I.A l'.ASIIJnri; VATir.ANK Uo
vénérer Paul, à la voie d"Oh;tie. Nul iir dil iju rii «"agenouillant devant la Confession vaticane on s'agenouille devant Pierie et Paid.
En plein ivc siècle, peu de temps après la con.stnirtion de la basilii|iii'. Prudence chante les gloires des Apôtres et débute par établir la disliurtion de leurs ossements :
Dividit ossa duum Tibris sacer ex iitiaf|iir ripa, Iiili'i' sacrala (iiini lliiil .sf|iiilrra '.
On ne peut elle plus chiii. l'iudence parle des ossements et des tombeaux. Les (i>seiiieiils (le l'iiii suiii dini côté du Tibre, les ossements de l'autre siu' la rive Opposée, comme lim- himbraux ; li' lleuve coule au
niiliell d'eux el les S('paic. Xnlle lllelilidll d lUI niélaULie l'ralelliel dilUt le
poète auiait [lU tirer les plus tnueliaules iuspiralions.
Un siècle ])lus tard Soznuièue. laeoutaut l'invasion d'Âlaric. lappurte rpie ce barbaie, liviant Rome au pillage, défendit à ses soldats de loucher à la Itasilifjue de Saint-Pierre : Ob reverentiam lamen erga Pelnim npostohnii. husilicani qusL' circa illiiis himidinn magna est et spatiosissima inviohihiiii esse jussil*. L'historien ne se doute jias de la présence <le saiut l'aul au \'aticau. ]»as plus que le barbare (pii l'par^ne la basilitjue pai- respect envers saint Pierre seul.
Au vie siècle, Grégoire de Tours df'ciif la basili(pie Vaticane : c Pierre est enseveli, dit-il, dans le temple ajipeh' 'Vatican... Son sépulcie. très l'iche, est placé sous lautel'. » Toujours rien de saint Paul. A la uième époque, Grégoire le Grand afiiruie uetlenieul ipie les corps des .Xpôtres reposeut eu des séjudcres distincts. Il répond à Cnustauliua .Vugusta, (pii l'avait prii' de lui euvnvei- à Giiustantino[)le la tète de saiut Paul (MI uue partie de sou corps : « Les corps des saints Apôtres l'ierre et Paul illuslienl leurs églises respectives par de si grands mirales, (pi'ou ne .s'en approche, luèuie pour [trier, (pi'avec leri-eui-. Uu jour que luon prédécesseur voulait changer l'argent qui ornait le corps très saint du bienheureux l'ierre, (pioique à une distaure de (piiuze jtieds, un prodige ell'rayant l'épouvanta, .le voulus nioi-ini''ine renoiixeler quelque chose près le corps très sain! du liienliein eux l'aul; en iivn>anl auprès, le ;:ardien tron\a quelipies ossenieiils (pii u appailenaienl [las au s(''pid(ai'. il le> eiilexa |iour les placer en un autre lii'u cl uiournl ^nliileinen! . ellravi' pai- une vision terrible'. » Le pont de. col II me ni! le \oit . u lii''>ite pas : pour lui. le coips (K' saint
' Aui-pl. l'niili'iil Pcrisicplia.. Iiymnus \ii ilr l';issi(iiic Hli. .\|ii)sl. l'clri rt r:iuli; l';iiis, 1(')87, |.. 2!)'».
* llixt. Eccl. V. i\, |i. I!.M i 1747).
' Gloria Marli/r. lili. I, c. xwiii, |i. 750; Piirisiis, ICp'.i'.i. ' S. r.vvg. A>is/. lib. IV, x.\x.(Migni-, l'alt-ul., t. 1. XXVII, \>. VM.)
^^y SAlNT-l'IElillE DE KOME
Pieri'e est au Vatican, le corps de saint Paul à la voie d'Ostie. Aucune allusion à un mélange. Nous pouixions continuer ces témoignages invincibles, qui se répètent jusqu'au xiie siècle sans une note discordante, et y ajouter ceux des itinéraires ou guides qui servaient aux pèlerins pour visiter les sanctuaires : l'affirmation est partout la même.
Pendant huit siècles, de Silvestre à Alexandre III, les papes défdent devant le tombeau du Vatican, portant leurs offrandes : plaques d'or et d'argent, vases et tissus précieux, colonnes et statues de marbre, tout est offert au bienheureux Pierre. Jamais, dans les interminables listes qu'étale le Liber pontificalk, on ne trouve mention d'une pensée pour saint Paul au Vatican. Les empereurs et les rois font de même. Quand ils déposent leur couronne, leurs chartes de donation sur la tombe du Vatican, c'est à Pierre seul qu'ils rendent hommage, à Pierre seul qu'ils lèguent leurs biens; c'est Pierre seul qu'ils vénèrent et qu'ils implorent. Si le corps de saint Paul était présent dans ce même sépulcre en égale partie, comment les papes et les empereurs auraient-ils pu oublier à ce point le grand Apôtre des nations? Comment son souvenir, même secondaire, n'aurait-il pas tiouvé sur leurs lèvres le moindre témoignage de vénération? Paul passe inaperçu au Vatican parce ([u'il n'y est pas, et quand ces papes et ces empereurs vondiont le V('ni'ri'i et lui rendiez hommage, ils ii-ont à la voie d'Ostie.
Ce n'est (juau xni'' siècle ipie Guillaume Durand, dans son Ralional, expose nettement l'opinion ipii mélange les ossements des Apôtres. Une lète Hturgique dont l'origine et le sens élaienl incoimus en l'ut le [loint de (li''parl. (Ml soleimis.iit alors dans beaucoup d'églises, à la date du 14 ou du 16 juillet, une fête inlituli'e la J>i vision des Apôtres. Que pouvait signifier cette division? Les commentateurs liturgistes sont rarement embarrassés. Au xne siècle, cent ans avant Guillaume Durand, Jean Belet, dans son Explication des divins Offices, s'exprime ainsi : « Sur la fête de la Division des Apôtres, grande dispute entre les écrivains les plus distingués. Les uns veulent , — et avec raison . — qu'il s'agisse de la séparation des Apôtres pour évangéliser le monde ; les autres, de la séparation des ossements de Pierre et de Paul. » Jean Belet, fort de la tradition et de la conviction de l'Église romaine à son époque, affirme alors, tout en se trompant sur les détails, qu'il y eut séparation et non mélange des ossements des Apôtres. Voici connue il l'entend : » Il ari'iva qu'au temps des persécutions, éciil-il, les coi'ps de Pierre et de Paul furent déposés dans un même lieu et dans un même tombeau, — c'est l'histoire, à sa façon, de la translation à la Platonia. — Or, continue le liturgiste, reiupereur romain s'i'lanl converti à la loi chrétienne, on édifia à chacun tles
LA UASII.Inl i; \ AT ICA NI-;
deux Apôtres uiil' basilicjue particulière. Comme leurs ossements avaient été mêlés et qu'on voulait les séparer, on ne savait comment les distinguer. On pria, on jeûna, et il fut révélé de Dieu que les plus grands ossements appartenaient au Prédicateur, les ji|ii> petits au Pêcheur {majora Prxdicatoris , minora vero Piscaloris). Alors on sépara soigneusement les ossements des Apôtres, et on les plaça dans leur basilique respective'. ) Jean Belet se trompe, car les ossements des Apôtres ne lurent point mêlés et mis dnns lo inrmo sarroplinfic à la Vlulunin. Outre les textes Ibr-
Siiint SitvtisU't- . tl'aprèb ItoUkc-Ilt, « ( .lia|M lit' Siàùik -r
iiicls (lu Liber iiDiilipcdlis- . le Idiiijiciiii liii-mèmc, partagé par une pLiipie de iiKiiliic, léiiKii^iie i|iie (leii\ >aici ipliajies v l'ureiil di'posés. L)i' plus, celte li'Nél.iliiiii csl plus (|iréll-an^i'. alleinlil i|lie les |i|'eliiieis Pères, et avec eux loiile l;i tiadilioii. sont mianiines ;"i (i(''clai'i'|- que l'aiil ('lait petit de taille, cuinnieiil lui atliilmer les ipsseiiieiil> les plus grands? Les Boliamlisles enx-iiièmes, (|unii|iic sdiileiiaiil . — lailili'iiieut . il est viai. — rii|iini(iii cciiilraire à la m'ilre. it'jilli'iil cette i-i'\(''iatiun ciniiiiie ap(icry|»he'. Mais ce i|ui est le plus ninaïqiialile ilaii> If ci m iineiilaire de Jean l'iclel .
' Cite par ll()[';;ia, \'iihi\ f,'»)//., |i. 'J.'IT. ' Lib. jioul. I, |i. loi. liilil. Ducliesiii'. ■' Cr. Uoll.. .luii. M.
148 SAINÏ-I'IERRI-: DK lîdMi:
c'est rjilliiiUMtion, en plein xiv siècle, vers 1162. de In réelle sépnriition des corps des Apôtres dans leurs toHil)e;mx. Cependant cette fête de la Division des Apôtres, interprétée tant bien que mal i)ar Jean Belet. allait éveiller d'autres opinions.
L'idée, confuse d'abord, d'un mélange des ossements des Apôtres, puis d'une division, fait son chemin dans les imaginations et se précise. La Plalorua est oubliée, oublié également le sens donné par Jean Belet, et l'on arrive à un mélange volontaire, solennel, qui est en même temps une division, puisque pour mélanger fraternellement les ossements de Pierre et de Paul il fallut les partager. Vers la lin du xn^ siècle. (Hi ajoute un détail : avant de séparer les ossements poui- les ivnnir \r.[v riKiitii'. on les a pesésv et comme pour les peser il a fallu les poser sur quelque chose, un sacristain a l'heureuse fortune de retrouver la table de porphyre sur laquelle le pesage sacré s'est opéré. On en fait un autel, on le place devant la grille de la Confession, sous ce titre : De Ossibus Aposlolorum. Et le Canonico romano ajoute à Ihistoire de la basilique de Manlius cette note : « Devant l'entrée de la Confession du bienheureux Pierre se trouve l'autel des Apôtres Pierre et Paul, sur lr(picl Icius ossements précieux, à ce que l'on dit. ont ('té pesés.' »
Cent ans après, arrive Guillaume Duiand ; avec lui plus de doute, plus d'hésitation. En cent ans l'idée du mélange des ossements s'est éclaircie, affirmée de plus en plus ; on sent qu'elle est devenue populaire; on assiste au pesage. Les ossements des Apôtres furent d'abord placés dans leurs basiliques; mais, le jour de la consécration ilc la basilique de Saint-Pierre, Silvestre eut une idée étrange. Il tait prendre à la voie d'Ostie les restes de Paul, b^s met sui- une table avec ceux de Pierre, s'arme d'niu' balance, pèse religieusement la moitié du corps de Paul et la moitié ilu c<»rj)s de Pierre, et réunit les deux i)arts dans les mêmes sépulcres au Vatican et à la voie d'Ostie. Telle est l'interprétation de Guillaume Durand*. Quelque étrange que paraisse cette opération, elle est acceptée dé-sormais comme un fait historique; la conviction est complète. Grands et |ielits savent et disent en tinite sincérit(' et binuie toi <pie le sépulcre du Nalican contient la moitié du corps de saint Pierre et la luditié (lu corps de saint Paul. Aussi Boniface VIII le premier, dans une bulle toiiiliaiil la réorganisation du cliapiti(^ de Saint-Pierre, écrit : « Nous avons fait tous nos efforts pour honorer de bienfaits et de lai'gesses cette basilique, à cause de Dieu, par j'espect pour h>s bienheui'eux Apôtres Pierre et Paul et les autres saints et saintes dont b^s restes i-ejiosent dans
* Boll., Junii vi, p. 'i8.
- Durand, Rationalc-, lib. VU, c. .w, de SS. Petro et Paulo.