‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 63 sur 106 · I.K CULTE · texte numérisé non relu

I.K CULTE

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lège de la béatification, pour Saint-Pierre, précède le droit écrit concernant le privilège de la canonisation, quoique celui-ci fiît, par tradition, antérieur de quatre siècles au décret d'Alexandre VII. Benoit XIV fait sien le décret d'Alexandre VII, le confirme et le promulgue de nouveau. Désormais, plus de doute et de contestation possible; tout ce qui regarde la glorification des saints, béatification et canonisation, doit se faire près

Toiiibi-uii (Ir Itciioil MV, par Uracci.

le tombc.iii lie siiiiil l'ioiic. Nous ne prétondons pas que les chanoines (le LatiJiM (liniil un Aiin'ii joyeiix à itIIc (•<insliliitinii; nmis nm' obéissance séculaire a rendu les Romains liés philosophes, et nous .sommes convaincu (pic le cnllc des s.iinls n'eut pas à souIVrir de ce mécontentement.

Avant deniri'r dans la basilifpic V'aticano poiu' y conicinpicr les splendeurs d'um; canonisation, jetons un coup d'cril rapide sur les préliminaires.

lliins les |ireniieis lenips. hi lui Au peuple clnélieu liàt.iit l.i cauonisatinii (les s.iinls. ( »n él.iil s;iinl pai- .icchini.ilioii. l'oinl de longs procès,

point de recherches indiscrètes, point de discussion : les miracles dont Dieu honoi\ait ses serviteurs déclaraient à tous leur sainteté et imposaient, pour ainsi dire, leur culte.

Saint Martin, par exemple, meurt sur la cendre, cassé de vieillesse, exténué de pénitences, dévoré par l'amour de Dieu. On pleure, on chante autour de ses restes inanimés. On pleure parce qu'il est parti, on chante parce qu'il est au ciel. Les moines, ses fils, prennent le corps de leur père bien-aimé, le mettent sur une barque; derrière, des barques pleines de moines suivent; Fencens fume, la psalmodie ne cesse pas, les anges même, dit-on, répondent dans les hauteurs des cieux, et Ton suit le cours de la Loii'e jusqu'à la ville épiscopale de Tours, où Martin doit être enseveli. Sur les deux rives, les peuples sont à genoux. Les malades font la haie, comme une garde d'honneur. Martin passe au milieu; c'est un général qui passe une revue : il éclaire les aveugles, il rend l'ouïe aux sourds, il relève les paralytiques, et tout ce monde de miséreux, guéris par lui, se met à sa suite, chante ses louanges...

Ce qui s'est passé pour ce célèbre pontife s'est passé pour une foule d'autres saints, canonisés par l'enthousiasme populaire.

Quand les papes manifestent le désir de vérifier les décrets populaires de sainteté, l'aff^aire se complique immédiatement. Derrière le pape, il y a le droit romain, si minutieux dans ses enquêtes, qui va faire un procès en règle, dresser un véritable casier judiciaire. Il ne s'agit plus d'acclamation; il faut établir ses titres en bonne et due forme. On commence timidement. Les personnages dont Grégoire IX s'occupe, par exemple, ont eu sur leurs contemporains une influence si profonde et si salutaire, ont manifesté leur sainteté par des témoignages si éclatants, que l'enquête ose à peine aborder leur vie. C'est qu'il s'agit de François d'Assise, de Dominique de Gusman, d'Antoine de Padoue, d'Elisabeth de Hongrie. On interroge, on cherche, mais avec un tel respect, une telle discrétion, que l'on dirait que les juges ont crainte de profaner une chose sainte. Le doute leur paraît une irrévérence.

Cette crainte respectueuse persiste longtemps. Quelquefois même le pape, comme Innocent IV, suffisamment édifié et convaincu, canonise sans procès. Mais peu à peu la procédure s'organise, devient plus sévère dans ses enquêtes, plus discrète dans ses jugements, plus lente dans ses décisions ^ On sent qu'elle lutte contre un courant d'enthousiasme trop facile, car le peuple n'abandonne pas sans murmure et sans appel ses prétentions à ranoniseï- les saints par ncclanialioii. Il revient à la rescousse,

' Cf. Bulle de canonis. île S. Tlionias d'Aquin. — Bull. ord. Pr.vd. Il, [i. 159.

liiy

il pend des ex-voto, brûle des cierges, publie des miracles. Les abus se multiplient tellement, que, se voyant de nouveau débordée, l'Église frappe un grand coup, le dernier. Le 5 juillet 1634, Urbain VIII lance un décret qui est, à proprement parler, la base de la procédure actuelle '. Défense absolue à toute personne, ecclésiastique ou laïque, de s'immiscer dans la canonisation des saints; défense d'apposer aux tombeaux des personnages morts en odeur de sainteté des images, des ex-voto, des lampes; défense de peindre autour de leur tête une auréole de rayons; défense de

n<îcoralKin t\v la hasilîqiio Vaticano pour Ips frtfs dr rniionisatiitn de siiiiit I*h'it<' F<'iiri<T t-t saint Ziiccaria.

pultliei' par écrit des miracles obtenus par leur intercession, si ce n'est à titi(> purement documentaire, sans préjuger de leur caractère surnaturel : tout doit être soumis au pape par l'intermédiaire des évéques et (le la sacrée Congrégation des rites, sous les peines les jilus graves.

Cette fois, les canonisations populaires sont délinitivement su|>primées; plus (le place ni pour l'entlionsiasme ni pour le favoritisme : seul, le droit, dans son austère cl Iciitc procédure, va diriger le jiapc et la s.icrée

Congrégation des rites

Voici un ii(iiiiiiic de Dicii i|iii a fait |it'uiteiice toute sa vie, (pii a aimé Dieu (le tiiiil <iciii . (|ui s'est dévoué pour les autr(\s jusqu'à l'oubli de soi; Dieu, cil retour, la (hmiIiIi' de grâces, de faveurs cxlr.ionlinaircs : extases.

' CirUsIis lljii'nisalr)» cives.

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prophéties, miracles. Il meurt, on crie partout: C'est un saint! Autour de son tombeau les foules se pressent, les malades l'implorent. L'Église écoute, regarde, prend note et attend. Elle ne dit pas non, elle se réjouit même, elle s'occupe de sauvegarder tout ce qui le touche; elle recueille les témoignages, les dépositions de témoins oculaires; puis, quand le premier enthousiasme s'est éteint, après une cinquantaine d'années, elle le cite à son tribunal. Une cour de justice est constituée, ayant son juge, ses procureurs, ses avocats. On plaide la cause en première instance, à savoir si ce personnage mérite qu'elle soit introduite en vue de la canonisation. Si l'arrêt est favorable, s'il est confirmé par le pape, un décret pontifical en avertit la chrétienté. C'est le premier pas, le personnage est vénérable.

A lui d'agir maintenant pour monter plus haut. Après quelques années de silence, les enquêtes, les procès recommencent de plus belle : la vie du candidat est réellement passée au crible. Malheur à lui si sa foi a eu une ombre, son espérance une défaillance, sa charité une hésitation, sa torce une faiblesse, sa tempérance un oubli, sa prudence une erreur, sa justice un écart : tout doit être héroïque. Et cette vie très sainte ne suffit pas pour que le vénérable soit béatifié : il faut qu'il fasse deux nouveaux miracles.

A ces conditions, le pape réunit dans son palais ceux qui ont concouru au procès, ceux (jui s'intéressent à sa réussite, et fait lire le décret de béatification. C'est le deuxième pas. Mais, cette fois, l'Église décerne au bienheureux les honneurs de l'autel. Ils ne sont pas encore universels : seuls, les intimes du bienheureux, son ordre, son diocèse, sa nation, ceux qui en font la demande, ont droit de célébrer sa fête. La basilique de Saint-Pierre en a la primeur.

Un bref du pape fixe le jour de la béatification solennelle à une date assez éloignée, pour permettre d'en préparer toute la magnificence. On relève les restes du bienheureux; ce corps, si humilié, si maltraité pendant qu'il vivait, est mis avec respect dans l'or et la soie. On en détache des parcelles pour les offrir au souverain pontife, aux cardinaux et aux autres officiers qui se sont occupés de la cause, La plus insigne est placée dans un reliquaire, pour être vénérée le jour de la cérémonie. Mais, d'ici là, le postulateur de la cause a fort à faire, A lui de veiller à ce que tout soit prêt selon les règles, les formes, les usages. En cour de Rome, il ne faut rien oublier, ni les personnes ni les choses. Le postulateur doit agir avec tact, distinguer toutes les nuances, donner à chacun sa part, sans froisser personne. Quand il a fini avec les vivants, il faut qu'il pense au l)ienlieureux.

Une béatification ne donnant pas droit à un culte universel dans l'Église, toute la basilique Vaticane n'est pas décorée. On réserve à la glorification du bienheureux la partie qui s'étend du baldaquin de la Confession à la chaire de saint Pierre : c'est à elle seule une grande cathédrale. Tous les décors convergent vers l'image du bienheureux, que l'on suspend au-dessus de la chaire de saint Pierre. Elle est recouverte d'un voile. Sur les murs, de distance en distance, d'autres toiles représentent sa vie et

Tombeau d'Alexandre VIII . avi'C bas-reliel représentant la ciïn^monie doa oblalions. par .\. de Rosbi.

ses miracles. Des draperies, des tapisseries antitpies, îles histres en pitifusion, c'est la fêle des lumitMes...

Au jour fixé, les préparatifs étant terminés, les cardinaux, les officiei"s et les consulteurs de la Congrégation des rites se rendent à la Basilitpie. où ils sont reeus par le postulaleiir de la cause. Celui-ci, tenant à la main le bref original de la béatilicatitm, supplie le préfet de la Congrégation d'en permettre la lecture officielle. Ce (|ui est toujours accordé. L'archiviste de la Basiliipic monte en chaire et lit le bref à haute voi.x. Quaml il a fini, tous se lèvent, on entonne le ÏV Drinti : le voile couvrant l'image du bienheureux t()nd)e. et il ap|)arait à tous les regards étincelant tie lumière. Après le ÏV Ihuim. on chante le verset (>ni firu iiubis. IuhUi'...

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et révoque officiant récite l'oraison du bienheureux. Au Gloria in excelsis, on distribue sur des plateaux d'argent les exemplaires de sa vie aux cardinaux, aux prélats, aux chanoines et autres clercs de la Basilique.

Le pape n'est pas présent à la cérémonie du matin. Dans l'après-midi, entouré de sa noble cour, il descend à la Basilique et fait sa visite au bienheureux. L'entrevue est simple, sans apparat. Le pape se met à genoux devant l'image, prie quelques instants, et se retire.

Encore deux miracles, et le bienheureux reçoit les honneurs de la canonisation; c'est le troisième pas, l'apogée de la gloire. Elle doit rayonner sur l'univers entier; aussi toute la basilique Vaticane, symbole de l'Église universelle, disparaît sous une profusion de décors. Le pape est de la fête; c'est lui-même qui la proclame. Il arrive en procession, au chant de l'Ave maris stella, — le chant de la Reine des saints, — précédé et suivi des cardinaux et des prélats qui font partie du cortège pontifical. De distance en distance, les bannières des nouveaux saints llottent audessus des têtes. Quand le pape s'est assis, un avocat consistorial se met à genoux devant lui et lui demande humblement d'inscrire au catalogue des saints les bienheureux qu'il lui nomme. On lui répond que leurs vertus sont connues, leurs mérites appréciés, mais qu'avant de procéder à un acte aussi grave il faut implorer les lumières divines. On chante les litanies des saints : c'est la première instance. Une deuxième fois, l'avocat se présente avec; la mêuio supplication : Instanter, inslaniius. Il reçoit la même réponse : « Prions, prions, » dit le pape. On entonne le Yeni Creator Spiritus. Une troisième fois, l'avocat insiste : Instavter, instantius, instantisdme. Le pape se décide; assis sur son trône, mitre en tête, il dit : « En l'honneur de la sainte Trinité, pour l'exaltation de la foi catholiiiue, l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et la nôtre, après mûre délibération, sur l'avis de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, les archevêques et les évêques présents à Rome, nous décrétons que les bienheureux... sont saints, et nous les inscrivons au catalogue des saints, staluant que l'Eglise universelle célébrera avec piété leur mémoire, tous les ans, au jour de leur naissance au ciel. Au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. » Il entonne le Te Deum., au fracas des tambours, des cloches, des salves d'artillerie, qui saluent les nouveaux saints.

A l'Offertoire, a lieu la gracieuse et touchante cérémonie des oblations. Le pape s'assied devant l'autel ; tour à tour, les cardinaux de la sacrée Congrégation des rites, les postulateurs des diverses causes, offrent des cierges richement enluminés aux armes du pontife, des pains décorés.

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deux petits barils pleins de vin, dorés et argentés, trois cages artistement ouvragées contenant deux tourterelles, deux colombes et deux petits oiseaux.

La cérémonie de i'oblation du pain et du vin est de toute antiquité. Les tourterelles, les colombes et les oiseaux furent présentés pour la première fois à la canonisation de sainte Brigitte, sons Boniface IX (1390). C'est une pieuse innovation du sacriste pontifical Pierre Amello. Malgré leur charme, leur mystique symbolisme de fidélité, d'innocence et de sainte liberté, tourterelles, colombes et petits oiseaux n'eurent pas le don de plaire à Benoit Xlll, qui. trouvant cette oblafion contraire aux anciens usages, la supprima. Benoit XIV la réprouva de même. Elle a reparu, et nous croyons que de nos jours la cause des tourterelles est gagnée.

BIliLIOGRAPHlE

BpiioH XIV, df S>^rvorum Dei Beulificdtione et Bcatoruoi C4anonizatione ; Prato, -I8M).

lircm; vol'iz'in ilrlle solenni canonizazioni ilei Santi iirllu jiatriarr. busil. Valicann; Roiria,18ti9.

Fonlaiiiiia, Caili'.v canonlzalionur» ; PiOiii.'i', \T29.

A. Buryia, \'ita Jimedicti XIII; Uoiiia-, 1741.

Memnii , Il mcro Bito di canoniznrB i Santi; Roma.

Anf;ol() lîocca, de Canonizalione Saiiclonim. 0\)\)., I. I: F.oniae, 1()09.

Caiilcloi'ii I^'cl., df Canonizalionc Sa)irloru)ii ; Liigdiiiii, H'M.

De Malta, A'oin'ssiHiKS de Sanct. ranonizaliime trarlatiis; Hdiiia^, 1078.

Scliaccliii. '/(■ r'i(/'// '■/ voirratioiie ScrvariDii liri: nmiia', KiH!).

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