DEUXIEME PARTIE
LIVUE I
LA DÉVOTION AL TO^JHKAl I)K SAIM IMlJiKi:
LES UKVKl'.KNDl.SSIMKS CHANOINES
Bâtir une basilique en l'Iinimeur de saint Pierre, ensevelir son corps dans le l)ronze et l'argent, décorer avec une magnificence royale la chambre sépulcrale, entasser autour les marbres les plus lnillrmts, les vases les plus précieux, les tissus les plus riches, faire que sur les murs, le pavé et le plafond lui-même, l'or et l'argent ruissellent à flots, c'était, do la part des papes et des empereurs, rendre un hommage éclatant aux restes sacri's du premier Vicaire de Jésus-Chiist : hommage matériel toutefois, et qui en appelait un aiilic. Il l'all.iit .iiildiii- de ce tombeau, comme auloiu' diui trûn(!, une garde (riiounenr [)iiui' veiller sui' lui; lui corps d'i'lite, chargé d'adorer, de louer et de glorilier, eu uuion ,ivec lui. le l»ieu 1res Ikhi el très grand, Cr('aleiu' el Sauvcîur du nuMide.
Dès les premiers temps, alors qua l'Église, écrasée et compiinu'-e dans ses élans par la main de fer des persécuteurs, ne pouvait t'taler au deliurs qu'avec crainte et par intervalles les rites de son culte, ses temj)les cepi'Udant, souteriains et publics, étaient régulièrement desservis par des prêtres. Après le Cd-nnciihim, — celle salle ImiiIi' des inaisuns particulières où les tidèles se i('uuii-enl daburd. — viureul les cryptes des catacondjes. les iirainires ,ni-dessus du snl. dans le d(ini;iiue si'puicral, el cnlin les litres ou ('i^lises situées dans rintt'rieiu- de la villi'. Leur noiubre
fut d'abord restreint. Au commencement du iv^ siècle, on en comptait vingt- cinq, outre les sept diaconies '. Ces titres étaient comme les paroisses officielles d'alors, dont les noms dérivaient, soit du donateur, soit de la propriété, quelquefois même d'un simple souvenir, comme les titres de Pudentiana, de Veslina, de Fasciola. Le pape saint Corneille, écrivant à Fabien, évèque d'Antioche, n'accuse que quarante-cinq prêtres dans Rome^ Leur nombre augmente peu à peu et atteint, sous Boniface I (418-423), le chiffre de soixante-dix. Il alla se multipliant avec les églises elles-mêmes; nous trouvons, sous le pontificat de Damase, plusieurs prêtres attachés au service d'une même basilique, dans un ordre hiérarchique : il y a le premier des prêtres, le second et le troisième, comme l'indique une inscription du ve siècle, dans la basilique de saint Pancrace '.
Il est hors de doute que, dès son origine, la basilique de Saint- Pierre eut ses prêtres et ses gardiens. Toutefois ce n'est que cent ans api'ès son achèvement que Léon le Grand organisa définitivement à Rome le premier corps i^égulier chargé de chanter l'office divin. Le Liber pontificalis ne dit qu'un mot sur cette (juestion, mais ce mot nous ouvre de profondes perspectives et nous permet de reconstituer à distance la physionomie primitive du révérendissime Chapitre de Saint-Pierre : « Ce pontife, dit-il, parlant de Léon le Grand, construisit un monastère près le bienheureux Pierre, apôtre, sous le nom des Saints-Jean-et-Paul\ »
La vie monastique, importée d'Orient à Rome par le grand Athanase, y avait multiplié ses pieux asiles. « J'ai vu à Milan, écrit saint Augustin, l'habitation des saints, nombreuse société <à laquelle préside un prêtre, homme très bon et très instruit. J'en ai vu aussi plusieurs à Rome, dans lesquelles ceux qui ont plus de gravité, plus de prudence et de science divine commandent à leui's confrères, vivant ensemble dans la charité chrétienne, la sainteté et la liberté =. » A cette époque, les moines étaient tous laïcs. Nés au milieu du sang des persécutions, ils avaient fui les centres populeux du paganisme pour vivre dans les profondes solitudes de la Thébaïde. D'abord disséminés, sans lien de cohésion, retirés dans des grottes ou sous des huttes, ils n'obéissaient à aucune règle déterminée; chacun, sous la discipline générale de l'Evangile, pratiijuant à sa manière
' Les sept diaconies furent éi-igées par le pajie saint Fabien (236-250), et distribuées entre les quartiers de Rome. Les titulaires devaient vciili'r sur les besoins matériels de l'Eglise, administrer ses biens et secourir les pauvres [Lih. Vontif., in Fabiano). 11 ne faut pas les confondre avec les sept notaires ecclésiastiques, aux([uels il incombait de relater les actes des martyrs.
* Euseb. Hist. eccl. 1. VI, c. XLiii, p. 272 (Scripl. Kccl).
■• Cf. Armcllini, Chiese, p. 10 (1887;.
■> Libponlif. I, p. 239.
^ S. Aug. de Moribus Eccl. calh. I, XXM.
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les préceptes et les conseils. La main puissante d'Antoine le Grand réunit ces éléments épars, dont les forces vives pouvaient rapidement fléchir sous le poids de la faiblesse humaine et les illusions de l'abandon. Au lieu de vivre séparés, les moines habitèrent sous le même toit, soumis à un même supérieur, selon les règles que leur donnèrent tour à tour les Antoine, les Pacôme et les Basile. Vivre pauvrement, travailler des mains pour gagner leur pain et nourrir les malheureux, observer rigoureusement la chasteté, s'exercer pai- des pratiques pénibles à crucifier leur chair, à mortifier leurs sens, à transformer leur âme par les vertus chré-
Lt^s premiers moines, ilapi-us i'nîtm Lmuii/triti. ^Cuiupu Saiitu de t^isf.i
tiennes de douccm. (riiuinilité, d'abnégation, remplir leurs jours et leurs nuits par la louange perpétuelle de Dieu on chantant ou psalmodiant en commun des psaumes et des hymnes, tL'Ile était la vie de ces hommes qui souvent avaient occupé dans la société les positions les plus biillantes. Ils quittaient tout poin- pratiqiioi- à la lettre les conseils de l'I'lvangile et léaliser ainsi, en face du momie païen, l'idéal de la perfection chrétienne, en continuant sur la terre, à travers les siècles, la vie même de Jésus- Christ. Ces liiiiniiK s incomparables furent seuls jugés dignes de veiller sur le tombeau de saint Pierre et de chanter, dans sa basili(|ue, les louanges de Di(Mi.
Les premiers chanoines de Saint- Piei-re furent des moines.
Nous ne .savons p()ur(|Mi)i iiliisicurs auteurs veulent à tout prix ciik'Vfr an r,lia|iitr(' de Saint-I'icrrc >n\i mii^inn m(>nasli(|ue. Serait-ce par crainte il une iniiqiarai.siiii ?
(Jnalre monastères enlnuiaieiil la l'>asili(|ue : celui des Sainls-.Iean-el- Paul, bâti par Léon le tirand; ceux de Saiiil-lOieniie-le-Majeur et de
Saint-Martin, qui lui sont attribués; et enfin celui de Saint- Etienne- le - Mineur œuvre supplémentaire d'Etienne IL Le monastère des Saints- Jean-et-Paul était situé à droite de la Basilique, vers le lieu où se trouve auioui^d'hui l'autel de saint Érasme. Derrière l'abside, un peu sur la o-auche, près le pilier actuel de sainte Véronique, était le monastère de Saint-Martin, célèbre entre tous par la présence, pendant de longs siècles, de la statue de saint Pierre. Les fidèles avaient tellement l'habitude de considérer ce monastère comme la demeure de saint Pierre, qu'ils crurent que l'Apôtre y avait habité. Nul lieu n'était plus vénéré après la Confession. Sa fondation est attribuée à Léon le Grand. Un peu plus à l'ouest, et à plus grande distance de l'abside, se trouvait le monastère de Saint- Étienne-le-Majeur ou des Abyssins. L'abbé de ce monastère fut longtemps archiprêtre de la Basilique, ayant autorité sur tous les moines la desservant, quand ils étaient réunis au chœur. Il portait un autre nom assez singulier, qui a exercé la patience des érudits : Catagalla Patricia. L'explication la plus simple fait remonter cette dénomination à Galla, fille du consul Symmaque, femme de très sainte vie, qui aurait donné le terrain et les ressources pour bâtir le monastère. Elle se retira ellemême, pour finir ses jours, dans un monastère voisin, du titre de Sainte- Catherine. Les religieuses vivant dans ce cloître furent appelées au moyen â^e inurate, incarcerate, sans doute à cause de la rigueur de leur clôture. Elles eurent pendant longtemps la singulière mission de recevoir chez elles et de consoler les femmes mal mariées, institution qui valait bien le divorce. On ne dit pas qu'il y eût, pour les hommes mal mariés, des frères consolateurs, et cependant le besoin n'en eût pas été moins grand! Le monastère de Saint-Étienne-le-Majeur fut confié dans la suite, par Alexandre III, à des religieux abyssins, ce qui lui valut le nom de Saint- ¥Aiennc-en-Égjiplc. Il n'en reste que l'abside, le preshijterium et l'arc majeur. Au midi, près de l'oratoire de Saint-André, se trouvait le quatrième monastère, sous le vocable de Saint-Étienne-le-Mineur, fondé par Etienne II. Plus tard, le saint roi Etienne de Hongrie y annexa un hospice pour les pèlerins de sa nation, ce (|iii lui donna le nom de Saint-Étiennedes-Hongrois. On l'appelait aussi Cata Barbara Patricia \
Comme on le voit, les quatre monastères formaient une couronne autour de la Basilique. Nous disons des monastères; c'est le titre exclusif dont se sert le Liber pontificalis })arl:mt de leur fondation, dont se servent les papes dans leurs bulles ou constitutions. Nous ajoutons des monastères de moines, pour les distinguer des monastères habités par les
' Cf. Annellini, Clùese, p. 020.— CaucelliLTi, de •'iecrctariis , II, \>. 1J17.— Torrigio, Grotte Vaticane, p. 377.
chanoines réguliers, qui n'existèrent jamais à Saint-Pierre, au seps propre et canonique du mot. La vie que menaient les habitants des quatre monastères de Saint-Pierre était une vie vraiment monastique. Ils sont tous laïcs ou à peu près, sauf un prêtre pour les diriger; ils vivent en commun : même toit, même table, même dortoir, même bourse; ils gardent le silence et entendent la lecture pendant le repas; un abbé les gouverne, et leur
L1.UI1 11' uiariil, ilupÉcs buUicvlli. ( Cbapc'llu âixUne.)
occupation principale est de clianter rollico divin de jour et de nuit dans la Basilique. Cet cnscmljlc, à n'en pas (Imilcr, constitue un cuips n'gulior. Quel iKHii lui donner? Ce ne .'^ont point des chanoines réguliers, puisqu'ils sont laïcs. La preuve nous en est donnée par un décret du pape Simplicicii (-407). « Il établit, dil le Liber j^o^^lfficalis. à Saiut-Piorre, à Saint-Paul et à Saint-Laurent, des jurlres pour les pi'nilt'nls el le baptême. » Si les quatre monastères primitifs avaient été pcupb's de prêtres, à quoi bon le décret de Simplicien? FI y en avait suffisaunnent poiu- administrer les sacrements. Df plus, «hi iv<' au x'' siècle, jamais aucun pape, ni dans les bulles conceinant ces monastères, ni dans les lèglemenls touchant la l'asilicpie, ne ii.iiic i\r cli.iMdines réguliers; tous s'adressent
à des moines et le disent expressément'. D'autre part, comment en faire des chanoines séculiers, chanoines laïcs, bien entendu? Ils ont le nom de moines, ils en ont la vie, les occupations, moines ils sont. Cette conclusion sort : du nom de monastères que portent les quatre fondations papales, de l'état laïc de leurs habitants, de leur vie commune sous le gouvernement d'un abbé, de la fonction exclusive de chanter l'office divin,, de la dénomination que leur appliquent les papes pendant cin(| siècles. Elle se trouve solidement confirmée par ce décret de Grégoire IV : « Que tous les moines, dit le pontife, établis pour célébrer Toftice divin dans l'église du bienheureux Pierre, apôtre, ne cessent d'y chanter tous les jours les louanges du Seigneur tout-puissant ^ »
Une page gracieuse de la vie de saint Léon IV nous introduit dans un de ces monastères et nous en fait connaître les habitants. Avec ce pontife, nous sommes en plein ixe siècle. Dès sa plus tendre enfance, ses parents le confient au monastère du bienheureux Martin, confesseur du Christ, retiré hors les murs de Rome, près l'église du bienheureux Pierre, apôtre. Ce n'est point pour y emiwasser la vie monastique : Léon n'est qu'un oblat. Il entre au couvent pour y apprendre les lettres divines et humaines; mais sa piété est si grande, que, petit enfant, il ressemble au moine le plus parfait, velut perfectus monachus mansit, à ce point que les moines, excités au bien par son exemple, avaient plus d'ardeur au service de Dieu. Il était au milieu d'eux comme un des leurs '.
Ces témoignages, à notre avis, ne peuvent être pins ]in''cis, et prouvent invinciblement le caractère monastique des habitants des quatre monastères de Saint- Pierre.
Il serait assez difficile do délorniincr quelle règle ils suivirent à lorigine. Deux hommes peuvent se disputer l'honneur de les avoir pour lils : Athanase et Martin. Comme aucun document ne permet de trancher la ([uestion, nous la laissons en suspens. Il est hors de doute que la règle de saint Benoît se soit introduite dans ces monastères, — comme parluut en Occident, — surtout avec saint Grégoire le Grand, dont la dévotion au patriarche des moines d'Occident contribua beaucoup à la répandre*. Ce qui est certain, c'est que chaque monastère avait à sa tête un aljbé, et en outre un ou plusieurs prêtres pour la direction des âmes. L'abbé jouissait d'une pleine autorité dans l'intérieur de son monastère; mais quand les moines étaient réunis en commun dans la Basilique pour l'office divin,
' Gf. Martorclli, Storia del Clero vaticano, III, p. 35; Ronia, 1827.
"■' Lib. pontif. II, p. 74.
3 Lib. pontif. II, p. 100.
' Toriifrio, Grotte Vaticano, p. 78. — Canccllieri, rie Secret. II, ]t. 1586.
ils obéissaient à la direction unique de l'abbé de Saint-Ktienne-le-Majeur. Ce pouvoir général resta entre ses mains jusqu'à l'institution des archiprêtres.
Dans le principe, les trois premiers monastères attribués à Léon le Grand, suffisamment peuplés, purent sans difficulté accomplir la tâche de chanter jour et nuit roffice divin. Peu à peu la ferveur primitive .se ralentit. Les invasions des Barbares, les guerres intestines, le moindre nombre des moines, la faiblesse humaine, tout contribua au relâchement de la discipline à l'intérieur, et à la négligence dans le service du culte. L'office de nuil snrtont fui .itlciiit : la charge la plus lunide fut naturellement déjjosée la première. Il n'y avait plus d'ordre, de régularité dans l'office, et la plus insigne Basilique semblait abandonnée. Etienne II s'émut d'un tel délaissement qui paraissait un déshonneur. Pour parer au petit nombre des moines, il fonda un nouveau monastère, — le quatrième, — sous le titre de Saint-Étieime-le-Mineur. Il faut croire que de nouvelles calamités, — elles se pressaient tant à cette lamentable époque, — fondirent sur ces monastères; car, quelques années plus tard, sous le pontifical de Léon III, le désastre est complet. Ce pontife, raffermi sur son siège par Yépée de Charlemagne, s'occupa activement de rendre au culte de la Basilique sa primitive siileiidcur. Les monastères furent réparés; mais ils subissent alors une iiiHuence qui les incline peu à peu vers un nouveau genre de vie. Au lieu de persévérer dans l'éhiignement des moines de la cléricature, les papes comprennent tout le secours qu'ils peuvent tirer de ces hommes, formés par une discipline plus sévère à la ]u;ilii|iir dune vciiu plus solide, Sous Eugène II, en 827, un concile romain' ordonne que tous les abbés soient prêtres, afin d'imposer à leurs subordonnés plus de respect et de confiance. Peu à peu, avec les années, l'ordination sacerdotale s'étend aux simples moines et transforme les monastères de Saint-Pierre en collèges de clercs. Malheureusement, l'observance monastique perd tout ce (jue gagne la cléricature, el un beau matin, vers le X"-" siècle, sans secousse, sans révolution, par suite d'une longue iialiilude, les moines di's (juatie monastères se réveillèrent cltnnoincs.
Tout conliibu.i ;"i crllr substitution : le relâchfinent dans les observances régulières, la licence du clergé séculier, la uiulli|>li(iti' des clercs. N'oublions pas que nous sommes dans la |»i'iio(lt' la plus sombre do l'existence de l'Églisi'. Les Barbares oui eonfpiis le momie romain; leurs hoi'dcs sauvages se sont répandues partoiil : c'est un iiioudo nouveau qui
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s'agite, véritable chaos où les passions les plus brutales bouillonnent comme les flots embrasés d'un volcan. L'Église a jeté dans ces eaux turbulentes la semence de sa doctrine. A ces cerveaux durs comme le chêne, elle parle des célestes mystères révélés au monde par Jésus- Christ; à ces cœurs dont les appétits charnels ne connaissent point de frein, elle prêche la chasteté; elle demande la douceur, la justice, le pardon des injures à ces volontés féroces qui ne respirent que carnage et vengeance : pourquoi s'étonner si ces siècles de fer ont vu fléchir la vie monastique? Beaucoup de ces moines qui peuplaient les cloîtres fondés par les saints étaient nés de sang barbare. Ce que la grâce avait vaincu un jour pouvait triompher le lendemain; ce qui semblait tué par l'Esprit du Christ pouvait revivre sous l'influence de l'esprit mauvais. Car, il n'y a pas à en douter, la lutte, à cette époque de transition, n'était pas contre la chair et le sang, — une lutte personnelle, — elle était entre Jésus et le démon. C'était le grand combat du ciel et de l'enfer : un monde naissait, il s'agissait de savoir qui en serait le maître. Si les moines succombent parfois dans la lutte, au milieu d'eux et à côté d'eux. Dieu suscite des âmes généreuses qu'il arme pour la victoire, comme l'indomptable Grégoire VII, qui seul, fort de sa foi, sut tenir tête à Tenfer tout entier. Nous pouvons donc admettre, sans jeter l'injure à qui que ce soit, la formule employée pour qualifier l'origine des chanoines séculiers : Canonicorum origo alia non fuit quant depravatio monachoruni '.
Les moines de Saint-Pierre ne suivant plus les observances de leur état, l'Eglise pouvait y remédier de deux manières : les réformer ou les détruire. La réforme est toujours œuvre difficile et délicate; à vrai dire, elle ne peut avoir espoir de succès que si Dieu met à sa base un saint. Les règlements nouveaux, appuyés par les menaces de l'autorité, ont une influence peu profonde sur les volontés, môme les meilleures : acceptés un joiu', pratiqués pendant quelques années, ils tombent d'eux-mêmes quand le cœur n'est pas soutenu, emporté par une grâce divine. L'expérience des ordres religieux on donne des preuves trop nombreuses. Or cette grâce divine, générale, capable de tenir haut les cœurs de toute une communauté ou de toute une congrégation, découle ordinairement de la grâce capitale, des mérites surabondants d'un saint. Hors cette source, toute réforme est menacée de ruine dès son berceau. Les monastères du Vatican n'eurent pas la bonne fortune de trouver parmi eux le saint capable de les réformer : fallait-il les détruire? Les détruire, c'était faire entrer les moines, presque tous prêtres au ixe siècle, dans le clergé sécu-
' Tuinasino, \i. I. lib. III, rnp. xix.