‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 5 sur 106 · I. A HASIIJnri; VATICANF · texte numérisé non relu

I. A HASIIJnri; VATICANF

entre eux. passaient devant César et lui disaient : « Avf, Cxsinl Salut. César, ceux qui vont mourir te saluent! » Et quand, dans cette eflroyable lutte, sous les regards de cent mille hommes, le gladiateur vaincu, terl'assé, criblé de blessures, tombait sous le genou de son adversaire, quelles malédictions et (juelles imprécations d'impuissance sortaient de ses lèvres! rugissements de détresse et de désespoir, derniers làles d'agonie que la foule en d/'lire. vraie réunion de bètes fauves, écoutait avec délices.

Cette même foule était venue dans les jaidins rie Néron, espérant avoir les mêmes jouissances et contenqtler Av plus jirès les atroces toitures d'un être expirant. Son attente fut dériie. Pas de gémisseiiieiits. pas (le iiiiili'iiictions, pas iin'iiie i|e tristesse; ces cil n'Iieiis moNraieiit le sourire aii.K lèvres. Les angoisses les plus alfreuses ne purent leui- arr.ulier une plainte, et leurs dernières paroles étaient une juière pour leurs l»ouireaux et une action de grâce à leur Dieu. Jamais pareil sjtectaeje n"av;iit frapiii' les yeux des païens; jamais jiareil courage ne setait révélé d'une manière si universelle à leurs âmes avilies. Car <-e courage n"«'tait pas le fait de (|uelques-uns, de (juelipies superbes stoïciens; tous le montraient au mè'me degré", les fenunes comiue les hommes, les i-nlants eoiunie les vieillards, « et, dit Tacite, il y en av.iif une foule immense : » ihuHHkiIo ingens.

l/im|in'Ssion de celle mnll lui lilnlolKle. N'dUS eu troUVoll> l;i li-,-ice

évidente dans ces lignes que S(''iiè(|iie (''ciiv.iil ."i l.iiciliu- pour rexliopler à supporter la maladie ;ivec patience: <i (Ju est cela, dit le gouverneur de Néron, aiqirès de la llaiiune. du clu'valet, des lames ardentes et des l'ers ap|)li(pii's aux blessures à peine cicatrisc'es. pour les renoiivi'ler et les iMiviir plus projonilo? l'armi ces (loulein>. (pie|i|iiiiii u .-i pas L;(''nii. c'est peu! Il n'a pas supplié, c'est peu! Il n'a pas ii'poinlu. c'est peu! Il a >ouri. et souri de bon cœur, regardant .ses enliailles mises à nu et contemplant ses souifrances de h.iut ' »

Le sang des premiers inaityrs de Néron consacra la terre vaticane. C'est une rosée qui la purifie de ses souillures et la jirépare à boire avec respect le sang du piinci' des Apôtres. Le Vatican est sacré, il peut dexeiiir un tabernacle et garder ilaiis ses lianes les ossements de saint Pierre.

' Sema-. Kjiifl. \\\ . Ti':i(liul. de M. .MLuil. Ilisl. des pcrsi'ciiliuxs, I.

2(1 SAIN I -l'I Kll II 1. m. HiiMK

i;ii;i.|im;i;,\I'I1 I K

N.inliiii, Itoiiiii milieu: liuin.i, 1771.

Marliaiiiis. Urhis Itutiirv loïKigrniiliin.

Fioravantr Mai liiirlli , l'uitiia rîrrrruht iirl sim :iitii: iliiil., 1064.

Giacomo Fiiiarolo, Trailutn ticlle cu.sr pin nn'iiniruhili lit liniini.

Giiiscppc Vasi , MiKjiiijuenzf ili limiKi riiilicii cl imiilrriui ; Uoiiia, I7(ir>.

AUard, llhloirc iloi pcrtircitliuiis jirtiiluiil les ilrK.c premiers sièeles.

Cliampagny, les Césars.

Bianciiiii Linhivico, Deserizinrir dfi Ciri-lii. cli'.. coii imli' di (',. Fca; Roma,1789.

N'ililiy, lioiitd pinir n)itic(t c tiKidcriiu: iliicl.. USIi!).

LES T'KKMIKRS ACTES HE SAINT l'IERlU-'.

PiL'ire lUait un prcliL'ur de la ]iftitc liuiir^ailc de Botlisaùh', sur les Ijords du lac. de Tibérinde, on Galih'-c, vivaiil tomme tous ses compatriotes du i)ioduit de son tiavail. Sou vrai nom était Simon, lils de Jonas. Aucune culture intellectuelle, mais une àiiif liaiirlii'. ardeiilc ainir du bien, facilement eiitliousiaste. Il avait un lirre appelé André. Un jour, sur les rives du Jourdain, André entendil Jean-l'>aptiste, le prophète envoyé de Dieu, s'écrier, en montrant un liomun' i|ui passait, inconnu dans la foule : « Voici r.Afïncaii de lueu'î » ('cl Imuiuir l'Iail .lésus de Nazareth, l/acccnl ilii Maitic. la vue de .li'sus. rmlrainéreiil ; il le suivit. Il passa tout un jniii' avec lui, lavi de sa prrsnnui' ci de sa doclrinc: |iuis. comme il ainiail Icinhciiii ni snn IVrrc. il ((Minil à sa rcclicrilic; son enthousiasme d/'lididait : " Simon, lui dil-il. mais avons Ironxé' le Messie*! » l']l il lanicna à Jé-sus. Or .It'-sus jela sur le nouvi'au venu un regard pénétra ni. «( '.esl loi. lui dil-il. Simon, lils de .loua: In rappelleras Pierre. »

Telle» esl la picmièi-e ivneonlif de saini l'ierri' et de Nolre-Sei<ineur Jésus-Chrisl. Le divin Mailie ne dévoile pas aux regards de Simon le sens profond et myst('rieii\ du nom ipi il lui impose; mais il le marque diin signe, il se l'approprie, l'ieire en a conscience, el laissant <a maison. sa femme el ses lilels. <e iiK'l n''S(ilmuent à sa suite.

' .loilM. 1 , li(i.

- /(/. ihiil. il et soq.

oo s VINT- IMF. Il m; IIK ItdMF.

riu- liinl. sur Irs Ilots du hii- ilc Tilii'i-iinlc. .If'siis i|iinii;i ;'i l'ii'iir iim-

IHrlllirlC llllllic"'lT .-.lir ce llilin |ini|il|i'lii|l|r. (!mMI1III' le M.llIlC |iil|;jr.lil II'

rivage '. il ;i|ii'i'i'iil ih'iix li;i|-(|iifs i| n\\ je- |ii'>(|iriiis /•!;iii'iil (IrsccinliH )ii)iir laver li'Uis lilrjv. l/iiiic ,i|i|iailriiail à l'inii'. Il \ iiiiuila. s'assit et enseigna le |MMi|(|r vi'>lr sur la ^rèvc. (Jiiainl il ml lini : « (la^iic le larpc, (lit-il à l^ii'rrr. ri ji^ttc les lilcts. — MaiUf, n'|iMiii|il laiM'ilrc ikjiis avons ti-availl(' liiiitr hi nuit sons riori pi'cndro; mais sm- vutri' iiamlo jo jotterai le filet. « Il II' ,i''la, cl la [nM'Iir fut Irlli'iiiriil a I ii ii i( la I il i ' . i|nc le lilrt se l'ompait. ]']ll'niyé, Pierre Inmlji- ;iii\ jards île Jésus, disant : « Retirez-vous (le moi, Seijiiifiir. pane ipie je siii- un lininnie p(^'clieui'. — Ne crains rien, dit Jésus, désonnais tu seras un prilieni- iriiniiiines. »

Siiiiiiii-I'ierre esl un des disciples les plus aiim's de Ji'sus. 1! l'accompagne partout; il est le tcannin de tous ses miiacles. le eoiilldeiit de tous ses secrets. Il voit tout et sali tout. Son riMe. dans le l'iiliir io\aume (^ue va loiider le Sauveur, se dessine de plus en plus.

Uu jour, le divin Maitre, elieiuiiiaiil de villaL^e en village autour de la ville de (^('sarée, s'arrêta et fit à ses disripics cette question : i Qui dit-on • pie je suis'? » Car les idi'es les plus diverses circulaient dans la foule à son sujet. Les disciples répondireiil : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptisle. d"aiitres Klie. d"aiitres .li'n'iiiie. ou quelque ancien ])rophète ressuscité. — VA vous, reprit Jésus, ipii diles-vous que je suis? » Pierre prit la parole, et au nom de tous répondil : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Celte confession de Pierre, cet acte de foi en sa divinité, émurent Notre-Seigneur. « Tu es heureux. sV'cria-t-il . Simon, lils de .Imia; ce ne sont pas la cliair et le sang qui t'ont révt'dé ipii je suis, mais mon Père (|ui est dans les cieux. Eh bien 1 si je suis le Fils de Dieu. toi. je te dis ipie tu es Pirrrr. ol sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elK'. Je le donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux. et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »

Ces paroles sont créatrices; elles donnent à Pierre la suprématie. Tautorit(' première dans le royaume nouveau, l'Église. Cette 7-*/erre angulaire |)orteia liiiil r/'ililice. Ce ipii sera bâti dessus aura la promesse de réternité; ce qui ■^'eii dr-lacliera sera semblable à celle maison fondée sui' li^ sable mouvant ; la piiiiu tombe, les lui'renls déburdeul, les veiils soullleiil. et elle s"i'( roule.

' l.uc. V, \ et si't|.

- M;ittli. XVI, 13 et soq.

LA BASII.IOIF. VATICA.sr:

Pierre cependant était destim' à ('tif rcxciiipic \r pins saisissant (le ].i f.iililrssc liiini.iiiir. ,T,iiii,iis son cœnr n"avaif pu adnictti'e le sombre et (lonl()m(iix nvcnir de son Maitre. Quand riicuie suprême fut arrivée, (piand il vit (pu- les sanglantes et lu^uhres prophéties allaient se réaliser, il protesta sincèrement de sa fidélité : « Maitre, quand tout le monde te renierait, moi, jamais'! » Cette ardeur ne put résister à la vue des humiliations et des sdulliiiuirs de Ji'sus. Quclir lutte dans ce cœur! car il aimait Jésus de Imite sou âme. Avoir é-té témoin des prodiges inouïs de cet homme, et maintenant le voir insulté, touiiic' en dérision, prisonnier,

N'diMtiitri lit" sjiiril l'iriTf. p;ir (tliii-liindajn. (Tlhapplle Sixtinf.) — Phfttng. Alinaii.

vaiueu. sans (pie liin di' ^;i imi-s.uiec iep,ii;iisse : tiiul a dispai'u; il est le jouet de l;i | k i|Hll,ii-e. Ti'llilile | lei | >le\itt' ! l 'iell'e sueei pU d la. il eut pelU'. et. ;'i 1,1 voix aceusaliiee d'une servante, il renia ii'lui i|ui I av;iil l;uit aimé, l'ai' trois l'ois il |iio|csla. il jura ipiil ne i'nnnaiss;ut pas n cet lioinnie ». Jésus l'entendit et le ic^^arda ■. Sous ce regard de niiséricurdieuse tendresse, Pieire lut ('■ciasi'; il sortit de la coui' ihl giaud prêtre cl pleura amèrement. On dit que ses larmes ne taiirent jamais.

La primauté dans rKglise a\;iil v\r promise à Pierre, alors ipi'il t'iait l'apôlre lidèlc cl (l(''\dU(' : les rlels s\ niliolniues allaient e||r- joinlier danles mains d'un rené-gaf.'

In jour Not|-e-Sei;inelU'. sui- les hords de ce même |;ii- de Tihériade. ti'nioin de la promesse, résolu! de l,i réaliser, ('.était après sa résurrection, pendaiil le- quarante jour-- ipi'il pa>sa -lU' la terie pour IVindi'i"

' .M.iitli. xwi , .") l't si'(| '-' l.uc. \xil, l'il.

■24 sAiNT-i'iKititK ni; lUlMI.

(Irliiiilivc ni IK-iliso. Il ;i|i|i.fiiit 'i -is A|i(Mn's'. mangea avor oux;puis,

s'iidressaiil .'i l'iiTM'. «liVl'"> |>:n'il"iiiM' , il lui ilil : « Simon, lils de Jona, iii';iinii'>-lir.' » l,';i|ii")lic conriH ii'|i(iihlil : « Siii^iiciir. vous savez (|n(' je Nons ainii'. — l'ais mi's a^iiciiix. " ihl \r S.iii\riii-. l'iir iiois l'ois cftlc (picslion lui I('|k'I('c. Pirrit'. alliisli'' de cclli' iiisistanrc ijiii lui scmlilait iiii diiMli'. ilil à .l('sus : « Scij^iii'ui'. \niis i|iii siivrz Idiih^s choses, vons savez liii'ii (|ur jr vous aime: l'ai-^ mes luchis. » dil le Saineiu'. Ainsi les a^ne.iux il les lneliis. les lidèles el les p.isleUls suhl sitUluis à lalllol'ilé de rii'ITe; il est le Pli-lelir -U|iiriue. Iiiul le lr(ill|ie,lU lui ;i|i|i.irlii'llt.

L'K^lise a un elief visible, vicaire i|i> .lé-u— ( 'Jnist . le pi-eiuiii- l'.ipe.

T,"antni'iti'> de l'ieiTe est aceepli'e |i;ir |(Mis ses CdllèLiUo d.uis l'apostnl.ii. (Juaml les lils de Zéliédée. ,l;ieipies el .li'.ui. deiii;nidenl ;'i iMiv les jiliis t'Ievi's dans le iiiviMuiie. les auti'es s"iiidi;^nenl d'une telle pn'tenti<iii; s"il s'ag'it de l'ierre. tdiis s'inilineni e.n- li' Maili-e a paii('. Apiès i.i descente du Sainl-I'',s|iiit. ipiand les Api'itro. l'cl.iin's d'une nieiileui-e lumière, se lendeul c(ini[ite de l,i nussiiin ipn leiu' est contiée, de l'iiMivi'e incomparable ijue .li'sns veut acconiplii' p;u' leui' luinistèie. nid ne s'('tonne de \iiii' l'iene se mettre à la tète et jnendie rn tniiti' dccMsion la première place et la direction des atlaires.

Le premier. Pierre moissonnt^ le> jinMiiices de la conversion des âmes jiar uni' pii'-dication émue ipii linuleverse les cœurs. « Ce lui l'ieiic. dit Tertullieu. ipii le |irernier nu\ril par le liaptr'iiie l'entn'e du l'oyanme des cieux '. »

Le pieiniei'. Pitn're fait jaillir la smirce du piniviiii' miraculeux ipii désormais ne tarira jamais dans rÉglise. Ce païah tii[ue de la |iitite SfX'ciosn ■'■ conmience la longue série des prodiges accomplis par la sainteté jiiiur maiiilester à ti'avers les siècles la puissance et la bonté de Dieu.

Le premier. Pierre confesse la divinili' de Jésus devant les juges (pii l'ont l'ait airiHer. El quelle confessimi! (Jiiel acceiil de coii\ iclinii! (Juelle audace dans cet obscui- pèclieiu' de dédarei' aux ducteiirs d'Israël ipie le miracle ipiil a opéré, il la iipi'ri'' par la \eitii du mim de Noire-Seigneur Jésus-Cbrist le Nazaréen, ciucilii' par eux, n-ssuscité par [)ieu '!

Le jiremier, Pierre prononce contie un chrétien inlidèle la sentence d'cxconunutiication. Les effets en sont tei'riliaiils. A peine l'apiMie a-t-il parlé. qu'Ananie tnmbe à ses pieds expirant .

C'est Pierre qui, traîné de non\eau devant le- magistrals avec ses

' Jii:in. XXI.

■^ T<>rtiill. (le l'tDlicilia, XXI. — .\rt. .V^tost. il.

■' Ibid 111.

* Ibid. III, lli.

^ Jbid. v, 5.

frères, leur dit ces belles paroles qui resteront à jamais le programme de toute conscience chrétienne : « Il vaut mieux obéir à Dieu quaux hommes '. » Parole sublime qui, dans le cours des siècles, produira les actes les plus héroïques et contre laquelle viendront se briser les portes de l'enfer. Elle valut à Pierre les horreurs de la flagellation, comme elle vaudra à ses successeurs les horreurs de l'exil, des tourments et de la mort.

Pierre est toujours en tête; il parle, il combat, il agit comme un maître. Après avoir fondé et organisé par l'institution des diacres l'Église de Jérusalem, l'apôtre se rend à Samarie, où la grâce de Dieu, répandue à pleines mains par le diacre Philippe, faisait des prodiges. C'est encore Pierre qui prend la direction de cette Eglise naissante et lui communique la plénitude de l'Esprit de Dieu.

Il y rencontre un homme. (|u'il retrouvera plus tard sur sa route, comme un adversaire acharné, le premier antéchrist. Simon le Magicien -. Cet impcsteur, dont les n'veries fantastiques séduisaient un certain nombre d'esprits faibles, se fit le disciple du diacre Philippe. Non pas qu'il crût à la divinité de Jésus-Christ et voulût à sa suite pratiquer les austères vertus de sa religion . nnllomonf: son âme était trop vile pour s'élever aussi haut. Ce qui le tentait, ce qui l'attirait, c'était le pouvoir miraculeux dont Philippe disposait à volonté. Connue ce pouvoir serait utile à Simon le Magicien pour imposer sa doctrine et se faire adorer comme un dieu! S'il le possédait, il serait vniiintnt aux yeux de tous la « grande vertu de Dieu » incarm'. Voilà pourquoi il s'humilie au dehors, et à l'arrivée de Pierre, le chef des chrétiens, lui demande, en offrant de payer, le don du Saint-Esprit. Pierre est indigii»'. Pour la première fois l'Église se trouve en face dccflte plaie hideuse tant de fois maudite jjar Dieu : le commerce des choses sacrées. Sa réponse est terrible : « Périsse ton argent avec toi, car tu as cru que Ion pouvait acheter le iloii de Dieu! »

Simon le Magicien ne |i;u(ic>nnera pus ;"i l'.qintre cette liuiniliatiun et ce refus. C'est lui (!iiiii'ini.

HeuicnsenienI l.i l'rnvideiice ménageait à Pierre des rencontres plus agréables. |)ès situ reluiu' à .léi'usalem, vers l'an 'Vi. il reçut la visite de celui qui devait l'Ire sun l'ivre dans l'apostolat et le niartyi-e. I/amonr de Jésus a tio|» uni l'ierre el l'aiil pinu' ipie nous les sé|)arions. Il y axait trois ans que Paid, terrassé sur le eliemni de Damas par la voix du Sauveur, avait reçu le di''|ii"i| dr la lui. Uelin'' dans la solitude du Hauran. il

' Act. A|)ost. V, '23.

« Ibid. VIII.

26 >AiNT-pii:iini: m: imMi:

attendait, jionr iii.iiiit'cslcr ;iii iihukIo la liiuii/Ti' dr sa iloiliinr et l'aiilciir de son amour, dY-trc (Icvcnii vrainiciil un anlic Clnisl.

Il a tout icru ilu Mailiv : ilocirino ol mission aposl(ilii|ih': ci'iicnilaMl il (Iciil (nhcf ilaiis la liiiMarcliir de ri\^!is('. et. poiu' y ciiliri-. il n'y a qu'une porto connue il n'y a 11111111 |iastiiir. l'anl jo sait, et après un court séjour à Damas il va à .li'rusalciii puni- \iiii- l'icii'r. ,)('siis le coiidiiit à son Vicaire, atin (pic le nouvel apùtrc soit reconnu olliriellcnu'nt par le Clief de l'Église. Pierre et Paul n'auront plus désormais qu'un cœur et qu'une âme; leurs travaux se eonromliiii au milieu îles Juifs et des Gentils, comme leur sang se nuMera jtliis lanl. Ils sont un dans le Christ.

On voudra les opposer l'un à lanlre dans la prédication apostolique: des esprits indociles appelléroni ilii li'nioignage de Pierre au témoignage de Paul, du baptême de Pierre au liaptème de Paul, jamais ces deux cœurs ne seront divisés; car. inal;ii-(' la dillérence d'origine et de trempe intellectuelle. Pierre et Paul aiment a\aut tout Jésus-Christ, et tous deux sauront mourir eiiseml)l(> pour lui.

Le grand acte de la reçomiaissain-e ollieiflle de l'apostolat de saint Paul accompli, Pierre ('tend .sa jnrididion. .Iiis(pie-là il a réservé sa direction aux églises de Jérusalem el de Samarie. (Jn'est la Palestine pour celin qui doit ri'gir le monde'* Il va faire comme im essai de ce gou verneme 1 1 ! uni verse I .

Au t(Mnps où les Juifs persécutaient IKglise naissante et lajjidaient le diacre saint Etienne, des fid(''les s'onhiirent à Antioche. C'('tait alors une des plus belles villes du monde l'ctmain et le eeiili'i; de l'Orient. « Sa situation sin- l'Oi-onle, dit l'alibé 1 lai-ras, en face de l'Ile de Chypre, non loin d(; lu M('diterranée, la mettait en ra|iport avec les principales provinces de l'empire. D'une main elle touchait à l'Egypte par le littoral phénicien, de l'autre à l'Asie Mineure, par les c(jtes de la Pamphylie et de la mer Egée. Adossée aux plaines de la Mésopotamie, rEuj)hrate et le Tigre étaient ses tributaires. Ses flottes sillonnaient la mer Egée et les rivages de l'Hellade ; elles entretenaient avec les ports de la Sicile et de l'Italie un échange régulier de communications '. »

Dans cette ville, connue dans lous les grands centres, les Juifs avaient leur synagogue. C'est à eux que les fugitifs de Jérusfdem s'adressèrent d'abord, semant le bon grain de l'Évangile. Un noyau chrétien se forma. Mais bient(jt la grâce de Dieu renversa le icnqiart élevé entre les fils d'Abi'aham et les pa'ïens. QueNpies frères, remplis d'un esprit jilns clir(''tien . iirèchèrent la fui même aux paiens. C'était une révolution ipie

• Histoire de l'Église, t. V, p. 398-399.

l'Esprit-Saint allait bientôt consacrer. En attendant, toutefois, il est prolialilr que les païens convertis (lurent accepter également les observances judaïques.

Cette communauté, toujours grandissante, attira l'attention du vicaire de Jésus-Christ. Jérusalem avait un évêque, Jacques le Juste; d'autres églises étaient pourvues dans la Judée et la Samarie. Pierre se réserva le siège d'Antioclic. aftirmant ainsi la primauté de .son pouvoir. Il choisissait également la primauté du labeur et du péril, car Antioche était une ville effroyablement corrompue, « où se déroulaient p^le-mèle toutes les

.lésus donne les « clofs i> à saint Piri-rf. ( Pùrugin , rliapclle Sixtinp.) — Photng. Alinnri.

volupti's, {(Mîtes les débauches '. » De plus, grande y était l'animosité des Jiiils conlre les chn'tiens. en soite que pour la première fois l'Eglise. dans 1,1 personne de son cher, avait en face d'elle ses deux ennemis irréconciliables : le Juif et le païen.

C'est l'an 35 que, selon les expressions de la Chronique d'Alexandrie, « Pierre s'assit sm l,i cIluiv de l'Eglise d'Antioche '. » Son apostolat y fut fécond: car, .ni diic du livi-e des Récofinilions^. sept jours après son entrée, dix iiiillc Ikuiiiiics cuplivi's par sa |iai(ile. vaincus par ses miracles, recevaieni le bapti'me. Ce chitlre n'a pas lieu de ikhis surprendre, si nous nous rappeldiis les ciiiri mille linliilues ciiiiveilis à la preiui(''re pl('(licali(m de Tafiùtre K^ jour de la l'eiitecùle.

' Renan, les .4 /xi ( ces , |i. 221.

" C/irOH. Mer. OhjmjK 20:<.

^ Itecogn. X.

28 SAINT- Pli; HUE i)i: iiiiMi;

GrArc à l.i |i.ii\ ilniil jiHiiiml li-s |iriiviii(cs de rfiii|iir(' à I .im'ihmiii'iiI de C;ilitiiil;i '. r.i|ii"ilii' piil Ir.iv.iillci- ."i smi ;iisr Ir r|i;iiii{i iju'il s't'tait réservr. cl, sans Ir m'-jiH^cr. cnli v|iivii(|i v mic Iihiiim'c inisldi-.ilc il.iiis les

J'Ij^lisi'S l|(lll\cllcllH'lll I'mIkIi'i'S.

(Test ;iii cMiiis lie ( f vny,ij:;e, — ciini pprfriiimirel nnivernoa -, — disiMil les Acics. (iMi'iil lirii 1,1 lurmirrc l'i'siiri'crliMii (i|H'ri''<' |»;ii' les (li.sci|»lcs du SaiiVL'iiJ'.

Peildaiil ipii' l'ii'iTf ('1,-iil à l.\dda. iiiniiriil à .|u|i|ii' une (■lin'liciiiic noiinnëe Tal)illia. Les i)auvres l'aimaiciit ciiininc imc iiicrc, et sa mort les laissail iiicniisdlahli'S. Aussi, ilrs la iumivcIIi' du xnisiiiaLU' de ra|MMi'c. tous les cœurs sdiiviirml à rcspérance. Le Maitir navait-il pas dit : « Ce que je fais, vous ho l'érez, el plus ciu-ore. » Des Irères lui sont députés pour implorer sa jiitii'. i'icri'o. l'iiiii de Iimii' douliMir. pai't jiour Joppé el péiiètre dans la salle où le corps di' Taliillia es! cxposi'. I^cs pauvres, les veuves lui l'aisnient une ^rarde d'honneur. « Voyez, dirent-ils ;\ Pierre, les vêtements (pic Taliillia iimis dislrilmail ! <> L'apôtre, à l'exciMpIc de son Maître devanl la lillc de .laïic l'ail soilii- la Imilc. c| seul, en lace de ce cadavre, il piie. sùi' dViiv exaucé. Il approche et dit •. « Tahilha, levez-vous! » La moite oiivic les yeux, et, voyant Pierre, se met sur s<in séant. La joie des pauvres tut grande, et grande aussi rid('e du pouvoir merveilleux que le Sauveur avait donné à son virainv

Cet éclat extraordinaire n"enqicclia ]ioint le pasteur siqirème de demander l'hospitalité à un sim|ile corroycur appelé Simon. Il resta assez longtemps dans cette maison, destinée à ("'tre le tlH'rdrc d'un prodige plus iiujKJilaiit p(»ui- rÉglise de Jésus-Christ.

La coiiuuuiiauti' clirétienne, tirée du judaïsme, conservait encore à cette époque les idées les plus étroites sur le salut apporté au monde par le Messie. Fervents adc])tes de la loi. les piciuicis disciples ('taiont convaincus t\\\e la religion du (Christ devait coiiipl(''ter el parfaire la religion de Moïse, non la di'truire. Doù in'cessité d'allier les observances légales aux pratiques chrétiennes. Une ((uestion redoiilahle se posait devant les Apôti-es. Ils savaieiil ipie .li'sus ('lait iiioll poiu' lous les liouiiues; ipie lous, Juifs et (iciilils, ('■laieul appeli's à la grâce du salut. Faii'e continuel- aux Juifs les observances légales serait chose facile: uiai< les Gentils? I''allait-il leur imposer le joug mosaï(pie avant de les recevoir an nondoi'e des disciples, les ciiconcire avant de les baptiser? Beaucoup le pensaient, el les A|iôtres eux-mêmes n'axaieiil icçii sur cette (jiiestion

' Au couiiiii'iiceiiienl île son régne, dit Suétone, il chercha à acquérir la considération. (Claud. c. VII.) - Act. Apost. IX.

DÉTAIL DE LA FRESQUE DE SAINT ITEKIiE LN PIIISON Stame de llaphaël. (l'alais du Valicaii.)

vitale aucune di-cision du .Maître. Pour être chrétien, la porte, la porte unique était la synagogue.

Cela n.i i idi de surprenant, quand on se rappelle rattachement profond que k's Juils avaient pour leur loi. « Nous avons enduré avec patience tous les iiiMiix. dit Josèplie: mais quand on a voulu loucher à nos lois, nous avons lait pour les dél'endre des actes de valeur au-dessus de nos forces. Si nous sommes chassés partout, c'est parce que nous ne voulons pas les ahandoniier '. »

Ce sentiment héroiVjuc élail universel dans l.f runiillr (r.Mir.iliam; mais il V a\.iit dans le incinili'. an milieu duquel elle n'étail i(n"une poignée, un scnlinicnl non moins universel et non moins judJoiKl. I.i li;iine du Juif. Ses observances étaient tournées en dérision; la circoncision, en particulier, l'exposait à toutes les railleries '. Le judaïsme ollïait ainsi une barrière infranchissable aux païens, et nnena(;ait le développement de ri'^glise à travers le monde. 11 fallait une solution: Dieu seul pouvait la donner L.i n.ilion ('■inc avuil reçu les prémices de la foi connue il convenait; il s'agissait à l'heure présente d'ensevelir honorablcniiiil la synagogue. C'est Pierre qui reçoit directement de Dieu cette solennelle et difticile mission. Au pasteur suprême appartenait le droit d'imposer aux fidèles la volonté divine.

Parmi les ofliciers de la garnison romaine, à Césarée, s'en trouvait un nommé Cornélius, peut-être issu de la célèbre gens Cornelia^, en tout cas, homme de bien, craignant Dieu, qu'il avait connu par ses relations avec les Juifs, et généreux envers les pauvres. C'était une âme privilégiée, viviuil de la vie chrétienne, sans le savoir, au milieu des païens, en dehois (le joule ;illil i.ilion avec la synagogue. Un jour, pendant sa prière ', un ange lui apparut et lui dit : « Dieu accepte tes prières et tes aumônes. Pour t'en récompenser, il m'envoie te dire de faire venir de Joppé un certain Simon, surnommi'- l'ierre, (pii demeure chez un corroyeur, appelé également Simon, dont la maison est sur le bord de la mer. Pierre te dira ce que lu as A faire. » Or, le lendemain, ijui était lo jour du sabbat. Pierre moula sni- la terrasse di' la maison de Simon pftuiprier. Vers midi, il eut faim et demanda à manger. Pendant qu'on préparait la nonnilinv ri',s|iril île Hieii je saisit, il eut une vision. Le ciel s'ouvrit : il en vit descendre une nappe immense attachée aux «piaire |ioints cardinaux, dans laipielli> se trouvait lonle espèce d'animaux. Kn UM'ine tenqts une voix lui dit : a Pierre, lève-toi. lue l'I mange. — A Itii'ii

' .losi'pli. Contra Apfiiuii. il.

■■' .luvciial. Sut. VI. — Honit. Sut. !. ix.

•'' Cf. Cuiiiclius ;i I.:i|ii(ii' i)i Arl. X.

' Ai'l. Apost. X.

30 S AINT-l'IKIIIIF. MF, IIipMF.

lu' |il;iist'! rt'(iiiiii|il l'uirc. cur j;iiii;ii.s \i' ii.ii ihm iii;iii;ii'' ik |ii(ir,iiic ni iriin|iui'. » La voix i('|piit : « N'appelle pas iiM|iui(c ipic iiiiii .1 jnirilié. » Trois fois l.i ii.i|ipe se développa sous ses yeux et disparut. C'était une i-('v('l;ilinii, mais il niaiii|ii;iil à l'iciTr le trait de luniièrr \in\\v |;i cdniprendre. Il [icusait en lin-iniaiR;, quand l'Espiil lui dit : « Voici trois honniios (jui (k-Miandcnt après toi. descends cl suis-les sans crainte, c'est moi (jui les ai envoyés. » l'iciiv descend d lioiive les trois hommes envoyés par Cornélius. 11 leur ilil : « Je suis ccliii ijue vous cherchez, [ioiiii|iiui étes-vous venus? »

Ils lui liicontèrent la vision de Coiiicliii> il Inniiv ipic l'ange lui av;iit donné de le faire apprlcr. l'iciTc coinjuil; l.i liiniii'Tr divine inonda son esprit, et il partit pour laniciicr à son Maître ces « animaux impurs » dont il avail m horreur. Li; premier pape allait onvrir anx païens la porte de ri'lglise. Pour bien manifestei' sa voloiih'. hien r('pandit son Esprit sur Cornélius et, les siens avant même (pie l'ieiri' les eût baptisés. Politique divine, vraiment adnnrable. car ce lait allait avoir à Jérusalem et dans les autres Eglises un iflenlissant ('clal. Ites frères, obstinés dans leurs vues étroites, devaient reprocher à l'iei i-e sa condescendaiiee et l'accuser d'avoii- trahi la religion de ses pères en conri'iaiil le lia|ilèine à des païens sans les astreindre aux obligations de la loi mosaïipie. Dieu l'a prévu, et comme il connaît de longue dale « ces cœins de bron/e et ces cerveaux d'airain » que rien ne peut briser, il iidervient lui-même, couvre son vicaire et lui donne le droit de réjxjndre : « Ce n'est pas moi qui ai de mon autorité privée ouvert la porte de l'Eglise aux païens, c'est Dieu qui lem- a ilomié son Esprit; pouvais-je l'en empêcher? »

Désormais les récriminations ne l'arrêterdol pas; il confirme solennellement la mission de saint Paul, chargé par Dieu de prêcher aux païens le salut par la foi en Jésus-Christ, et plus tard, au concile de Jérusalem, il apaise les esprits in(piiets et fait souscrire aux Pères assemblés le décret qui enterre délinitivement la synagogue : « Il a plu au Saint- Esprit et à nous de ne pas vous imposer d'autre fai'deau que ces pratiques que nous regardons comme nécessaires, etc.. '. »

Les actes du concile de Jérusalem sont la charte de fondation de l'Eglise catholi({ue.

Vraiment il est étrange de voir l'exégèse rationaliste française ' se mettre à la remorque des Allemands pour afliiiui'i' ipie dans le collège apostoli(]ue il y eut un schisme : l'école de Pierre, esclave du judaïsme, et l'école de f'aul, le docteur libéral des nations. Les faits que nous venons

' Aet. Apost. XV.

- Henan, les Apôtres.

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