M. LIVIUS AUGUST.K L
Al'IlElliliIS A SALRAIllO '
Nous ne savons si les sacristains actuels de Siiiul-l'ieiio ont U'ur charge on si grand honueur. Mais ce dont nous sonunes certain, c'est qu'ils ont siu* les lèvres un inénarrable sourire f|uand, après avoii' uiivcrt une |iiirte, levi' ini voile dérobant une œuvre d'ail, ils tendent gracieusement lu main au pourboire.
Il y a parmi eux des ecclésiasti(iues et des laïcs. Ciiacun a son rôle. Les laïcs balayent, soignent les iampt^s. ouvrent o\ teinient les portes,
' Cancol., de Secret., t. II, y. !Mt."..
284 SAINT-IMEURE DE Kd.ME
sonnent les cloches : ce sont les manœuvres du culte, les sacristains d'ordre inférieur. Au-dessus d'eux sont les prêtres. A eux de diriger la sacristie, l'ordre des messes, de veiller au silence et à la paix, ce qui n'est pas une sinécure. Huit acolythes ont le soin des nappes, du vin, de l'huile et de la cire, et trente-huit clercs sont occupés au service des messes. Ce ne sont pas les moins mutins. Après un certain temps ces petits clers sont reçus gratuitement au séminaire du Vatican, où ils ont cinq ans pour achever leurs études.
A côté de cette phalange en soutane qui va du noir au i"ouge en passant par le violet, se meut dans la basilique Vaticane toute une tribu d'employés qui ont la charge de veiller à la construction elle-même. Ce sont les Sampietrini , ainsi nommés de ce que leur vie entière se passe dans Saint- Pierre. Ils font comme partie de l'édifice, auquel ils appartiennent par le sang : c'est une caste à part, (|ui a ses lois, ses coutumes. Ils sont maçons, vitriers, charpentiers, serruriers, peintres et sculpteurs au besoin, et surtout marbriers. D'un bout de l'année à l'autre ils sont occupés à l'entretien de la Basilique, rafraîchissent le pavé, grimpent aux murs, courent sur les toits, redorent les stucs. De père en fils ils se transmettent cet héritage. Sur les combles, accolés à la nef centrale, aux coupoles secondaires, semés un peu partout, se trouvent leurs ateliers. C'est un village avec sa place et sa fontaine. Rien de plus pittoresque ne se peut imaginer. Ils ont, il est vrai, assez de marches à gravir pour arriver à ce village aérien; mais la vue dont ils jouissent, la plus belle de Rome, doit les dédommager de leur fatigue.
La place de leur village est bordée d'un côté par la balustrade qui domine la façade de Saint-Pierre, avec ses treize statues gigantesques, taillées à coups de hache en pleins blocs de travertin; poiu- être vues à une prodigieuse hauteur, elles font de près un effet d'épouvante. A leurs pieds se déploie la place Saint- Pierre : ses fontaines, son obélisque, ses colonnades. En avant, l'amas de maisons que forme la cité Léonine, le château Saint-Ange, un coin du Tibre, dont les eaux bourbeuses ont, sous les feux du soleil, des reflets tristes; puis, au loin, dans la brume, ce monde de coupoles, de tours, de palais, de ruines, dont les lignes vaporeuses se dessinent mollement sur le fond sombre des montagnes d'Albe et de la Sabine. A gauche, plus au nord, au delà du dos arrondi du Monte Mario, se dresse la croupe neigeuse du Soracte, géant solitaire qui, semblable aux animaux fantastiques qui veillaient sur les palais des antiques rois, monte une gai^de éternelle devant cette Rome dont il a contemplé de loin toutes les gloires, toutes les déchéances, toutes les résurrections.
LA liASILIQLE VATICANE âSii
B1BL[0GRAPHIK
CanciMlieri , de Sccretariis basilicœ Vaticanx vcteris ar iiovx: Romu2, 1786.
Mabillon, Muséum italicum, l. II.
Cancellieri, Descrizione delta sagreslia Vaticana eretla dal Pontcficc Pio VI; Roma, 1784.
Efîidio Fortiiii, Solenne ricevimenlo delta testa di Hant'Andrea Apuslulo: Roma. 18i7.
Valentiiii, Basilica Vaticana: Roma, 18i:3.
LŒUVUE DE LA RENAISSANCK
La basilique mudenie de Saint-Pierre, rêvée par des papes tels que Nicolas V, Jules II et Sixte-Quint; construite par des architectes tels que Bramante, Michel -Ange, Jacques délia Porta et tant d'autres, est à coup sûr une œuvre grandiose. Nul ne peut le nier. C'est un monument dont on peut discuter la valeur architecturale dans ses grandes lignes, et plus encore, le bon goût dans le décor; mais, malgré des défauts qu'il serait puéril de dissimuler, car ils éclatent aux yeux, ce monument impose l'admiration : nul peut-être n'a été aussi diversement apprécié. Il est curieux de saisir sur le vif le jugement des esprits les plus opposés. par leurs croyances, leurs aptitudes, leur éducation morale et artisti(|ue. Voici un touriste. Dupaty, qui écrit : « Rien ne peut rentlre le ravissement qui saisit l'âme lorsqu'on entre dans l'église de Saint -Pierre pour la première fois, lorsqu'on se trouve sur ce pavé étendu, parmi ces piliers énormes, devant ces colonnes de bronze, à l'aspect de tous ces tableaux, de toutes ces statues, de tous ces mausolées, de tous ces autels et sous ce dôme; enlln dans cette vaste enceinte où l'orgueil des plus grantls pontifes et l'ambition de tous les beaux arts ne cessent depuis plusieurs siècles d'ajouter, en granit. v\\ or. eu marijre, en bronze et en toile, de la grandeur, de la magnificence et de la durée '. »
Voici un magistrat, le président de Brosses, [dus frappé du monument
' Dupaty, Lettres aur l'Italie.
288 SAINT-PIEKKE UE Kn.ME
lui-même que de sa décoration : « Quelle impression, croyez-vous, que vous fera le premier coup d'œil de Saint-Pierre? Aucune. Rien ne m'a tant surpris, à la vue de la plus belle chose quïl y ait dans l'univers, que de n'avoir aucune surprise ; on entre dans ce bâtiment dont on s'est fait une si vaste idée, cela est tout simple. 11 ne parait ni petit, ni grand, ni haut, ni bas, ni large, ni étroit. On ne s'aperçoit de son énorme étendue que par relation, lorsqu'on considérant une i-hapelle on la trouve grande comme une cathédrale ; lorsqu'on mesurant un marmouset (jui est là au pied d'une colonne on lui trouve le pouce gros comme le poignet. Tout cet édifice, par l'admirable justesse de ses proportions, a la propriété de réduire les choses démesurées à leur juste valeur. Si ce bâtiment ne fait aucun fracas dans l'esprit à la première inspection, c'est qu'il a cette excellente singularité de ne se faire distinguer par aucune. Tout y est simple, naturel, auguste et par conséquent sublime... Ici, voyez et revoyez, et vous serez toujours plus content'. »
Voici un critique d'art, Séroux d'Agincourt : « Saint-Pierre de Rome nous offre, dans son ensemble et dans la vaste proportion de ses parties principales, la masse la plus imposante qu'ait [iroduitc l'architecture moderne; et malgré les défauts que l'on peut y trouver, c'est encore aujuiud'liiii le chef-d'œuvre de l'art'. «
Voici un publiciste, M™c de Staël : « Vous avez vu des églises gothiques dans d'autres pays; vous avez dû remarquer qu'elles ont un caractère beaucoup plus soml)re cpie ct'tte église. Il y avait quelque chose de mystique dans le catholicisme des peuples septentrionaux. Le nôtre parle plus à l'imagination par les objets extérieurs. Michel -Ange a dit, en voyant la coupole du Panthéon : « Je la placerai dans les airs! » Et, en etîet, Saint-Pierre est un temple posé sur une église. Il va quelque alliance des religions antiques et du christianisme, dans l'ellet que produit sur l'imagination l'intérieur de cet édifice... Ce dôme, en le considérant, même d'en bas, fait éprouver un sentiment de terreur : on croit voir des abîmes suspendus sur sa tête !... L'expression générale de ce temple caractérise parfaitement le mélange des dogmes sombres et des cérémonies brillantes; un fond de tristesse dans les idées, mais, dans l'application, la mollesse et la vivacité du midi ; des intentions sévères, mais des interprétations indulgentes, la théologie chrétienne et les images du paganisme; enfin, la réunion la plus admirable de l'éclat et d(^ la majesté que l'homme peut donner à son culte envers la Divinité'! »
' cil. df Brussis, Lcllres familières écrilca d'Italie en 173'.)-174U, t. II, p. 3. - Hisl. de l'Art pur les monuments.
^ Corinne.
Nous teiiiiiiiuns celte suite dappri-ciations par celle de Taine, qui, à l'époque où il l'écrivait, était un adversaire déclaré du catholicisme; elle n'en a que plus de valeur : « On entre...; un mot reste sur les lèvres : grandiose et théâtral! Cela est puissant, mais cela est emphatique. Il y a trop de dorures et de sculptures, trop de marbres de prix, trop de bronzes, trop d'ornements, de caissons, de médaillons. A mon gré, toute oeuvre architecturale ou autre doit être comme un cri, comme une parole sincère, l'extrémité et le complément d'une sensation, rien autre : par exemple, tel Titien, tel Véronèse fait pour occuper voluptueusement et magnifiquement les yeux pendant un festin d'apparat ou une représentation officielle, ou bien encore un intérieur de vraie cathédrale gothique, celle de Strasbourg, avec son énorme nef noirâtre traversée de pourpre ténébreuse, avec ses files de piliers muets, avec sa crypte sépulcrale engloutie dans l'ombre, avec ses rosaces lumineuses qui, parmi toutes ces terreurs chrétiennes, semblent une percée sur le paradis.
« Au contraire, il n'y a pas de sensation franche et simple (jui aljoutisse à cette église, c'est une combinaison... En somme, il n'y a ici qu'une salle de spectacle, la plus vaste, la plus magnifi(|ue du monde, par laquelle une grande institution étale aux yeux sa puissance. Ce n'est pas l'église d'une religion, mais l'église d'un culte'. »
Hâtons-nous de dire que Taine écrit après sa première visite et se sent lui-même injuste. C'est le décor qui lo froisse. Il aura i^Ins tard uih' meilleure impression.
Tous, philosophe, publiciste, magistrat, critique d'art cl touriste, sont d'accord pour admirer le caractère grandiose de la basilique de Saint- Pierre ; mais tous également font des réserves plus ou moins accentuées. La plus générale et la plus sérieuse, au point de vue de l'architecture, tombe sur la déception que l'on éprouve en entrant d;ins Saint-Pierre pour la première fois. Cette déception est réelle.
Après avoir lu dans tous les guides et entendu de fous les voyageurs les dimensions colossales de la Basilique, on est étoimé de l'improssion qu'elle produit au premier coup d'œil. Ce n'est pas liumiensité rêvée; ce n'est pas, en particulier, ce sublime écrasement que désirait Michel-Ange par la prodigieuse majesté de sa coupole. Avec une intuition de génie, il la jetait précisément au centre irnne croix grec([ue, atin que, toute première en vue, elle dominât de sa li.iulcui- celui «pii arrivait à Saint- Pierre. Ce n'est donc pas à ce grand homme cpiil faut faiie remonter la resi)onsabilité île cette dcccptioii. Elle revient tout ciiticre à Carlo Madt>i-iio.
' Taino, Voyayc en Itutic, I, \t. 'iO.
qui commit la lourde faute d'allonger Saint-Pierre et d'en faire une croix latine. Paul V et lui ont fait une basilique monstrueuse, ils ne l'ont pas faite sublime, avec ce caractère rude et fier qui enlève notre imagination, qui brusque notre âme comme un coup de tonnerre. En entrant dans Saint-Pierre, on n'est pas saisi par l'enthousiasme; on ne fléchit pas le genou d'instinct; le cri d'admiration prêt à jaillir des lèvres rentre dans l'âme. L'enthousiasme vient après coup, par déduction, trop laborieux pour être sans mélange, trop retardé pour être débordant.
« En effet, dit Charles Blanc, si l'on mesure à sa taille les petits anges qui portent le bénitier, on s'aperçoit que ces petits anges sont des géants; si l'on parcourt l'église en tous sens, on est averti par un commencement de lassitude que le monument est colossal; si l'on compare le prêtre à l'autel où il officie, on finit par se convaincre que les piliers sont prodigieusement énormes et hauts, que la coupole est une œuvre gigantesque ; mais ce n'est qu'après bien des calculs, des comparaisons, des rapprochements, que le visiteur en vient à saisir par la pensée l'incroyable grandeur de Saint- Pierre'. » D'où peut venir un tel désenchantement? Gomment se fait-il que les dimensions colossales de Saint- Pierre, en largeur, hauteur et profondeur, n'imposent pas du premier coup leur immensité, ne fassent pas jeter un cri de stupeur? S'il y a une faute commise, — et elle doit nécessairement exister, — cette faute capitale, ovi est-elle? Nous laissons la parole aux maîtres en architecture.
Charles Blanc continue : « Oîi est le secret d'une erreur aussi décevante? 11 est surtout dans la parfaite concordance des trois dimensions. La hauteur étant très haute, la largeur très large et la profondeur très profonde, ces trois grandeurs se rachètent l'une l'autre et se neutralisent. Si la nef, par exemple, était beaucoup plus étroite, aussitôt l'élévation paraîtrait démesurée et la profondeur étonnante. Sacrifier une dimension pour agrandir les deux autres était ici un artifice infaillible-. »
Pugin dit à son tour : « Quand les architectes gothiques devaient élever un contrefort avec son pinacle pour soutenir une énorme construction, telle ijue les cathédrales de Cologne ou d'Amiens, ils ne se contentaient pas d'en augmenter les proportions en établissant de gigantesques revers d'eau et en sculptant d'énormes crochets ou de monstrueux fleurons; non, ils subdivisaient ce contrefort [lour former un faisceau de piliers et de pinacles... Grâce à cette manière de faire, les pinacles de
' cil. Bl;inc, Grami»aire des aris du dessin , |). 'JO. •^ Jiid.
Cologne paraissent cinq fois plus grands que ceux d'une église ordinaire. Jamais cet effet n'eût été produit si on avait seulement agrandi l'échelle du monument au lieu d'en multiplier les parties.
« Dans l'architecture classique, on procède d'une manière tout opposée. Une colonne ou une corniche seront toujours semblables, grandes ou petites, qu'elles soient adaptées à la façade d'une maison onlinaire ou au frontispice d'un temple ; il n'y a de différence que dans la grandeur; même nombre de diamètre, même nombre de moulures, mêmes saillies relatives, c'est simplement une puissance de grossir appli(iuée à l'architeclure.
« Qu'en résulte-t-il? Vous ne soupçonnez* pas la grandeur d'un édifice jusqu'à ce que vous en soyez tout proche et que vous soyez surpris de voir votre menton ne pas nirivcr à la hauteur de la plinthe du snclo.
« C'est très visible à Saint-Pierre. Lelfet produit par cette basili(|ue sur tous ceux <jui la visitent pour la première fois est celui d'un dé.sappoiiilciiiriit... Une partie de ses admirateurs a tâché de faire passer cela poui- une grande beauté et l'ont attribué à l'harmonie de ses proportions. Ce laisonnement cependant ne peut tenir si on le regarde do près. Il est essentiellement faux. L(> grand art, en .ircliilectiH'e, consiste à rendre un édilice plus vaste et plus élevé en ap[)arence ([u'il ne l'est en réalité. L'effet tout contraire piodnil par Saint -Pierre, — ce qui n'est pas le moindre de ses délanis, — est dû au liiinciiic d'ugrandissemenf dont on s'est servi au lieu du [irincijte de muUiplicalion. Les grandes dimensions de se< ilifTérentes parties ont imposé des statues colossales dont l'effet assuré est de diminuer les proportions apparentes des édifices où ou les place. La taille de lliomme est le terme général de compiu-aison d"ai)rès lequel nous apprécions la grandeur (Tiin iiioMunieiit... Ainsi, que l'on prenne nu dessin, si petit soit-il; que Ion y ajoute une ligiu'e humaine diminuée dans les mêmes [uoportions que le sujet du dessin, et aussitôt nous avons l'idée de la grandeur réelle du sujet; si au contraire les statues, dans un dessin, sont trop grandes, l'espace représenté' est immédiatiMiicnl ii'ilnil en apparence. Il en est de même en incliitecture. Une statue de dix-huit pieds de li;inleni- doit réduire à une apparence de quarante pieds et niênie moins une élévation de cent pieds. C'est là ce ipii expli(|iie le mystère du désappointement produit par Saint-Pierre. C'est très beau pour les guides et les gardiens, qui se plai.sent à étonner les voyageurs en leur disant (|ue trois personnes pourraient s'asseoir sur le grand oileil d'une statue, ou ({ue, si elh- était couchée sur le dos, cinq lionunes pourraient aller à cheval sur son nez; mais tant
pis pour l'effet produit par le monument où l'on a placé une pareille statue'. »
Nous avons tenu à donner cette citation, malgré sa longueur, parce qu'elle complète judicieusement la raison, alléguée par Ch. Blanc, du rapetissement de Saint-Pierre. Si cette basilique aux dimensions réellement gigantesques produit en apparence un effet si contraire, c'est que les architectes, oublieux de mesurer leurs diverses proportions sur la taille de rhomme, sur l'échelle humaine, seul principe rationnel de l'espace, ont agrandi uniformément toutes leurs dimensions. Ils ont fait tout colossal, et il arrive que ces dimensions de même envergure se neutralisent l'une l'autre.
« L'Artiste suprême, en créant le monde, écrit Cartier, a pris l'homme pour unité de mesure; il l'a fait le milieu des infiniment grands et des infiniment petits, le centre des choses visibles dont il est le roi et le chef-d'œuvre. Sa demeure a été construite à sa taille. Tous les êtres sont proportionnés à son service et à ses organes, et, quelle que soit leur masse, les détails qui les ornent sont en rapport avec lui. C'est pour lui que grandissent les fleurs des champs et les cèdres des montagnes. L'homme juge tout d'après lui-même. Son pied compte la distance, sa main la grandeur, sa force les résistances. Il est la movenne de toutes les grandeurs. Son corps est l'unité qu'il multiplie pour atteindre dans l'immensité les horizons de sa vue et de sa pensée.
« Les anciens n'ont pas tenu compte de cette loi dans leurs édifices religieux; ils ont sacrifié l'homme et l'architecture même à leurs divinités : pour les honorer, ils les ont faites colossales, et ils ont par là même amoindri tout ce qui les entoure-. »
On ne peut mieux dire.
Les architectes de Saint-Pierre ont conmiis une lourde faute. Michel- Ange lui-même ne l'eût pas entièrement évitée, quoique, dans son plan, la coupole, par sa prodigieuse hauteur, eût écrasé le visiteur dès ses premiers pas dans la Basilique.
Viollet-le-Duc, appuyé sur les vrais ]irincipes de la dimension architecturale, se moque agréablement du président de Brosses et de la prétendue harmonie proportionnelle de Saint-Pierre. « Il y a plus d'un siècle déjà, écrit le célèbre architecte, le président de Brosses, parlant de sa première visite à la basilique de Saint-Pierre de Rome, dit que, à l'intérieur, ce vaste édifice ne lui sembla « ni grand ni petit, ni haut
' Pugin, The true principles of pointed or Christian architecture; London , John Weale, 1841. Ti-acluctioa inédite du R. P. Paul Clair, 0. P. "•' Cartier, Étude sur l'art chrétien, p. CG.
« ni bas, ni large ni étroit..., tant cet édifice, par l'admirable justesse des « proportions, a la propriété de réduire les choses démesurées à leur « juste valeur. » Voilà une propriété bien heureuse! Faire un édifice colossal pour qui! ne paniisse que de dimension ordinaire! Faire des statues d'enfant de trois mètres de hauteur pour qu'elles paraissent être des marmots de grandeur naturelle!... C'est à qui, après lui, a répété ce jugement d'amateur terrible, a fait à Saint-Pierre de Rome ce mauvais compliment. Si c'est là le but de l'art, le mont Blanc est fait pour désespérer tous les architectes; car jamais ils n'arriveront à faire un édifice qui ait à ce degré le mérite de réduire à néant tout ce qui l'entoure ' ! »
Nous l'avouons donc sans crainte, car ici nous sommes historien et non panégyriste: la basilique Vaticane, au premier abord, ne produit pas l'effet dimmensité à laquelle on s'attend. Telle basilique de dimension bien intérieure cause une plus vive émotion. Lorsqu'on entre à Saint- Paul-hors-les-Murs, un cri d'admiration jaillit spontanément des lèvres. Cette forêt de cdIuiiiics, (loiit les lignes semblent se prolonger à l'infini, s'étale tout entière : un regard suffit poni' l,i mesurer, et ici la mesure dépasse la réalité. Saint Paul n'a (pie cent vingt-sept mètres de longueur, tandis que Saint-Pierre en compte, sans le portique, près de cent quatrevingt-sept. Mais si l'impression première est plus spontanée, plus franche, elle est aussi plus bornée, précisément parce que d'un coup rl'œil tout le monument est vu, jugé, mesuré. A Saint-Pierre, pour se rendre compte de son immensité, il faut faire un véritable voyage de découverte; mais quelle découverte !
Il me souvient qu'en 1881, dans une excursion en Bavière, je fis, avec quelques confrères e.xilés comme moi au Tyrol, l'ascension de la Hohc Salve. Cette montagne n'a que ilix-liuit cents mètres d'altitude; mais sa situation est tellement lieiu-euse. ([ue de sa crou{)e arrondie on jouit du spectacle le plus merveilleux. l)'iin côté, à perte de vue, se déploie l'inunense plaine de la Bavière, rayée de prairies, de forêts, de lacs; rien n'arrête le regard, qui va se lienrler brus(piemeiit à la dernière ligne lu Mineuse de l'horizon. De r.iiilic côté, les yeux sont d'abord ahuris d'étonnement devant un chaos de montagnes, de pics, de déchirures, de gorges, de vallées, chaos inexIriciMe (|iii met l'imagination en déroute. On dirait que sur ce coin de terre sest livrée une effroyable bataille où les combattants se lançaient ;\ la tête des blocs île trois mille mètres. Peu à peu l'àme se ressaisit, le calme se fait; l'cpil, un instant ébloui, suit ligne par ligne le tumnllueiix dédale; il plane au-dessus île ces cimes arrondies
' Vi(illit-l(-l>iio, Dict. ftiisonnë lie l'urrli. l-'raiic, ilii x'' ;ui wv sii''cli', l. V, |i. I.">2.
OU dentelées, verdoyantes ou neigeuses, passe les vallées et les torrents et compte, — il compte longtemps, — d'abîme en abîme, car ils sont quatre-vingt-dix, ces géants de pierre. Alors, quand le regard sûr de luimême embrasse dans son immense unité cette assemblée monstrueuse, l'enthousiasme, d'abord craintif, éclate débordant.
Tel à la basilique de Saint-Pierre.
Si l'impression première ne jaillit pas d'un seul jet, ne bondit pas hors de l'âme comme un torrent à travers la roche qui l'opprime, avec quelle ampleur elle se développe à mesure que Ton marche ! Car il faut marcher encore, dans ces nefs interminables, pour mesurer leur étendue. Et, sans y prendre garde, on foule aux pieds des cathédrales immenses. Elles y sont toutes, ces premières en grandeur, ces filles aînées de l'art qui portent des noms illustres : Sainte- Sophie, la plus petite de toutes, avec cent neuf mètres de longueur; Notre-Dame d'Anvers, cent dixsept; Saint-Paul-hors-les-Murs, cent vingt-sept; Cologne, cent trente-deux; Saint-Pétrone de Bologne, cent trente-neuf mètres quatre-vingt-douze; Milan, cette forêt touffue de flèches et de statues, avec cent trente-cinq mètres; le dôme de Florence, cent quarante-neuf, et Saint-Paul de Londres, la plus vaste du monde après Sainl-Pierre, cent cinquante-huit mètres. Et l'on marche toujoui'S pour atteindre le fond de l'abside, à cent quatrevingt-six mètres quatre-vingt-dix-huit de la porte d'entrée; sous ces voûtes arrondies en berceau, élevées de (pinr.niti'-ciiKj mètres au-dessus du sol, décorées de caissons dont les ors et les blancs alt<'rnés onl une fraîcheur virginale; à travers ce peuple de saints dont les statues vous racontent les plus touchantes et les plus glorieuses pages de l'histoire religieuse, cortège triomphal du prince des Apôtres, témoins visibles de l'action toujours croissante, toujours sanctifiante, toujours conquérante de l'Église; et l'on marche encore, béni à chaque pas par les mains de ces pontifes dont les tombeaux fastueux, signes permanents de leur antique puissance, sont comme les anneaux de cette chaîne ikhi interrompue qui, de saint Pierre, le premier pape, s'allonge à travers les âges, pour ajjoutir à Léon XIII, glorieusement régnant. Partout, quelle splendeur de marbre ! quelle richesse de mosaïque! Aussi lorsque, après cette longue marche au milieu de merveilles, on arrive sous la coupole; lorsqu'on peut, enfin, embrasser d'un regard sa prodigieuse hauteur et l'immensité des nefs que l'on a parcourues, l'enthousiasme, longtemps contenu, éclate comme une salve joyeuse après une conquête. II ne fera que grandir. A rencontre de tant d'édifices qui, une fois vus, ne produisent plus de nouvelle impression, car ils ont tout dit d'eux-mêmes à la première visite, Saint-Pierre ménage toujours à ses amis d'agréables surprises. Pins on y va, plus on
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veut y aller. Cette Basilique est une enchanteresse : elle attire, elle séduit, et l'on devient véritablement anioureu.K de ses pierres.
Taino lui-même, malgré son antipathie première, n'a pas pu résister au charme de la sirène; après de noinhreuses visites, il écrit : « Saint- Pierre est orné, mais sans excès, grand sans être énorme, majestueux sans être accablant. On jouit des rondeurs simples des voûtes et de la coupole, de leur ampleur et de leur solidité, de leur richesse et de leur force. Ces caissons dorés qui brodent la voûte, ces anges de marbre assis sur les courbures, ce superlte baldaquin de bronze sur ses colonnes torses, ces pompeux mausolées des papes, forment un ensemble unique; nu n"a jamais oiïerl une plus belle fête païenne à un Dieu clirétien '. »
Fête païenne ! le mot est dur, lorsqu'un pense aux fondateurs de ce temple, les vicaires de Jésus-Christ, et surtout à celui dont il glorifie les cendres; mais nous devons avouer ijiu! ce mot n"est que trop justifié.
La basilique Vaticane a eu le malheur d'être bâtie en pleine Renaissance, c'est-à-dire en plein renouveau i)aïen. Ce paganisme .s'infiltrait partout, dans les arts comme dans les lettres, dans TEglise comme dans l'Etat. Les papes l'abritent sous leurs chapes, lui livrent leurs basiliques, leurs palais et leurs villas. Il étale à tous regards ses ligures licencieuses, ses nudités troublantes. Né de la matière, vivant dans la matière, il n'a d'idéal que dans la matière; elle suffit à son envolée, envolée déjà sublime, car cette matière créée par Dieu, image lointaine de son incomparable beauté, en a reçu des splendeurs si rayonnantes, que la peindre et la sculptoi' Icllc (lu'clle apparaît est faire œuvre de génie. Mais combien loin de l'idéal cbiélien ! Si la tin de l'art païen est de reproduire dans toutes leurs vérités les forces délicates ou vigoureuses de la créature, d'exprimer aux regards ses sensations douces ou violentes, l'art chrétien, au contraire, tout aussi amoureux de la beauté extérieure, ne la considère que comme un vêtement, moins ((ue cela, comme un transparent. La forme matérielle, si gracieus(! soil-cllc, n'i'sl [);is |iniii' rlIc-nK'mi'; clli' l'sl un moyen, elle n'est pas une lin. Son rôle est de parli'i- aux ri'gards, non d'elle-même, mais de l'idiale beauté dont elle n'est qu'une image décolorée. Si elle captive, c'est pour jeter ses vaincus aux pieds de Dieu. L'art païen s'arrête dans les créatures, l'art chrétien les conduit à Dieu. La beauté physiipie, sous ses formes nudiiples, n'est <[u'un degré pour mouler juscpi'à la beauté morale.
Ainsi l'avaient compris les iu-chitectes de génie qui ont b;"ili nos cathédrales romanes ou gotliii|ues. i'oui' ces âmes |)rol'ouili'uieut religieuses,
' 'l'jiiiii', Voi/aiir lit Itiilir. I, |i. 40'i
bâtir une église n'était pas seulement faire œuvre d'artiste, c'était, avant tout, faire œuvre de chrétien. Or ils savaient que la vie chrétienne, comme celle du Christ, a deux phases difféi'entes : la vie d'en bas, cette vie terrestre, pleine de ténèbres et de larmes, où l'âme se débat dans les rudes labeurs de la lutte contre le mal; la vie d'en haut, cette vie éternelle pleine de repos, de lumière et de joie. Le Christ sur la croix, avec toutes les ombres de la foi; le Christ vainqueur, avec toutes les splendeurs de la gloire : voilà les deux idées fondamentales de la vie chrétienne qu'une église doit rendre sensibles, exprimer nettement, par ses pieiTes, ses lignes et sa décoration. Les cathédrales gothiques les expriment à merveille. Toutes leurs lignes conduisent en haut, colonnes et nervures s'élancent vers le point culminant des voûtes pour chanter à l'âme ce Sursum corda qui doit l'arracher aux misères du monde. De la lumière, il y en a, mais combien discrète! L'ombre des profondeurs symbolise délicieusement les combats de la foi, tandis que le rayonnement multicolore qui tombe des vitraux et des rosaces redit toutes les espérances de la gloire future. Ces cathédrales sont essentiellement chrétiennes et ne peuvent être que chrétiennes. Otez la croix de l'autel, elles n'ont plus de sens, plus de vie; ce ne sont plus que des sépulcres vides. Jamais le culte païen ne pourra les utiliser; entre elles et lui il y a un abimc, l'abîme de Dieu.
Saint-Pierre n'a pris de la vie chrétienne que la phase triomphante. Tout y est grand, fastueux, ruisselant de richesse. Le Christ n'y souffre pas, il règne. La coupole est sa couronne, couronne de gloire qui inonde des splendeurs de son triomphe céleste l'Église universelle. La lumière y déborde à flots, faisant éclater partout, du pavé à la voûte, le brillant des ors et des marbres. Ni aube ni crépuscule, tout rayonne, tout sourit, tout chante; c'est la joie, l'épanouissement, la dilatation de l'être dans la plénitude de la vie. Taine a écrit, croyant peut-être rabaisser cette Basilique : « Ce n'est pas l'église d'une religion, c'est l'église d'un culte. » Il aurait pu mieux dire et préciser la formule qui seule explique Saint-Pierre et lui donne sa raison d'être tel qu'il est : c'est le temple d'un dogme, du dogme de l'Église de Jésus- Christ, une, sainte, catholique, apostolique.
Credo unam, sandam, catholicam et apostolicam Ecclesiam.
Ce Credo, la basilique Vaticane le chante par toutes ses pierres à qui sait la comprendre.
La coupole, cette couronne de gloire, ce diadème unique, est la tiare qui rappelle la primauté de l'évêque de Rome, successeur de Pierre, sa juridiction suprême, incommunicable, sur tout le troupeau du Christ: à lui seul, pa.steur universel, l'empire du monde. Il gouverne par la
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discipline, sanctifie par le sacerdoce, éclaire par l'enseignement. Unité de gouvernement, unité de sacrifice, unité de doctrine. Aussi, dans la basilique Vaticane, il n'y a point d'ombre, point de mystère : c'est la lumière à pleins flots. N'est-ce pas limage sensible de la plénitude de vérité qui coule incessamment du tombeau du Pêcheur comme d'une source intarissable? Lumière trop uniforme peut-être pour les yeux de l'artiste, car elle ôte à la Basilique tout charme pittoresque. Sous ce rapport, elle est bien de son temps et marque la phase nouvelle inaugurée par le concile de Trente. Elle est le symbole de cette attitude correcte que prennent les hommes d'église, sous l'impulsion de saint Charles Borromée et de saint Pie V. Le pittoresque nait du contraste : à cette époque, et de moins en moins depuis lors, plus de contraste dans les mœurs, plus de contraste dans les arts. Tout s'unifie, prend l'alignement avec une désespérante régularité! On dirait que la grâce de Dieu elle-même, si souple pour s'adapter à tous les tempéraments, prend la même forme. Dans le désordre pittoresque du moyen âge, au milieu des vices les plus scandaleux, il y avait les grands saints, ces géants de la sainteté qui s'appellent Bernard, Dominique, François d'Assise, Vincent Ferrier et tant d'autres, divine effiorescencc qui jette ses dernières pousses au xvi« siècle avec saint Ignace. Des saints, il y en a toujours sous le regard de Dieu; mais on dirait qu'ils n'ont plus au dehors, sur les peuples, l'ascendant irrésistible qui subjugue par l'éclat de la vertu et la puissance du miracle.
Ce manque de pittoresque enlevant à la basilique Vaticane toute ombre mystérieuse, lui enlève du même coup le recueillement et la douceur paisible de la prière. Les vieilles cathédrales, avec leurs coins ténébreux, leurs vénérables loques de pierre et de sculptures usées et noircies par le temps, et jusqu'à cet écrasement de leurs voûtes, forcent à plier le genou : l'âme se recueille d'elle-même et prie. A Saint-Pierre, la joie de la lumière, loin d'inviter à ce repos intérieur, caresse tous les sens et ïa'd vibrer toutes les forces vives de l'âme. D'instinct on regarde, on jouit, ou admire; pour i)rier, il l'.nit le vouloir, s'approcher de la Confession et se dire que l;'i, sous ces dalU-s. il y a la poignée de cendres du premier vicaire du Christ.
Mais, à l'euconlre, celle lumière symbolise à merveille réternelle jeunesse de l'Église. Dix-neuf siècles ont passé sur son front : elle n"a pas encore un cheveu blanc! Les blessures, les outrages, le sang répandu, ne l'ont pas ailaiblie. Toujours jeune comme dans les catacombes, toujours vivante du même esprit, toujours ardente pour les mêmes sacrifices, toujours audacieuse pour les mêmes conquêtes, elle garde le même enthousiasme, l'enthousiasme des cœurs jeunes, sans leurs illusions ; tel à Saint-
Pierre. La lumière qui l'inonde et fait resplendir ses dorures et ses marbres met à son front l'auréole d'une immortelle jeunesse. A Rome, les ruines même sourient. Sous le ciel gris du Nord elles seraient lamentables; là elles sont en fête : les colonnes brisées, les arcs pantelants, les voûtes effondrées, fleuries par les plantes capricieuses qui grimpent et s'enlacent autour d'elles, baignent dans une lumière si étincelante, qu'elles sont en harmonie avec l'exubérance de vie qui les entoure. Aussi la basilique Vaticane ne vieillira jamais. Tant que le ciel d'Italie la couvrira de ses splendeurs, elle gardera sur ses lèvres, comme l'Église, ce sourire aimable avec lequel elle accueille et séduit le visiteur.
Cette unité de l'Église dans le gouvernement et la doctrine s'étend à tous les peuples; seule elle a la hardiesse de s'intituler l'Église Catholique. A côté d'elle, il y a des églises nationales ou sectaires dont le morcellement même est la condamnation; elle, elle est l'Église, celle que ni le temps ni l'espace ne peuvent arrêter dans son expansion. Le Christ lui a donné le monde. Cette universalité se trouve admirablement exprimée dans Saint- Pierre, par sa propre immensité. 11 fallait qu'auprès du tombeau du Pêcheur il y eût place pour les représentants de tous ses enfants. Tous y ont droit; qu'ils viennent de l'Europe ou de l'Asie, de l'Afrique ou des îles les plus lointaines de l'Océanie: s'ils confessent la foi de Pierre, s'ils chantent le même Credo, ils ont place à son foyer. Ils peuvent accourir, la maison du Père comnmn est assez vaste pour les recevoir.
Il nous a été donné de jouir de cet incomparable spectacle. Au jour du cinquantième anniversaire de la consécration épiscopale de Léon XIII, la basilique Vaticane ouvrait ses portes à l'univers entier. Toutes les nations étaient présentes en la personne de leurs ambassadeurs. Soixantedix mille hommes se pressaient dans les nefs; autour de l'autel, les généraux des ordres religieux, les évoques, les cardinaux formaient une couronne d'honneur à celui qui est sur la [wvc la source unique du sacerdoce, le Vicaire du Christ. Et quand il parut, vieillard chargé d'ans et de gloire, porté comme un triomphateur, il y eut une acclamation qui monta lente et vibrante jusqu'aux profondeurs de la coupole : c'était l'Église universelle qui saluait son chef. Lorsque le pape eut fini le sacrifice d'action de grâces, il entonna le chant de victoire : Te Deum laudamus! Et l'Église universelle présente dans l'immensité de la Basilique chantait avec lui : 7u rexglorix, Christel VA il nous semblait que d'en bas, ceux qui dorment sous les dalles de marbre, apôti'es, pontifes et martyrs, chantaient avec l'Église d'en haut : Tu rex gloriae, Christel Ce faste pompeux, ces richesses d'ornement, ces acclamations, ces chants, quel symbole vivant du règne glorieux du Christ! Aussi bien, devant cette apparition
LA UASII.InLE VATIDANE
réelle de rÉglisc universelle, de son autorité, de son immensité, nous avons compris les prodigieuses dimensions de Saint-Pierre et pardonné à Carlo Maderno. Que son âme repose en paix !
Saint-Pierre n"est pas la cathédrale de Rome, cest la cathédrale du monde.
Il est aussi la cathédr.de du ciel. Ses flancs ne sont pas trop larges
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pour contenir le nombre prodigiiinx de saints (|ui reposent sous ses voûtes. Sainte, rÉglisc une et catlioli(|ue, elle l'est, et elle I"est à ce point que seule elle a la préUintion de créer des saints et le coinage de les proclamer, parce (|U(> seule elle a conscience de [larliciper directement à la saintet('' (In Clnisl.
Comme ils se pressent serrés autour du toinliciu du Pécheur, les saints (le llicii! Il \ en ;i iuntoill . sous l(>s dalles, siu' les .nitels et dans les niches de ses nuus. Sons les dalles, à côté même des cendres de Pierre.
reposent ses premiers enfants, les pierres de fondation de l'Église romaine, ces pontifes et ces martyrs qui ont cimenté de leur sang le temple du Christ. Leurs noms, Dieu seul les connaît, et qu'importe ! ils sont morts pour lui, cela suffit. D'autres, apôtres, pontifes et vierges, glorifiés par la main du Tout-Puissant, ont laissé sur terre une trace si lumineuse, que les siècles n'ont pu en ternir la splendeur. Allez dans la Basilique , d'autel en autel : à chaque pas vous tléchirez le genou devant un saint illustre dont le nom est vénéré, le souvenir aimé, les restes entourés d'honneur. Ce sont les Apôtres André, Simon et Jude; ce sont les pontifes qui s'appellent Léon le Grand, Grégoire le Grand, Boniface IV, Léon II, Léon III, Léon IV et Léon IX, Grégoire de Nazianze et Chrysostome ; ces deux derniers, enfants de l'Église grecque, ensevelis pi'ovidentiellement près du Vicaii^e de Jésus-Christ pour être les témoins irrécusables de sa suprême autorité sur tout son troupeau. Basile lui-même, ce lutteur indomptable, n'y est pas oublié. Si ses restes n'ont pas l'honneur d'être déposés près de saint Pierre, sa mémoire y est glorifiée par la célèbre mosaïque qui décore son autel. Il est là, recevant les oblations saintes de la main du diacre, avec une m.ijeslé Icllo que l'empereur Valens, frappé de stupein- el d'effi'oi. tombe défaillant dans les bras de ses eunuques. Symbole victorieux de l'autorité de l'évêque sur celle des Césars, qui souligne d'un trait énergique toute la vie du grand docteur.
A côté de ces illustres personnages, ce n'est pas sans éniution que l'on s'incline devant le sarcophage de l'humble vierge Pétronille, « la très douce fille » spirituelle de saint Pierre. Et n'est-ce pas touchant de voir, non loin de la Confession, le tombeau de Processus et Martinianus, ces geôliers de la Mamertine, chargés par Néron de garder les Apôtres Pierre et Paul"? Convertis au Christ par leurs discours et le spectacle de leurs vertus, martyrisés comme eux pour la défense de la même cause, ils reposent avec Pierre dans la même basilique, participant aux mêmes honneurs.
Sur les murs se déploie une longue et magnifique théorie de saints. Nous ne savons à qui revient l'honneur d'avoir inspiré la pensée d'élever une statue dans la basilique Vaticane à tous les fondateurs d'Ordres; rien de plus grand et de plus juste ne pouvait être conyu pour son ornementation. Entre tous les saints, les fondateurs d'Ordres méritaient d'avoir ime place privilégiée près le tombeau de saint Pierre, parce que, dans l'Église, ils sont les représentants officiels de la sainteté par l'observance des conseils évangéliques; et de plus, parce que, au-dessus de tous, par le lien étroit qui les attache au souverain pontife, ils sont les défenseurs de ses droits, les promoteurs de son autorité, toujours ses serviteurs les