REQUIESCAT IN PAGE. AMEN
« Ces trois tombes, au\(|uelles il faudrait ajouter peut-être quelques autres tombes anonymes qui se voient dans la nef gauche de l'antique église, rappellent un fait important de l'histoire ecclésiastique.
« En l'an 4312, l'empereur Henri VII s'était rendu à Rome pour y recevoir la couronne impériale au Vatican. Il était soutenu i)ar les Gibelins, qui, sous la conduite des Colonna, s'étaient fortifiés sur l'Aventin, le
' Canccllieri, de Secrel(trii!< , I, p. 841. Louis le Débonnaire se fit couronner une seconde fois dans la catliérlrale île Ueirns.
- Aiutce dominicaine , janvier ISOG, p. 2'J.
Palatin et sur la rive gauche du Tibre, jusqu'en face du château Saint- Ange. Les Guelfes, au contraire, voulaient que le couronnement se fit au Latran. Ils avaient à leur tête les Orsini et s'étaient fortiliés dans le château Saint-Ange et le Transtevùre. On en vint aux mains à plusieurs reprises dans les rues de Rome; mais surtout on se livra une bataille acharnée et meurtrière le 26 mai de la même année, près le château Saint- Ange. Les Guelfes l'emportèrent, et le couronnement se fit au Latran'.
« Beaucoup d'Allemands restèrent sur le champ de bataille, et, puisque la guerre était à moitié religieuse, il n'est pas étrange que parmi les morts se soient trouvés des ecclésiastiques. Il va sans dire, néanmoins, que les fêtes du couronnement furent célébrées par des festins splendides. Ces réjouissances eurent lieu dans le couvent de Sainte-Sabine. »
Ah! c'était une belle journée pour la basilique de Saint-Pierre, que la journée du couronnement impérial! Longtemps à l'avance, on faisait les préparatifs les plus somptueux; longtemps à l'avance aussi, le pape, toujours prudent, même dans ses plus tendres démonstrations de joie et d'amitié, envoyait ses légats demander à l'élu du saint-empire le serment solennel de ne rien entreprendre, en Italie et à Rome, contre la personne du pontife ou le patrimoine de Saint-Pierre. Ce n "était pas une précaution inutile, et bien des fois, malgré ce serment, le défenseur élu de l'Église ne la ménagea guère. Pas trop ne fallait d'hommes d'armes : un cortège digne ilc rnoperour, non une armée. Le couronnement ne devait pas servir de prétexte à une invasion, et ruiner le petit peuple. Sollicitude paternelle, recommandations charitables des papes souvent peu goûtées par les empereurs, qui arrivaient prescjue toujours à la tète de toute une armée d'Allemands. Leur passage à travers l'Italie était loin d'être pacitique. Défense absolue, même à l'empereur, dentrer dans les murs de Rome sans l'agiémeiit du pape. Les portes restaient fermées. 11 s'arrêtait avec tout son monde sur le Monte Mario', piès la porte du Peuple. Là, il pouvait coiiliiii|ilii- à sou ai.se les magnilicences de la Ville éternelle et attendre le bon plaisir du pape. Connue on le voit, cette fête n'est pas sans nuage. Dans toutes ces précautions règne une imjuiétude qui révèle une longues suite de trahisons et de violences.
Si le pape se montre soupi-omieux, c'est ipi'il a ses raisons, l't plus
d'un de sus prédécesseurs pourrait se lever de sa tond t lui raconter
les violences dont il a été l'objet.
Cepenilaiil ou était courtois de part et d'autre; on s'envoyait des félicitations, lies |ir('senls. mille l('moigiiages de l.i plus vivi' .iinilii''. — les
' (Vi'sl l'iiiiiii M'iii|ilr, et l'un viiit dans (|iii>llt'!i conilitiun».
■■' Lavigso, llisloirc ytliiiirulc, I, Ia:s uniiiiic» , p. 'M.
portes restant fermées, bien entendu. Du sommet du Monte Mario, pardessus les murs, l'empereur disait au pape toutes les tendresses de son cœur; et le pape, à l'abri dans le château Saint -Ange, lui retournait les siennes : c'était touchant de confiance et d'abandon.
Les ambassadeurs des deux partis fixaient le jour et les détails de la cérémonie. Le pape n'était pas pressé, et s'il avait quelque soupçon, si l'empereur se refusait à réparer quelque injustice, il ne se gênait pas pour le faire patienter et exiger de nouvelles conditions. On discutait mot pour mot les formules du serment, car il fallait tout prévoir, et le serment le mieux tourné ne donnait pas encore complète sécurité. Il y avait si loin de la formule à l'application !
Enfin, après de nombreux pourparlers, quelquefois après des disputes et des menaces', au jour et à l'heure convenus, la cérémonie commençait. Au nom du pape, les membres des corporations romaines, revêtus de leurs plus riches costumes, bannières déployées, sortaient de la ville et allaient jusqu'à mi-chemin du camp impérial; le cortège de l'empereur, composé des barons, archevêques, évoques et abbés du saint-empire, tous à cheval, descendait au-devant d'eux. Au lieu de la rencontre, l'empereur mettait pied à terre et prêtait un premier serment. Les deux cortèges s'unissaient. En deliors de la porte Flaminia, soigneusement fermée, le clergé de Rome, précédé de la croix, des saintes reliques et des encensoirs, recevait l'empereur. Mais, avant d'obtenir droit de passage dans la cité Léonine, celui-ci prêtait un deuxième serment. La porte Flaminia s'ouvrait alors, et, au milieu des chants liturgiques et des acclamations populaires, toute la procession se dirigeait vers la Basilique. Les prêtres chaulaient le verset Ecce ego mittam angeluni memn et le Benedictus qui venit..., les barons et le peuple poussaient des vivats. On se bousculait bien un peu dans les rues étroites du Borgo, les chevaux se cabraient, et plus d'une mitre épiscopale perdait l'équilibre. La cohue devenait parfois si pressante et si tumultueuse, que de distance en distance, pour écarter le petit peuple, les trésoriers de l'empereur jetaient des poignées d'argent au plus loin qu'ils pouvaient. On se ruait dans la direction de la pluie merveilleuse, et le cortège, libre pour un moment, respirait et continuait sa route pendant (ju'on s'écrasait en son honneur.
Devant l'empereur, symbole de puissance, marchait le préfet de Rome, une épée nue à la main.
' Nous ne prétendons pas que tous les couronnements flounéront lieu à ces marques réciproques de défiance, ni que toutes les cérémonies aient toujours été pareillement observées; il y a eu des variantes dans la confiance comme dans les rites. Nous racontons les choses comme elles se passèrent le plus souvent.