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Tierce finie, la procession se met en marche vers le tombeau de saint Pierre. Porté sur la sedia, le pontife apparaît dans toute sa majesté; mais à ses pieds, devant lui, au milieu de ce cortège triomphal, marchent un maître des cérémonies et un clerc chargés de lui rappeler la vanité de la gloire de ce monde. Le maître des cérémonies porte en main une canne argentée d'où sortent des étoupes; le clerc, une lumière. Tous deux se tournent vers le pontife, le clerc allume l'étoupe, et pendant que rapidement elle brûle jetant une flamme, le cérémoniaire, un genou en terre, chante : Pater sancte, sic transit gloria mxindi! Trois fois l'étoupe brûle, trois fois il chante : a Père saint, ainsi passe la gloire du monde! »
Si l'élu n'est pas évèque, il est consacré à l'autel papal. Lui seul a ce privilège. D'après un décret de saint Grégoire le Grand ', les autres consécrations épiscopales se faisaient autrefois à l'oratoire de saint André. Pierre est un, il est le père, son nom est incommunicable; par conséquent, seul le pape doit être consacré à son autel comme signe de l'autorité principale, incommunicable, qu'il reçoit. Mais, à lui seul. Piciie ne peut gouverner l'Église, il a des frères dans l'épiscopat; aussi, pour affirmer publiquement cette touchante et indissoluble fraternité, Grégoire décide qu'ils seront consacrés à l'autel de saint André, le frère de saint Pierre. Cette pensée était digne du cœur de Grégoire. Il est à regretter que saint André n'ait plus aujourd'hui, près la tombe de son frère, un autel vénéré connue dans la basilique de Constantin. Les vieux souvenirs s'en vont. Comme on a relégué, par honneur, la chaire de saint Pierre à inie hauteur inaccessible qui en a t'ait perdre l'amour dans le cœur des fidèles, on a placé la tète de saint André dans la coupole; et le jour de sa fêle, quand on veut lui rendre hommage, il faut un t('lescope. Le mieux est souvent l'ennemi du bien.
Si le pape est évèque, la messe connncnci' immédiatement , selon les cérémonies dont nous avons déjà parlé, à part la remise solennelle du palliuni, que le cardinal-diacre attache sur les épaules du pape avec trois épingles d'or à tète d'émeraude, en disant ; « Ileçois le saint /)«///»/», la plénitude du pouvoir liontiliial, à l'Iioiuicui- du Dii'U toiil-puis.sant. de la très glorieuse Vierge; Marie, sa Mère, du bienheureux apùtre Pierre et de la sainte Église lornaine. » Après l'oraison a lieu le chant des litanies. Le pai)e s'est assis sur son trône; le piemier des cardinaux-diacres, accompagné d'un nuiitre des cérémonies, des auditeurs de Ilote, des avocats consistoriaux, descend à la Confession de saint Pierre. Trois fois le cardinal (hante: Kxaudi, Christel Trois l'ois ses assistants répondent par
' Cancelliori , de l^ecretariis, I, p. 7'.>7.
cette acclamation : Domino nostro a Deo decreto summo Pontifici et universali Papse vita ! Puis le sacré colloque continue : « Salvator mundi, chante le cardinal. — Tv ilhim adjuva! répondent les clercs. — Sainte Marie, aide-le. — Saint Michel, aide-le. — Saint Pierre, aide-le. » Et tous les saints sont implorés, appelés au secours du pontife : « Aidez-le! aidez-le! » C'est que vraiment le pape universel a besoin du concours divin, et tous les saints peuvent se liguer pour gouverner avec lui le troupeau du Christ.
La messe terminée, le pape remonte sur la sedia et se rend à la loggia, qui domine la place Saint- Pierre. Toute sa cour lui fait cortège; tout un monde lo contemple. Il s'assied sur un trône; les chantres entonnent l'antienne : Corona aurea super caput ejus. Le cardinal-doyen, assisté de deux cardinaux-diacres, récite l'oraison : Omnipotens sempiteme Deus, dignitas sacerdotii, auctor regni... Puis il dépose la tiare aux trois couronnes' sur le front du pontife en disant : « Reçois la tiare ornée de trois couronnes, afin cpie tu saches que tu es le Père des princes et des rois, le Recteur de l'univers, le Vicaire de notre sauveur Jésus-Christ sur terre, à qui honneur et gloire dans les siècles des siècles. »
La tiare est l'ornement le plus caractéristique des pontifes romains. Sa forme, comme son nom, a subi de nombreuses variations. On l'appelait indifféremment phrygium , mitra tiirbinata , regnum , triregnum et tiara. Ce dernier terme a prévalu. Dans le principe, ce n'était qu'un bonnet de forme conique, l'antifjue coiffure des honnne.s libres. — signe de cette liberté, — le bonnet phrygien. On y ajouta à la bordure inférieure un cercle d'or, symbole de l'autorité royale des papes. Innocent III, dans un sei'uion sur saint Silvestre, établit nettement la différence de la mitre et de la tiare; il dit : Romanus Ponlifex in signum imperii utitur régna, et in signum Pontificii utitur mitra \ La tiare sert au roi, la mitre au pontife. Et de fait, quand le pape officie, il ne se sert que de la mitre.
L'usage de la tiare remonte, dit-on sans |irenves livs convaincantes, à saint Silvestre. Ce pontife aurait adopté le bonnet phrygien, ou de luimême, ou sur le conseil de Constantin, poui' affirmer publiquement la liberté dont jouissait l'Église. Seul, en ellet, le premier après la paix, il est représenté dans les plus anciennes peintures coiffé de la tiare primitive. A la première couronne, ce cercle d'or entourant le front, on en joignit une seconde, vers le xe ou xie siècle. Il l'st dit du pape Nicolas II, élu en 1058, qu'il reçut une tiare ayant deux cercles d'or: sur le cercle
' Novaes Dissert, storico-crit., II, p. 83.