I.A BASII.IQLF. VA TIC A NE
de leur vie, d.ins les plus lioriihles supplices, rhonneur de gouverner l'Église de Jésus-Christ. Ni les papes après l'ère des persécutions, même les plus saints, ni les empereurs chrétiens n'eurent la prétention. — l'histoire en fait foi, — d'ôtre ensevelis près de saint Pierre. Ils choisissaient le lieu de leur sépultuie plus à l'écart, soit dans la Basilique, soit dans la sacristie, ou, le plus souvent, .sous les galeries du quadriportiqiif qui précédait la hasiliquc Constantiiiienne. Ce qui faisait dire à saint Chrysostome : '( Les empereurs deviennent les portiers du Pêcheur! » Du reste, ces tombes se rendaient témoignage à elles-mêmes. Leur simplicité, — une phiquc de niarhre ou des tuiles en terre cuite comme couvercle, — le manque d'inscription, la manière dont les corps étaient ensevelis, tout affirmait les usages primitifs de l'Église. Les vêtements étaient longs, serrés autour des membres par des bandelettes. L'un d'eux mieu.x. conservé, vu par Torrigio, qui le raconte lui-même', portait les habits pontiticau.K. Au toucher, ossements et vêtements tombèrent en poussière. Une plaque de marbre, la seule, avait un nom, mais quel nom! Linus, le premier après saint Pierre. îl réapparaissait pour témoigner en faveur (!<■ la succession apostolique de l'Eglise romaine. Des médailles aux effigies de Commode, empereur et jtersécuteur au ne siècle; de Maximien au me, achevèrent do dissiper tous les doutes. C'étaient bien les Pères de l'Kglise romaine que les ouvriers rendaient à la lumière.
P;ir ordre d'Urbain VIII, ces ossements "et ces cendres vénérables furent réunis dans un même caveau, au centre du i)ilier qui devait porter la colonne du baldaquin. Et les fouilles continuèrent.
Elles ménageaient une noiivcllt; surprise. En creusant poiii les fondations du (Inixième pilier, à dioitc de la Confession, devant l'autel papal, en face de la -statue de saint Lon^in. la pioche rencontra un vaste sarcophage grossièrement construit, coiniin' à la liàtc. .\ l'intérieur on trouva des cendn-s, des ossements (•ii[cin(''s. C"(''taieiil les lestes très précieux des martyrs brûlés par Néron dans ses jardins du Vatican, ces prémices de l'Eglise romaine. Le corps enduit de poix, altaciiés à des croix, ils avaient servi à illuminer les plaisiis du pi-nple romain. Et après cette lugubre t'èlc. leurs IVèics en .l('siis-('.liii>l s'('lai('iit liàli's de recueillir les lambeaux iji' liMiis cnips et (le les eusevelii' dans une |irM|irii'ti' voisine, où pins tani leur père dans la foi, ra|iriirr Pierre, crucilié connue eux, devait les rejoindic.
Ce sarcophage, gênant peu la construelion du [tilier. lui res|»eett' et enclave' dans sa base, .\insi. par une meiveilleuse tlisposilion de la Provi-
' Torrigio, droite Vuticanv , |>. (il.
clence, il se trouve que le baldaquin de Tautel papal est porté par les ossements des premiers martyrs de Néron et des premiers papes, — véritables colonnes de l'Église romaine'.
Le 25 novembre 1G32, la première colonne du baldaquin, — celle des martyrs de Néron, — était élevée; le 28 juin 1633, veille de saint Pierre, tout était fini.
A vrai dire, l'œuvre du Bernin mérite les applaudissements unanimes qui la saluèrent à son apparition. Sa grandeur, son élégance, sa richesse, en font un monument (pii, loin de déparer la Basilique, comme il y avait lieu de le craindre, ajoute à sa magnificence.
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LA SACRISTIK I)K SAINT-PIKRRE
Dans iiiH' liistdiro de l.i liasiliqno (\c Saint-Piorro, nous serions iiic(mi|ili't si nous omettions de parler «le la sacristie, dont lo rôle, au |ioinl (je vne nioinimental et historique, a été considé'rable. Los sacristies siinl aussi vieilles que les temples. Le premier jirétrc qui dessemt un temple, ollVil un sacrifice, eut nécessairement une sacristie, c'est-à-dire, au sens le plus restii'int. im lieu voisin du leinple, participant à sa sainleh' l'i destint' à conserver les objets du cnlle. Sans parler des sacristies des Ib'lireiix i|in eiilomineiil le lem[)le de .b'rnsjilem, nous les retrouvons mentioimées près des temples païens. Ovide les a chantées :
Liiiiiinis i'\if;iii liii'r.il |ii'0|ii' li'iii|p|;i l'cccssiis , Spi'liiiic:!' similis M.-ilivci |iiiiiiici' Ircliis, U('lit,'i()iH' saciT |iiisc,i i|iiii iiiiill.'i sacrrdiis I.i),'m'a conliili'i'al vi'li'iiiiii siiMiilai'i'a di'uniin. Iliinc init cl velilu h'iiii'ial .sacraria prol)ro '.
A Rome, au rap|Miii <le Tacile. la sacristie de .luiuler lut un joni' le llii'.llic d'une sanglante trajïédie. C'était à l'époqne d(>s ti-ouhles su.scités |i.ir (jMiia. Di'chu du consulat, chas.sé de la ville, il avait été rtMUplacé' pli L. ( '.orni'liiis INIerida, prèlre ou llamine de ,Iii|piler. (^'Ile élei-lion é-lait iniili.iiic à loiites les lois tradilionnelles : cir. un llamine n'ayant pa< le
' Ovidi-, Mi'hntutvph., lili. X.
droit de sortir de la ville ' ni de voir nue nrmée rangée en bataille en dehors des mvirs, pouvait difficilement s'acquitter de ses devoirs de consul, puisque les consuls devaient commander les armées ^ Cinna rentra dans Rome. Le flamine, vaincu, voulut éviter une mort ignominieuse. Il se retire dans la sacristie du temple de Jupiter, dépose les insignes de son sacerdoce, — rqricp deposito, — s'ouvre les veines et meurt en arrosant de son sang le pavé du temple.
En souvenir de cette mort, il n'y eut point de flamine pendant soixante-douze ans.
Il y avait même des sacristies réservées d'où les hommes étaient impitoyablement exclus, comme celle de la Bonne Déesse. Elles étaient fortifiées, et on ne laissait dans les murs que quelques ouvertures par lesquelles on pouvait voir et toucher les objets sacrés. En revanche, les sacristies de Mars, où se gardaient les nncilia que les prêtres saliens portaient à certaines fêtes à travers les rues, étaient i-igoureusenient fermées aux femmes.
Le culte chrétien, même aux temps primitifs, exigea des sacristies. Elles diu-ent être bien humbles, bien ('Udilos, dans le principe, alors que l'Église,. broyée par la persécution, dérobait souvent dans les galeries des catacombes les cérémonies de son culte. Cependant, dès cette époque, elle avait des instincts de grandeur. Sûre d'elle-même, consciente de la vie divine qu'elle portait dans ses flancs, elle prétendait, à peine née, en face des splendeurs officielles du culte païen, consacrer au vrai Dieu, dans ses solennités, les richesses <ln monde. Même pendant (|iie le sang de ses martyrs coulait à flots, elle eut, dans les oratoires secrets élevés sur leurs tombeaux on les titres publics, des vases précieux pour offrir ses sacrifices; elle eut surtout ses Livres saints, vénérés alors à l'égal de l'Eucharistie, enrichis d'or et de pierreries. C'était son trésor, dont les diacres avaient la haute surveillance, et les vierges ou les veuves la garde ordinaire. Les persécuteurs le savaient bien. Quand ils arrêtaient un diacre ou un prêtre, leur premier soin était de leur demander comme une proie les vases sacrés et les Livres saints. Quelquefois même, an prix de cette trahison, ils promettaient la vie. A peine sortie victorieuse des catacombes avec Constantin, l'Église, libre de toute entrave, comblée des largesses impériales, consacre au culte divin les dépouilles opimes du paganisme. Son tré.sor sacré s'élargit, comme ses basiliques, et demande un lieu saint pour être conservé.
' Tacite, lib. m. c. Lviii.
- Valerius Max., lil). IX, c. xii. — Cancellieri, I, ]>. 50.
I, \ Il \-i i.ii.ii i: \ \Tir \\E 2t;y
La Ijasilique de Saint-l'ieire eut dès lorigine deux sacristies : le secretarimn rahnis et le aecretarium majtts, la petite et la grande. On entendait alors, par secrelurium minus ou petite sacristie, l'espace compris entre l'autel majeur et l'abside, — ce que nous appelons aujourdhui le sanctuaire; — mais, pour s'en rendre compte, il faut toujours supposer que le devant de l'autel, le côté rn'i se trouve le célébrant, regarde l'abside, c'est-à-dire le fond de l'Église et non la nef. Cette disposition essentiellement basilicale, que nous avons perdue en France, est assez commune à Rome. Le prêtre célèbre face au peuple. Entre l'autel papal, au-dessus de la Confession de saint Pierre et l'abside semi-circulaire au centre de hvjuelle était le siège pontilical, il y avait un espace vitlr: c'est la petite sacristie, secretarimn minus.
De chaque côté, assez près de l'autel, sous des arcatures creusées dans le iimr. il y avait des crédences ou tai)Ies, destinées à recevoir les vases sacrés et les offrandes. On les appelait prothèses, ublationariiim ou paratorium. L'usage en remonte aux catacombes. Dans la catacombe Ostrienne, ud nyniphas sandi Pétri, se trouve près le cuhiculum de sainte Eméreiitienne, où l'on vénérait la première chaire de saint Pierre, une petite basili(iue avec abside. De chaque côté, un peu avant l'abside, deux niclios (inliécs, profondes, sont creusées dans le liiT. Leur seule présence niciiiilf les sacrifices olferts par nos pères dans ce lieu sacré.
Sur ces crédences on plaçait les vases, les livres, les ornements, les olfrandes de p.iiii d île \iii que les lidèles pi'ésentaieiit iiuiii- le sacrifice. Un prêtre avait la charge de les recevoir, de les examiner et de mettre à part ce qui était nécessaire. A lui de veiller à ce que iml hérétiipie. nul schismati((ue, nul excomnnmié, nul oppres.seur des pauvres, voleur public ou violateur des libertés de l'Église, n'ait l'audace de présenter son offrande. Leùt-il fait, elle devait être impitoyablement refusée, même celle des personnes affichant publiquement leiii' haine récipnxpie. .selon cette p;inile du Christ : « .\vant de présenter tnn dlTraiide. va te ré-concilier avec ton frère. » Le pain et jr vin destinés au sacrifice eucharistique devaient ètn' olferts par des mains pures. Ils devaient aussi être (■(informes à l;i jiratiipie de l'KglJse romaiiu', sans mélange, i)Our le pain, de sel. d'huile, et même do lait. Le accrelarium minus, cownne on le voit, n'était (|u"inie sacristie fiansiloire, doince, où les chosi;s saintes ne restaient ipie diniint le~- Innclicuis sacrées. Elle était feruK'e par des grilles an\(|ii(lles on suspendait d'ordinaire des voiles précieux (|ne les acolythes ne soulevaient (pi'à certains nionieiils du sacrifice. C'était le lien saint ri'si'rvt' aux clercs. Le [leiqile restait en dehors. QueUpiefois un en nnviail IcN portes an\ einiieicms. ci m une le joiu' de leur couronnenieni . ijuand ils
•270 SAINT-IMEUUK DE liOME
allaient remplir leurs fonctions de diacre, chanter l'Évangile et encenser l'autel avec le pape.
Ces grilles défensives prirent une telle importance, que peu à peu le secretarium minus s'appela cancellus. Plus d'un laïc s'avisa sans doute de passer outre, car le deuxième synode de Tours' prescrit de ne laisser pénétrer à lïntérieur que les clercs. Être chassé de l'abside, pour un clerc, était une peine infamante que l'on n'encourait que pour certains crimes'. Défense formelle aux femmes, sous les peines les plus sévères, d'entrer à l'intérieur des grilles, même pour déposer leurs offrandes. Elles devaient rester à leurs i)laces et les donner aux prêtres chargés de les recevoir. C'est la quête l
Il en prit mal un jour à l'empereur Théodose d'enfreindre ce point de discipline ecclésiastique. L'Église grecque, plus accommodante, l'avait habitué à rester dans le sanctuaire pendant la célébration des saints mystères. A Milan, il crut pouvoir user de cette prérogative. Étant allé à l'autel pour présenter son offrande, il y demeura, au lieu de se retirer avec les laïcs derrièie la grille. L'évèque Ambroise se leva et lui fit dire par son archidiacre :
« Empereur, le sanctuaire est réservé aux prêtres et fei'mé à tous les autres, retirez-vous et restez avec le peuple. La pourpre fait les empereurs, elle ne fait pas les prêtres. »
Théodose comprit et se retira. Ambroise, voulant honorer sa dignité, lui donna une place à part en avant du peuple, au pied de l'autel.
Cette rigueur disciplinaire s'adoucit peu à peu dans l'Église latine, à rencontre de l'Église grecque, qui garde toujours la sainteté de son iconostase. Dans la basilique actuelle de Saint-Pierre, il n'y a plus ombre de secretarium minus ou de sanctuaire. Michel-Ange, dans le tracé de son monument, n'a pas su plier son génie aux traditions de la liturgie. La faute en remonte à cet esprit païen qui avait envahi la société civile et ecclésiastique, sous le nom de Renaissance. L'immense circonférence de la coupole, au centre de laquelle l'autel papal se trouve comme perdu, le prolongement considérable de l'abside exigé par les dimensions de la croix grecque, ont supprimé le sanctuaire. L'autel est isolé, sans défense, abordable de tous côtés, et il se trouve qu'à Saint-Pierre, comme à Saint- Jean-de-Latran, comme à Saint-Paul-hors-les-Murs, — ces trois basiliques patriarcales (pii auraient dû conserver jalousement les antiques usages, — le lieu autrefois le plus saint, le lieu réservé aux clercs sous
' n. Syuoilus Tur., cuu. iv.
- Gard. Bona, De RU. EccL, lilj. U.
^ Svnodus Nannet., can. III.
LA HASII.IQL'l- VATICAN!; 271
les peines les plus sévères, est un lieu de passaye banal. Entre l'autel et l'abside court une nef transversale toute i/rande ouverte; il n'y a plus de mystères. Aussi, quand le pape célèbre la messe à Saint- Pierre, ou est obligé de façonner un sanctuaire provisoire avec des tentures, une chaire, des crédences et des bancs portatifs. Le sanctuaire n'est plus qu'un lieu de campement sacré. L'office terminé, il perd son caractère et redevient profane.
Le secretarium majus, ou grande sacristie, fut bâtie par Constantin, en même temps que la Basilique. Elle se trouvait au midi, à gauche de l'entrée. Sa porte donnait sur la galerie du grand portique, connue les portes de la Basilique elle-même. Nul des anciens auteurs n'a décrit ni sa forme ni sa disposition. C'est là que le pape, en présence du peuple, revêtait les ornements sacrés. On y gardait le saint Sacrement, renfermé dans une colombe en argent, (jue l'on portait devant le pape à son entrée dans la Basilique. De là l'usage d'exposer le saint Sacrement quand le pape passe devant la chapelle où il réside. Cette saciistie primitive servit de sépulture à plusieurs pontifes. Au temps de Grégoire IV. — ix« siècle, — après cinq cents ans d'existence, la sacristie constantinienne, tombant de vétusté, fut rasée; sur son emplacement, ce pontife éleva un oratoire à saint Grégoire le Grand, auquel il adossa une nouvelle sacristie ayant une entrée directe dans la Basilique. Ses dimensions restreintes en nécessitèrent bientôt une plus grande, bâtie du même côté sud, mais plus près du transept.
Outre les lieux réservés aux olijets et aux préparatifs du culte, cette sacristie contenait le logement des gardiens et une salle de récejttion, — le saUdalurium , — où MM. les chanoines se réunissaient et recevaient les cardinaux et les personnages de distinction. 11 y avait même des prisons pour les clercs de mauvaise vie.
Le mercredi 22 mai 1409. Jean Cantalonio, bénélicicr, accusé de vouloir tuer le vicaire de la Basilique, Jacques de Calvo, fut mis par son ordre dans la prison de la sacristie, les fers aux pieds. L'accusation était portée par un certain Lura Pipi. On les ronfi-onta flans la prison. L'accusé, innocent probablement, lui dil en face :
« Tu en as menti comme un traitr*' que tu es; jamais tu no prouveras que j'ai tenu un pareil propos. »
Et, de lait, le 24 mai, pendant que les chanoines chantaient la messe, Luca Pipi s'enfuit de Rome, emmenant avec lui son père, sa mère et même sa sœur, qu'il fit sortir du couvent ^h' Sainte- (^.atherine. au Tianstévère. et se réfugia à Naples.
Une autre fois, le jeudi 15 janvier l 'i I 1 . Pierre Ciiicotti rendait ses
272 SAINT-PIERRE DE noME
comptes comme camérier; quand il eut tini, le vicaire de la Basilique, Mathias de Grattuli, le fît appréhender et mettre dans la prison avec deux complices, accusés comme lui d'avoir violé la sépulture du neveu de Boniface YIII, dans la chapelle de ce pape. Ils reçurent la bastonnade et ne furent remis en liberté que sous caution.
La prison de Saint-Pierre, on le voit, n'était pas un hors-d'œuvre. Les sacristains et les clercs vivaient au milieu de trésors qui pouvaient tenter leur cupidité. A force de les considérer, de les porter, de les garder, ils arrivaient, par la suggestion de l'or, à se persuader (}ue ces richesses leur appartenaient. De là à s'en emparer il n'y avait (|u"un pas : ce pas fut quelquefois franchi. L'exemple, du reste, leur venait de haut. Si aujourd'hui la sacristie de Saint-Pierre, (juoique relativement riche, est loin de posséder les trésors que les dons des princes et des pontifes y firent affluer, nous pouvons en demander compte aux pillards couronnés qui s'appelèrent Henri IV, Barberousse, Charles-Quint, Napoléon le. Le vol, parait-il. ne salit pas la main du grand comme celle du pauvi-e...
Pour se faire une idée bien imparfaite du trésor de Saint-Pierre, il faut lire, dans le Liber pontificalis, les interminables listes des dons offerts par les papes. A eux seuls, avec leurs vases, leurs statues, leurs candélabres d'or et d'argent, avec leurs tissus précieux de damas et de brocart, leurs tapisseries, souvent ornées de pierreries, ils ont donné à la sacristie de Saint-Pierre des richesses incalculables. Et nous devons y ajouter les dons des princes et des cardinaux, dont la valeur n'est pas moindre. Dans la vieille basilique de Constantin lor ruisselait partout, sur les poutres du plafond, sur les autels, sur les portes, sur le pavé. II eût paru indigne de la majesté du prince des Apôtres de se servir dans sa maison de vases sacrés qui ne fussent d"or ou d'argent massif. Quand un empereur avait pillé le trésor, papes et cardinaux, rois et princes, souvent les fils des pillards, quelquefois les pillards eux-mêmes, mus de repentance, s'empressaient de l'enrichir de nouveau. Ce va-et-vient de dons et de rapines dura pendant tous les siècles de foi. Avec le protestantisme commence la ruine sans réparation. Le pillage de Rome par les soldats du Connétable aux ordres de Charles-Quint fut le coup de grâce du trésor de Saint-Pierre : le vide fait par leurs mains rapaces ne fut pas comblé. On réunit quelques épaves précieuses échappées aux ravisseurs, comme la dalmatique dont se servit Charlemagne à son couronnement; phis tard.de nouveaux ornements, des croix, des ostensoirs, des candélabres en argent, exécutés sous la direction de Michel-Ange et de Benvenuto Cellini, enrichirent de nouveau le trésor, mais sans lui rendre sa jtrimitive splendeur.
Les calices surtout s'y accumulèrent, par suite d'un décret du sénat,
1^1 l)é|H)!<ition de lu ci'uix.
{Tiiblcnu do l'autel d»- lu wicrMic winininnr. I>is>.in de Michfl- Aiit'i-, pruitiin- «11- l^miizo SnWmlInl.)
de l'an 1619, s'engageant à donner tous les ans à la Basilique, le jour de la Saint-Pierre, un calice en argent et six cierges. Ce décret fut confirmé par Grégoire XV, qui, trouvant le sénat peu généreux, éleva le prix du calice à soixante écus. Les chanoines étaient certainement contents; mais, à la vérité, ils auraient préféré l'argent en bonne monnaie. Année par année, ces calices, très médiocres, s'entassaient inutilement dans les armoires de la sacristie. Ils demandèrent à Clément XI, en 1720, de réformer ce décret encombrant et de leur permettre de toucher le prix du calice, rien que pour dix ans.
Le pontife l'accorda gracieusement. Au bout de dix ans, nouvelles instances près de Clément XII pour une simple prorogation de dix ans. Il y avait prescription. En 1752, Benoit XIV supprima définitivement le don du calice, tout en obligeant le sénat à en verser le prix au révérendissime Chapitre. C'est tout ce que voulaient les bons chanoines.
Aujourd'hui, après le pillage de Napoléon le"-, les œuvres artistiques du tiésor sont rares. I! n'est plus que l'ombre de lui-même. Le médiocre y abonde comme la dorure. II a cependant conserv(' une richesse particulière, dédaignée par les pillards ou sauvée de leurs mains : ses reliques.
Les plus célèbres et les plus vénérables sont celles de la Passion de Notre-Seigneur : une croix faite avec le bois de la vraie croix par ordre d'Urbain VllI, en 1629; la sainte Face et la lance qui perça le côté du Sauveur.
La sainte Face est à la basilique Vaticane de temps immémorial, sans date précise. Selon toute probabilité, elle a été apportée à Rome par sainte Hélène. Qui ne se rappelle avec émotion cette femme de Jérusalem qui. voyant passer au milieu des soldats le Sauveur du monde brutalement traîné, s'approcha de lui et essuya sa face douloureuse avec son voile. Jésus l'en remercia par le plus touchant des miracles et le souvenir le plus délicat : sur ce voile il imprima .ses traits.
La sainte Lance fut ensevelie d'abord avec les autres instruments de la Passion. Trouvée par sainte Hélène près de la croix, elle resta pendant de longs siècles t\ Constantinople, puis fut remise à Innocent VI 11 par Rajazet.
Une autre relique insigne dont l'arrivée à Rome causa une joie universelle appartient à la sacristie vaticane, c'est la tête de saint André. Frère de saint Pierre. .\ndré devait le rejoindre pour partager avec lui les honneurs de son triomphe.
Après la prise de Constantinople p.ii- M.ilionn'l II. Thomas, un des fds du dernier empereur grec Constantin Paléologue. se retira avec toute sa maison dans l'ile de Sainte-Marie, voisine de l'Épirc. Craignant que
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la tète de saint André, conservée à Patras, en Achaïe, où il subit le martyre, ne tombât au pouvoir des Turcs, il l'emporta avec lui. De toutes les parties de la chrétienté, les plus riches propositions lui furent faites povu' avoir cette précieuse relique. Pie II s'en émut. Il écrivit au prince fugitif de ne la céder à nul autre qu'au pontife romain, qui seul pouvait la garder avec tous les honneurs qui lui étaient dus. N'était-il pas juste que le frère de Pierre, exilé, trouvât un refuge dans sa basilique? Le pontife eut gain de cause. La tête de saint André, portée à Ancône, fut reçue en son nom par le cardinal de Sainte -Suzanne. Son entrée à Rome lut un événement. Elle arriva au pont Milvius le 10 avril 1462, qui coïncidait avec le dimanche des Rameaux. Toute la ville était en liesse. Pie II, ayant célébré la messe, se rendit à cheval, avec les cardinaux, les prélats, la noblesse et le peuple, les palmes à la main, jusqu'au pont Milvius. Au milieu du pont, sous un riche baldaquin, était dressé un autel. Le cardinal grec Bessarion déposa sur cet autel l'urne contenant la tête de saint André. Le silence se fit, et le pape la salua avec émotion :
(( Te voilà donc arrivée, très sainte et très vénérable tète du saint Apôti-e. La fureur des Turcs t'a chassée de ton siège. Exilée, tu t'es réfugiée prés de ton frère, le prince des Apôtres; ton frère ne te manquera pas... »
Quand il eut lini, le pontife prit la tète dans ses mains et la montra au peuple, dont les acclamations, les cris de joie, les invocations se mêlaient au ch;int du Te Dcum. Puis il la porta lui-même jusqu'à l'église de Sainte-Marie-du-Peuple. à la porte Flaminienne, où elle resta sous la garde de plusieurs évêques.
Le lendemain, malgré la pluie qui avait inondé les rues de Rome, Pie II résolut de faire à pied le transport de la sainte relique, de Sainte- Marie-du-Peuple à la basilique Vaticane. Cette résolution, contraire à tous les usages, souleva (juelques hésitations. Les chemins étaient si boueux, la foule si encombrante, qu'il y avait à craindre pour les riches ornements de la cour pontilicale. Pic II passa outre. Ordre fut donné à tous les cardinaux et prélats, sauf les malades et les vieillards, d'aller à pied. Un seul attendit à Saint-Pierre. Les autres, « même les malades, même les plus vieux et les plus gras,. » dit le chronitjueui-, tinrent à honneur (llniilcr l'humilité du pontife. Saint André dut être content. De Sainte-Marie-(hi-Peuple à la Basilique, les rues, les fenêtres, les toits étaient décorés de fleurs, de feuillages, de draperies, de statues : un véritable triomphe. Des milliers de cierges illuminaient la Basilique, et quand Pie II déposa la tête de saint André sur l'autel de son frère, l'enthousiasme n'eut plus de bornes.
l'ic II. voulant honorer cette relique insigne d'une manière perma-
ST.V.TUK EN MAliHHK DK S M N T K V K II 0 M IJ t; E Par le Bcrnin. (xvi* si^cLo. Uasiliquc de Saint-Pierre.)
nente, lui éleva un autel en marbre surmonté d'un ciborium d'une grande richesse, au bas de la Basilique, à gauche, entre la porte du Jugement cf celle de Ravenne. Par un timchaiit honimagi-. il pla(;a sous ci'f autel le corps de saint Grégoire le Granrl, qui avait eu pour saint André la plus pieuse vénération. On se souvient, en effet, que ce saint pontife lui avait consacré le monastère bâti dans le palais de ses pères, au Coelius.
Outre ces n'Ilqncs de picmier ordre, la .s;i< listie de Saint-Pierre en possède un grand nombre des plus vénérables.
Elle avait encore un autre trésor. Dès le vnie siècle, le pape Zacharie (741-752) y fonda une bibliothèque. Ses débuts furent assez humbles. Il réunit dans une armoire les livres liturgiques (jui servaient dans le courant de l'année. Peu à peu, grâcr» à diverses offrandes, elle s'enrichit de précieux manuscrits. On laftpelait l;i bibliothèque de Saint-Pierre. Au xve siècle, le cardinal Joiiid.tiii Orsini. du titie des Saints-M;iitin-el-Sylvestre-des- Monts, lui légua sa riche collection, à condilinn quelle devînt publique : « A l'usage, dit-il dans son testament, des bomnies lettrés qui désirent une [)lus grande diversité de livres pour conquérir la iieile de la science'. » Deux bénéficiers en av.iieiit l;i garde. Nous devons dire à leiu' Inuange qu'ils étaient gracieux pour les liavailleurs, si nous en jugeons yiar le fait suivant.
Un collectionneur, Antoine Muret, ([ui était en (juéte de m^nuscril-; rares conlemiiii les Philipp'ujiics de Cicéron, a[)prit qu'ils se Irouv.iienl dans 1,1 bibliothè([ue de Saint-Pierre, alors dépouillée en grande parlie par la négligence des hommes, le pillage du Connétable, et les papes euxmêmes qui, depuis Nicolas V, avaient favorisé à son détriment la bibliolhè(|ue Vaticane. Il la visita dans tous les coins et réussit enlin, après bien des déboires, à trouver le précieux manuscrit. Les bibliothécaires lui. permirent non seulement de le consulter sur place, mais de l'emporter à sa maison, sous la condition de le rendre après sept jours. ( »n \nil (jnils avaient confiance. La |inblic.it('' de la iMlilinlIièiinc de Saint-Pierre est confirmée par Al[iliaranus. t(''nioin oculaire, ipii l'ci il. dans sa description (le la Basiliipie : '( Il y aval! en dehors des murs delà Basilique la grande bibliothè(pie de Saiul-l'ierre, riche eu anciens manuscrits vt toujours ouverte aux ho)i))iies iriKlriiils. » h'Jle suivit la sacristie dans tontes ses vicissitudes, changeant de lieu avec elle, mais perdant souvent eu route de ses richesses. Cependant, au xvu'^ siècle, elle méritait encore les éloges que Mabillon lui donne. I.'illnslre iM'ni'dielin l'cril, dans son Miistriim itdlicutii : « Outre la splindide bililiothè(pie |ioidilicale dn Vatican, il y a
' C:inccll., (h- Sctrrl., t. I. p. 802.
la bibliothèque propre de la basilique de Saint-Pierre, où l'on compte plus de cent manuscrits, dont plusieurs de haute valeur. L'entrée dans cette bibliothèque me fut accordée par le très gracieux gardien J. Balderini. Voici les manuscrits les plus rares et les plus précieux :
Les Œuvres de saint Hilaire, évêque de Poitiers, remontant à plus de douze cents ans;
Les Antiquités hébraïques de Josèphe ;
La Catena grxca, d'après les Pères;
Le Martyrologe de Bède, avec le Sacramenfaire;
Le Décret d'Anselme de Lucques;
Ammien Marcellin:
Les Satires de Perse;
Les Comédies de Térence * ;
Et surtiiut, ajoute Cancellieri : un manuscrit en grec des saints Évangiles.
Nicolas V, ayant formé le projet de reconstruire la basilique de Saint- Pierre, restaura l'antique oratoire de Saint- André, un des deux temples ronds situés à gauche de la Basilique et communiquant avec elle, pour en faire une sacristie provisoire. Elle fut inaugurée sous Paul IV, alors qu'il fallut démolir l'ancienne pour faire place aux nouvelles constructions. Ce provisoire dura deux cent cinquante ans.
Cette sacristie avait un glorieux passé. Sans accorder à l'oratoire de Saint-André, avec des auteurs assez mal inspirés, des titres établissant son origine néronienne et le consacrant, à cette époque, nu culte de Mars, nous devons lui reconnaître une haute antiquité. Son emplacement même, à côté de l'obélisque, prouve avec évidence qu'il n'existait pas au temps du cirque de Néron. Il se serait trouvé en pleine arène, sur la piste des chars. Sa forme ronde n'est pas davantage une preuve de paganisme; nous en avons pour témoins des temples constantiniens, comme le baptistère de Latran, les mausolées de Constance et de sainte Hélène, bâtis par des chrétiens et de forme circulaire. Cet oratoire fut élevé par le pape Symmaque' dans les premières années du vie siècle, par un sentiment de pieuse vénération, pour le frère de saint Pierre, et pour répondre à la dévotion du peuple romain. Car, à cette époque et bien antérieurement, le culte de saint André était très répandu, surtout à Rome. Les pins anciens calendriers mettent sa fête au nombre des plus grandes
' Mus. ilal.. t. I, p. -141.
- Lib. pont., 1, |i. 2(V1. Kil. Duchesne.
l.\ BAPILIOIE VATICANE
solennités, de celles que le prêtre doit annoncer le dimanche précédent, comme la Naissance du Seigneur, la Circoncision. IKpiplianie,... etc. Quand sa fête tombait pendant le carême de Noël (TAvent), le jeune était suspendu en son lionneui'. Jusrpi'à l'exil d'Avignon, le pape lui-même chantait les premières vêpres dans le temple rond, les matines à la Confes-
•iil-lr .1.- 1,1 ^iK■li-lil• il;ill~ Siiilll-I'iilli- i-l |..|iiI..:mi .|r l'i. \ III . |i:i|- Ti'lll'l'lllli.
sion de saini Pierre el la messe à rmilel (rAiidn'. I.a liiisilique Vaticaiie était illnniinée comme ;iiix grands juins, e! les rhamiiiies donnaient 1111 repas aux clercs de la curie. Deo gralias! ajoute le chanoine lîenedetto, le chroniqueur auquel nous empruntons ce di'taii.
l'in désallectanl le temjile de saint .\u(ln' i>our en l'aire une .sacristie. Paul IV, sans je vouloir, jiorta un coup droit au culte même du saint Apôtre. Ou lui t'rigea hien, dans la Hasilifpie. un autel où Pie II. comme nous l'avons vu, rléposa sa tiMe; uiai> le ]iieniier l'Iau. l'élan traditionnel, cet eutiaiuenieul instinctif de> vieilles coutumes, se ralentit.
On dirait que les enfants passent plus volontiers parles chemins qu'ont foulés leurs pères. Au temps de Pie VI, l'urgence de bâtir une sacristie définitive s'imposait. La Basilique était terminée; le vieil oratoire de saint André, d'architecture archaïque, n'avait aucun rapport, ni de style ni de grandeur, avec la nouvelle construction. Ses dimensions restreintes ne répondaient pas aux exigences du culte. Outre les ornements, les vases sacrés, les reliques, le trésor et les archives qu'elle conservait, la sacristie devait être assez vaste pour recevoir tout le clergé de la Basilique : le cardinal archiprètre, l'évêque son vice-gérant, les trente chanoines, les vingt-six bénéficiers, les quatre chapelains d'Innocent, les vingt-six clercs bénéficiers. deux sacristains, deux custodes, douze acolythes. les étudiants du séminaii'e et les dix-huit chantres de la chapelle; en tout d'ordinaire évoluant ensemble, plus de cent vingt personnes. De plus, tous les ans, le dernier jour des Rogations, le clergé romain se rend en grande pompe de l'église Saint-Laurent in Damaso à la basilique de Saint-Pierre, où les prêtres, réunis dans la sacristie, font l'élection de leur (pic^teur annuel, choisi alt<'i"nativement dans le clergé paroissial et le corps canonial. A certaines solennités, comme pour les secondes vêpres de la Chaire de saint Pierre et des saints Apôtres, les cardinaux se rendent tous à la Basilique et sont reçus à la sacristie. Ces réunions périodiques de grands personnages demandent impérieusement de vastes salies de réception.
Toutes ces raisons décidèrent Pie "VI à construire une sacristie. Il chercha un architecte et le trouva dans la personne de Charles Marchioni, célèbre par ses travaux dans le port d'Ancône.
Il l'alliil d'alioid démolir.
.\iitiHir (le la Basilique moderne il v avait encore quelques-uns des vénérables édifices qui formaient une couronne à l'antique monument Conslantinien.Leur éloignemont des lignes de construction les avait sauvés lors des i)remiers déblaiements. Leur heure était venue. Le lo' juillet 1776, une armée de démolisseurs attaqua leurs fondements. La tâche fut rude, car nos pères avaient bâti pour l'éternité. Le premier (pii tomba fut le monastère de Saint-Étienne-des-Hongrois. Sons l'église, on trouva un antique cimetière dont les murs étaient ornés de peintures. 11 était à l'usage des pèlerins hongrois qui mouraient dans l'hospice national attaché à ce monastère par saint Etienne.
Le 22 septembre, cette partie était lil>ie. Avant de démolir l'oratoire de saint André, qui servait toujours de sacristie, mais devait nécessaii'ement disparaître. Pie Vl posa solennellement la première pierre de la nouvelle construction. Les travaux allèrent si rapidement, qu'au mois de juillet, ranné'e suivante, il fallut pourvoir au sei'vice du culte en éta-
LA HASII.iriLE VATICANE 28J
blissanf d.ins la Basilique même une sacristie provisoire. On renferma dans une enceinte de planciies le petit transept, qui s"<'ten<l de l'autel de Sainte-Marie délia (Jolonna au tombeau d'Ale.\andre Vil. Toutefois, pour y doimer accès de la rue, on enclava dans cette clôture la porte de Sainte- Marthe. Le clergé en prit possession le 24 juillet, non sans dispense; car un décret de Jean X.Xf. confirmé par Nicolas III, interdit aux membres
Maint- «11- l'i«' \ 1 iluiis iii bacriblii'
(lii clci-^i' lie S;iiiit-l'i('i'i<'. i|iicls (fiTils siiiriit. d'entrer dans la Basiliipie sans être revêtus des insi;;iics di' Iciii- ilii:iiilt''. ( >r, en eiilr.inl de plainpied par la porte Sainte-Marllu", le clergé se li'ouvait dans la l!asili(|ue en tenue de ville. Pie VI leva la défense, sauf à inendre immédiatement riiahit de chœur.
Le l('iii|)le de saint .\ndn'' lui vigoureusenieiil ailaqui'. I,c -1 juillet. (leorges- Marie de Lascaris, patriarche de Jérusalem, le dépouilla de toutes ses reli(iues et lui iM;i son cnactôre religieux. \,v 'M, les restes des chanoines ipii rept)saicul sous .ses dalles funiil lrans|>orlés dans les gntttes
vaticanes. La démolition commença. L'antique édifice de Symniaqiie résista énergiquement. II fallut deux mois d'efforts persévérants pour l'abattre. Avec lui disparaissait, au chagrin de beaucoup de Romains, le dernier vestige, et non le moins vénérable, de la basilique Constantinienne. Il tombait, non par décrépitude, — car sa vigueur pouvait encore braver les siècles, — mais brutalement frappé par une impérieuse nécessité. Le le'' octobre, un dimanche, le pape Pie VI arrivait à la basilique Vaticane, en faisant passer le premier son carrosse sur le sol aplani du temple de Saint-André.
Aucun obstacle n'empêchait plus l'achèvement de la sacristie. On employa, pour le décor de l'intérieur et de l'extérieur, les plus riches matériaux. Le monument se compose d'une rotonde surmontée d'une coupole qui sert de sacristie commune à tous les membres du clergé de Saint- Pierre et se relie à la Basilique par deux corridors aboutissant, l'un dans la Basilique même, sous le tombeau de Pie VIII, l'autre dans la chapelle du chœur. Cette rotonde, de forme octogonale à l'intérieur, est splendidement ornée. Dans la cella qui lui sert d'abside se trouve l'autel principal; car, à Rome, les sacristies sont de véritables oratoires. Audessus de l'entrée est une horloge sui'montée du célèbre coq doré qui se trouvait autrefois sur le campanile d'Adrien. De chaque côté de la rotonde sont les sacristies spéciales des chanoines, des bénéficiers, des clercs, qui là, comme au chœur, ont leurs places respectives; puis les grandes salles du chapitre, des archives et les habitations des chanoines et des custodes. Un peu partout, des inscriptions louangeuses et reconnaissantes en l'honneur de Pie VI, — dont la statue colossale est placée devant l'entrée de la sacristie commune, — et des papes qui ont le plus mérité du révérendissime Chapitre par leurs bienfaits.
Ce n'est pas sans étonnement qu'au milieu de ces inscriptions on trouve un éloge de Josepii 11. 11 est vrai que mon firre le sacristain, comme disait le grand Frédéric, est là dans son milieu. Ce sont des félicitations à cet impérial visiteur, (jui avait daigné, le jour de Noël 1783, assister aux vêpres et visiter le nouvel édifice. C'est peu pour mériter une plaque commémorative, surtout quand cet empereur, P/fM.x et Auguste, rentré dans ses Etats, daigna également dépouiller l'Église et lui mettre des menottes.
Après huit ans de travaux, Pie VI eut la joie de terminer son œuvre. Le 13 juin 1781, il consacra lui-même le maître-autel de la sacristie commune. On raconte que des larmes de joie coulaient de ses yeux.
Nous ne pouvons pas sortir honnêtement de la sacristie sans saluer les sacristains. Leur titre de noblesse remonte du reste, comme les temples
LA BASIMQIE VATICANF,
eux-mêmes, aux premiers âges du monde. Que ce leur soit une consolation! Les païens s'en faisaient gloire, à preuve cette inscription relevée par Gruter :