‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 50 sur 106 · I.E CILTK · texte numérisé non relu

I.E CILTK

tiiiiii- li.iililiniiiK'lIe et apostolique. A peine la (•(iiniiiiiii.iiit.' chrétienne est-elle eonstitnée, que les biens sont mis en coiuinuu jionr que les Apôties y puisent librement, et les distribuent selon la justice. Ouand rÉvanpile s'est répandu au delà de la synagogue, les Églises ont à cœur de se secourir inutiiellement, et nous voyons Paul et Barnabe faisant des collectes parmi les frères, et en portant le résultat aux nécessiteux de Jérusalem. Il y a dans le christianisme naissant une sève de charité qui circule dans tous les membres, d tait de tmites les commmi.iutés éparses un seul cdi ps l'I mil' sciilr ;iiiir. Trois sièclrs de persécution ne peuvent la taiii-, cl (piaiid. smis Constantin, le |M'iip!i' chrétien respire librement, piciid possession de lui-même, son picmiri' acte est iiii acte filial de donation an Cliel suprême de l'Eglise.

On a cuutcslé la donation territoriale de (Jonslanlin à saint Silvestre. Exagérée par les rêves pieux de quelques historiens, nous sommes cependant convaincu de sa réalité; car sans cette impériale donation il est dillicile, sinon impossible, de trouver l'origine des immenses revenus de l'Église romaine dès le pontificat de saint Grégoire le Grand.

Dans les lettres de ce pontife on relève les noms de vingt- trois propriétés données à saint Pierre ', et certainement il n'y est fait mention que des principales, en ce qui concerne l'Italie et la Sicile. Cette tierniêre j)rovince en comptait trois d'un revenu considérable, à ce point qu'après avoir fait les plus larges aumônes, le chargé d'alTaires, notaire ou defensor, en emploie une grande jiaiiii' à acheter des blés pour l'alimentation de. Rome. La France elle-même, dès cette époque, a duimé à saint Pierre mie |)iopriété qui est comme un acompte des biens à venir, et que- Grégoire appelle Patrimoniolum '■ . Celte petite terre s'arrondit rapidement, se multiplia dans les provinces, et arriva enfin au territoire du comtat Venaissin.

Le saint pape Grégoire H augmenta de son propre fonds le patrimoine de saint Pierre, et en laissa im mnmunent perpétuel dans la table de marbre (pi'il til apposeï' près de la porte de la basilitpie Vaticaiie. Elle s'y trouve! encore, et on y lit ; " .\ux seigneurs saints et bienheureux Pierre et l'an!, |)rinces des Ap(ilies. Grégoire, leur indigne serviteur. Toutes les l'ois que nous consacrons à votre culte le moindre objet, nous ne faisons ipie vous rendre ce (jui vous appartient... l)onc, bieidieureux apôtres Pierre et l'aul, moi, votre serviteur, rappelant à ma ptMisée tout ce dont je vous suis redovable, moi, ([ue par la giàce et la protection divine, dès le sein de ma mère, vous avez nourri du lait de votre Église;

' Zaccliniiii, de l'ulriinoiiio S. /{. AVc/.

' S. llieg. Kpist. lih. \l, XIV. — Migiio, t. LXXVll, \>. Il'20.

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moi que, sans égard pour mon indignité, vous avez élevé successivement par tous les degrés jusiprau faite souverain du pontificat, j'ai voulu, dans rhumilité de mon dévouement, vous offrir ce modeste don... '. » Suit alors une longue énumération de toutes les propriétés, — champs d'oliviers surtout, — que le pontife donne aux saints Apôtres. Car il est à observer que toutes les chartes de donation, qui se succèdent à travers les siècles, sont au nom de saint Pierre. C'est à saint Pierre que les offrandes sont faites, à lui qu'elles appartiennent : le pape n'est que son intendant. Cette formule ne varie pas.

Quand, plus tard, Nicolas II donne l'investiture des Deux-Siciles à Robert Guiscard, il exige de lui le serment de payer à l'Église romaine les revenus qui lui appartiennent sur ce territoire. Voici la teneur de ce serment : « Moi, Robert, par la grâce de Dieu et de saint Pierre, duc des Pouilles et de Calabre, et, avec l'aide de l'un et de l'autre, futur duc de Sicile, en confirmation du don qui m'est fait de toute la terre que j'ai sous mon autorité et en témoignage de fidélité, je promets de payer un revenu annuel de douze deniers de monnaie papale, pour le travail d'une paire de bœufs, au bienheureux Pierre, et à vous, mon seigneur pape Nicolas II, et à tous vos successeurs ou à vos nonces comme aux leurs. Cette redevance sera payée chaque année le jour de la Résurrection du Seigneur '. » Robert renouvela ce serment entre les mains de Grégoire "VII, s'obligeant à payer lidèleincnt le revenu de la terre de saint Pierre, de terra sancti Pétri. Au-dessus des trois portes qui donnaient entrée dans le Paradis de la basilique Constantinienne, on avait gravé en lettres d'or, sur des tables de marbre, les noms des villes, provinces, royaumes, offerts à saint Pierre par la dévotion des peuples, ou reçus de lui moyennant un tribut annuel. On y lisait les noms de la Sicile, de toutes les provinces d'Italie, de la Croatie, de la Dalmatie, de la Hongrie, de l'Aragon, du Portugal, de la France, etc.. A titres divers, toutes les nations catholiques étaient représentées.

De fait, ces propriétés de saint Pierre, éparses dans l'univers chrétien, n'étaient pas seulement pour l'Église des sources de revenus où elle puisait à pleines mains pour secourir les pauvres, fonder des hospices et des monastères, entretenir et orner les basiliques, nourrir ses prêtres, racheter les captifs, sauver les provinces et défendre ses droits; elles formaient entre le pape et les pays où elles se trouvaient un lien spirituel, un signe visible de communion. Comme nous le voyons par les lettres de saint Grégoire le Grand, les administrateurs de ces lointains patrimoines

' Darras, Hist. de l'Eglise, XV.

^ Baronius, an. 1059.

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