I.E r.UI.TF
abside, quand le palais tomba sous la pioclie des démolisseurs. Sur le fond d'or de la mosaïque, dans l'arc qui entoure la voûte, à droite, le Christ est assis, tenant deux clefs de la main droite et de l'autre un étendard; Sylvestre et Constantin sont à genoux devant lui. C'est la première alliance de l'Église et de l'Empire. A gauche, saint Pierre {trésente le pallium à Léon III et un étendard à Charlemagne. Sous ce groupe, on lit : JJeate Petre, dona vild Leoni P. P. et Bicloriâ Cunilo régi dona. C'est la seconde alliance de l'Église et de l'Empire. Autour de l'abside, brillent en lettres d'or ces paroles qui n'snment la pensée de Léon III et
iy>oii III i>t Chjirli-mugiii-. i Mosaïqur . t'gHso Sainlr* * Sutanno. (
les désirs <lo Charlemagne : (llnrid in rrrrlsis Dro rt pn.r lunninibits bo)i;v vnlunlntis! Gloire A Dieu, paix à la li'rr(\ tels sont les fruits que les deux fondalnirs du s.iint-cmpirr .iltciidiiiciil dr Icui- iinioii. Union joyeuse s'il en fui, dans le pi imipc. alors ipie le pape et renq)ereur. dignes tous (1(Mix de leur sidilimc mission, n'ayant qu'un co>ur et (pi'une âme. ne voulant que le règne de Dieu et s'ouhliiiiit l'iix-mèmcs, Iravaillaienl ensfinbleà lt> réaliser. Ce ne fut, hélas! qu'un révc d'amoureux, trop beau pour cette terre, où les unions les plus lendres et les plus heureuses subissent la leirible loi puih'c sin- le seuil ilii Par;idis : « Tu engendreras ilans la douleur ! ■>
L'Église et l'Empire avaient fait un mariage d'amour; un peu de raison n'y eût pas nui. L'amour disparut, le mariage resta : ce fut un mauvais ménage. Comme dans toutes les unions où le cœur prédomine, l'intérêt fut d abord écarté. On ne fit point de contrat : des protestations de dévouement, d'amour éternel, sincères de part et d'autre, c'est tout, et ce fut trop peu. L'amour, même pour être temporaire, a besoin de papier timbré. Point de droits définis, ni pour le pape ni pour l'empereui-; point de constitution réglant les rapports mutuels des deux pouvoirs ; d'où, des cbicanes d'abord, puis des procès, puis des révoltes à main armée, puis des usurpations sacrilèges.
L'Église avait confié aux empereurs, par cette intime union, la sauvegarde de sa virginité, c'est-à-dire sa liberté et son honneur; ils abusèrent de sa faiblesse et de sa naïve confiance pour la violenter, s'emparer de ses biens, vendre ses bénéfices, élire ses pontifes, opprimer sa liberté. Entre leurs mains corrompues, l'Église devenait une esclave. Elle eut comme des fiertés et des redressements d'épouse outragée. Avec Grégoire VII, elle reprit ses airs de matrone et ses droits de souveraine, et força l'empereur à lui baiser le pied. Mais le mal était trop profond, et, malgré toutes les condescendances des papes, après des siècles de chicanes, de ruptures, de séparations, le divorce arriva; il dure encore.
Le couronnement de Charlemagne avait été improvisé. L'Église, si amoureuse des rites et des symboles mystiques, qui rt'jiréscntent à ses y(Mix (i aux yeux du piMiple les pouvoirs spirituels qu'elle confère, ne tarda pas à entourer la couronne impériale des pompes les plus augustes. Dans les premiers temps, au pape seul de choisir le défenseur de Dieu sur terre. Personne n'y a droit, ni par sa naissance ni par sa dignité'. Le pouvoir impérial est essentiellement personnel, incommunicable. Il demeure au plus digne, à celui que le pape juge, sinon le plus vertueux, du moins le plus apte à en remplir les graves obligations. Le pape garde la couronne comme une récompense pour les services rendus, ou un encouragement pour des services à rendre. Si, plus tard, l'élection lui échappe et revient à certains princes et archevêques d'Allemagne, ce n'est que par condescendance et contre le droit primitif ^ Les pontifes cèdent, ils s'en repentiront amèrement.
Il est vrai qu'ils reprennent ce droit par un moyen détourné. Une fois choisi, élu, le candidat n'est pas empereur. Aussi éloigné soit-il, il faut
' Cf. Janssen, V Allemagne à la fin du moyen âge, i9Sl, p. 413 et seq.
- Le collège des sept électeurs du saint-empire n'apparaît qu'en 1152; signalé encore en 1-198, il n'est reconnu officiellement par Urbain FV dans une lettre publique, le qualifiant d'usage immémorial, qu'en 1203. { James Bryce, Saint- Empire, p. 297.)
es -
aZ
(|u-il vienne à Rome recevoir la couronne des mains du pape. Sans le sacre, il n'y a pas d'empereur' ; c'est une condition absolue, connue de tous, et le peuple chrétien ne s'y trompe pas. Le couronnement solennel, que le pape se réserve, sans lequel l'élu au saint-empire n'est jamais sûr de garder la pourpre, quoi qu'il fasse et quoiqu'il menace, est le signe le plus explicite de la supériorité des pontifes sur l'empereur. Pour les rois et les princes, le sacre n'est qu'une cérémonie sans laquelle, même aux yeux de leurs sujets, ils ont toute autorité; pour l'empereur, le sacre est
L'ICijliHO mililanlo, par Simonu Martini. (Florence, cloître Je Suiila Maria .Novella , cli.'i|>ellc dea Espagnols.)
Concepllnn de l'iininn du sacerdoce et de l'empire. Le pape , au centre, sou» les traits dr' Benoit XI ; & sa gauche,
la hiérarchie laïque : l'empereur, le roi, les barons, les savanta, les artistes. — Photog. Alinari.
la commiinicaliDii intime de l'autorité, son iiiddt» de transmission. L'élu pouna |n'oiiiln' le titiv iiii|i('ii.il . eu l'xercer la fonction, en exiger les honneurs, malgré le pa|"'; haliiiller môme contre le pape pour le forcer à lui (Immer la couronne, l;i lui arracher par la violence ou des promesses miMisongércs; mais ces violences, ces honneurs et ces litres pompeux sont le fait d un usurpaleui'. Ils le savjiient bien, tous ces empereurs h.itaillciirs, sans cesse en lutte contre! l'Église, et, dussent-ils se faire .sacrer par un aiili|)a|ic ilc Iciii cn'alioii. ils ne négligeaient jaiii.'iis de l'ecevoir sur li'iii- iVniil la goiillc d'iiuilc (|iii seule, en face de riinivcrs callKiliipie, Icill' ((ililVT.ijt le |i(iiiV((ii' silpl'êm(\
' Cl", lîarduiiis, Aiin., ii c H(Hl. - Iti-IJar, de Translaiionc imperii noitiani adveraus llly-
ricum. — Jaiissun, l'Allemaijiw à lu fin du moyen Age, p. Vli.
Né près du tombeau de saint Pierre, le pouvoir impérial devait lui demander sa consécration. C'était un des plus glorieux privilèges de la basilique Vaticane. Il semblait que Pierre lui-même, par les mains de son successeur, remettait à l'empereur la défense de ses droits. Ce [irivilège avait tellement force de loi, que si le couronnement avait lieu hors de Rome, — cas extrêmement rare, unique peut-être en faveur de Charles- Quint, sacré à Bologne dans la cathédrale de Saint- Pétrone, — les cérémonies se déroulaient comme dans la basilique de Saint- Pierre '. Même pendant le long séjour des papes à Avignon, les empereurs durent se faire couronner à Rome. Il en est resté un curieux témoignage dont nous empruntons le récit au T. R. P. Berthier ^ : « Lorsqu'on entre dans l'église de Sainte- Sabine, à Rome, on remarque vers le milieu de la nef centrale une dalle de marbre qui offre, en graphite, l'image d'un prélat crosse et mitre portant une chasuble gothique sobrement et vigoureusement dessiné, le tout du style le plus pur. Sur les bords de la pierre on lit cette inscription en vieux caractères romains :
f HIC. REQUIESCIT. DOMINUS. EGIDIUS. DE VARUSPERCH.
IN. REGNO. ALE.MANIE. AURAS. QUONDAM. IN. WIZEMRURCH. DIOCESIS. SI'ASENSIS.
QUI. ORIIT. ANNO. DOMINI M CGC XII.
« Aux pieds de cette tombe se voit une petite plaque de marjjre carrée où se lit simplement cette indication :
J HIC JACET DNS. EGIDIUS DE VILIKA CAPPELLAN. DNI. ABR.\TIS DE WIZEMBURCH
« Une troisième inscription se lit dans la nef de gauche, sur une pierre tombale qui doit être rapprochée des précédentes :
f .\NNO DNI MILLÔ CGC XII, DIE XVII MENSIS IV. Nil.