AA/A
Ijton le Grand ao l't'iicnntn' avi'c Adiln. i Mii|ilial'l.| — Photoy. Aliiinri
L'isauiii'ii, au ((niiliif île la riiniii', se vciitica de sailli l'ienv en ronliscpiaiit tous les (lumaiiies qu'il possédait dans ses l-llats. N'ayant pu rattuiiidic à Rome, où il frniivci ni', cl l'écraser, il le dépouille comme im voleur de grand cliciiiiii.
A peine délivré de ce danger, par la piuteelioii visible ilc l'.VpAtie. Grégoire III xnil un iinnvcl ciiiieini nn uaeer l'autorité nais.-<aiile de saint
452 SAINT-l'lERHE DE RUME
Pierre. Luitprand, roi des Lombards, excité par la cour de Byzance et alléché par son ambition, convoite Rome et son duché. Il met le siège devant Rome, dévaste la campagne, saccage les catacombes et les basiliques élevées sur les tombeaux des martyrs. La basilique de Saint-Pierre elle-même, qui n'était pas renfermée dans les murs, est profanée et pillée. Le pontife se souvient alors qu'une nation voisine , la fille aînée de l'Église, a le plus grand amour pour le tombeau de saint Pierre. Il demande son secours. C'est le premier l'egard de la papauté vers la France; elle ne l'en détournei'a plus, sûre d'y trouver toujours, dans sa détresse, aide et consolation.
Un grand homme gouvernait alors la France, sous l'ombre royale d'un prince qui n'avait ni l'énergie de commander ni le courage de combattre. Charles Martel était en pleine gloire, et l'univers catholique célébrait sa victoire sur les Sarrasins, broyés par sa main de fer sous les mui^s de Poitiers. C'est à lui que Grégoire III s'adresse. Il lui envoie successivement et à bref délai deux ambassades chargées de lui remettre ses lettres et ses présents, et de lui offrir la dignité de patrice des Romains. « Les attaques des Lombards sont devenues intolérables, écrit le pontife; 'ils ont spolié tout ce qui appartenait à la basilique de Saint- Pierre; ils ont enlevé les riches offrandes qu'elle tenait de votre munificence et de celle de vos parents... Montrez à tout l'univers, en prenant notre défense, combien est sincère la lui qui vous anime, combien est ardent votre amour pour le ])ienheureux Pierre, prince des Apôtres '. »
Offrir le titre de patrice des Romains était faire acte d'autorité indépendante vis-à-vis de la puissance impériale. Le patrice, en effet, nommé directement par l'empereur, avait la mission d'administrer les provinces, sauf le payement d'un revenu annuel. Paul Diacre nous a conservé le cérémonial de l'institution du patrice. L'élu se mettait à genoux devant l'empereui'. (pii hii disait : « Comme il nous est difficile de porter à nous seul le poids de l'administration qui nous incombe, nous vous choisissons comme notre aide et nous vous accordons, comme un grand honneur, le droit de défendre l'Église et les pauvres, vous souvenant que vous rendrez compte de cette charge au souverain Juge. » Puis l'empereur le revêtait d'un manteau, lui mettait au doigt un anneau , et dans la main un diplôme où étaient écrits ces mots : « Sois patrice juste et miséricordieux. » Le patrice devenait ainsi le vicaire de l'empereur dans les provinces pour la défense de l'Église et des pauvres.
' s. Greg. Episi. III, vi. — Migiic, Patrot. lut., t. XGl.X.
Grégoire III agissait donc en souverain quand il nommait Charles Martel son vicaire pour la défense de l'Église romaine.
Outre les insignes officiels du patriciat, le pontife, dérobant sa personne derrière l'autorité réelle du prince des Apôtres, auquel Rome et son duché menacés appartiennent, envoie à Charles les clefs de la Confession de saint Pierre. Dans la pensée dt\ Grégoire, ces clefs vénérables sont les vrais insignes de la dignité qu'il propose : « Ne méprisez pas ma prière, écrit- il, ne fermez pas vos oreilles à ma supplication, afin que le prince des Apôtres lui-même ne vous ferme pas en retour la porte du ciel. Je vous conjure par le Dieu vivant et vénérable, par ces très saintes clefs de la Confession du bienheureux Pierre, que nous vous transmettons en signe de votre autorité, — quas vobis ad regnum dircximus, — de ne pas préférer l'amitié du rui des Lombards à l'amour du [uince des Apôtres '. »
C'était un usage très ancien des souverains pontifes d'envoyer aux rois, aux grands personnages et aux évoques éloignés, de iietites clefs semblables à celles de la Confession de saint Pierre, coiiiinr un souvenir d'amitié et une pieuse lelique. On y mettait (incliinc parcelle des chaînes de saint Pierre, et elles se portaient religieusement au cou. Grégoire le rirnnd en fait don à Childebert, roi de Paris, pour lui recommander le nouvel admiiiisliateur du prilriiuoine de Saint-Pierre dans ses Etats. « En outre, écrit le saint pontife, nous envoyons à Votre Excellence les clefs de saint Pierre, dans lesquelles nous avons renfermé cpielque chose de ses chaînes, afin que. les i)i)itaiit suspendues à votre cou, elles vous protègent de tout mal'. « Avec de graves auteurs, comme Alemaimus, Ruinait et le cardinal Orsi \ nous pensons que les clefs env(tyées par Grégoire IH à Charles Martel comme insignes du patriciat romain, ne sont point ces iietites clefs, souveiiiis et reliiiues donnés ordinaiiement par les papes, mais véritablement les clefs même de la Confession de saint Pierre dont la garde lui était ainsi solennellement confiée. Pierre. allai|iii'' dans ses possessions, remettait à C.iiaiies les clefs île smi tombeau |ionr iin'ii pi il la iir-l'cuse de ses droits. Aucun syniliole ne pouvait être plus (>xpie.ssif. Ces ambassades, honorablement accueillies, neuicnt iptiih succès transitoire, à cause (1(> la niorl «lu pape et de Charles luimèmt!.
Euitpraiid. pai' crainte de l'intervention anm'e des Francs, avait levé
' s. Crrg. Kpial. Ml. \\. Mitrni", l'uhol. lui., l. XC.IX. ' S. Cii-('t;. Hpinl. lili. V, M.
^ Kuinart, iiol. nd .\iipcml. h'rcilegav. intvr o/tmi S. Crcij Tni-.,» — .Vloiiiaiiiius. Di.iscrl. lie Parirtin. Lui. c xiv. — C Orsi, llinloirc (/<• /'/î(//i»c.
le siège de Rome, non sans espoir de prendre sa revanche. En attendant le moment opportun, il détenait quatre villes du duché de Rome, soumises au pouvoir de saint Pierre. Le nouveau pape Zacharie, ne pouvant obtenir leur libération, se décida à aller trouver le roi lombai'd. L'entrevue eut lieu à Terni. Les prières du pontife touchèrent le cœur de ce Barbare, chrétien du reste, à ce point que, outre les villes réclamées comme un droit, il ajouta en pur don, par dévotion envers saint Pierre, les territoires de Narni, Osimo, Ancône, Nomana et la vallée dite la Grande, près de Sutri. Restitution et donation, dont l'acte fut déposé par Luitprand lui-même sur le tombeau de saint Pierre.
Mais ce que le Lombard donnait d'une main, il le reprenait de l'autre. A peine rentré dans ses provinces du nord de ITtalie, Luitprand se jette sur l'exarchat de Ravenne. Ce territoire pouvait lui paraître un bien vacant, à raison de l'effacement presque total de la puissance impériale et de la réserve des pontifes romains auxquels ces peuples s'étaient librement donnés. Ceux-ci ne partageaient point cette opinion et se regardaient comme appartenant à saint Pierre. Aussi, dès la nouvelle de l'invasion, l'archevêque de Ravenne et l'exarque lui-même implorent le secours du pape. A lui de défendre le domaine de saint Pierre. Zacharie n'hésite pas. « Comme le bon pasteur, il laisse les brebis qui sont en paix dans le bercail pour courir à la délivrance de celles qui vont périr'. » Son arrivée à Ravenne est un triomphe; le peuple en larmes se porte à sa i-encontre et le salue comme un père : Beyie venit Pastor noster! C'est à Pavie cpie le pontife s'abouche avec Luitprand, et, à force de supplications, obtient la délivrance de l'exarchat. Malgré la haute autorité qu'il exerce sur ces peuples, le Vicaire de Jésus- Christ fait acte de déférence vis-à-vis de Constantinople, et y envoie le traité pour qu'il soit ratifié par l'empereur. Encore longtemps, quoique le domaine réel leur appartienne, les papes seront fidèles à conserver à l'empire les marques de soumission et de respect. Dans tous les actes officiels, la chancellerie romaine continue à mettre la date du règne de l'empereur, à donner à ces princes, malgré leurs hérésies et leurs crimes, le titre de « très pieux ». Quelquefois le notaire pontifical hésite; il ne sait quelle date indiquer, celle du règne de Luitj)rand ou de celui de l'empereur, tant il y a de doute sur l'autorité impériale en Italie. Les actes du premier concile tenu à Rome par Zacharie débutent ainsi ; « La deuxième année de l'empereur Artabaze, la trente-deuxième du règne de Luitprand, en la douzième indiction... »
* Lib. pontif. I, p. 425. Edit. Duchesne.