I.E r.VlTZ
inférieur mi lisiiit : Corona regni ch' manu Dei; sur le cercle supérieur : Diadema imperii de manu Pétri'.
La troisième couronne est attribuée à Boniface VIII. Son symbolisme mysti({ue est tout entier dans les paroles prononcées par le cardinaldoyen lorsqu'il dépose la tiare sur la tête du nouveau pontife : « Ri'çois la tiare aux trois couronnes, afin <{ue tu saches que tu es le Père des princes et des rois, le lU-cleur de l'univeis, le Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Ces grandes céiémonies ont subi, dans le cours des siècles, <[uelques v.niatiiins: des saints ont teriti' di' s'y di'rober; d'autres les ont transforiik'cs |iail'()is m iiouipc-; peu cniilnriiics à rc>|irit chn'tien; mais elles sont toujours restées le syndjoie le plus auguste de rautoiiti' la plus hauti' qui soit en ce monde. Témoin de cette divine const'cration. le peuple, si |ioit(' à se .soustiaiic à l'autorité (pi'il subit connue un joug, avait au moins la conviction que sa soumission allait à Dieu, soiu-ce uuiqiir du |iniiviiii' de Tliomme sur l'homme. Plus ou a dépouillé Tautorité de sDii auréole divine, en su[)primant les rites religieux qui la consacraient, plus je |)eiiple .s'est révolté contre elle. Et c'est justice.
La basilique; de Saint-Pierre, nous l'avons déjà dit, n'est pas la cathédrale ilu pa|)e. Aussi, quand le nouveau |)Ontifn a ('-té béni, consacré, couronné près le tombeau de saiid Pierre, il doit aller prendre possession de son église patriarcale de Saint-Jean in Lalcrnuo. Connue cette solennité est le compléineiil des l'êtes du couronnement, nous en donnons la description.
C'est un ('vi'nemenl dans la Ville ('ternelle. On prend h; temps de s'y piéparer alin que la eéiémoine soit aussi splendide que possible. Quand le joiu' est fixé, les cnrsori's sillonnent les i-ues pour porter aux péi-sonnages fpii doivent, par leni' charge ou leur dignité, figurer dans le cortège, luie iuvitali(tn |iarli(idièii'. I,a roir l'iiimlc. (pu du portique de la basilique Valicane aboutit à Saint-J(vm de Latran. en passant par le Borqn nuovi). le pool Saint-.\ugi', l'asiphno. Saint-.Vndi'é délia Valle. Ir Gi'sii . le Capilulr. jr t'iuuni inniain, lare de Tiliis, le Cdiisée et la nie de Saint-. lean-de- I .alian. est snnqitnrusi'Uient d(''eo|-ée de tapisserit'S, de tenliu'es. de llenis, de Iruillages, d'inscriptions et de ligures syndioliques. De dislauie en distance un ('lève des arcs de trionqihe.
C'était la belle journi''e des papes de la Menaissauce. Léon X. l'anu des arts, y oublia nii'uie (|ue|qiie peu le synd)olisme chiélien. Tous les dieu\ de rOlympe s'i'taieut dissénunés sur sa roule dans des scènes allt'go-
' Noxaen, II, p. 88.
riques, des tableaux, des statues, dont la nudité et l'attitude imprimaient un caractère païen à une procession chrétienne. Si les vieux Romains, secouant la poussière du tombeau, s'étaient relevés de leurs sarcophages, ils auraient cru assister à une fête en l'honneur des dieux antiques et pu suivre le cortège du pontife du Christ.
Quand tout est prêt, au jour dit, les personnages de la cour pontificale se rendent au Vatican. N'oublions pas que ce n'est pas, à proprement parler, une fête religieuse, mais une cavalcade. Tout le monde est à cheval, même le pape. En tête, les cavaliers de la garde ptmtificale, les camériers des cardinaux, les familiers de la maison papale : tailleur, boulanger, barbier et jardinier, tous en casaque rouge. Puis un groupe fort original de douze haquenées blanches tenues par douze valets. C'est le tribut annuel du roi de Naples. Suivent les litières pontificales, traînées par des mules aux harnais de velours cramoisi avec pompons en or, sous la garde du maître des écuries. Et le détilé des personnages commence : prélats, princes, ducs, patriciens, députés du peuple, — si le pape est Romain de naissance, — tous en habit de gala, pages à droite, pages à gauche, montés sur des chevaux avec harnais noirs, violets ou rouges, selon la dignité. La tête de la cavalcade est déjà au pont Saint-Ange (juand 1(! pape sort du Vatican et se rend sous le portique de Saint-Pierre. C'est de là qu'il part. Sa haquenée est blanche, couverte d'une housse en velours cramoisi richement brodé en or. Un écuyer tient l'étrier; un prince assistant ;m trône, la bride d"or. Sur sa haquenée, le pape est en soutane blanche, rochet, étole, mosette rouge et grand chapeau rouge à glands d'or; il a des gants blancs et tient à la main une baguette d'argent. Oh! ce n'est pas pour finie prendre le mors aux dents à sa monture, car tout ce monde est d'allure pacifique et va d'un pas tranquille, au milieu des vivats et de la cohue de la foule. Nous ne prétendons pas cependant que quelque belle haquenée, toute pimpante sous son manteau de velours et prise subitement de folle vanité, n'ait jamais, le diable la poussant, fait danser plus que de raison quelque grave monsignor. Pasquino raconte môme que certain pape. — il ne dit pas son nom, — fut jeté bas en plein Forum, à la grande joie de son peuple. En homme d'esprit qu'il était, il rit le premier de sa mésaventure, et dit : « Je suis vraiment ici le vicaire du Christ sur terre! » Vicariiis Chrisii in terra. Mais nous ne sommes pas encore au Forum.
Autour du pontife évolue une étincelante compagnie de pages, aux riches vêtements lamés d'argent, brodés d'or, culottes blanches, chapeau à la main. Ils sont une quarantaine, tous de la noblesse romaine. Le choix en est réservé au cardinal-camerlingue; choix très envié, très recherché^
LE CULTK
car chacun de ces gentils pages est nommé de droit comte palatin et chevalier de l'Éperon d'or.
A la suite défilent les cavaliers de la garde-noble, le maître de chambre, le médecin du pape, puis les cardinaux, par ordre d'ancienneté : manteau rouge, chapeau rouge, chevau.\ ù housse rouge. C'est le groupe le plus éclatant. Il précède le carrosse de gala du j)ap('. traîné jiar six chevaux blancs. La musique suit.
Quand le pontife arrive au château Saint- Ange, il passe devant le front des troupes de la garnison et reçoit l'hommage du vice-gouverneur
Cavalcade de Pif IX . le H iioveinbrt! 18'tC.
de Rome. Il est salué do ipiatre-vingts coups de caiKHi. VA le cortège marche toujours, à petits pas; car après le ])onf Saint-Ange il s'engouffre dans des rues étroites où ces grands personnages ont fort à faire pour trouver issue. Le polit peuple, toujours curieux, s'entasse un peu partout, cdupe la cavalcade, entrave le dt'lllé; il faut forcer le pa.ssage, et, si la nuisi(pie ne faisait rage, on entendrait, au luilion des vivats, les cris des écrasés. Quand la masse est trop compacte, aux endroits les plus resserrés, comme en l'aii' la tmir di' Si-r l'ii'lro, vis-à-vis le Monli' Gionlano. — un vrai coupe-gorge, — on l'iciid le grand moyen. Un ( aim'rii'r giiiiipe sur le haut iji' l:i lour cl ji'ltr fi droite et à gauche des poignées d'argent. Le peuple cou il ."i la curée, lai.sse la rue libre, et c'est aloi^s <pie, profitant du large fait au puntil'e. le rabbin de Home. A la tète de la synagogue, lui présente le rouleau du l'entateuipie mystérieusement voilé. Le pape le re<;oit, puis le rend au rabbin, mais ;\ l'envers. Cet honnnage valait aux juifs (|uel(pies bons éciis.
Mais la foule èt.iil rcviiiuc et prcssail ui.dicieusement la cavalcade.
A la place Saint-Marc il fallait, sons \mne d'étouffer, jeter de l'argent à pleines mains. Au Capitole, devant le palais, le sénateur de Rome, en grand costume lamé d'or, le sceptre d'ivoire en main, entouré de tous les ofliciers du municipe, fait un compliment au pontife, lui jure fidélité au nom du sénat et du peuple romain, et lui offre sur un plateau d'argent les clefs du Capitole '.
On descend tant bien que mal la rampe du Capitole à travei's les fûts de colonnes brisées, les chapiteaux, les corniches des temples et des basiliques du Forum.
Devant l'église de Sainte-Martine, il y a tout un l'assemblement qui guette le passage du pontife : ce sont les députés des clercs de toutes les églises de Rome. A l'arrivée du pape, ils sortent l'encensoir à la main... Comme on le pense bien, pas un ne manquait au rendez-vous.
On passe sous l'arc de Titus : c'est l'antique via Sacra, foulée par les
' Note sur quelques dignitairks de la court pontificale :
§ I. — /x> sénateur.
C'est l'ombre du sénat de l'antique république. Son titre éciuivaut ;i celui de préteur. Il est nommé à vie par le pape lui-même, avec six raille écus de rente qui lui furent déflnitivement assignés par Innocent XII. Le choix tombait d'ordinaire sur les plus illustres patriciens. Clément XII ordonna de ré.server cette dig^nité à un neveu du pape régnant. Dos qu'il est élu, le sénateur se rend à l'audience ilu pape pour recevoir l'investiture. Il jure fidélité au pontife, qui lui remet un bâton d'ivoire, signe de son autorité, en disant : Accipe. sceptrum, et esta senntnr tirhis in noininc Patris, et Filii , et Spiritus sanrii. Amei>. Du palais apostolique, le sénateur va en grande pompe l)rendre possession du Cajjitole. Il est sur un cheval des écuries pontificales précédé d'un nombreux cortège. Dans la grande salle du Capitole, devant les capitaines des (juatorze quartiers de Rome et les conservateurs , il jure solennellement de conserver et de maintenir les droits et les prérogatives du (leuple romain.
Il représente dans l'administration pontificale l'élément laïque et a juridiction sur les laïques. Il crée les citoyens romai>is, condamne à mort dans certains cas. Pour exercer son autorité, il a sous ses ordres deux lieutenants civils, les collatéraux , un juge en appel, un lieutenant criminel, qui doivent être citoyens romains, et trente notaires pour les actes officiels.
Son train de maison est semblable à celui des cardinaux, ce qui convient à celui qui s'appelle primus civis Romie. Cf. Panvinio, Fastor. de patricis cl senatoribus, lib. I. — Crescimbene, Jstoria délia Basil, di S. Maria in Cosmedin. — Vendettini, del Senato romano.
^ II. — Les abbréviateurs du l'arc -M"jcur.
Cette appellation étrange, au premier abord, s'applique à un collège de secrétaires chargés de transcrire les bulles pontificales, d'en examiner les formules, et de les signer au besoin en lieu et place du cardinal chancelier. Ce nom leur vient de ce ([ue, dans la salle où ils écrivaient, la table de travail était séparée du public par um' barrière en bois. Ils étaient parqués comme des moutons. Il y avait deux classes de secrétaires, d'où le parc Mineui- et le parc Majeur.
§ III. — Les auditeurs de Rote.
La Rôle est le tribunal le plus célèbre de la cour romaine. Ses décisions ont force de loi, et forment une immense base de jurisprudence ecclésiastique. Les auditeurs ont mission d'étudier les questions de droit et de donner leur avis motivé. Ils sont au nombre de neuf, dont cinq Italiens, un Français, un Autrichien et deux Espagnols.
On se dispute, sans conclusion certaine, sur l'orisiine de ce nom de Rote assez bizarre. Je crois qu'il vient de leur église titulaire Sainte -(^atherine delta Roln. Chacun connaît la roue de sainte (jatherine, la, martyre.
triomphateurs. Jusqu'au Colisée, le décor en est réservé aux juifs : des tapisseries, dos cartouches rappelant les scènes de l'Ancien Testament, des textes de rÉcriture faisant allusion à leur obéissance au pontife romain, rien n'est omis par la synagogue pour participer à la fête. C'était justice; car, dans toute la chnHienté, les juifs n'avaient pas un abri plus siîr que le ghetto de la Ville éternelle. Il y avait cependant une certaine ironie dans le choix de rem[»lacement à décorer qui leur était réservé.
■ st'iiatt'nr de Itmiii- >rii<- - .\ninjiif UiirlK-riiii . ikii*:. .\f;trall.i
L'arc de Titus est le signe visible, permanent, il»- l;i ruine de Jérusalem, et cette via ,^(icrft, (prilsjoncli.iicnl de lleins. ;iv.iil vu passer les dépduilles
du Templi' i-t cllIriKlu Irs lainriilaliiuis de Icllis [irrcs. Ce Ciiiu i|(> Riimc
résume, dans trois iiinmiiiiriiN, Imilr riiislnirc religieuse du monde: le (-olisée, l'apogi'e du pagaiiisiiu' dans sa Irinmpbante brutalité; lare de Titus, la lin du jinlaïsmi:, et l'aie il(> Constaiiliii. la victoire du christianisme.
Et le Vicaire <lu Christ contiiMie sa maiclK' vers Saint-.lean-ile-l,atran. ;\rriv('' devant la |iMrlr (•ciitralr île la lîasiliqii»'. il Miel |iii'(| à terre, baise la croix que lui iin'sciilr le rardinal-archipn'ire. cl .s'assied sur un tn'kne.
Les clefs, Finie en or, Tautre en argent, lui sont offertes dans un bassin doré rempli de fleurs.
Des coutumes anciennes, d'un caractère symbolique quelque peu naïf, ont été supprimées dans les temps modernes. Ainsi, à l'époque de Pascal II (xie siècle), on mettait au pontife une ceinture d'où pendaient sept clefs et sept sceaux, souvenirs réalistes des visions de l'Apocalypse, symboles des dons du Saint-Esprit et de la puissance universelle du Vicaire de Jésus-Christs Ainsi encore il y avait, sous le portique de Saint- Jean-de-Latran, trois sièges en marbre dans lesquels le pape devait s'asseoir selon l'ordre liturgique. Dans le premier, il recevait les clefs; dans le deuxième, il les rendait et prenait une bourse contenant douze pierres précieuses, — allusion évidente aux douze Apôtres, — puis il jetait au peuple de la menue monnaie en disant : Dispersif, dédit pauperîbus... Le troisième siège, en porphyre, le plus célèbre à cause de l'interprétation malséante que lui ont donné les protestants, s'appelait sedia stercoraria. Ce nom lui vint de ce que le pontife, s'y étant assis, se levait soutenu par deux cardinaux, pendant que l'on chantait ce verset du psaume cxii : Suscitans a terra inopem, et de stercore erigens pauperem. Léon X, le dernier, se soumit à ces cérémonies compliquées et les abolit. Nous allions oublier le coq de saint Pierre. On plaçait, en effet, près la porte principale du Latran, un coq doré posé sur une colonne de porphyre. C'était rappeler au pape la défaillance de Pierre, et l'inviter à se souvenir de ses propres faiblesses, pour témoigner plus d'indulgence à celles des autres. Mais il arriva que les simples d'esprit imaginèrent une parenté quelconque entre ce coq de bronze et celui de la cour du grand prêtre. Était-ce son portrait? Croyaient-ils que le vrai coq s'était perché sur la colonne de porphyre pour chanter? Nous ne le savons pas, mais ces bonnes gens rendirent un certain culte au coq de bronze et à la colonne. Alexandre VII supprima les deux.
Aujourd'hui, après la remise solennelle des deux clefs, le pape pénètre dans sa cathédrale au cliaiit du Te Deum.
C'est l'heure du repos, repos bien mérité à coup sûr, si l'on songe que les papes sont presque toujours des vieillards.
Anciennement, après les cérémonies du couronnement et du Possesso, le pape oiTrait un banquet aux plus grands personnages de sa cour et aux illustres étrangers qui étaient ses hôtes. Ce diner pontifical, au service d'une allure très archaïque, nous a paru mériter quelques lignes de souvenir, car ce n'est plus (ju'un souvenir lointain déjà, puisque sa suppres-
' Cf. lionaniii, Numismaia pontif. II, p. 788. — Baronius, Ann. Eccl., aiin. 1100. — Mabillon, -I/kn. itat. Il, p. 210.
LE CULTE ilT
sion date de saint Pie V, au xvie siècle, qui jugea préférable d'en distribuer le prix aux pauvres. Cet acte de pieuse bienfaisance n'était, en aucune façon, une condamnation de l'usage immémorial de ses prédécesseurs.
Le palais patriarcal du Latran offrait au souverain pontife et à ses invités de grandes salles de réception. L'une d'elles, choisie pour la circonstance comme salle à manger, était décorée de draperies en soie et en tissus d'or et d'ai-gent. Dans le fond de la salle, face à la porte d'entrée, on élevait une estrade, et an milieu, sur un degré supérieur haut d'une palme, on plaçait la table du pape; son siège, adossé au mur, était protégé et orné par un baldaquin en drap d'or, dont les franges pendaient autour formant le dais. A gauche se trouve la crédence papale, sur laquelle on dépose les vases précieux, le vin et toutes choses nécessaires au service. En dehors de l'estrade d'honneur, le long des murs, sont, à droite, les tables des cardinaux, évoques et prêtres; à gauche, celles des cardinaux-diacres, puis, chacun selon sa dignité, les évèques, les prélats, les laïques. Si un roi assiste au banquet, il prend rang après le premier cardinal-évèqtie. Mais si un empereur est présent, le service devient plus compliqué. 11 s'agit ici de l'empereur des Romains, le titulaire du saintempire, car l'empereur grec est traité comme un simi>le roi.
L'empereur a une table à part sur l'estrade d'honneur, à droite du pape, — car il mange seul, comme le [tape lui-même; — mais sa table est moins élevée (jue celle du pape, .son siège n'a qu'un petit escabeau en drap vert, et, bien (pie décoré de drap d'or, il n'a point de dais. Légères nuances qui autrefois avaient une importance tellement grande, que leur oubli pouvait mettre le feu aux quatre coins de la chréticnti'.
L'enq)ereur a aussi sa crédence privée, son service personnel à volonté, tandis ipie les cardinaux n'ont que quatre domesticpies pour vei-ser le vin, le goûter, couper les viandes et les servir.
L'entrée est solennelle.
Le pape arrive, après roffice, revêtu d'une partie des ornements sjtcrés, dalmatiipie et sandales. Un manteau rouge, ouvert par-devant, lui couvre les épaules, il porte la mitre. Les cardinaux sont en rochet et manteau court (le. couleur violette, sauf les réguliers, (pii jiortent les couleurs de leur orilre. Ils accompagnent le pape jus(pj"à la table d'honneur, (pie l'on ({('phice pour lin iiislaiit. Le pape s'assied, tons les convives restent debout. C'est au plus digne, empereur, roi ou piiuce. de lui pn-sciittr l'eau j)Our se laver les nmins. 'l'oiil le monde se met à genoux, à part les cardinaux et les prélats. Puis l'empereur se lave les mains à son tour, et, à la suite, tous les convives.
478 SAINT- PI EH liK DK linME
Cette cérémonie terminée, le pape bénit la table, s'assied, mitre en tête, et l'assistance prend ses places respectives. Les cardinaux ont également la mitre.
Le premier plat est porté par l'empereur; mais, avant de l'offrir au pape, un serviteur le goûte. C'est l'épreuve. Les autres plats arrivent successivement en passant par les mains du roi, des princes et autres laïques, selon leur dignité. Quand le pape boit, les convives, sauf les cardinau.x et les évêques, se mettent à genoux.
On le voit, ce dîner est une fonction solennelle, presque religieuse. On ne parle pas. Pendant tout le repas, un chapelain pontifical fait la lecture des saintes Écritures. Lorsque tout est tîni, on se lave les mains avec le même cérémonial, et chacun rentre chez soi, après avoir rendu grâces à Dieu et à son Vicaire eu terre.
Pie VI est le dernier pape qui ait fait la cavalcade du Possesso à cheval; depuis lors, le carrosse a prévalu. Les vieilles coutumes du m«iyen âge ont disparu comme les vieux papes. Ils sont loin, ces pontifes féodaux, quelque peu batailleurs, portant haut la tiare à triple couronne! La diminution de la foi, les révolutions successives, l'apostasie des nations, l'invasion du patrimoine de saint Pierre, tout a contribué à donner aux pontifes de ce siècle une physionomie dolente qui contraste, même sur leurs monuments funèbres dans Saint-Pierre, avec le grand air souverain de leurs prédécesseurs.
Cette nuance de tristesse s'est répandue sur I(mh- cour. Adieu, les beaux pages chamarrés d'or; adieu, les belles haqucuécs aux pompons joyeux; adieu, les livrées fastueuses des jours de gala; tout est remisé dans l'ombre et n'est plus qu'un musée d'antiques souvenirs. Aujourd'hui, lorsque dans les rues de Rome on croise un vieux carrosse noir, traîné par deux vieux chevaux noirs, conduit par un vieux cocher en habit noir, on n'a qu'à regarder au dedans, et Ton est sûr d'y trouver un vieux cardinal en soutane noire... Tout porte le deuil temporaire de la papauté souveraine.
« Père saint, ainsi passe la gloire du monde! » L'étoupe brûle, la flamme jaillit, et tout est fini. C'est l'image de la vie des papes. La Basilique de Saint-Pierre, qui a l'insigne privilège d'être le lieu de leur couronnement, est aussi le lieu de leur enterrement. Elle acclame leur naissance au pontificat suprême, et pleure leur mort.
A raison même de l'autorité (ju'il détient, la mort du pape doit être officiellement et rigoureusement constatée. 11 y va de l'unité de l'Eglise. Avec lui cesse son pouvoir; mais lui vivant, n'ayant même qu'un souffle, ce pouvoir vit en lui et reste incommunicable. Toute surprise, toute
m; CUI.TK
erreur doivent être évitées. Quand le jiontife a rendu le dernier soupir, on le laisse quciquf temps sur son lit, jusqu'à ce que le cardinal -camerlingue de la sainte Église romaine, le premier après le pape, ait fait la reconnaissance du corps. Il est introduit dans la clianibie mortuaire par le maître de chambre, accompagné de ipielques clercs. Il se met à genoux, fait une couite prière, l'egarde le pontife, et. frappant doucement son front diiu marteau d'argent, il l'appelle par son nom. Non pas
l'ic VI à cIli'Vlil. ((iiuvilic |ini' l'iliij:i.)
son nom de pape, mais son nom de haplème, celui (lu'on retient le mieux, l;iiil les mères le pi'onouceiit avec amour. Si le pontife ne répond pas, le cainerliiigue reçoit l'anneau du l'iM-lieiu' dont il a la garde, et le sceau de plomli qui sert à authentiquer les huiles. .\(te de ces céiémonies est dressé p.ir un notau'e puhlic, et Innt le monde se l'eiire ponr faire place au. \ |»énitenciers (le S;iinl-l'ierre. qui doivent piier sans intenuption auprès du ili'l'nnl.
.Insqne-|;'i, |ieisonne n";! le droit lie imlilier la mort ilu pape, et ce n'est (pie SIM' l'ordre du camerlingue que la nouvelle en est oinciellemenl amioiiC(''e. Il y a an ("'.apitoie mie cloche qui ne sonne que |>oMr indiquer
la mort du pape et... ronverture du carnaval. Quand elle sonne, toutes les cloches des églises de Rome invitent les fidèles à prier pour le pontife défunt. La Ville éternelle prend le deuil, chacun selon sa dignité : la pourpre, la dentelle, disparaissent pour faire place au violet qui domine à la cour pontificale, pendant la vacance du Saint-Siège.
On embaume le corps du pontife, dont les entrailles sont mises dans une caisse et transportées selon fusage à l'église des Saints- Vincent -et- Anastase, au pied du Quirinal. Puis le corps est revêtu de la soutane blanche, de la mosette, et exposé sous un baldaquin dans la salle du Consistoire. Le soir venu, on le porte en grande pompe à la chapelle Sixtine, oîi il passe la nuit. Le lendemain, les cardinaux, le clergé de la basilique Vaticane, toute la cour pontificale, se réunissent autour du défunt; les chantres entonnent le Subvenite sancti Dei, et la funèbre procession se met en marche vers la Basilique. Douze j)rôtres portent le corps, les chanoines tiennent les cordons du poêle. Au milieu de la grande nef, le cortège s'arrête, on donne l'absoute, puis le corps est porté dans la chapelle du Saint- Sacrement. D'innombrables cierges brûlent autour du catafalque. C'est le luxe des grands enterrements. Le nombre, le poids, la qualité, tout est prévu par les Constitutions des papes, même les dimensions du catafalque. On sent, par la précision même des détails, qu'il y a eu de graves abus, des luttes, des jalousies entre prélats et chanoines. Les papes doivent être généreux, même dans leur cercueil '.
Pendant neuf jours, à partir du lendemain du transport du corps dans la Basilique, a lieu un office solennel. Un cardinal chante la messe dans le chœur des chanoines; ses collègues y assistent, ayant chacun à ses pieds un caudataire portant un cierge. Le troisième jour, vers le soir, on procède à la sépulture. Les cardinaux et le clergé vont prendre le corps du pontife et le transportent dans la chapelle du chœur, au chant du Miserere. On bénit le cercueil de cyprès qui doit le recevoir. Le corps est enveloppé dans un linceul de pourpre frangé d'or. C'est au cardinal-neveu, — s'il y en a un, — de couvrir la face du pontife. A son défaut, l'honneur revient au majordome. A ses pieds, on dépose une bourse en velours cramoisi, qui contient trois autres petites bourses où sont renfermées des monnaies d'or, d'argent et de métal, en nombre égal aux années de son pontificat. Elles sont à son effigie et rappellent quelque acte mémorable de son règne. Le cercueil fermé, les cardinaux en font la remise aux chanoines de Saint-Pierre, par-devant notaire. Ceux-ci le mettent dans un cercueil de plomb, sur lequel est gravée l'inscription indiquant le
' Cf. Ccremoniale conlinens ritus eleclionis R. P.; Ronia;, 1724.
nom du pontife, son âge, ses années de pontificat, la date de sa mort; puis le tout est renfermé dans une troisième caisse en bois. En attendant que ses parents ou ses amis songent à lui élever un monument dans quelque basilique, souvent désignée d'avance par le défunt lui-même, le cercueil est placé dans une niche située à gauche de la Basili<pie, près de l'entrée qui comlnit à la coupole. Ce n'est qu'un dépôt, et les révérendissimes chanoines qui eu ont la garde s'engagent à le rendre, sans conteste, à la première requête.
Sancle Pater, sic transit gloria mundi!
i;ii;i,l()(iliAiMllK
Boccaciiia, 'J'ractuhi^ (!<• Ir(jilintit surtmn l'imlificis rlfilionc : Lii^dniii, WM.
Caiii.'uda, Conslitutioniini Aposlul. ttna cin)i <'.;iTeiii . (ircf/oriano ttc jiertinenlibus ad elccliunon l'apic, v.U:.; lU'tili, i73ti.
Marcello Ctirist., Sacrarum Cxrcnwuidviiin S. It. K.; Vcni'liis, lJ")8ti.
Liiciiis Lector, le Conclave; Paris, 1894.
De Novacs, Il sacru ritn mitini r muitmin ilrllu rlr:iu)ir, conniazio^c c aolennc posscsso dcl S. Ponteficr; liuiiia, ITfiil.
Paris (le Grassi, Diarium ciiriu! Romanx. Éd. Fi'ali.
Maz/.aroiii , Trnctaliia de Irihiiti coroitis Punl'if. Max.; Wnuv.v , l.")8X.
Suai'i'z .JDScpluis .Maria, Diiitriba de Fahelli^ pinitil'icih !<eii Miisearih Pavonicis; Vaison, 1652.
Distiiito rdi/iiiialio délia cavalcata fallu nel jiogsesso di Cleineiile \I\': Ruina, •1789.
Caiici'l licii , Slorid dei sotoiiii pussesxi de,' Koniini l'onleliei; Koina, 1802.
l;.|f'—«' |iulltili('il|.