‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 35 sur 106 · I- A liA-II.InLI-: VATICANE · texte numérisé non relu

I- A liA-II.InLI-: VATICANE

plus dévoués. Eiilre eux et la papauté, c'est une union à la vie à la moit. Aussi les adversaires des papes ont de tout temps voué aux ordres religieux une haine acharnée. Toujours leurs premicis coups, comme les plus cruels, sont lombes sur eux, parce que les persécuteurs savaient bien que les frapper, c'était frapper au cœur même de l'Es^lise. Les premiers au péril, ne m('ril;iii'iit-ils pas d'être les premiers à l'honneur? Ils y sont

.Martyrr dt*s saiiiU l'iucussc ni MurliiÉii-n, (Mu>ai(jni* par Valfiitiiii.)

tous, et avec eux la lignée glorieuse dont ils sont les pères. Quel sublinndéfilé ! (|urls noms illiislres dans les fastes divins : Henoit, Norbert, Dominique, Fran(;ois d'Assise, Ignace, Vinrent de Paul, Thérèse, et tant d'autres dont la mémoire est restée en bénédiction, dont l'action bienfaisante se perpétue, sans jamais s'amoindrir, à travers les siècles et sur tous les jicuples! Avouons iman'dJalcmciil ijnc la noblesse cU' l'exécution ne répond pas. en général, à l;i gr.indi'iii de l.i [icnséc. La plupart des statues, deux ou trois exceptées, comme celle de. saint l'ierre d'.\kaiit,ua. la plus belle do

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toutes, n'offrent, rui point do vue de lait, (jifim médiocre intérêt: elles sont colossales, et c'est tout. Trop d'attitudes théâtrales, trop d'effets de mysticité, trop de contorsions dans les mouvements et de coups de vent dans les manteaux. On dirait (pie les artistes se sont évertués à donner aux saints ce que les saints ont eu le plus en horreur, la pose !

« Bernin, écrit Taine, a infesté cette église de statues maniérées qui se déhanchent et font des grâces. Tous ces géants sculptés qui se démènent avec des visages et des habits demi -modernes, et qui pourtant veulent être antiques, font le plus piteux effet... Aucune de ces œuvres d'art n'est pure : trois ou quatre sentiments contraires y viennent heurter leurs disparates. Le sujet est un personnage ascétique ayant pour occupation de jeûner et de donner les étrivières, et on lui donne un corps, un vêtement, toute sorte de traits qui expriment l'attache à la vie présente'. »

Ce jugement n'est que trop vrai.

Et le Credo de TEglise continue : Credo apostoUcam Ecclebiam.

Pour que l'Église, une, sainte, catholique, soit vraiment l'Église du Christ, il faut qu'entre Lui et elle il n'y ait point d'interruption, point de brisure. La source du sacerdoce jaillit du cœur du Christ avec tous ses pouvoirs, toutes ses dignités, tous ses droits; mais, pour que cette source garde, en se répandant sur le monde, la pureté et la fécondité de ses eaux, il est nécessaire que le canal qui la dirige n'ait ni tissure ni obstruction. De Léon Xllf, pape glorieusement régnant, nous devons remonter, par ime suite non interrompue de pontifes légitimes, jusqu'à Jésus-Christ lui-même. A cette condition seule, l'Église est apostolique. La basilique Vaticane porte dans ses flancs les témoins séculaires de cette divine généalogie : ce sont les tombeaux des pontifes romains. Tous les siècles y sont représentés, soit dans la Basilique même, soit dans les grottes souterraines. Chacun est une voix qui en appelle à Pierre, et de Pierre au Christ. Cette puissance sacerdotale, Léon XIII l'a reçue des mains de Pie IX, Pie IX de Grégoire, Grégoire de Pie, Pie de Léon; et ainsi de suite, à travers les âges, la chaîne vivante se déroule, anneau par anneau, jusqu'à Pierre, le premier de tous, soudé à Jésus-Christ : Leonis, qui fuit PU, qui fuit Gregorii, qui fuit PU, qui fuit Leonis, pour arriver à la source même, qui fuit Pétri, ijui fuit Dei!

Pas une maille ne manque à cette chaîne depuis dix-neuf siècles. Dieu a voulu que la succession des pontifes sur le siège de PieiTe ait un caractère d'authenticité tellement indiscutable, tellement éclatant, que personne ne pût méconnaître leur légitime autorité.

' Taine, Voyage en Italie, 1, )). 22.

D'autre part, quel précieux enseignement pour le visiteur! Ces pontifes qu'il passe en revue lui rappellent tout le passé de l'Église, passé glorieux, passé douloureux surtout. Ils lui redisent ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont souffert pour garder intacte cette foi dont il vit. pour sauver

statue (le suint l'icri'c il'Aleaiilani , par l'Ynnct'sco lUT^ara.

la morale ('vnngéli((ue de la l)iiilalité des passions, pour alTrancliir les l'ailili'.s de la tyrannie dos grands. Gomme les hient'ails gi'néraux ié[)aMdus à pleines mains sur la clirétieiité rendent |)res(|ue insensihles les l'ailtlesses personnelles (uTils mit pu ;;;iiiler sous l,i tiare! Rien de comparaMe. dans les annales du monde, à ceili' longue histoire, toute à l'honneur de l'humanité pendant dix- neuf sirclcs.

Les tombeaux des papes sont le plus riche ornement de la basilique Vaticane. Combien est-il à regretter que, pendant sa construction. Bramante et ses successeurs aient supprimé de nombreux et splendides monuments! Quelques-uns, trop rares, ont échappé au massacre et sont relégués dans les souterrains. Non pas qu'ils soient les plus pompeux, mais leur antiquité les rend plus intéressants, et l'inspiration qui les a conçus parait plus chrétienne. On ne peut passer sans un regard ému devant les sarcophages qui contiennent les restes de Grégoire III, ce pontife qui, au viiie siècle, défendit au péril de sa vie le culte des saintes images; de Benoit XII, qui, malgré sa résidence à Avignon, témoigna tant de sollicitude pour la restauration de la basilique Gonstantinienne ; de Boniface VIII, trop altier de caractère, trop dur dans ses décisions, trop tenace dans ses volontés, mais l'homme de génie qui, par l'institution du jubilé, sut ramener les peuples au tombeau de saint Pierre; de Pie II, si dévot à saint André, dont il porta lui-même la tête vénérable sur l'autel de Pierre, son frère; et surtout, car nous ne pouvons les nommer tous, de ce Nicolas V, qui le premier eut la hardiesse de commencer la reconstruction de la Basilirjue. Ce n'est pas dans les souterrains que son tomlieau devrait être, mais en pleine lumière et à la place d'iionneur, dans la Basilique même.

Dix-neuf papes ont leurs mausolées dans la Basiliipie, tous modernes. Le plus ancien, comme le plus beau, est celui de Sixte IV (1484), qui se trouve dans la chapelle du Saiut -Sacrement. Tous sont riches, fastueux; tous, à vrai dii'e, ne sont pas des chefs-d'œuvre, pas plus qu'ils n'ont cette sévère austérité des vieux pontifes de bronze couchés dans l'attitude d'un repos plein d'espérance. L'esprit chrétien a été atteint, même la décence. Il a fallu couvrir des nudités qui s'étalaient au pied de la chaire de saint Pierre. Les artistes, peu soucieux d'ordinaire de la pudeur évangelique, ont fait de l'art pciur lart, sans songer (|u"ils travaillaient aux monuments des Vicaires de Jésus-Christ, et ((ue ces monuments devaient avoir une place dans le temple de Jésus-Christ. Cet oubli injurieux nous explique toutes ces statues symboliques, la plupart très belles, mais dont le caractère pa'ien tend à rabaisser les âmes, non à les élever. Il y a trop de femmes dans Saint-Pierre, beaucoup trop; chaque mausolée en a deux, colossales, plus ou moins vêtues, et je ne parle pas de celles qui font des exercices d'équilibre sur les corniches, aux coins des pleins cintres.

Ces décors accessoires, sans harmonie avec la pureté des lignes d'architecture, comme les médaillons, les bustes des papes, et fces colombes au rameau parilique (|ui surchargent certains piliers, enlèvent à la Basilique

LA BASILIQUE VATICANE 3tl

la noblesse de race que Michel -Ange voulait lui imprimer. Elle n'a plus ce grand air aristocratique, c'est une parvenue qui étale sa richesse.

Malgn' tous ces défauts, la basilique Vaticane reste une des merveilles du monde, symbole éclatant de l'Église militante qui, à travers les faiblesses de l'humaine misère, fait l'œuvre divine de son fondateur. Aussi nous ne craignons pas de terminer cette criti(iue par ces lignes «'mues tombées de la plume ou plutôt du cœur de Louis Veuillot : « Dans la nef immense il n'y avait que les lampes d"or de la Confession, la statue de saint Pierre, le soleil et nous. Lentement nous avançons, pénétrés de respect, pénétrés d'amour et aussi de crainte, un peu écrasés de cette grandeur. Pourquoi craindre? La maison est hospitalière ou. plutôt, ne sommesnous pas chez nous?

« Jamais la Basilique ne m'a paru si vaste. .«;i riche, si solennelle, si douce... Pour moi, j'ai eu le temps d'étudier Saint-Pierre; je l'ai parcouru cent fois, je me suis arrêté devant tous ses autels, devant tous ses tombeaux, devant toutes ses peintures d'un indestructible éclat; j'ai fait connaissance avec ce peuple de grandes images et cet immense trésor de reliques sacrées.

(( J'y ai vu le pape bien des fois, tantôt sans pompe, tantôt dans toute la majesté de sa fonction incomparable; je l'ai vu couronné de la tiare, sur la srtb'n , !i('niss;iiit une fouie compos('e de l'eprésentants de tous les peuples (lu monde, et le prodigieux cortège se mouvait à l'aise dans le vaisseau de marbre et d'or...

« Tout revient, mVnv.iiiil. mViiqiniic ; je suis inuiKli'' dr liimiric, de joie et d'espérance, et l'allégresse de l'espérance est déjà l'allégresse du liiniiiplic. AInrs celle vaste structure |hviii| à mes yeux toutes ses dimensions, j'enleuds son langage: c'est un ikiôiui', je |)oèmc de la religion et de la victoire du Christ. Toute l'histoire, toute la science, ton! Part, toutes les )ic|iesses de la natiM'c, toutes les conceptions et tous 1rs liavaux de rii(jnuui' soiil ici ii'uiiis ]iour attester le Christ. Fils de Dieu, pour le bénir et pour le liloiilici. Le chœur incomparable de toutes ces voix, c'est Saint-Picrn'... Il n'est pas une pierre, dans celle montagne de gloire, qui ne soit à sa |)l;iee. (|iii ne doinie mie cLnii'. qui ne jetle une |i;u'ole forte et sulilin)e. Rome, le rt-sumé de tout, se résume dans Saint -Pieire. et Saint -l'ieii-e crie (h\\\< l'.ome et dans le inonde |,i vietoiiv île |,i croix sur Home et sur le nionile. .

« Nous baisons le ]iied de sain! Pierre : nos co>ui"s dt'iioi-denl. .\ i^cnonx. (levant la (Confession, le front sur ce maibre doux comme la |)oilrine ilun ami, nous lai.«;sons couler nos larmes'... »

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