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Les moines des quatre monastères de Saint-Pierre devaient s'acquitter avec honneur de leurs fonctions; car, sous le pontificat d'Agathon (679- 681), Benoit Biscop, abbé de Wearmouth, le supplie d'envoyer à son abbaye le grand chantre de Saint- Pierre, qui était l'abbé de Saint -Martin, pour enseigner à ses moines le chant de la Basilique. Le pontife accéda à cette prière, et l'abbé Jean partit pour l'Angleterre. Grâce à lui, la méthode grégorienne se répandit un peu partout, non sans difficulté, au dire de Jean Diacre, qui plaisante agréablement* les Anglo- Saxons, les Teutons et les Francs, dont les voix rudes et sauvages avaient peine à donner au chant cette suavité, cette onction que le pieux pontife désirait. Les belles voix du Nord pour lesquelles les cathédrales gothiques ont été bâties, afin qu'elles y déploient comme dans d'immenses forêts leur ampleur et leur majesté, ne devaient pas plaire aux oreilles d'un peuple abâtardi, épuisé de mollesse, comme était le peuple romain.
A Rome même, les papes donnaient le Chapitre monastique de Saint- Pierre en exemple à toutes les églises, et voulaient que partout l'office divin fût célébré comme dans la basilique Vaticane. Grégoire III invite les chanoines de Saint-Jean-de-Latran à se conformer aux usages de Saint- Pierre, et, fondant à Saint-Chrysogon une congrégation de moines pour le service de l'église, il leur ordonne de prendre modèle sur Saint- Pierre *. De sorte que, plus tard, Nicolas III pouvait dire avec raison que la basilique Vaticane était le miroir et l'exemplaire de toutes les églises', " et le tribunal sacré de la Rote décréter que, pour les cérémonies et la discipline du chœur, cette même Basilique était la maîtresse des Éghses : In sacris cœremoniis et chori disciplina omnium oxcmplar et magistram. ecch'siarum ^.
L'office divin de jour et de nuit, confié à des moines laïques, ne constituait pas à lui seul la liturgie régulière et quotidienne autour du tombeau de saint Pierre. Au-dessus du chant des psaumes et de toute prière, si parfaite soit-elle, il y a le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, qui est le culte essentiel de l'Église catholique. Les moines, étant laïques, ne pouvaient accomplir cette fonction.
Comme nous l'avons vu, la coutume de célébrer la messe sur la tombe des martyrs est aussi ancienne que les martyrs eux-mêmes. Dès le milieu du me siècle, le pape saint Félix, la confirmant de son autorité, en fait un précepte : Hic constitua supra mem,orias niartyrum missas celebrari ^
' Jonnn. Diac. lili. II, vu.
- Lih. pontif. I. p. 418. Kdit. Duchcsne.
3 Bull. Vatic. 1, p. 177.
* Merlin, Décision., 647, n. 20.
^ Lib. pontif. I, p. 158. Edit. Ducliesne.
LE CLI.TK 387
Dans la basilique Vaticane, les papes se réservant le droit de célébrer seuls sur le corps du prince des Apôtres, il en résulta dans la suite que, distraits de leurs fonctions sacrées par les affaires importantes de leur charge, la Basilique se trouvait moins régulièrement desservie que les autres églises. Grégoire le Grand, dont l'œil vigilant était attentif à tous les abus, fut choqué de ce délaissement; il ordonna que sept cardinaux prêtres célébreraient la messe à l'autel majeur de la basilique Vaticane, chacun au jour qui lui serait assigné dans la semaine. De cette manière, tous les jours, un cardinal officiait solennellement à la Confession de Saint- Pierre.
Nous attribuons cette institution à saint Grégoire le Grand, en nous basant sur les textes suivants de trois historiens dont les assertions se corroborent l'une l'autre. Dans .son histoire de l'Eglise anglo-saxonne, le vénérable Bède écrit : Fecit inter alia beafus papa Gregorius ut in ecclesiis Beatormn Aposfolorum Pétri et Pnuli super corpora eorum missx celebrarcntur K Jean Diacre dit de même dans la Vie de saint Grégoire : Super corpora BB. Pétri et Pauli Aposlolorum missarum solemnia celebrari decrevit *. Et le Liber pontificalis : Hic pra'cepit ut super corpus B. Pi'lri Apostoli missx celebrarentur '. Aucun de ces auteurs ne nomme explicitement les sept cardinaux chargés au join- le jour du service de la Basilique; mais, comme il est hors de doute qu'avant saint Grégoire on célébrait la messe sur le corps de saint Pierre, ces textes s'appliijuent évidemment à rinstitiilion de riii'li(l(itnii(l;iririt des cardinaux ou ne signifient rien.
Ce privilège était rigoureusement observé, et nul autre cardinal n'avait le droit de célébrer la messe à l'autel de la Confession. Mal ei^ prit un jniii à saint Gérard, évoque de Toul, de demander à user de ce privilège : le sacristain lui répondit peu gracieusement que seul le souverain pontife et les cardinaux hebdomadaires pouvaient y prétondre '. Ce seivice solennel et exclusif dura jusqu'au xii^' siècle. La dignité croissante des cardinaux, les hautes fonctions qu'ils avaient à remplir, leurs ah.>^ences prolongées à la suite des papes, auprès des rois et des princes, tout contribua à ruiner une institution (|ui, «lu leste, n'avait pins la même raison d'être, depuis que les moines devenus prêtres s'étaient tiansforinés en chanoines. Ceux-ci pouvaient suffire au cullu t.nil imui rdllitr (|uo |n>nr l;i messe. Us n'enrcnl jamais toutefois le |)rivilège de céléhici-.
' liod. //l'sf. Fa-cI. (Ui./I.. iiiiii. 7;t."i.
■' l.ili. Il, C. XX.
'■' Lib. ponlif. I, p. :il'2-;tl;i. Kilil. Duilii'sii.-.
* Boll. Ad. Sanct. Ajiril., 111, p. '200.
3S8 SAlNT-PlEliRE DE ROME
comme les cardinaux hebdomadaires, à l'autel de la Confession. Aujourd'hui, quand un cardinal ou quelque autre personnage obtient cette insigne faveur, le pape lui délivre une bulle qui doit être suspendue pendant toute la cérémonie à l'une des colonnes du baldaquin.
Pendant la période du moyen âge, les papes habitant le palais de Latran, il arrivait souvent que par suite de leur âge, de leurs infirmités, de la distance et du peu de sécurité qu'offrait la route, à cette époque de trouble et de violence, la basilique de Saint-Pierre n'avait pas l'honneur de les posséder au jour des grandes solennités. Et, à Rome, quand le pape est absent, tout est absent. La semaine sainte, en particulier, il n'y avait point de procession des palmes, point de Gloria in excelsis le jeudi saint, faute d'évêque; car, en ce temps-là, l'évêque seul avait le droit de le chanter. C'était peu. Jean XIX s'en émut, et, par respect et amour envers le tombeau de saint Pierre, il accorda à l'évêque de Selva Candida, qui prit par la suite le titre d'évêque de Porto, le privilège de remplir dans la basilique Vaticane toutes les fonctions papales dont les pontifes ne pourraient s'acquitter eux-mêmes. Il n'y perdait pas : les offrandes des fidèles, les cierges et autres petits bénéfices le dédommageaient de sa peine. Chaque fois que pour motif de ministère papal il couchait dans le palais du Vatican, il avait droit à un pot d'huile et à deux chandelles. Un de ces évêques, alléché par ce pot d'huile et ces deux chandelles, s'avisa, en 1135, de prendre logement ordinaire près l'église Saint- Vincent, au nord de la Basilique; il en fut pour ses frais, car on se geirda bien de lui donner tous les soirs son petit pot et ses chandelles, mais bien seulement les jours où, d'après la rubrique, il aurait dû passer la nuit. Les chanoines qui avaient mission de lui payer ses honoraires comptaient bien : pas une goutte d'huile, pas une chandelle en sus! Le droit des évêques de Porto fut confirmé par Grégoire IX et Innocent IIP. Il dura jusqu'à la fin du pontificat d'Urbain V, qui, en 1370, les dépouilla de la fondation et des honoraires '.
Si jaloux pour restreindre les droits d'autrui, les chanoines de Saint- Pierre ne l'étaient pas moins pour sauvegarder les leurs. La dévotion au tombeau de l'Apôtre avait donné à la Basilique le protectorat de plusieurs églises. Les chanoines en tiraient quelques revenus, sauf à célébrer l'office dans ces églises une fois ou deux par an. Sainte- Catherine délia Rota était une de ces filles de Saint-Pierre. Le jour de sa fête, le Chapitre déléguait sept chanoines et sept clercs pour l'office de jour et de nuit.
Bull. Vatic. I, p. 85 et 114.
Bull. Vatic. II, p. 17.
Après Matines, le recteur de Sainte- Catherine doit leur offrir une succulente collation, mets et vins de premier choix. De mèrne, la messe et le sermon finis, ils ont droit à un excellent dîner. Si les plats ne sont pas de leur goût, le recteur est tenu de leur donner un second repas en compensation, le jour de l'Octave. Et même, si le prieur des chanoines n'est pas satisfait, il peut suspendre le malheureux recteur de son office et de ses bénéfices.
Outre les cérémonies liturgiques ordinaires et quotidiennes qui constituaient, à proprement parler, le culte autour du tombeau de saint Pierre, et que se partageaient les cardinaux et les moines, diverses cou-
Petit balai de l'autel du pape.
tûmes, des iV-tes spéciales lui donnaient un éclat pailiculier. Nous n'en relèverons ici que quelques-unes, laissant le reste aux chapitres qui traiteront des privilèges de la Basilique.
Pendant la semaine sainte, si féconde à Ronif en cérémonies religieuses dont la splendeur attire les foules, une des plus intéressantes est, à coup sûr, le lavement de l'autel papal à Saint-Pierre. Cela se fait le jeudi saint, après l'office des Ténèbres, vers le soir. Tout le clergé de la Basilicjue se réunit : chanoines, bénéficiers, clercs, séminaristes sont présents. Chacun est armé; d'un petit balai à tète ronde, dont la grosseur varie en proportion de la digiiilt' At- ( ihii (|iii le [Knle. Les séminaristes, li's ("lercs iiil'éiieuis. n'oiil i|u une lniii|i|if|le, tandis qm- les chanoines biandisseut luic vraie l<"lr de Imiiji. I.cs rangs se forment à la |ioite du chœur, croix en avant, et Iniile l;i lilr île hi procession se dévelo|)pe A sa suite. Devant Tantel |ia|ial, lunl le monde sarivie. -"ineline. et se place
de chaque côté. L"autel est nu ' : c'est le deuil. En ce jour, TÉgiise, absorbée par le souvenir du Calvaire, ne s'occupe que du premier autel, la croix, dont les autres ne sont que la figure. On jette dessus, à pleines burettes, du vin et de l'eau; tour à tour les membres du clergé, deux à deux, gravissent les degrés, et d'un coup de balai étendent le liquide et en frottent le marbre. Quand le dernier clerc a donné le dernier coup de balai, la procession se reforme, et va se placer en grande cérémonie devant la Confession, au milieu de la nef. Chacun porte son balai droit comme un cierge; et de voir ces deux lignes de balais qui se développent lentement dans l'ombre et le silence de l'immense Basilique, ces petits clercs qui rient sous cape, ces chanoines graves dont la bonne figure est en harmonie avec l'arme pacifique qu'ils ont en main, c'est chose ^Taiment curieuse. Quelques coups de cloche tombant de la coupole, tout se tait dans la foule. Au-dessus de la statue de sainte Véronique des cierges brûlent; c'est la bénédiction solennelle des grandes reliques de la Passion. Un chanoine prend en main le morceau sacré de la vraie croix, la sainte lance, le voile de Véronique où est imprimée la face douloureuse du Sauveur; il les élève tour à tour, les montre aux quatre points cardinaux et bénit l'assistance. Pas un mot, pas un chant, les choses parlent d'elles-mêmes, et chacun se retire emportant dans son cœur le souvenir toujours vivant de Celui qui a aimé les siens jus(ju'à mourir pour eux.
Ce même jeudi saint, on avait coutume de suspendre, à une grande hauteur, en avant de la Confession, sur une poutre placée en travers de la nef centrale, une immense croix garnie d'Jnnombral)les lumières dont l'effet, paraît-il, était merveilleux. Qu'on veuille bien nous i)ermettre à ce propos de raconter une anecdote qui ne nous éloigne pas trop de notre sujet.
C'était sous le pontificat de Clément XIV, Canova venait d'achever le monument funèbre de Clément XMÎ. L'inau^ni-atinn en fut fixée au soir du jeudi saint, afin qu'il apparût au public sous les ondées de lumière qui ruisselaient de la croix. Quand le voile qui le dérobait aux regards tomba, ce fut une clameur d'enthousiasme : les lions qui gardent le tombeau semblaient s'animer et menacer d'invisibles ennemis. Canova, liabitué aux faciles et légers compliments dont on est si prodigue au delà des Alpes, voulut connaître les vrais sentiments du public ami et ennemi. Il se déguisa en sacristain, mais en sacristain tel qu'on n'en rencontre qu'à Rome. Une vieille soutane sur le dos. sale, verdàtre. rapiécée, la
' L'autel de saint Pierre est formé d'une seule table de marbre blanc, trouvée au Jforum de Nerva sous le pontificat de Clément VIll . (]ui le consacra le 2G juillet 1594.
LE f:ULTE
tête couverte d'une calotte crasseuse, d'énormes lunettes sur les yeux, il allait de groupe en groupe, écoutant les félicitations et les critiques : les critiques étaient nulles, les félicitations enthousiastes. Il s'aventura même jusqu'au groupe qui entourait le sénateur Rezzonico. neveu de Clément XIII, tout surpris de voir ce pauvre diable de sacristain se mêler à la conversation.
Tombeau tic Clément Xlll , pur Canova.
« Où donc se cache Canova? disail l\L'Z/.(iiiic<i. Qu'un niu le Iruuve, ahn <|iii' \i- lui fasse mes compliments. »
Il ne se doutait pas que le grand artiste était si près de lui.
Le trininplii' du culte autour ilii tomlicin do s;iiiil l'iiMiv était le joinanniversaire dt" son iiiaityrc .\iiciennement, aux approches du 29 juin, — on peut le (nie sans exagération, — l'univers chrétien entrait en mouvement, l'ivriiiics. prêtres, moines, laïques se moffaient en route vers Home. L'allliienic di-s prlciiiis •'■lait telle, que la vilU; ne pouvait les contenir. Ils logcaifiil un peu p;iilniil. d;ins la campagne romaine, «lans les ruines des temples, des tombeaux ri des ,M|iifdncs. dans les hospices et les monastères, eoiicliaicnl le plus sniivriil ,"i l;i bcili- étoile, vivant d'aumônes, sans souci du liiiilciiuiii Iaîs papes devaient taire des provi-
sions énormes de blé et de vivres pour subvenir ù toutes les nécessités. La veille, aux abords de la Basilique, la chrétienté entière se pressait. Il y en avait de toute race, de toute langue, de tout costume, riches et pauvres, confondus dans une même fraternité, une même vénération, un même désir : baiser la pierre sacrée du tombeau du prince des Apôtres! Et à deux genoux, se traînant sur la place, ils montaient les degrés de la Basilique, les aiTosant de leurs larmes. Les marchands de cierges étaient en liesse. Chaque pèlerin en tenait un à la main, et c'était chose très pittoresque et très touchante de voir dans tous les coins, à tous les autels, éparpillés sans ordre, ces groupes de pèlerins illuminés par la lueur jaunâtre des cierges, les yeux éblouis, fascinés par les reflets d'or des mosaïques, le corps tendu en avant dans l'extase de la joie. La propreté devait y perdre, mais les gardiens de la Basilique n'y perdaient rien. Armés d'un racloir encore en usage à Rome, ils enlevaient les taches de cire dont ils revendaient les débris aux juifs qui trouvaient moyen de s'en faire un petit commerce.
Tous les regards étaient fixés sur la Confession; tous les pas s'y dirigeaient. S'approcher du tombeau, franchir la grille, s'étendre sur le pavé, passer la tête au-dessus du bilHcum, et là, d'un regard béatifié et suppliant, contempler une seconde le sarcophage du prince des Apôtres, y faire toucher un brandeum, une supplique : c'était la joie de toute une vie. l'oubH de toute adversité, la consolation de toute douleur, la porte du ciel ouverte. Après la Confes.sion, rien n'était plus vénéré que la statue de bronze de l'Apôtre. Vêtu d'une chape rouge, tiare en tête, Pierre semblait vivre et présider sa propre fêle. Que de baisers et de larmes sur ce pied que l'amour a littéralement dévoré! Il en est usé, informe.
La nuit ne chassait pas les amoureux du Pêcheur. C'était la veillée sainte, la garde d'honneur autour du tombeau. Le pape assistait luimême aux matines entouré de toute sa noble cour. Pour éviter la confusion et le désordre, la Basilique était biillamment illuminée. Au dehors même, on tendait dans le Paradis, en les croisant d'un angle à l'autre, (|uatre cordes auxquelles on suspendait d'innombrables lumières. Une autre corde, garnie de lampions, partait de l'extrémité de la galerie des morts, courait jusqu'à la maison de Jehan de Pampano, où on l'attachait (le droit. Cette servitude était stipulée dans la location que lui faisait le Chapitre.
Dès le iii.it iii (lu 29 juin, la foule encombre la Basilique. Tous les pèlerins sont avides de voir le successeur de Pierre, d'assister à sa messe, de recevoir sa bénédiction. A cette épo(fue. le pape n'était pas le prisonnier du Vatican. — ce vieillard qui aujourd'hui, comme au temps des
i.n: c.ur.TR
pontifes de la persécution, attend les ombres de la nuit pour s'agenouiller à la dérobée sur le tombeau de saint Pierre; — le pape était le souverain de Rome, et c'est avec toute la pompe due à son caractère pontifical et royal qu'il se rendait à la Basilique. Autour de la Confession, des tribunes sont réservées aux souverains, aux patriciens, aux ambassadeurs, aux personnages les plus distingués. Dans l'abside, des sièges attendent les cardinaux, les évoques et les généraux des ordres religieux. Tout est
Canova.
plein. Un murmure de prières, d'admiration, de joie, roule dans l'immensité des nefs : le pape! f,es trompettes d'argent sonnent, les soldats formant la haie tout le long de la nef centrale portent les armes; les chantres entonnent le Tu es Petrus, et .m loin. d;tns l'ombro vaporeuse, on aperçoit au-dessus des tries inclinées un vieillard en chape d'or, coiffé de la tiare, assis sur un siège qui semble glisser mystérieusement. poussé par une forr(> invisible. Devant lui et après lui, délile une intermiiiabli! procession du dignitaires ecclésiaslicpies. Après le cliant de 'l'icrce comniencc la r/'n'inonic pontilicahî. Une messe papali^ n'est pas inie petite affaire. Pcmhinl le conrs des siècles, des lilni'gisles ing<*nieu\ Mil inyslii|iies oui iiiiilli|ilii' li's oi'liciants l't les rites. .\iilour de la personne (in iionlile. loiil Mil iiiunde (''Voliie ;ivec oiijie el gravité. Cliaiun
a son rôle, ses mouvements, ses repos, et les symboles mystérieux, comme rythmés en cadence, se déploient et se succèdent dans la plus harmonieuse unité.
L'obédience d'abord. Le pontife est assis à l'autel sur le petit trône, du côté de l'Épitre. Un à un, portant la barrette rouge dans la mitre qu'ils tiennent à la main, les cardinaux s'approchent, s'inclinent profondément, et baisent la main du pape couverte de la chape. Viennent ensuite les patriarches, les archevêques et les évêques qui, prosternés, lui baisent le genou; puis les abbés mitres et les pénitenciers, qui baisent le pied. Les baisers, comme on le voit, suivent la dignité de chacun; plus on est inférieur, plus ils descendent : la main, le genou, le pied, c'est toute une hiérarchie. Cette cérémonie achevée, un des conservateurs de Rome, en toilette de gala, prend une aiguière de vermeil qu'il présente au pape pour se laver les mains. Commence alors la parure pontificale. Les chanoines de Saint-Pierre se mettent en ligne, portant chacun et par ordre un des ornements sacrés : l'aube, la ceinture, la tunique, la dahnatique, la chasuble, le pallium, les gants, la croix pectorale, et enfin la mitre.
Ainsi paré, le pontife se lève, et, précédé et suivi de ses nombreux assistants, il fait le tour du chœur. Il est de règle que, sur son parcours, il doit rencontrer les trois plus anciens cardinaux prêtres, qui ne manquent jamais au rendez-vous : le pape les embrasse au passage et les bénit. De retour au bas des degrés de l'autel, il commence la messe, fait les encensements ordinaires, puis se rend ;ni ^rand trône élevé dans le fond du chœur, face à l'autel. Il s'assied, et son cortège se disperse autour de lui, qui debout, qui assis sur les maiches du trône, — c'est la place des évêques assistants au trône pontilical, — qui à genoux, chacun selon sa dignité et son office. C'est là que le pape entonne le Gloria in excelsis, chante l'Oraison, lit l'Épitre. Celle-ci est d'abord chantée par le diacre latin, puis par le diacre grec, clianiii diuis sa langue, comme l'Evangile : symbole et souvenir de ruiiion des deux Églises. De ce trône également, le pape faisait l'homélie sur l'Évangile. Heureux qui pouvait l'entendre dans le brouhaha de la foule et rimiuensité de la Basilique!
Après le chant du Credo, le sous-diacic })rend sur une ciédence le calice, la patène et une petite cuiller en uv; les acolytes prennent de leur côté deux burettes vides et une coupe, et tous ensemble, précédés par les massiers pontificaux , vont à la crédence papale placée du côté de l'Évangile. Le sacriste reçoit et place ces différents objets près des amphores contenant le vin et l'eau. Alors un camérier, en vue de l'assistance, goûte le vin et l'eau. On lave le calice, la patène, les burettes, même la cuiller, et seulement après on verse le vin et l'eau dans les burettes. On en verse
Léon \1II . suiUiiit do la Sixtinr. porta Hur lu 5«diu.
LK (JULÏK 397
aussi dans la coupe, et le camérier le boit : c'est l'épreuve. Trois hosties sont également déposées sur la patène, et le camérier doit en consommer deux au hasard.
Ce luxe de précautions, qui parait exagéré de nos JQurs, était nécessaire autrefois, car les papes du moyen âge ne manquaient pas d'ennemis, et quelque Frédéric Barberousse n'eût pas hésité à empoisonner un pontife gênant, de ceux à « l'àme blanche », comme disent les Romains, résolus à tout souffrir et même à mourir pour la défense des libertés de l'Église. L'épreuve est restée dans la liturgie papale comme un souvenir de ces temps héroïques. Quand les oblata sont ainsi préparés en toute sécurité, le pape quitte son trône et se rend à l'autel, où il continue la messe selon les cérémonies liabituelles.
A l'approche du Pater, sacriste, camériers et acolytes recommencent autour des vases sacrés, du vin et de l'eau qui doivent servir aux ablutions, le même lavage et la même épreuve. Si personne ne tombe foudroyé par le poison, ils se rendent au grand trône, où le pape, ayant dit VAgntis Dei et profondément adoré la sainte Eucharistie, va s'asseoir. Entre temps, cardinaux, évoques, gouverneur de Rome, ambassadeur de Bologne, maitre du Saint-Hospice, auditeurs de Rote et prélats, se donnent le baiser de paix. C'est le moment solennel de la communion. Le cardinal-diacre resté à l'autel couvre d'une étoile d'or l'hostie consacrée qui repose sur la patène, prend celle-ci de ses deux mains, l'élève à la hauteur du front et se tourne de tous les côtés pour la montrer au peuple. Un sous-diacre la reçoit et la porte au souverain pontife. A l'approche du Seigneur, son Vicaire l'adore à deux genoux, se relève, et le sous-diacre se met à sa gauche avec l'hostie, le côté du cœur, disent les liturgisles. A l'aiitel, le diacre montre au peuple le calice contenant le précieux sang, puis il va se placer à la droite du pape. Et ainsi, debout, le souverain pontife est entre le corps et le sang du Sauveur. Aucune cérémonie n'exprime, avec un symbole plus saisissant, |ilus réaliste, la personnilication du Christ en son Vicaire: ils ne font qu'un. Le pape preuil la moitié de l'hostie et boit une partie du précieux sang avec un chalumeau d'or. Il communie ensuite de l'autre moitié de l'Iiostie le diacre et le sous-diacre, qui achèvent de consommer le précieux sang. Après ([uelques instants de silence et d'adoration, la messe se termine selon l'usage.
Ayant (piitté ses vêtements sacerdotaux, le pontife descend au bas de l'autel, où l'allend la sedia geslatoria. Là, le cardinal-archiprêtre de Saint-Pierre et deux chanoines lui dtîrent une boui-se en soie brodée d'or, qui contient vingt |iièci's de monnaie aiili'iiic Crsl l'i lonoraire ;)ro missa bene cantata. Le papr ddlilU' la Ikhiisc plciin' au caidiiial i|iii a cliaiilé
398 SAINT-PIERRE II E Hil.ME
l'Évangile; le cardinal la passe à son caudataire, qui, en homme avisé, porte cette monnaie d'antiquaire au sacristain de la Basilique, et reçoit en échange cinq bons écus pour la bourse et cinq pour les pièces.
Porté sur la sedia, tiare en tête, précédé et suivi de son royal cortège, le pape traverse de nouveau la Basilique, et monte à la loggia qui domine le portique extérieur, au-dessus de la place. A ses pieds, Rome étale ses magnificences, tout un peuple de nations se presse, tête nue. Au signal donné par le canon du château Saint -Ange, les cloches de la Basilique sonnent à toute volée; le pontife se place au-dessus de la balustrade, sur un trône ombragé des grands éventails de plumes d'autruche et de paon, et, debout, il donne à haute voix sa bénédiction à la foule prosternée. Le soir, dans nos temps modernes, la coupole et la façade de Saint-Pierre, la colonnade, brillamment illuminées, clôturaient fantastiqueineiit la fête du prince des Apôtres.
Cette fête religieuse s'alliait autrefois à toutes les réjouissances du dehors. Dès le ive siècle, les feux de joie et surtout les banquets étaient de la partie. On installait des tables un peu partout, sans oublier les pauvres, qui prenaient leur repas dans le Paradis même de Saint-Pierre, sous les galeries du quadriportique. Et l'on vit souvent de saints papes, qui le matin avaient pontifié dans les splendeurs du culte, servir de leurs mains les pauvres de Jésus-Christ. On pensait même aux absents. Comme alors la tête de saint Pierre était la fête de la chrétient(', on s'envoyait de monastère à monastère des bonbons et des friandises. Les abus étaient inévitables. L'austère Jérôme remerciant Eustochium des bonbons en forme de colombes qu'elle lui a envoyés pour célébrer saint Pierre lui écrit : « Prenons garde d'être plus attentif à célébrer ce grand jour par la joie de Tesprit que par l'abondance des mets. Il serait absurde de vouloir honorer par l'intempérance un martyr que nous savons avoir plu à Dieu par ses jeûnes '. » Les abus étaient à condamner, sans nul doute; mais que nous préférons de beaucoup la piété simple, naïve et familière, de nos pères à la dévotion gourmée de notre époque !
De toutes ces splendeurs passées, l'ombre même n'existe plus depuis l'invasion des Piémontais. Le 29 juin, la foule encombre encore l'inunense Basilique; le pied de l'Apôtre est toujours amoureusement baisé, son tombeau vénéré; mais le regard des chrétiens cherche en vain au milieu des pompes du culte apostolique le successeur de Pierre. Seul il est absent. La veille au soir, quand la nuit se fait plus noire, les portes de la Basilique étant fermées, le Vicaire du Clirist, accompagné de ses fami-
' Eplst. XXXI.
LE CLI.Ti; 399
liers, sans appaiat, descend ait tombeau du premier pape. Agenouillé devant celte poignée de cendres qui est toute sa force, longuement il prie pour l'Église universelle. Et dans ce silence de l'immensité et de la nuit, il semble qu'un frémissement de vie anime la vieille Basilique. Autour du pontife prisonnier, les papes, les martyrs, les saints, tous les amoureux du Pèclieur dont les ossements reposent sous les dalles, se dressant, écoutent sa suprême supplication. A la voix de ce vieillard, toutes ces voix doiitre-tombe s'unissent |m)iii demander à Dieu que les chaînes tombent des mains du captif. Elles tomberont.
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Ballclln Cliiisl., liiliin annuœ ablutionis AH. ))}(ij. bas. Val.; RomcC, 1702.
LK l'KLEHINAGE Ai: ToMIJEAU DE SAINT l'IKHHK
A peiiitï le premier martyr du Christ eul-il rendu le dernier suupir, que l'Église primitive recueillit ses restes et les entoura de sa vénération. Les persécuteurs immolent les victimes, insultent à leurs cadavres; mais sur ces membres meurtris veille un cœur de mère. Elle a pour eux toutes les larmes, toutes les tendresses. Comme elle les ensevelit avec respect! Comme elle les garde avec jalousie! Comme elle les montre avec fierté! Pour les sauver, l'Église oublie tout : son indigence, sa tristesse, les menaces de mort (jui la poursuivent. A prix d or, s'il le faut, elle achète les ossements de ses enfants: « A vous leur vie, à vous leur sang, crie-t-eile aux bourreaux; à moi leur cadavre. Je suis leur mère, je les ai portés dans mes flancs. » Et furtivement, la nuit, avec des craintes et des épouvantes de surprise, elle les porte hors les murs. Là-bas, dans la plaine, un champ lui appartient, sacré aux yeux de tous, même de ses ennemis, gardé par la loi: des frères y ont creusé bien profondes des galeries souterraines; on attend le martyr, son loculus est prêt... On mourait si vite, que les places étaient pic'parées à l'avance. On l'ensevelit, on j)rie. on pleure, on se réjouit; car, [lour un iiiaityr, les pleui-s. les joies, les ti'iomphes, tout est bien. Les fossores gravent sui' le marlire le nom du héros, la palme, la coloiiilie, symboles do vieloiic et de paix; sur sou coips le pontife offre le sacrilice du Calvaire, et près de lui, silencieux, les chrétiens, ses frères, se |ii.'|iareiil ;'i mourii-.
Partout le un'iiie einprossemnit le iin'ine nille. !e> iiiènies lionnein-s.
Pas une goutte de sang chrétien ne coule sans être vénéré. Gliaque église a ses tombeaux sacrés; ils sont son bien propre, sa richesse, sa gloire, comme la pierre angulaire qui la porte et la soutient. Mais, entre tous ces tombeaux glorieux et au-dessus de tous, il en est un qui est le patrimoine commun, l'héritage familial de toute la chrétienté : c'est le tombeau de saint Pierre. Il est à Rome et n'appartient pas à Rome; tous les chrétiens ont droit sur lui, comme tous les enfants ont droit sur la dépouille de leur père. Ce n'est pas un tombeau national, qui sert de base à une église particulière; c'est le tombeau universel qui porte la catholicité. Ainsi l'entendaient nos pères. Absent, il était présent dans toutes les pensées et dans tous les cœurs, l'objet, la convoitise de tous les désirs. Le voir une fois, se prosterner devant lui, en baiser amoureusement le seuil, était le rêve et l'ambition de toute une vie.
Cette sainte passion pour le Pêcheur s'éveille aux premiers jours. Polvcarpe, Irénée, Hégésippe, Justin, Caïus, se font gloire de vénérer ses restes. Au me siècle, nous voyons venir à Rome un Africain, Maurus; il va prier sur le tombeau de Pierre, dans l'oratoire d'Anaclet. Surpris par les païens, il est arrêté, jugé, e.xécuté. C'était sous l'empire de Numérien. Peu après, dans ce même oratoire, s'agenouille toute une famille, Marius et Martini '. avec leurs fils, Audiface et Abacum. Ce sont des étrangers, ils viennent de loin, du fond de la Perse. Pourquoi ce long voyage? Arrêtés sur la tombe de Pierre, menés au tribunal, ils répondent au juge : « Nous sommes venus à Rome pour prier les serviteurs et les apôtres de Jésus- Christ. » Ils se vouaient au martyre. Paterne d'Alexandrie, les convertis de Sébastien : Zoé^, tuée dans l'oratoire même; Tranquillinus', père des martyrs Mai'c et Marcellin, lapidé également dans le champ funéraire, le 6 juillet, octave de la fête de saint Pierre, continuent jusqu'à la jiaix de Constantin la chaîne sanglante des pèlerins martyrs qui, atfrontant la colère des persécuteurs, les menaces des édits impériaux, la rage de la populace, ne craignaient pas de s'agenouiller sur le tombeau apostolique. Honneur à ces braves! 11 faut qu'autour de ce tombeau coule le sang des races clirétiennes les plus divei'ses pour en marquer la catholicité. Aussi, mille pail ailleurs, les martyrs ii'diil été si nombreux. La i)ierre angulaire de l.i foi sur laquelle est bâtie l'Eglise du Christ a été arrosée, cimentée par le sang de l'univers. Sur elle, Romains et Barbares en ont versé des flots. L'Église de Pierre, ayant la primauté d'honneur et de doctrine, a dû également avoir la primauté du sang
' Boll., J:inu;ir., II.
■' Ibid., Julii, t. Il, p. 2'i2.
M6id., Julii,II.