‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 37 sur 106 · I.A BASILKJLE VATICANK · texte numérisé non relu

I.A BASILKJLE VATICANK

et prinfijcilement an bien spirituel des âmes'. Or il est certain, ajoute le saint docteur, (juc les papes ont le droit d'accorder des indulgences afin d'exciter les fidèles à l'aire l'aumône [iour des œuvres d'utilité publique, comme la constiuction des églises, des ponts, la répression des ennemis du christianisme -.

Le droit du pape est incontestable, la pratique universelle dans l'Église.

Les débuts cependant furent assez timides. Dans le principe, les papes se contentèrent d'accorder des indulgences partielles de quarante jours, cent jours, de sept quarantaines, de cent ans. C'était tout simplement le rachat de la peine canoni(iue en vigueur dans les siècles primitifs. Les fautes graves étaient alors punies sévèrement. On devait les expier, souvent en public, par une pénitence ayant une durée déterminée, quarante jours ou cent jours par exemple, soit de jeûnes, soit de prières, soit d'abstinence. L'Église, par l'indulgence, remettait et remet encore cette i)eine disciplinaire. Ainsi, accorder une indulgence de quarante jours, c'est remettre une part de la peine due au péché écpiivalente à la peine canonique de ([uarante jours.

L'indulgence plénière, qui fait abstraction de la durée et de Timportance numérifjue et intensive des peines canoniques primitives, est la pleine rémission de la iicinc totale; encourue par le péché, quel qu'il soit en nombre et en éiioiniili'. (JuicoïKpie la gagne est quitte envers la justice divine, et, s'il mourait immédiatement, irait au ciel en droite ligne, sans autre expiation. Cette indulgence n'api)arait qu'aux croisades. Le premier, Urbain II la proclame en laveur de ceux qui combattront pour la délivrance des Lieux saints et la destruction rie l'islamisme. La porte est ouverte, elle ne se n^fermera plus.

Les [)a|)es ont sciili lu force ([ue le Christ avait remise cnlic Icius mains. Ils l'einpluieronl contre lt)iis les ennemis du cliristianisme et en faveur de leurs grandes entreprises, sans cesser, malgré les avantages pécuniaires immenses (prils y tionvcront, de ra|)peler chaque fois que le vrai but de l'indulgence est l.i sanctification des âmes par la prati(pie plus frécpienti! des sacrements, la prière et les œuvres de miséricorde.

Il n'y a donc pas lieu de nous étonner en voyant Jules II accorder une indulgence plénière à ceux (|ui feront une aumône pour la construction de Saint-Pierre; il use de son droit de Vicaire du Chri.st et continue l'usage constant de ses prédécesseurs.

AltiK lier mie iii(liil;^cnce ."i une aimn'nie n'est en aucime façon, connue

' 1). l'Iiuni. Sidiiui. TlicoL, III p., (|. XXV, ail. '1.

■ hi., ibici., ;i.

318 SAlA'ï-l'lEKKE DE UUME

le prétendent les protestants, vendre une indulgence. L'aumône est une œuvre pie comme la récitation de cinq Pater ou cinq Ave, la visite d'une église, le soin des malades; et par conséquent l'Église, dans un but spirituel, ou même, au dire de saint Thomas, de simple utilité publique, peut l'imposer comme condition de ses faveurs. D'autant plus que pour gagner l'indulgence l'aumône seule ne suffit pas, mais doit être nécessairement accompagnée de la confession et du sincère repentir. C'est ce qu'il ne faut jamais oublier quand il s'agit d'indulgence plénière.

Malheureusement, les fidèles n'ont pas toujours Fintelligence assez ouverte pour comprendre la doctrine de l'Église; et, en pareil cas, comme il s'agissait d'éviter sur terre et au delà des peines rigoureuses, ils se jetèrent sur les indulgences comme sur une proie, sans prendre assez garde aux conditions de confession et de repentir. Ils se persuadèrent qu'en faisant leur aumône tout était gagné. C'était évidemment traiter avec la justice divine à bon marché; c'était surtout s'éloigner entièrement de l'esprit de l'Église, de sa doctrine, de ses admonestations souvent répétées, et par là ouvrir la porte à tous les vices, à tous les abus, puisque, dans leur idée, sans aucun repentir, sans cesser d'offenser Dieu, sans lutter contre leurs passions, ils obtenaient, moyennant une simple aumône, le pardon en ce monde et le salut dans l'autre. Étrange aberration, contraire de tous points à l'Évangile.

Malheureusement aussi les délégués pontificaux, chargés de publier les indulgences, d'en expliquer au peuple la réelle valeur, de lui enseigner les conditions obligatoires j)our les gagner, ne furent pas toujours dignes de cette mission très délicate.

Le pape ne peut pas être partout. Usant de son droit, fidèle à la doctrine de l'Église, il accorde les indulgences; s'il veut que cette faveur soit connue, il doit se servir de clercs inférieurs qui les annonceront aux fidèles et recevront les aumônes. Là était le danger. II fallait des hommes sûrs dans la doctrine, sûrs dans la probité. Certes, il s'en trouva au service du pape; mais il y eut aussi des serviteurs infidèles. Ceux-ci, exagérant la valeur des indulgences, laissant dans l'ombre les obligations ordinaires du repentir, se contentaient de prêcher la valeur de l'aumône. Sans vergogne aucune, ils installaient leur bureau, — nous allions dire leur comptoir, — sur les places publiques, et là, comme au marché, ils offraient leur denrée : c'était une vraie foire aux indulgences. A les entendre, quand l'aumône tombait dans l'escarcelle, l'âme pour laquelle elle était faite s'envolait du Purgatoire. Les simples d'esprit s'y laissaient prendre, car ces marchands éhontés étaient prêtres, souvent moines, et ils parlaient au nom du 1res saint pape... Si le pape les avait entendus!

LA liASII.lQLi; VATICANE

Les aumônes tombaient nombreuses dans la cassette des délégués aux indulgences: allaient-elles aussi nombreuses dans celle du souverain pontife? Les papes montrent à cet égard une extrême défiance. Dans toutes les bulles d'indulgence ils entrent dans les détails les plus minutieux, n'épargnent aucune menace pour éviter de factieuses surprises. Ils reçurent à la vérité des sommes énormes de tous les pays catholiques, surtout de l'Allemagne, à ce point qu'on appelait à Rome ces aumônes

Li'ull X, J..11- H,i|.iiu.l. (l'ahil^ l'un, a !• li.ri-iicc-.j

les péchés des Allemands ; mais, sans nul doulc, Ifs |)apes ne reçurent pas tout, et bien des suli.ilh rues s'enricliirciil à leurs dépens et aux dépens de l'Église.

Par la l'uicc des choses, |)ar la misric lumiaine, riminlgiMicc, malgré son excellence daus son origine, son but vi ses elTcts, (lc\iut une source d'abus. La morale chrétienne, sérieusement atteinte dans ses principes les plus essentiels, ll('(hi>s,iit |.;mI(iuI; cl i|ii(ii(|uc au dehors le catliolicisme demeurai la religion oriiciellc, dans |ilusicuis |Mit\inces les cœurs se •li'iacliaieni iusensibleniciil. I ,c IViiil |i(iiilail. piiM à luinbri- de Tarbre : il 11'' iiiau(|uail (|u"iiiic main poin le sccouci-. Llle va veiur.

Le vendredi 11 mars 1513, le cardinal Jean de Médicis prenait possession du siège de saint Pierre sous le nom de Léon X. Il n'était pas homme à laisser en souffrance la construction de la basilique Vaticane. Magnifique comme tous ceux de sa race, ami et protecteur des arts, très dévot au prince des Apôtres, il mit tout en œuvre pour hâter l'exécution d'une entreprise qui pouvait être la gloire de son pontificat. Léon X, comme Jules II, avait plus de génie que de ressources. Aussi fut-il contraint de recourir aux mêmes moyens que son prédécesseur. Dans trois brefs successifs, il confirme les indulgences accordées par Jules II en faveur de la Basilique, en étend le privilège à une durée de trois ans, et crée des commissaires, spéciaux pour en diriger et surveiller la prédication'. Ce n était pas sans besoin. Christophe de Forli, général des Franciscains, fut chargé de rAutriche et de la Suisse, le cardinal Campejo de rxVngleterre, et le Milanais Arcembold, déjà employé à ce ininis- 'tère sous Jules II, des provinces du Rhin, de la Belgique et des États allemands. C'était la part la plus fructueuse. Il dut en céder bientôt une grande partie à Albert, archevêque et prince électeur de Mayence, nommé commissaire pour l'Allemagne (1517).

Cette fois, la publication des indulgences est savamment organisée; elle a sa hiérarchie de commissaires supérieurs et de prédicateurs attitrés. Le filet étend son réseau sur tous les pays catholiques, les mailles en .sont serrées, la pêche promet d'être abondante.

Avant de lancer ses hommes, Albert de Mayence leur remit en mains un petit traité, comme un guide pratique du prédicateur d'indulgences, dans lequel la doctrine sur cette matière délicate, la manière de procéder, les mesures de prudence à garder, étaient nettement indiquées. Preuve incontestable de son désir de faire avant tout œuvre de piété et de justice. Ce petit traité a pour titre : Inslructio summaria sacerdotum ad prœdicandas indidgenlias. Il y est dil (pic les pivdicateurs doivent rechercher d'abord la gloire de Dieu, le salut des âmes, l'honneur du Saint-Siège; mener une vie honnête, éviter les mauvais lieux, et ne point faire tourner l'indulgence à leur pi'ofit personnel. Les conditions générales strictement obligatoires pour gagner l'indulgence : la confession et le sincère repentir, sont formellement et explicitement exigées. C'est net. Aussi bien, cette exigence que les papes, même les plus débonnaires, n'oublieront jamais, non seulement sauve la morale évangélique, mais tend à en développer le culte et la pratique. Un corollaire liiml allcint les prédicateurs inlidèles, i-ontre lesquels les jiri'caiilions les |ilus minutieuses sont nrdonnées. Celui

' Nicolai, Basil. Vatic, \\. lU. — Pi-ivilcr/iu, etc., pp. \0 et suiv.

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qui veut gagner une indulgence, en recevoir le billet authentiquement signé, doit déposer lui-même son aumône dans la caisse; s'il la donne de la main à la main, l'indulgence est nulle. Cette caisse avait trois clefs: l'une gardée par le commissaire, la deuxième par un trésorier nommé à cet effet, et la troisième par l'autorité ecclésiastique du lieu. Elle ne pouvait être ouverte que devant plusieurs témoins, dont un notane public.

On le voit, toutes les mesures de prudence sont prises, tant pour garantir une prédication sûre au point de vue de la doctiine, que pour éviter les surprises désagréables d'un trafic simoniaque. Les mandataires inférieurs pourront encore être infidèles, mais l'honneur de l'Église est sauf.

L'archevêque Albert eut même le scrupule d'envoyer une lettre pastorale à ses diocésains, pour leur rappeler en substance la doctrine sur les indulgences et leurs devoirs vis-à-vis d'elles. Cette lettre fut affichée dans toutes les églises. Ainsi préparée, il semblait que la prédication des indulgences devait avoir le plus fructueu.x et le plus légitime succès, pour le bien spirituel des âmes et pour la cais.se de Saint- Pierre. En effet, le succès dépassa toutes les espérances.

L'ordre de Saint-Dominique fut choisi, en Allemagne, pour fouinir les prédicateurs. Parmi eux se trouvait un homme d"une rare éloquence, dont la parole ardente entraînait et subjuguait les foules. C'était Jean Teizel. Il n'était pas à ses débuts. Déjà il avait prêché les indulgences en faveur de l'ordre Teutonique contre les Russes et les Tartares, et en faveur du prince de Saxe pour l'érection du pont et de la chapelle de Torgau. Les aumônes affinaient entre ses mains.

« Tetzel, écrit un auteur protestant', avait le génie de la mise en scène et de la parade. Accompagné de dignes acolytes, le magister Christian Baumhauer de Nuremberg, le prieur des dominicains de Leipzig Bartholomœus Rauh, et d'une suite de valets, entouré d'un imposant cortège, il envoyait un messager aux autorités de la ville à laquelle il se rendait, et leur faisait annoncer que la grâce de Dieu et celle ilu Saint-Père étaient à leurs portes. La foule accourait. Le clergé, les moines, les enfants des écoles avec leurs pédagogues, la municipalité elle-même, venaient à sa rencontre, en procession, bannières en tête, cierges allumés; et l'envoyé de Dieu faisait son onin'e soleiuiellc au son des cloches et aux acclamations enthousiastes de la population. En avant du cortège marchait un homme portant, sur un coussin de velours recouvert tl'un draj) d'or, la l'iilli' d'indulgence. On arrivait ainsi à l'église, paive |iour la cii'conslance

' Fi'lix KiiliM, Lullivr, sa vie et son irui iv , I, )■. IS'i.

et pleine d'encens. On dressait près de l'autel une grande croix rouge à laquelle était suspendue la bannière du pape, et, tout à côté, la caisse. Tetzel montait en chaire et commençait sa harangue. »

A celui qui a la foi dans l'efficacité des indulgences et la parole du souverain pontife, rien de cet appareil ne paraîtra déplacé. Si Tetzel n'avait commis que ce péché, il faudrait être un huguenot bien grincheux pour lui refuser l'absolution. Nous sommes loin de prétendre qu'il sut garder en toute circonstance la dignité nécessaire à sa haute et délicate mission. Il eut dans sa prédication, dans la fougue de ses improvisations, des exagérations déplorables, des écarts de langage qui tiennent plutôt au goût de son époque qu'à la sincérité et à l'orthodoxie de son enseignement. Pour atteindre plus sûrement son but, il le dépassa; mais de là au personnage ignoble dont les auteurs protestants nous font le portrait, il y a loin.

Tetzel allait donc de ville en ville, de bourgade en bourgade, préchant lïndulgence, lorsqu'un religieux augustin, jaloux peut-ôtre de son immense succès, intervint pour en arrêter le cours.

C'était le frère Martin Luther.

Une première fois il avait écrit à (juelques évêques pour les prier d'empêcher ce qu'il appelait « le scandale de la chrétienté, la vente des indulgences ». Il est possible qu'à cette époque Luther ait eu vraiment à cœur de signaler et de réprimer les abus réels de cette prédication. Les évêques firent la sourde oreille. Froissé dans son amour-propre, il passa outre et commoni;a hii-niême une bitte <]ui allait aboutir à un immense désastre.

Vers la fin de Tannée 1517, Tetzel se trouvait à Jutenbock, petite ville de la principauté de Magdebourg, Luther non loin de là, dans le couvent des augustins de Wittemberg. Ils en viment aux prises. La veille de la Toussaint, quatre-vingt-cjuinze thèses ou propositions contre la prédication des indulgences étaient placardées sur les murs de la collégiale de Wittemberg, dédiée à tous les saints, et proclamées le lendemain du haut de la chaire par Luther lui-même devant une foule immense. L'effet fut prodigieux.

Il y avait ce jour-là à Wittemberg, pour la fête patronale de l'église collégiale, une multitude de pèlerins qui, au départ, répandirent par toute l'Allemagne le cri de guerre du frère Martin. Ce fut comme une traînée de poudre. Étudiants dans les universités, moines dans les cloîtres, docteurs dans leurs chaires, évêques dans leurs cathédrales, tout fut en émoi. Le peuple lui-même, théologien à sa façon, se mit de la partie. Amis et ennemis, admirateurs et adversaires discutaient avec passion la

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question des indulgences. Car jusqu'ici, au moins pour le dehors, Luther conservait encore le respect et l'obéissance dus au souverain pontife. C'est à Léon X qu'il en appelait, à sa dignité de Docteur suprême, pour interdire une prédication dangereuse pour les âmes, avilissante pour l'Église. Si Luther avait été un saint, il eût pu devenir un véritable et iécond réformateiu' : il ne lut qu'un sectaire. Au lieu de réformer l'Église dans l'Église et par l'Église, il mit en avant ses idées personnelles, ses

.Mailiii l.iitln-i'. l'iU' Ji-;iii llullR'in. ( Honu' , guk'riu Corjsiiit.j

iiioyciis personnels, et vint liciiilci- Idigucil de sdii espiit et la passion de son cœur contre le roc inéhranlahle de la dnclrinc et de la discipline catholiques.

ïetzel, directement attaqué pai' les thèses et les discours de Lullier. répondit victorieusement à ses [tropnsitions. I)"autrcs docteurs, et iiim des moindres, coinnu; le cardinal Cajetan (Thomas de Vio), général des dominicains, et Jean Eck. chanceliiT de Firniversité d'Ingolstadt. le plus célèlire dialecticien de l'Allemagne, lullèrent conli'e le novateur avec énergie et succès. Ce ne fut |)oiiil ce (pu le calma. En vain ses supi'rieurs essayèrent -ils t\i' TaiiiMer; iioissi' dans son aiiiuin - |iropre, s(>up(.'onnant aiiloiM' (le lui (le nomhrrux |iaili>:ui> dans les rangs du clei'gé comme

dans tous les ordres de l'État, Luther se déclara nettement contre l'autorité du pape. De la prédication des indulgences, la révolte passait au fondement même de l'unité de l'Église. Rome, toujours patiente, attendait. Léon X crut d'abord qu'il ne s'agissait que d'une querelle doctrinale entre moines, comme il en surgissait souvent. Ami des lettres, il goûtait assez les subtilités scolastiques : « Frère Martin, disait-il, a un très beau talent; tout ce bruit n'est que jalousie de moines. » D'autres fois, fatigué d'entendre ces rumeurs alarmantes, il le traitait « d'Allemand ivre à qui il fallait laisser cuver son vin ». Luther ne lui avait- il pas écrit : « Très Saint- Père, je me prosterne à tes pieds, et me remets à Ta Sainteté avec tout ce que je possède et suis. Vivifie, tue, appelle, rappelle, approuve, réprouve comme il te plaira, je reconnaîtrai ta voix comme celle du Christ, qui réside et parle en toi... »

Les oreilles du pontife se laissèrent bercer longuement par ces doucereuses paroles. Pouvait-il supposer qu'à la môme date le même homme écrivait à son ami Spalatin : « Je ne saurais bien décider si le pape est l'Antéchrist ou l'apôtre de l'Antéchrist. » Et puis, le pape était loin ; il avait peine à se rendre compte de l'état des esprits en Allemagne; car, depuis l'affichage des thèses, Luther avait fait d'immenses progrès. Semées dans le peuple, cultivées par des amis ardents, ses idées sur la décadence de l'ÉgUse romaine, le pouvoir du pape, le sacerdoce, les sacrements, le célibat ecclésiastique, le culte des saints et toute la doctrine nouvelle du pur Évangile, avaient vigoureusement germé. L'hérésiarque n'était plus seul, il avait derrière lui tout un monde qui n'attendait qu'un mot de sa bouche pour secouer le joug de la tiare. Quand les coups de tonnerre éclatèrent, présageant l'irréparable désastre, à Rome on croyait encore que ce n'était qu'une nuée sans eau.

Il fallut bien ouvrir les yeux. Malgré ses protestations hypocrites à Léon X, Luther poursuivait son œuvre, joignant dans ses discours l'insulte grossière à l'adresse du pape à ses déclamations doctrinales. Le pape poussa la clémence jusque dans ses dernières limites. Il délégua à Augsbourg le cardinal Cajetan, homme de grand savoir et de haute vertu, pour entendre le novateur et le ramener dans la bonne voie par la douceur et la persuasion (1518). Cajetan était-il moins habile dans la diplomatie que dans l'art du syllogisme? Trouva-t-il en face de lui, comme il est probable, un esprit décidé par avance à ne rien entendre, à ne rien céder? Toujours est-il que la conférence n'eut aucun résultat. Léon X, qui voulait éviter un éclat, prit une autre voie. Il envoya la rose d'or à l'électeur Frédéric de Saxe, en le priant de s'interposer entre lui et Luther. Tout fut inutile. Les pamphlets sur la cour de Rome, les dis-

LA BASILIOLE VATICANF.

cours contre la doctrine catholique devinrent tellement violents, que, lassé d'attendre le retour de la brebis au bercail et craignant à juste titre son influence pernicieuse, le pape se résolut à frapper un grand coup.

Le 16 juin 1520, il lança la bulle qui excommuniait Luther. Elle commence en ces termes : « Exsurge, Domine! L«''ve-toi, Seigneur, et sois juge dans ta cause. Souviens -toi de l'opprobre dont les insensés t'accablent, incline ton oreille à nos supplications. Des renards sont entrés dans la vigne que tu as plantée, dont seul tu as foulé le raisin dans le

Catherine ili' Huia, fiinmc de LuUici, |>ar Ji;in llullu iii. (Hiam . n^il.ui- Cui-siiii.)

pressoir; dont, remontant à ton Père, tu as conlié la garde, le gouvernement et l'administiation à Pierre, comme ;\ un chef, comme à ton vicaire, et à SCS successeurs. Un sanglier des bois veut la ravager, une bête féroce la détruire. Lève-toi, ù Pierre! au nom de la charge pastorale i\ toi spécialement et divinement confiée, défends la cause de la sainte Église romaine, mère de toutes l(>s Églises et iiiaitresse de la foi. Église (|ur lu as sanctifiée |i.ii- loti sang... Lève-toi, ù Paul! qui las illunrun'e pai' t<in enseignemeut, illustrée par Ion niai'tyre '... »

Luther n'pondit à l'excommunication du pape jiar um- insolente bravade. Le 10 <ircrnilire. sur la place de Witti'inlu-r;:. au uiilieu d'une

foule énorme composée de doctem^s, d'étudiants, de bourgeois, devant la porte de l'Elster, près de l'hôpital, on éleva un bûcher. Luther y déposa les Décrétales, et le bûcher fut allumé. Alors, quand les flammes jaillirent plus ardentes, il lança dans le brasier la bulle d'excommunication, en prononçant à haute voix ces paroles : « Puisque tu as contristé le Saint du Seigneur, que le feu éternel te consume 1 »

Le protestantisme date de ce brasier.

Laissons Luther achever sa course, non plus seul; car, à peine délivré de ses obligations religieuses, il eut hâte de prendre une compagne, Catherine de Bora, digne de lui. du reste : elle avait, comme lui, brisé avec la vie claustrale'.

La défection de Luther, avec ses désastreuses conséquences, n'arrêta ni le don des indulgences de la part des papes, ni leur abusive exploitation de la part de quelques prédicateurs. Dès cette époque, il s'établit à la chancellerie romaine un double courant : le courant des bulles d'indulgences, que les papes, forts de leur droit, accordent légitimement aux fidèles, et le courant des bulles de menace et de peines afflictives, qu'ils ne cessent de fulminer contre les abus de leurs commissaires. Aux termes énergiques dont ils se servent, on sent comlûen ils ont au cœur, les premiers, cette indignation qui soulevait la chrétienté en face de pareils scandales.

Sous le pontificat de Clément VII, les réclamations furent tellement vives et tellement générales, que ce pape, fatigué d'entendre toujours les mêmes plaintes, supprima en bloc toutes les indulgences accordées par ses prédécesseurs. Seules les indulgences affectées à la construction de Saint-Pierre sont exceptées. Son successeur Paul III, ayant à son tour supprimé, selon l'usage des pontifes romains à leur exaltation, toutes les faveurs accordées par ses prédécesseurs, on prétendit autour de lui que les indulgences de la Fabrique de Saint-Pierre étaient également atteintes. Le pape en fut contrarié, car il voubiil ]»(»iisser activement les travaux de la basilique Vaticane, et, pas plus que ses devanciers, il ne pouvait le faire sans les aumônes des fidèles. Aussi une bulle datée de l'an 1535 renouvelle les indulgences de Saint-Pierre, tout en fulminant contre les (quêteurs, les commissaires, les procureurs qui se permettraient quelque infidélité.

Il est à croire que les abus avaient refroidi le premier enthousiasme des fidèles pour les indulgences, et que les aumônes se faisaient plus rares, car Paul III eut recours à un autre expédient. Il fonde la société de Saint- Pierre, dont le but unique était la construction de la Basilique. Chaque

' Cf. Audin, Histoire de la rie de Luther. — Merle crAuhigné, Histoire de la Réforme au xvie siècle. — Félix Kiilin, Luther, sa rie et so» œurre; Paris, 1SH8.

l' or, TU AIT UK PAUL III Tar le Titien. (Musdc national de Naplcs. )

membre s'engageait à verser une offrande à cette intention. Le pape s'enrôla le premier, Charles- Quint suivit avec cent mille ducats, puis François 1er, tous les princes catholiques, les cardinaux, les patriarches, les évêques, et quiconque voulait prendre ledit engagement. De cette sorte les ressources semblaient plus assun-es, les abus en partie supprimés. Cette féconde institution peimit à Paul III de seconder les efforts de Michel -Ange.

Ce pontife fut un des plus terribles adversaires des vendeurs d'indulgences. On rencontrait partout de ces quêteurs éhontés qui, sans mi.ssion du pape ni des évoques, s'en allaient par le monde prêcher des indulgences en faveur d'une église, d'un monastère, d'un hôpital. Les simples d'esprit se laissaient prendre à leurs pieuses supplications : ils donnaient, les yeux fermés. C'était un métier facile et de bon rapport; car, bien entendu, ces aumônes restaient dans leur escarcelle. Quelquefois les évoques eux-mêmes, les abbés des grands monastères, les confréries de qualité s'arrogeaient le droit de publier des indulgences dont la valeur était à tout le moins douteuse. De telle sorte que sur les routes on no coudoyait que frères quêteurs : quêteurs du pape, quêteurs de l'évêque, quêteurs du révérendissime abbé et père en Dieu, quêteurs de la très illustre et très sainte confrérie. Si l'on y joint les quêteurs d'état, frères mendiants de toute couleur, dominicains, franciscains, minimes, ermites de Saint-Augustin et autres encore, il ne sera pas difficile de comprendre comment, même sur ce terrain sacré, la concurrence devenait inévitable, et avec elle toutes les fraudes, toutes les roueries d'un véritable métier lucratif.

Aussi Paul m ne se lasse pas de poursuivre ces quêteurs de métier. Six bulles les dénoncent, coup sur coup, à l'indignation et au mépris des fidèles. Non pas qu'il condamne les quêteurs autorist's, les frères mendiants en particulier, dont la pauvreté; hautoiiiont a[)piouvée et louée par l'Église continue sur la terre la pauvreté volontaire du Christ; toutes ses menaces vont aux quêteurs non autorisés, à ces voleurs dont la conduite déshonorait la clirétionté'. Il va |iliis luin. En 1541, il rév()(|iio toutes les facultés accordées à certaines œuvres de piété, avec excomnniniaition et menace d'une amende de diiix mille ducats contre les Ordinaires qui oseraient permettre la prédication de nouvelles indulgences. Il charge en outre les commissaires de la fabrique de Saint- Pierre de procéder en justice contre les Ordinaires, Itniis ministres, clercs séculiers ou réguliei-s faisant office de quêteurs en faveur d'indulgences non autorisées par le Saint-Siège, avec pouvoir de les arrêter, de les mettre en prison, de les

' Ni('t)l:ii , Iliisil. Vdlic, |i. 1 1.

condamner aux galères, selon la gravité de leur faute, et de leur enlever, même par force, l'argent qu'ils auraient recueilli. Malgré cet acte énergique, ce même pontife dut, en 1544, révoquer à nouveau toutes les indulgences en usage, sauf celles de la fabrique de Saint-Pierre.

Les vendeurs d'indulgences tenaient bon et continuaient leur œuvre néfaste, sans se soucier des bulles du pape. Heureusement la Providence divine veillait sur le salut et l'honneur de l'Église. Ce que l'énergie des papes n'a pu obtenir à cause de la faiblesse humaine, le concile de Trente, aidé de grands saints, va le réaliser. Luther, prétendant réformer l'Eglise sans l'Église, n'avait abouti qu'à une lamentable division : l'Église, qui porte dans ses flancs d'intarissables sources de vie, va se réformer ellemême, et, purifiée dans sa discipline de toutes les scories accumulées par les siècles, reprendre sa marche, plus alerte, plus intrépide que jamais.

Par deux fois le concile de Trente s'est occupé des indulgences. Dans sa vingt et unième session, il frappe avec indignation les vendeurs d'indulgences : « Malgré les ordonnances des conciles de Latran, de Lyon et de Vienne, les abus des quêteurs d'aumônes se sont multipliés, au grand scandale de la chrétienté, à tel point qu'il n'y a plus espoir d'y porter remède. Que le nom et l'office de quêteur soient donc abolis à jamais dans tout l'univers chrétien, sans égard pour aucuns privilèges d'église, de monastère, d'hospice, sans égard pour aucune dignité ni pour aucune coutume, même immémoriale. Que les fidèles, cependant, ne soient point pour cela privés du bienfait des indulgences... »

Mais le saint concile, craignant sans doute que sa rigueur contre les quêteurs ne fût interprétée comme une condamnation discrète de l'indulgence elle-même, s'explique nettement sur ce point dans sa vingt-cinquième session. 11 distingue clairement l'indulgence de ses vendeurs, la doctrine de l'abus. Voici ce décret :

« Jésus-Christ ayant confié à son Église le pouvoir d'accorder des indulgences, et l'Église ayant dès les premiers temps fait usage de ce pouvoir, le saint concile enseigne que cette pratique est très salutaire au peuple chrétien, confirmée par l'autorité des conciles, et ordonne de la conserver. Il frappe d'anathème ceux qui prétendent qu'elles sont inutiles, ou qui nient à l'Église le pouvoir de les accorder. » Voilà pour la doctrine. Mais les Pères ajoutent : « Néanmoins le saint concile désire que, suivant la coutume ancienne et approuvée dans l'Église, on use de ce pouvoir avec modération, afin que la discipline ecclésiastique n'en soit pas énervée. Quant aux abus qui se sont glissés dans l'usage des indulgences et ont fait blasphéinei- leur nom, le saint concile ordonne ({ue toute quête criminelle pour les obtenir soit à jamais abolie. »

LA BASILIQUE VATICANF.

Ces principes, cette guerre à outrance contre les quêteurs, vont trouver dans saint Pie V un impitoyable exécuteur. Ce pontife, très rigide dans la justice, donna le coup de mort aux vendeurs d'indulgences, en supprimant même celles de Saint -Pierre. Aucune exception dans sa bulle de révocation. A la vérité, c'était l'unique remède.

Pie V s'exprime en ces termes : « Soucieux du salut du troupeau confié à nos soins par le Seigneur, il nous est souvent arrivé, comme à nos prédécesseurs, d'accorder à ceux qui le demandaient humblement

Tombeau de saint Pie V, par Sarzana ( SainU- - Marie - Majeure , chapelle bixtine.)

des faveurs spirituelles, poui' di'rliargcr Icuis âmes du poids du pi'clu' et les aider à sortir de l'esclavage de l'ennemi du genre humain. M;ilgié cela, nous devons nionlni une |iliis granilr si)lliritiide, poiii ijnà raison de ces indulgences, de cette rémission, de ces privilèges, les lidèles ne se croient pas plus librement aiilnrisi's à se laisser allei- ;ui vice, et que la facilité du pardon ne devienne un excitant au péché, ce ([ui tournerait au mépris de l'autoriti' apostolique et au scandale des fidèles eux-mêmes. Aussi, des plaintes (''tant venues ;\ nos oreilles de toutes les parties du monde chrétien de ce (pie. en raison des indulgences accordées, soit par notre autorité, soit par nos prédf'cesseurs, h la Fabriqin' df notre Basili(|ue ilu idiiicc lies A|ii"ilivs. (Ir S,iiiil-.l(';m-de-Latraii. etc., de nombreux quêteurs, clincliaiil .iv.iiil lunl ■> ijrrr Inii iirnUl de ces indulgences.

accordent des privilèges, des dispenses, en dehors de tout droit. Nous qui, malgré notre indignité, avons reçu de Dieu la garde de son troupeau, et voulons avant tout le rendre agréable à Dieu par nos faveurs spirituelles, pour tous ces motifs, suivant l'exemple de nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, CaUixte IV, Clément VII, Paul III, Jules III et de plusieurs autres, de notre propre mouvement, sans aucune instance de qui que ce soit, après mûre délibération, nous révoquons toutes les indulgences, même les perpétuelles, accordées aux fabriques de ces églises... De plus nous décrétons, par cette constitution que nous déclarons de valeur perpétuelle, que désormais, sous peine de notre indignation, il est défendu à qui que ce soit, sous prétexte d'indulgence, même aux cardinaux, aux archevêques, aux rois, d'ordonner ou de permettre des quêtes sans la permission expresse du pontife romain pro tempore. Nous ordonnons, en vertu de la sainte obéissance, à nos vénérables frères les patriarches, les archevêques et les évêques, de publier cette lettre et de la faire observer, et nous prions les princes séculiers, par les entrailles de la miséricorde de Jésus-Christ, pour la rémission de leurs péchés, d'assister dans cette œuvre nos vénérables frères, même par la force'... «

Ce décret de saint Pie V fut reçu par les applaudissements de toute la chrétienté. Daté de Rome le 8 février 1567, il ferme la porte ouverte à Avignon, deux cent cinquante ans auparavant, par le pape Jean XXII. Les vendeurs d'indulgences ont fini leur œuvre néfaste.

Pie V, à la vérité, tarissait, avec la source des abus, la source principale des revenus dont les papes avaient besoin pour continuer et parfaire la construction de la basilique Vaticane. Cette considération ne put arrêter son bras de justicier; à ses yeux, le temple spirituel des âmes valait mieux que le temple matériel du prince des Apôtres. Il avait raison. Du reste, la Providence bénit cet acte d'énergie; car, malgré ce déficit considérable, ses successeurs trouvèrent dans la charité désintéressée des fidèles les ressources suffisantes pour mener à bonne fin cette immense et glorieuse entreprise.

' BiM. Rom., II, p. 2'28.

BIBLIOGRAPHIE

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César Caiilu, li-s Hérétiques d'Italie; Paris, 1869.

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LA. REVERENDE FABRIQUE

A côté des indulgences, qui formaient comme une source extraordinaire d'aumônes à jet périodique, selon les besoins des temps et la volonté libérale des papes, il y avait un fonds de revenus plus stable, plus assuré, plus riche, ({ui provenait des biens et des privilèges de la révérende Fabrique ' de Saint-Pierre.

Dès les temps apostoliques chaque église eut sa fabrique, c'est-à-dire un comité chargé de l'administration de ses biens. A peine les Apôtres sont-ils sortis du Cénacle, que cette question matérielle se pose, et non sans tumulte. Les premiers disciples du Christ mettaient leurs biens 6n commun; or il arriva que les juifs, — par tempérament sans doute. — voulurent en avoir le monopole, et mesurèrent les aumônes aux veuves sorties du paganisme, les grecques, comme on disait alors. Cette dispute de ménage troubla la communauté chrétienne à ce point qu'il fallut l'intervention des Apôtres pour la pacifier. Il fut convenu que l'administration matérielle appartiendrait à des hommes choisis entre tous, pleins du Saint- Esprit, pleins de sagesse. Ces qualités étaient nécessaires pour administrer avec désintéressement et conserver à l'Église naissante ce fleuron si limpide du détachement des biens terresti'es. Ces élus sont les diacres, les premiers fabriciens.

Ce ministère matérit>l des diacres persévéra longtemps. Dans le rou-

' Cv. nom (le lùihritpic viont ilc i(,' (juc les revenus des églises éUiienl eiiiiiloyés d'ordinairi' à la fabrication des édinces religieux.

SAINT-IMEIiliE DE HOME

rant du me siècle, nous voyons saint Callixte, puis saint Laurent, y consacrer leurs soins. Plus tard, sous le pontificat de saint Grégoire le Grand, à la fin du vie siècle, un diacre est encore à la tête des travaux de réparation de la basilique Constantinienne. A lui revenait le devoir de distribuer les aumônes et de garder le temple ; à lui également de faire rentrer les revenus de la Basilique, même par la foi'ce des lois. On l'appelait l'économe.

Cette importante fonction tomba entre les mains des chanoines de

Saint Ktionne ordonn*'- di;K'ro jtar saiiil i'icrrc (l-"ia .\ngC'lico, Vaticiin, chapelle de Nicolas V.)

Saint-Pierre, quand ils eurent abandonné la règle monastique. Mais ce n'est que sous le pOTitilicat de Jules II qu";ipparait et fonctionne la révérende î'abrique. Ce pape est son fondateur, il inslilue un commissaire général chargé de l'administration des immeubles de la Fabrique et des aumônes qui lui sont faites, en lui donnant la faculté de choisir lui-même des sous -commissaires pour l'aider dans ses fonctions. Le premier titulaire fut Jérôme de Torniello, ininislre général des Frères Mineurs. Jules II avait évidemment l'intention d'augmenter, par une sérieuse administration, les revenus de la Fabrique. Ils étaient de bonne

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