‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 51 sur 106 · I,E CLI.ÏE · texte numérisé non relu

I,E CLI.ÏE

n'étaient pas uniquement chargés de percevoir des revenus, mais avaient également Je devoir de veiller à la discipline régulière du clergé. Ils étaient comme les représentants oïdinaires du Saint-Siège, dont ils devaient promouvoir et soutenir llionneur et les droits tant spirituels que temporels. En sorte que ces propriétés offertes par la dévotion des peuples à l'apôtre Pierre devenaient pour eux une source de bénédictions spirituelles, par une tuiioii plus étroite et des rapports plus intimes et plus fréquents avec le Chef de l'Église.

Pendant que le culte du tombeau de saint Pierre enrichit la cassette des souverains pontifes, il fonde et développe leur pouvoir temporel en mettant sur leur tète la couronne royale. Du j)ape saint Sylvestre, l'heureux pontife qui vit le triomphe du christianisme sur les idoles et .salua le premier empereur chrétien, jusqu'à Etienne II, recevant de Pépin la conflrmation de ses possessions territoriales et de son autorité sur Rome, s'écoule une période de quatre cents ans, pleine d'ombre et de lumière, de gloire et de tristesse, pendant hupullr lempire romain chancelle sur ses bases comme un édifice secoué par des tremblements de terre, se disloque, ruiné, pillé par les Barbares, et finalement s'écroule, aux sauvages applaudissements de ces hordes victorieuses. Au milieu de cette effroyable mêlée, la Providence fait son œuvre. Klle tue et vivihe; elle châtie et récompense; elle détruit et bâtit. Tout lui sert de matériaux pour le monument qu'elle construit : les empereurs qui tombent et les Barbares qui pillent, les Romains dégénérés et les sauvages de Germanie; car à tous elle fait courber la tète devant une puissance désarmée dont toute la force repose sur un tombeau.

Pendant cette longue et douloiueuse période de transformation, le tombeau de saint Pierre e«t le pivot de la société. Toin- â tour, InqKTiaux et Barbares viennent s'incliner devant lui ou lutter contre lui. Il n'a pas officiellement l'autorité, et ce])endant il commande; il n'a pas d'armée, et C('|)ciiil;iiil il ((iiiiii,!!; (•Csl lui ((iiOn iiiiploiv après une défoite, lui qu'on lioiiore après une victdiic. i)cv;inl lui. les préfets ou légats impériaux scnleni leur iii.ijesié faiblir cl le s(('|i|ie glisser île Iciu's m.iiiis. .\ Home, les vrais souverains, ce sont les papes, représentant Pierre dans son tombeau, parlant en son nnru. agi.ssaiit en son nom. devenus par la vént'ralion des peuples et lein- conliame les maires du palais des enq)ereurs faint'anls ou vaincus qui trônent à Constantinople.

Dieu, du lesle. ipu travaille à l;i fondation du pouvoir temporel de son Vicaire, jinur assurer la liberté de ses actes et l'honneur de son gouvernement spirituel, rt'competisc" el eiicnwrage la dévotion des |»euples au tombeau (le s.iiiii Pierre p;ir des nnracles éclatants (|iii révèlent à luni-

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vers chrétien la puissance de l'évêque de Rome. A lepoque même où les pèlerins impériaux, Valentinien et Eudoxie, venaient de Constantinople s'agenouiller devant le tombeau de saint Pierre, d'autres pèlerins d'un nouveau genre, pèlerins de sang et de carnage, menaçaient la ville de Rome. C'étaient les Barbares. Rien n'a pu les arrêter, ni les prières des saints, ni les boucliers des légions. Torrent dévastateur, cinq cent mille hommes hideux et féroces, Huns etAIains, Neures et Bellonotes, Gélones et Bastarnes, Ruges et Turcilinges, Hérules, Gépides, Ostrogoths, sortis des forêts de la Germanie, se précipitent sur l'Italie. A leur tête marche Attila, qui se glorifie d'être le Fléau de Dieu. Partout où il passe, tout est brûlé, saccagé, égorgé sans pitié. « Je suis le marteau de l'univers, disait-il; l'herbe ne croît plus où mon cheval a passé. » Au printemps de 452, Attila lance ses Barbai"es sur la Vénétie, assiège Aqnilée, qui, malgré une héroïque résistance, est prise et brûlée. L'épouvante s'empare de ritalie : Concordia, Padoue, Milan, Pavie, Mantoue, sont saccagées. La route de Rome est ouverte. Valentinien s'y réfugie avec sa femme Eudoxie, sans troupe, sans défense; l'empire romain touche à sa ruine. « Le seul espoir de salut, dit Prosper (rA(]uilaiue. était de compter sur la miséricorde d'un roi sans miséricorde '. » Tous les regards se tournent vers Rome; car, si elle n'a jilus ni légions ni remparts, elle a un tombeau qui peut sauver le monde.

Le siège de saint Pierre était alors occupé par un homme de génie, grand par l'éloquence et la sainteté, Léon I. Il n'hésita pas ;'i offrir sa vie pour son trou])eau. Laissant à Rome la famille imj)ériale, il se rend à la rencontre d'Attila. Le roi des Huns se trouv;iil mm loin de Mantoue, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de l'escliicra. Léon, revêtu de ses habits pontificaux, se présente au Barbare el le supplie d'épargner Rome. Chose étrange! Attila le reçoit avec respect, l'écoute, accepte les conditions d'un traité qu'il avait refusées jusqu'alors, et repasse les Alpes. Ses compagnons d'armes, furieux de sa faiblesse et indignés de n'avoir pu piller cette Italie qu'ils convoitaient depuis si longtemps, lui demandent la raison de sa terreur. « Tu as tremblé, lui disent-ils, tu as fui devant un vieillard! » A ces reproches, le Fléau de Dieu répond : « J'ai vu, pendant que le pape Léon me parlait, apparaître au-de.ssus de sa tête un personnage divin, menaçant de me punir si je n'obéissais à l'évêque de Rome. » Ce personnage' divin était l'apôtre Pierre, qui montrait ainsi au monde romain et au mitudc liarbarc où ('taient désormais la vraie puissance et la vraie autorité.

' Chronic. ad ann. 452.

L(j letour de Lértii lut un tiioiij]ilic. Les peuples se précipitaient à sa reucontie pour acclamer leur libérateur. A Rome surtout, l'enthousiasme fut indescri[)tible et décerna au pontife le surnom de Grand. La papauté grandit, tandis que baisse la puissance impériale. Au.\ yeu.\ des pi-iiples de l'Italie, qu'était, en face de celui qui l'ai.sait reculer Attila, l'empereur tremblant derrière les murs de Rome et attendant sa déchéance? L'effet de cette victoire morale fut prodigieu.x, et accrut considéiablement la

Siiinl L.i.ii rt Anil.i, i \(u/i;.' il.' ll;ipliaM . ^iil Valu':ill.l

conliancc en rinlercessidii de saint l'iciie et la vénéralion pmu- ses successeuis.

De Léon le Grand à Grégoire 11. les fautes et les faiblesses des empereurs |in'(i|iitt'iit liiu- ruine. Période sanglante, pendant latpielle l'Italie, Inur ;'i toui- ravagée par les Barbares et .s'iuvi'e ]iar les largesses des ]»apes, se prend à mépi'iseï' une autorité ipii l.-i prc-^sure en temps de |»aix, <■! r.ihandonne ensuite au glaive de ses ennemis. Sous lt> pontific;it (le drégoiii" II, un fait d'inie extrême graviti' brisa les derniers liens (jui lattachaienl Hume ;"i riMn|iire. et funda délinitivement le pouvoir des papes.

1/an 7'J(i, dixième de son gouveinemcnt et douzième du iionlilicaf de Grégoire II, Léon l'Isainien déclara la guerre aux saintes images. Le théologien inq)érial d('(i<'t,i (pie vénérer les images des saints (•tait faire acte d'idolâtrie, et ordonna tle ilélruire toutes les statues sui- le territoire

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de l'empire. L'Orient ne fut plus qu'un vaste champ de dévastation; tout fut brisé, et ceux qui osèrent protester contre cette profanation durent subir les rigueurs de l'exil, les horreurs de la mutilation et la mort. A cette nouvelle, l'Italie catholique se souleva. On ne parlait pas moins que d'élire un empereur et de le conduire à Constantinople; obéir à un prince hérétique était impossible. Grégoire II s'émut de ces pensées de rébellion. Tout en condamnant l'hérésie impériale, et loin de proQter d'une circonstance si favorable pour proclamer la déchéance de l'Isaurien et établir sa propre autorité, il s'efforce de calmer les esprits, « espérant sa conversion ' : » Compescidt taie consilium Pontifex, sperans conversionem. Le conseil pacifique que donne le pontife prouve la suprématie morale qu'il exerce. Il peut tout : renverser l'empereur ou le conserver; les peuples ont les yeux fixés sur lui. Grégoire écrit une première lettre à l'Isaurien pour lui reprocher son impiété et l'inviter à revenir à des sentiments plus chrétiens. La réponse impériale fut la proclamation à Rome même de l'édit interdisant le culte des images et ordonnant de les briser et de les brûler. C'en était trop. Grégoire réunit un concile, condamne solennellement l'hérésie des iconoclastes, et lance à travers l'Italie une lettre où il prévient les fidèles de se tenir en garde contre rerreur. 11 n'en fallait })as tant pour les porter à secouer un joug méprisé. Les provinces de la Vénétie et de Ravenne se soulèvent contre l'exarque, qui est massacré, et se mettent sous la protection du pape. Celui-ci n'avait qu'un mot à dire, et l'empire perdait à jamais toute autorité dans ces régions. Ce mot, Grégoire ne le dit pas, et, sur son conseil, un nouvel exarque est accei>té. En réalité, toutefois, saint Pierre a pris possession de ces provinces cpii se sont données à lui librement.

A Rome, l'autorité de l'Isaurien n'existe plus. Le vrai maître, c'est saint l'iei're. L'empereur iconoclaste le comprend tellement, que c'est sur saint Pierre que sa colère tombe; c'est lui qu'il veut combattre et punir. Il écrit au pape qu'il envoie à Rome des émissaires chargés de briser la statue de l'Apôtre. Le pontife n'a point peur : « Viens! lui répond-il; mais souviens-toi que l'Occident tout entier a les yeux fixés sur notre bassesse. »

Sur ces entrefaites, Grégoire; II meurt, laissant à son successeur Grégoire 111 la tâche de continuer la lutte. L'Isaurien arme une flotte pour passer en Italie et briser, comme il l'a juré, la statue de saint Pierre. Elle mit à la voile au printemps de 733, sous le commandement du général Manès, qui avriil ordre de ramener Grégoire III pieds et

' Lib. pontif. 1, (i. iO'>. Édit. Duchesnc.

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mains liés à Constantinopie. Déjà les navires étaient en vue de Ravenne, quand, assaillis par une elfroyable tempête, ils furent dispersés et brisés contre les écueils. Ce qui échappa au naufrage voulut attaquer Ravenne; la défaite des débris de cotte armée fut complète, le massacre sans pitié.

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