‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 25 sur 106 · I.A lîASILInlK VATICANE · texte numérisé non relu

I.A lîASILInlK VATICANE

Aiitoiii- (le (('Ile clLiiiilirc iv^îiic lin |p;il;iis l)i-ill;iiit dime égale splendeur i-oyale'. »

Plusieurs auteurs, et le Père Grisai liii-iin*'me, veulent (\\\c la croix d'or et l'insciiption aient été j)lacées. non dans la chamhre sépulcrale, mais à l'étage supériem-. an niveau de la hasiliipic. Nous trouvons cette opinion arbitraire, car le /.////■/• jioulilicalis n'en sdiinii' nml. Elit- a contre elle

Ciliiirium lie laulrl papnl à Siiinl-Joaii-itv- Latran. cunlonnnt les léli's di' saint Pli'iTu l'I de saint Paul.

M. de Hossi - cl r;ili!i(' Diulicsiic '. i|iii. iiilcipivlaiil l;i di'dicace de Coiislaiilii) et dl It'lriic. iiii'lh'iil l;i cioix ut son inscriplinii dans If caveau sitii- Iciiain, sur le saicupha^c. Cunin' elle égalenienl le récil de lidiianni. toiicliaul la vi-~ilc an luinlicaii l'aile par le jiapc Cli'nicnl VIII. I,c voici : « En 1594, ipiand on élev;i à un niveau supérii'ur le pavé de la hasilitpie a<'luelle. rarcliilecte .lacipies dcll.i l'oiia avertit ('.N'-uiiMit VIII (|u'on venait de découvrir une nnverlnrc par I.Kpielle mi vo\ait le .sarcupliage de saint

' I.ih. ponlif. in i^UrcsIro.

' luscript. christ. Il, p. 2(10.

•' LU), jwnlif. in SHvestm, I. p. I7S.

i;iy SAINT-PIERUK DE UdMIC

Pierre. A cette nouvelle, le pontife, prenant avec lui les éminentissimes cardinaux Bellarmin et Sfondrate, se rendit sur les lieux, prit une lumière ardente et contempla la croix d'or placée sur le sépulcre*. » Seul depuis saint Léon IV, au ixe siècle, après l'invasion et le pillage des Sarrasins, Clément VIII a revu le vénérable sarcophage, et il l'a revu, l'historien contemporain en fait foi, avec la croix d'or posée dessus par Constantin.

Puisque, d'après M. de Rossi, la basilique Constantinienne fut bâtie de façon irrégulière pour conserver intact l'emplacement du tomljeau primitif, il résulte de ce fait que le nouveau sarcophage fut rejilacé dans l'antique chambre sépulcrale de la catacombe Vaticane, au lieu même et dans le sens où l'avait déposé d'abord le prêtre Marcel, puis Anaclet, et plus tard, au retour de l.i Plalouia, le saint pape Denys. Constantin la décoi-a magnifiquement et en fit. comme le dit l'inscription, une « demeure royale » tout étincelante d'or. Puis la chambre sépulcrale lut voûtée, mais de manière qu'il y eiit communication permanente entre le sarcophage et l'église supérieure, entre Pierre et ses enfants. La voiite, arrivant au niveau du pavé de la basilique, fut recouverte d'une ])Iaqiie <le marbie; mais au milieu, un soupirail traversant l'épaisseur de la plaque et de la voûte laissait un vide, de sorte qu'en se baissant sur la plmpit", nu-dessus du soupirail, on voyait au fond le sarcophage de Ijronzo et la croix d'or. De la plaque di' iii.irbre au sarcophage il y avait à i)eu près (piatre mètres de distance. Cette précieuse indication nous est fournie par saint Grégoire, dans sa lettre à Constantina Augusta. Le pontife raconte que son prédécesseur Pelage II, voulant renouveler l'argent (pii ornait le corps de saint Pierre à une distance de quinze j)ieds, il lui ;q)parut une vision terrible qui l'épouvanta -.

Outre ce soupirail i-elativement étroit et d'accès difficile, célèbre toutefois dans l'histoire de la Confession, sous les noms de Foramen, Billicuni, Umbilicus, il est à croire que le tombeau avait une véritable porte sous l'abside, du côté où l'on ai rivait, selon les pèlerins du vnie siècle que nous avons cités : Ad caput beati Pétri. C'est l'opinion de l'abbé Duchesne, qui, expli({uanl le texte de l'in.scrijition ' gravée sur la croix d'or, s'expi'ime en ces termes : « La domus regalis serait la chambre funéraire inférieure, Vaida simili fxdgore coruscans serait la basilique ellemême. Cette explication supixiserail, cl- qui est vraisemblable, (pie la cliambre fniK'rjiirf de l'apôtre Pierre demeura d'iibord accessible; car il

' lionanni, Numismut. Templ. Vatic, c. xxiv, p. 149.— Eugpnio Mccrlii , /« Tomba di S. l'ietro e l'inscri-ione dclla croce d'oro, Roma, 1893, p. 10. - Quinze pieds font plus rie 4 m. 50. ^ Lib. ponlif. 1, p. 178. Edit. Duclicsne.

Viii- lie la Cuiift'SHlim r»'ConHlUut*e il;ins w»

O.b.X' *^\ *'^'\ <ài U». CAWtA44*v*.

LA BASILIQUE VATICANK 161

n'est [lus naturel d'appeler domus regalis un cxiveau souterrain où le jour ne pénètre que par une lucarne ouverte dans le pavé d'une grotte obscure. Je dirai même qu'il était inutile d'y mettre une inscription que jamais personne n'aurait pu liie. Ainsi, à mon avis, la domus regalis n'est autre chose que ranti(|ue memoria Apostoli Pétri, remise en possession du ccjrps de l'Apôtre et décorée avec une splendeur royale. Les invasions des Wisigoths et des Vandales, au ve siècle, ont pu motiver des mesures de précaution et conseiller de rendre ce sanctuaire absolument inaccessible'. »

Quoi qu'il en soit, il est certain que nos pères, pendant une période assez longue, furent en communication directe, immédiate, avec le tombeau de saint Pierre, par la lucarne qui se trouvait au centre de la voûte. Ce fait repose sur des obsei'vations minutieuses que l'on peut vérifier encore aujourd'hui et sur des documents historiques incontestables.

Les démolisseurs de la vieille basili(|ue et les architectes de la nouvelle n'ont nullement touché à la chambre funéraire de saint Pierre. Le dehois a été changé, Vaula supérieure a été translbriiiée; mais le caveau luimême, — la domus regalis, — a été épargné. Le billicum de la Confession, — cette lucarne par où l'on voyait le sarcophage. — existe toujours. En 1749, le 13 mai, le coiivcrcle en bronze doré ipii la ferme fut levé devant im historien de la basilique, Antonio Martiiiriti. i|iii ,i |;iissé le témoignage authentique de ce qu'il a vu. Le couvercle de bronze étant levé, il découvrit un peu plus bas, à l'exlrémité d'un petit soujjirail, la I)la(iue de marbre percée de sa lucarne de forme carrée, [lortant encore sur un de ses rebords un crochet en bronze dont nous verrons l'usage, puis le vide et un mur dérobant au.v regards le sarcophage lui-même-. En 18'J2, le Père Grisar eut l'heureuse fortune de faire une contre-é|»reuve, et voici ce qu'il raconte : « Le couvercle de bronze étant retiré, un voit d'aliord l'intérieur du soupirail actuel, de forme ipiadrangulaire et revêtu (le hionzc. A trente-quatre centimètics de pi'ofondeur. il d('houchc dans un espace vide duul la hauteur |iarail de (juatie-vingt-quatre centimètres, en travei'sanl une pla(pie de niarhrt' dont rouvertine con-espond à la sienne. Cette pla(|ue de niarbi'e est brisée; aucmu' iusci'iption ne s'y li'ouve. Des pans de iiiiir. des matériau.x <'n'ondrt''s. c'est lnul ce (|ue l'ieil rencontre an IkhiI (hi sdiijiiiail. dans la ciiaiiilii-elle |i(ii iargi' el peu élevée ipii n'est (|iriiiie partie de raiicieMMe cliiiiidiii' si'pulciale de s.iiiil Pierre'. » Est-ce dniii' là la dnnius regalis de ('.iiu>lanlin. celle deiiieuie

' Lib. ponlif., iii Silfcstr. I, \>. 178. * Basilic. VtUic. II, [i. 82.

•' es. IVii' (iiisar, ri;', cil-, p. :t38 cl |i. WTl.— De Ilossi. Imcripl. chriat., pp. I!»!». 'i'iti, '2-29. L'abbé Duclifsiic, JAb. ponlif., in Silvcslr. I.

SAINT-l'lElUtE DE KOME

royale ruisselante d'or, au milieu de la(iuelle le sarcophage d'airain reposait? Des matériaux effondrés, des décombres, une voûte, voilà tout. La lucarne sacrée existe toujours; mais on a beau se pencher dessus, comme faisaient nos pères, on ne voit plus le sarcophage de Pierre. Que s'est-il passé ? Pourquoi ce lamentable dénuement ?

A une époque qui reste incertaine, mais probablement après le pillage de la Basilique par les Sarrasins, l'an 845, sous le pontificat de Sergius II, Léon IV, successeur de ce malheureux pontife, sentit la nécessité de fermer à tous les regards le tombeau de saint Pierre, pour le dérober à toutes les convoitises. La « demeure royale » , magnifiquement ornée par Constantin, fut comblée en partie, couverte par des murs épais qui ne laissèrent vide que la chambrette où aboutit le soupirail actuel. La plaque de marbre brisée par les Sarrasins fut laissée sur place, comme un témoin de l'époque constantinienne ; mais, pour éviter des profanations trop voisines du tombeau de l'Apôtre, on éleva le niveau du sol au-dessus de cette plaque, à la hauteur de cinquante centimètres; puis, pour sauvegarder les antiques traditions et satisfaire aux solennités liturgiques, on la mit en rapport, par un soupirail, avec une nouvelle lucarne ouverte dans la partie supérieure de la Basilique'.

De saint Silvestre à saint Léon IV, pendant quatre siècles, nos pères, en se penchant au-dessus de la luairne, sur la plaque de marbre qui recouvrait la voûte de la chambre funéraire de saint Pierre, voyaient de leurs yeux le sarcophage d'airain (|ui gardait ses restes. Depuis saint Li'on IV, en regardant i)ar la lucarne supérieure, plus élevée que l'ancienne, on ne voit plus que la pla(|ue de marbre sur la([uelle les pèlerins s'agenouillaient, puis le vide et des décombres. Pendant les quatre siècles que nous pouvons appeler les siècles d'o;;- du tombeau de saint Pierre, son extérieur avait une, magnificence égale à la sjilcndeur royale qui dt'cKiail le caveau souterrain. Jusqu'ici nous n'avons décrit que l'intérieur même de ce caveau; au-dessus, dans la basilique, était, à proprement parler, la chapelle de saint Pierre, la vraie Confession.

Les Bollnndistos-, et avec e\i\ un grand nombre d'i'crivnins. ]ir('tondont

' NoiKS |)liiçons la violation du tombeau de saint l'ioiTC à lï'|ioi|ue du pillage par les Sarrasins, Ciu- rien de plus désastreux n'est arrivé à la liasilique. « Ecclesiain Heati Pctri Ajiostolorun) principis nefandissimis iuiquitatibus invaserunt, » dit le Liber /)on/i/tcaiis, m Sergrio//. Ils dévastèrent la Basilique, enlevèrent l'or et l'argent qu'elle contenait, jusqu'au ciboire de l'autel pai)al. Ils essayèrent sans doute de pénétrer dans le caveau de saint Pierre et en brisèrent inutilement la plaque de marbre. La voûte dut résister à leurs ellorts. Léon IV, d'aiirès le Liber po>ili/lcalis, lit à la Confession de nomlircuses réparations. Quelques-uns pensent même, mais sans aucun fondement, qu'il faudrait lui attribuer la dispei'sion de ses reli(|ues. Ce pape aurait ouvert le sarcopbagc, enlevé la tète de saint Pierre et d'autres o.ssements. Rien, absolument rien n'autorise cette opinion tout arbitraire. Cf. Père Grisar, op. cit., p. 345.

- Act. Sanct. Junii, t. VI, )). 117.

LA ItASlMuLi; VATICANE |il3

(jiic J.i Ciiiiressioii coMstantiiiieiuie. dans son ensemble, se comiHtsait de deux chambres souterraines superposées. A leur avis, la chambre inférieure contenait le sarcophage; la supérieure était une sorte de chapelle creusée devant et sous r.nihl pHpjil, <iù l'on descendait de la nef par des degrés, comme on le fait actuellement. De cette façon, au-dessous du pavé de la Basilique, il y aurait eu deux chambres souterraines. Cet échafaudage croule par la base. Un simple coup d'œil jeté sur le niveau de l'ancienne Basiliipje suflit à démontrer linanité de cette opinion. Tout le monde sait (jue les glottes vaticanes ont pour niveau le pavé de la basilique Constantinienne; or la plaque de marbre où se trouvait la lucarne sacrée par lafpu'lle nos pères voyaient le sarcophage de saint Pierre est encore, comme autrefois, au niveau de ce pavé; par conséquent, sous le pavé de l'ancienne Basilique il n'y avait qu'une chambre souterraine, inférieure à la nef, le caveau même, la domus regalis où reposait le corps lie saint Pierre, et pas autre chose. La voûte de ce caveau royal formait le pavé même de la Basilique. La Confession supérieure se trouvait donc (le plain pied, de niveau avec la nef; on n'y descendait pas. Grégoire de Tours, qui nous la décrit au vie siècle, ne parle nullement de descendre à la Confession, il dit : Qui orare desiderat, reseratis cancellis quitus ille locus ambitur, accedit super sepulcrum. On ouvre les portes, et on avance au-dessus du tombeau.

Cependant, quoicjue la Confession supérieure fût au niveau de la nef, elle formait toutefois comme une gr'otic au-dessous de l'aufcl papal : c'est [\irca Confessionis dont il est fait souvent mention dans le Liber pontificalis. Voici comme nous l'entendons :

La Confession su[)<''rieure était situ(''(' devant l'abside, or l'abside avait 1111 iJiNcau bien plus rU'xr (|iic je iiivciii de la nef. On y montait par- plusieurs degrés. l/,iiilrl pap.il, à son tour, plac(' sur le rebord de l'abside, au milieu, était encori; surélevé de plusieurs marches, de sorte que, en arrivant au centre de la nef transversale, on avait en face de soi le massif (le l'autel papal, dont la base l'tail au moins à trois mètres au-dessus du niveau de la iwï. \\i lini di' iniiicr le dessous de l'autel, on prolila de son élévation |)our eu tuiinci- uni' i^rollc assez profonde dont le cintre viirit('' r.iisjiit arc. laiidis ipie de clMiiue e(Mi' iiiuul.'iii lit les degrés conduisaiil ;'i lahside'. Cel.i iKMis e\|ilii|iie cuiiiinent, loiil à la l'ois, la Coiiiessiiiii ('lail de |ilaiii-|iied avec la nef el coiiinient, dans certaines occasions litiuviqiics. il esl ijil (|iie le pa|ie descend à la Coufessioil el eu remonte.

' [/,\ taxift'Ssioti (II' .s;iiiili' C/tMc, :'i lîmiii', ir|iii''S('nti' m |M'tit l'r (|iii' ilrvjit rln- rolN- di* siiiiit l'iiric. Kllc est t\r nivo:iii ;ivi'c hi iii'l' il cc|M'tiil:int (l;uis une grolle sous raiilrl iii;ijour. Pc cliiii|ii(.> coté l't'ali'im'iit tlos iiiuitIu's coiuluisfiil à I iiljslilc.

)0i SAINT-PIEIÎRE DE ROME

Celui (jui arrivait à la Confession par la nef, comme Grégoire de Tours, V entrait de plain pied, — accedit super sepulcrum; — celui qui. comme le pape, venait de l'abside, y descendait. De cette façon, l'autel papal se trouvait vraiment super corpus Pétri; car, entre lui et le billicum par où l'on voyait le sarcophage, il n'y avait point d'intermédiaire. En réalité, la Confession constantinienne se présentait, comme la Confession actuelle, lorsqu'on est descendu au pavé inférieur. L'autel papal n'a pas changé de position. Le pavé qui le porte est à peu près au même niveau que l'ancien pavé de l'abside constantinienne. En supprimant par la pensée le niveau actuel de la nef, on se trouve à la base de la statue de Pie VI, sur l'ancien pavé, ayant devant soi l'arc de la Confession, sous l'autel, comme le voyaient nos pères. L'élévation seule du pavé des nefs à trois mètres de hauteur fait que de nos jours il faut descendre à la Confession. La niche d'Innocent III, sa grille, laissées intactes, prouvent sans contredit que le niveau de l'autel papal n'a pas changé.

Comme on le pense bien, la grotte sous l'autel, que nous appellerons simplement la Confession, fut décorée avec magnificence. C'était le point central de la Basilique, le lieu saint entre tous, le tombeau visible de saint Pierre. Pendant les quatre siècles glorieux, de Silvestre à Sergius IF. les murs, le pavé même, ruissellent d"or. Sous la voûte de la grotte, au centre, au-dessus de la plaque de marbre et du billicum, un ciborium porté par quatre colonnettes de marbre, blanches comme la neige, dit Grégoire de Tours ' , recouvre un petit autel et forme comme un tabernacle fermé de toutes parts par une grille en or pesant cinquante livres, don du pape Adrien I. Sur la face qui regarde la nef, cette grille s'ouvre : c'est la fameuse fenestella Confessionis, la porte par où les privilégiés passent la tête, l'avancent au-dessus de la lucarne sacrée et voient le sarcophage. Que de larmes versées par les pèlerins en cet endroit vénérable! Que de prières tombées de leurs lèvres émues ! Heureux celui qui peut s'approcher, voir de ses yeux le tombeau de saint Pierre, y faire loucher pai" le soupirail, en les descendant à l'aide d'un long crochet, les brandea, les suppliques, les clefs symboliques, souvenirs qu'il veut emporter comme des reliques précieuses dans sa patrie !

« La petite porte étant ouverte, dit Grégoire de Tours, on passe la tête et on demande les grâces dont on a besoin. On est vite exaucé, si la prière est juste. Celui qui veut avoir le gage heureux que sa prière est entendue pèse d'abord un linge, le descend à l'intérieur; puis, veillant et jeûnant, il supplie très dévotement que la puissance de l'Apôtre accorde

' De gloria martyriim , c. xxviii. p. 750; Parisiis, 1699.

ce que demande sa piété. Chose inouïe! si la foi du suppliant l'emporte, le linge que l'on retire est tellement imprégné de la divine puissance, que son poids est plus lourd. On sait alors avec certitude que l'on est exaucé'. »

Nous avons tenu à donner ce témoignage curieux de la foi antique.

Cette petite porte (fenestella) sersait aussi à la cérémonie pontificale de l'encensoir. Dès le pontificat de saint Léon III il en est question : « L'illustre pontife, dit le Liber pontificalis , fit un encensoir apostolique en or très pur, pesant deux livres et cinq onces. » Et un peu plus loin, parlant de la basilique de saint Paul, le Liber pontificalis ajoute : « Le même pontife fit dans la basilique de saint Paul deux encensoirs {turabula apostolata) en or très pur, dont il mit Tun au dedans, sur son corps. Il pesait deux livres'. »

Nous trouvons l'explication de cette cérémonie dans VOrdo romanns de Cencius, depuis Honorius III. publié par Mabillon. Il s'agit de la fête de saint Pierre : « Après la quatrième leçon, le seigneur pape descend à l'arche de l'autel, en retire l'encensoir qu'il y a déposé lui-même plein de charbons et d'encens à la solennité précédente, puis il remet l'encensoir à la même place'. » A chaque fête de saint Pierre, le pape descendait donc à la Confession, se penchait sur la lucarne et suspendait au-dessus du corps de l'Apôtre un cuccnsdii- (ilcin de cliarbons et d'encens. L'année suivante, les charbons étaient retirés, lavés et distribué-s au peuple. L'eau (pu avait servi au lavage était bue en grande dévotion par les malades.

Dans la Confession même avait lieu une autre cérémonie, dont il s'est conservé quelque souvenir jusqu'à nos jours. Sur le couvercle qui fermait la lucarne sacrée, on plaçait ime cassette contenant les palliums. Cela se faisait en grande pompe, au dire d'un témoin oculaire, le canonico Benedcîtto *. Nous lui hiissoiis l;i ji.iidic: « Voici commoul ou doit (■('■h'iM-cr les vigiles en l'honneur des étoffes de laine qui servent à faire les palliinns. Je le raconte à la posli'rilt' Ici que je l'ai vu pratiquer l'taiil pivliv romain, chanoine de cette sacrosainte Basilique. La veille an snii'. les cierges et les loiches nécessaires pour lire les leçons et les oiaisuns des vigiles «'tant prépait's, les chanoines se réunissent à l'autel de saint Lt'oii. pape. Le piètre hebdomadaire prend les étoffes pliées dans un voile, et la procts-

' Op. cit.

■ Lfo m, p. ;i!)'J cl iOl. Kilil. IHichesno, II, i.. 18.

' Ordo roiiiinius, ,\II, p. 71.

' nanoniciis Itoiii. in .ulilil. aile. i. Ifisl. Pétri Mallii. — Holl. .lim. VI, p. HH.

I.i' p.illiurn est une linncli- de l.iini' liliinrlic ornc-o do ilistanco l'ii distance de pelitos croix noires, que le pape envoie aux airlieviV|iies comme insigne do leur dignité et t)iieli|nerois A dp simples évoques comme ténioijtnape do particulière distinction. I.e pallium se porte sur les \Hements sacrés. Il est fait avec la laine de deux a(»ni'aux (pie l'on bénit solennellement le jour de sainte Agnès, 21 j.invier, dans la liasiliqui' l't sur l'autel di- cette sainte martyri', llien de t;racieux

sion, composée des clercs avec les cierges et lencens, et des chanoines, se met en marche. Le prêtre hebdomadaire entre sur le corps de saint Pierre et place les étoffes sur l'autel, les cierges allumés devant. Alors le chœur qui doit entonner commence l'antienne : Si diUgis me, Simon Petre, et le reste avec les psaumes et le verset : Tu es Pastor ovium\.. »

Les bons chanoines y trouvaient leur petit bénéfice, chacun trois solidi provinienses, les cierges et, comme rafraîchissement, du claretum à volonté. « Ce vin, dit Maphaeus Vegius, est délicieusement parfumé. Après les consolations divines de Fàme, on le distribuait pour la consolation du corps, ce qui mettait beaucoup de gaieté dans la cérémonie, — peut-être trop, — car, ajouto-t-il avec un mélancolique regret, je ne sais pourquoi cet usage est supprimé '. »

Avant la Réforme qui a introduit dans l'Église, et surtout en France, des habitudes sévères, pleines de raideur vis-à-vis de Dieu, nos pères savaient allier au culte divin de joyeuses coutumes. La maison de Dieu n'était pas un temple où Ton entrait avec terreur, mais bien le foyer du père de famille, où les enfants, respectueux adorateurs, laissaient leur cœur se livrer à la joie. Plus d"im rhanoine de nos jours doit regretter le clarehim.

Malgré cette lacune, les palliums sont toujours placés sur le hiUicum de la Confession, et c'est pourquoi, quand le pape les envoie aux archevêques ou aux prélats qu'il veut honorer, il U^s envoie de corpore beati Pétri, comme si Pierre lui-même se relevait de sa tombe pour les déposer sur les épaules de ses successeurs.

La Confession de saint Pierre foi-mail dans la Basilique comme un sanctuaire à part, réservé, qui, partant du pied de l'abside devant la grotte, se prolongeait en avant jusqu'au centre de la nef transversale. Cet espace, véritable presbyterium, comme l'appelle le Liber jJonlificaUs*, était fermé de toutes parts : devant, par le portique des colonnes enguirlandées de feuilles de vigne, reliées entre elles par une giille, et sur les côtés, par une balustrade laissant en dehors les marches qui uxintaicut à l'abside. La porte principale, ([ui ne s'ouvrait que devant les grands personnages, se trouvait au milieu du portique; deux portes latérales servaient habituellement au public. Entre l'arc de la Confession et le jiortique,

comme cette cérémonie. Après lu messe solennelle, on apporte les deux ;ii;ncaux vivants, blancs comme neige, ornés de fleurs et de rubans, dans une corbeille que l'on pose sur l'autel. Le célébrant les asperge d'eau bénite et les encense. Souvent ces charmantes petites bêtes, effrayées par l'assistance, bêlent doucement. Nous les avons caressées plus d'une fois au passage dans leur gracieuse corbeille. On les porte ensuite au pape, puis leur laine est tondue et convertie en pallium.

' De Reb. aniiq. memor. Basil. S. Pclri, lib. 111, p. 85. — riolt. Junii, VI, p. 74.

■^ Lib. pontif. 1, |i. ilO. Edit. Ducbesne.

LA BASILiniE VATICA.VF. J67

le presbylerium devait être assez giand: car, à certaines solennités, le pape s'y installait dans nne chaire, entouré de tout le clergé, et chacun sait que les cérémonies papales exigent un nomhre considérable doriiciers'. La grotte elle-même, sous la voûte, ne manquait pas de largeur; outre le petit autel avec cihoriutn qu'elle contenait, outre la cassette des palliums, on y conservait les livres des Evangiles que les fidèles baisaient en s'approchant du tombeau de saint Pierre, les diplêjmes des donations impériales, les professions de foi des évêques et celles que font les papes le jour (le leur couronnement. Au dire de Bai'onius, de Ferrari, de Moioni et de beaucoup d'autres historiens et liturgistes, saint Athanase, venu à Rome pour implorer le secours du pape Jules 1er, déposa sur la Confession la célèbre profession de foi connue sous le nom de Symbole de saint Athanase : Quicumque vult salvus esse... Ce n'est qu'après cet hommage (piil obtint la permission de célébrer la messe dans la Basilique*. De plus, à riiiti'ricur de la Confession et dans le presbyterium qui la précédait, de vériliibles trésors s'entassèrent avec les siècles. Nous y trouvons, outre les jirofusions d'or et d'argent de Constantin, les plaques d'argent posées pai- Si.\tc III sur les parois; le revêtement en argent du ciburium par Symmaf{ue et de l'autel par Pelage II; les quatre colonnettes en argent de Grégoire li" Grand; les onze cent trente-deux livres d'argent enq)Ioyées pal- lIoïKiiiiis l'i' à renouveler riiil('rii'iir de la Confession et la porte du milieu; de plus, deux paires de chandeliers en argent massif; la patène iini('(> de pierres fuies, de hyacinthes et d'émeraudes de Sergius W; les six colonnes en onyx, les statues du Sauveur et des douze Apôtres, les vases en forme de lis et les lampes d'argent placées par Grégoire III; la lame d'or dont Adrien I'^'' couvrit la Confession et son architrave ; les portes, les grilles, les statues en or très pur, l'encensoir de même de Léon III, dont les offrandes en candélabres, calices, lampes, vases, tapis et tentures précieuses, dépassent celles de ses prédécesseurs ^ Et ce que m MIS rapportons n'est rien en face de la réalitc'-. Quoi d'étonnant (pic les pèlerins, ('blouis pai' l.inl de splendeurs, ajenl prdcl.iiiii' l,i b.isiliqiie de S;iint-l*iei le la merveille du monde!

' C.r. ll(ii'Ki;i, \'((lic. confess. p. 21S.

' liarimius, ;iiin. '.iV), \i. H — l'ciiMii, Hihliolli. caiinii., VII, ]i. b'JQ. — Moroni , Diil , t. LXVI, p. i:!7.

•■ (If. I.ih. jionlif., p;issiiii.

BIBLIOGRAPHIE

Les auteurs cités au chapitre précédent.

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