs, ces bohèmes du commerce, souvent pourchassés, battus, se cramponnant quand même à leur boutique, et revenant toujours offrir aux pèlerins des plumes, des soieries, des bourses pour mettre des reliques et des saintes images. L'un deux avait son banc près d'une maison, à V Image du Sauveur, donnant sui' la place'.
Les marchands n'étaient pas exempts de vexations. A Rome, on fait argent de tout: c'est une vieille habitude que certain roi de Numidie jetait déjà coinino une insulte à la face des anciens Romains. Les gardions de la Basili(|ue, (pji liraient un assez riche revenu des services rendus aux pèlerins, exigeaient des marchands d'onéreuses redevances auxquelles ils n'avaient aucun droit. Ils se réservaieiil la distribution des places, et naturellement les meilleures, les plus en vue, étaient assignées au plus offrant. D'où dos disputes intiTiniiiahlrs. dos voies de lait. Les marchands qui s'obstinaient à s'installer sans payer patente, voyaient leurs tables bousculées, pillées, même à main armée. Les plaintes étaient nombreuses et arrivaient parfois aux oreilles du pape : témoin un décret de Léon X, qui fait droit aux plaignants et leur confirme l'usage de divers endroits comme l'Atrium, le Portique, les marches, etc..
Le révérendissime Chapitre liii-ini'ine n'avait pas toujours l'humeur endurante, (irande dispute sous Jean XXII. entre messieurs les chanoines et les marchands qui occupaient des bancs sui- la place Saint-Pierre, sans consentir à payer une redevance. Les marchands poussaient les hauts cris, s'installaient quand même et narguaient messieurs les chanoines, qui de leur côté fulminaient des interdictions, expulsaient de force et mettaient en prison. Après bien des chicanes et des procès, un arbitrage à l'amiable rendit la paix. Il fut reconnu d'une part que les bancs en litige appar-
• Cf. Armellini, Chiese, p. 543 (1887).
LA BASILIQLK VATICANE 141
tenaient au révérendissime Chapitre, et que ledit ciiapitre serait tenu de les louer, pendant dix ans, à chacun des intéressés; d'autre part, que les marchands payeraient chacun, tant pour le banc que pour le cens et le revenu, la somme de dix solidi. De plus, pendant dix ans, la corporation des marchands devra offrir au chapitre trois livres de safran. Bien entendu que les frais de l'arbitrage sont à la charge des marcliands. L'arbitre de la paix fut Paul Conti, vicaire du révéïendissime Père et seigneur Napoléon, cardinal du titre de Saint-Adrien et archi prêtre de Saint-Pierre '.
S'il est vrai que les monuments traduisent et continuent à travei-s les âges la physionomie d'une époque, à coup sûr la basilique Constantinienne exprime avec un réalisme saisissant la caractéristique du moyen âge. A cette époque du monde, il n'y a point de monopole; le despotisme le plus absolu s'allie aux libertés les plus larges. C'est le temps des franchises communales, des justices locales, des juridictions de détail, des rites multijiles. L'autorité unique existe dans VÈlal comme dans lÉglise; mais elle dirige de haut, respecte les libertés individuelles, accorde des dispenses, se réserve des exceptions. Les inférieurs ne sont point supprimés; ils entrent dans le mouvement général sans être absorbés par lui. Rois et seigneurs, papes, évêques et abbés concourent à la même œuvre sociale, chacun selon ses droits, ses privilèges, ses franchises, sans permettre au plus grand de dévorer le plus faible, ni au plus faible de se révolter contre le plus grand. L'unité existe avec une vaiiété inhnie. Les libertés individuelles émergent, s'agitent, opèrent, se défendent au besoin sous la suprême autorité dont le devoir est de les protéger, non de les détruire. La basilique Constantinienne reproduit ces deux traits caractéristiques du moyen âge : unité et variété; cette dernière, même jusqu'au désordre matériel, figure et souvenir du désordre moral, des heurts continuels que la diversité de pouvoirs et de droits mal déduis, souvent en croupe les uns sur les autres, faisait naître entre les autorités qui régissaient l'État et l'Église.
• Cf. Armellini, Chiese, \>. 544 (1887).
J42 SAINT-lMKIîRE DE ROME
lîir.LiûGr.Ai'Hit;
Fontana, Templum Vaiicammi ; Roni;c, 1694. Cancellieri, De Secretariis vctcris hasilicx Vaticanœ; Romœ, 1788. Mignanti, Istoria délia SS. Patriarcale hasilica Vaticana; Roma, 1867. Martinetti, la Basilica Yatic.ana; Roma, 17.50. De Rossi , Inscriptiones christian:v.
L'Abbé Duchesne, Liber jmntificalis , I.
Rollandistes , Acta Sanctoi-um , vi Junii. Crostarosa, le Basiliche cristianc: Roma, ISOtJ. Armellini, Chiese di Borna, 1887.
Ronanni, Numisnmia Swnmurum Pvntijicîim tcmjiH Vatiiatii l'ahriciiiu itidicanlia; Roma?, 1696.
Panviniiis, De stationibus Urbis Bomx.
Torrigio, Grotte Vaticane; Roma, 1674.
Petnis Malliiis, Historin Basilirœ antiqtiœ S. Priri apiid Rollaml. vi .liiiiii.
Corroyer Ed., V Arcliitccturc romaine; Pai'is, 1888.