‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 65 sur 106 · I.K CUI-TE · texte numérisé non relu

I.K CUI-TE

pouvait patienter, jamais avec un hérésiarque. Au premier mot contre la foi clirétienne, il intervenait. Que le novateur parlât à l'Orient ou à l'Occident, — eût-il parlé au bout du monde, — le Vicaire du Christ le dénonçait à la conscience catholique. Non pas qu'il le condamnât de prime abord, sans l'entendre, sans l'examiner, comme par surprise; nullement. D'ordinaire, un concile était convoqué, l'hérétique cité devant les Pères, avec toute liberté d'exposer et de défendre son enseignement. Le

l'ir Vil, p;ir Tli..r\vaiils.Mi.

plus souveni, il ii usait [las affroaUT la pn^sence dv >C!< juyes; il ler^iveisait, se dérobait .sans cesser ses prédications; contre ce révolté, l'excommunic;ili(iii l'I.iil |)i()iii)iir('i'. Le pape Siricc en l'an ;5S(>. inaii^iuv ;"i S;iinl- Pierrc la luii^iic siiile des ccincili's i-t'uiiis [nvs le Idinhraii ilii l'r'clii'iiipour ((iiirniidiv rii('i('sir. Il ri;i|i|H' les (loiiiilislcs et les niontaiiistes, i|lli osaient releviM' l.i li'ii' ni.il^iré les aniilliriiifs dont ils étaient accablés. De Silice à ilili.iin II ( l(»88-ll!2), plus de (|ii;ii;inte concili-s furent (■()n\ (Minés (hiiis la liasili(|iie Vaticane. Go nr lui (|u"apn''s le pontiliiat d'Urbain II, qui, dans le ilernicr synode tcini à Saint-Pierre, conlirma l'œuvre de la croisade commencée â Clermont, — que les papes prirent riiabitiide de iviiiiir ces solennelles assembb'es à Saint-, Ican-de-l.alian Il y avait une raison de commodité, l.c patriarcal de l.alraii. à l'en-

contre du palais du Vatican, était vaste et pouvait donner asile à beaucoup d'évêques.

L'Orient surtout tenait les papes en éveil au point de vue doctrinal. Durant les dix premiers siècles, cette terre, berceau du christianisme, source première d'où la vérité s'est répandue sur le monde, produit une floraison toujours renaissante de doctrines perverses. Les systèmes les plus extravagants y pullulent : on dirait que, pour se venger du Christ, le diable y sème l'erreur à pleines mains.

Des nombreux anathèmes lancés contre les hérétiques près le tombeau de saint Pierre, nous ne citerons que celui du pape Théodore. A peine assis sur la chaire de saint Pierre (642), il réunit dans la basilique Vaticane un concile pour juger et condamner Pyrrhus, patriarche de Constantinople, accusé de répandre l'hérésie des nionothélites^ Relégué en Afrique pendant quelques années, le patriarche dt'chu envoie au pape l'expression de son repentir. Il vient à Rome, fait devant la Confession de saint Pierre une profession de foi orthodoxe. Théodore, satisfait, lui pardonne, lui rend les honneurs et les insignes de l'épiscopat, le rétablit sur son siège : c'était tout ce que demandait l'astucieux patriarche. La comédie jouée, il retombe dans ses erreurs et persécute les catholiques. De nouveau le pape Théodore, rassemblant un synode à la Confession même de saint Pierre, fulmine contre le relaps et le parjure une sentence d'excommunication. Pour la rendre plus terrible, le pontife se fait apporter un calice contenant le précieux sang du Seigneur, y trempe sa plume et signe avec ce sang la sentence qu'il vient de proclamer. Sur son ordre, tous les Pères font de même. Unique et mémorable exemple, bien capable d'inspirer aux fidèles l'horreur de l'hérésie.

De ce même tombeau partirent successivement les condamnations des iconoclastes et du patriarche Photius. Souvent, pour en perpétuer le souvenir, la sentence était gravée sur le marbre et apposée au-dessus des portes de la Rasilique. Souvent aussi, suivant un usage très ancien, on suspendait le parchemin sur lequel elle était écrite au cou de la statue en bronze de saint Pierre, atin que les pèlerins qui la vénéraient et lui baisaient le pied fussent avertis de se tenir en garde. Cet affichage, outre qu'il donnait à l'excommunication une forme plus solennelle, la rendait plus notoire. Les pèlerins la lisaient, se la communiquaient; rentrés dans leur patrie, ils en répandaient la nouvelle. De cette soi'te, en peu de temps, vu le nombre des pèlerins et la diversité de leurs nationalilés. l'excommunication faisait son chemin, atteignait toutes les Églises:

' Hérésie n'admettant dans le Christ qu'une seule volonté.

LE CULTE 53b

le monde chrétien se trouvait en garde contre l'erreur. Les pèlerins de saint Pierre étaient les reporters de l'Église romaine : ce n'est pas un des moindres services qu'ils aient rendu à la papauté.

Outre ces fauteurs et semeurs de doctrines perverses, les papes avaient à lutter contre la faiblesse humaine qui menaçait à tout in.-<tant la discipline de l'Église. C'était l'ennemi du dedans, non le moins dangereux. Quels combats pour sauver l'Église des intrigues, des ambitions, qui ne voyaient dans le pontificat suprême ou les hautes dignités ecclésiastiques que des honneurs à recevoir, des jouissances à se procurer! A ce point que, pour réfréner cette rapacité des bénéfices, pour arri'tcr la vente et l'achat à prix d'or des charges spirituelles, pour guérir cette plaie hideuse de la simonie qui faisait du temple chrétien une caveine de voleurs, il fallut fulmmer excommunication sur excommunication. Quels combats pour garder à l'Église sa robe virginale, en établissant solidement l'austère discipline du célibat, la force et l'honneur du sacerdoce! Cette di.scipline avait contre elle la violence des pas.sions, qui, vaincues un jour, se redressaient le lendemain, plus ardentes et plus irrésistibles. Prêtres et prélats concubinaires menaçaient la foi chrétienne; car le peuple, n'ayant plus d'estime pour ses prêtres, en serait venu rapidement à la mépriser elle-même. Il fallut frapper d'estoc et de taille, porter de rudes coups, abattre l'orgueil de hauts abbés et de fiers ])rélats. Mais l'excommunication finit par triompher. La crainte de l'enfer <pii était au bout de l'excommunication conti'ibua puissamment à fonder pour toujours l'institution du célibat.

En jetant un coup d'oeil sur le moyen âge, on est frappé du rôle prépondérant que joue l'excommunication. Elle est la première force sociale, le grand remède aux grands maux. Elle domine cet immense creuset où les nations barbares s'agitent, bouillonnent, sous le souffle de l'Evangile. Ce que l'amour de Dieu ne tire pas du cœur de rhoiimio. olli' l'en arrache par la crainte.

Certes, nous .sonunes loin de ne pas reconnaître les abus qui se sont glissés dans l'exercice d'un pareil pouvoir; mais l'histoire doit se juger de haut. Qu'importe à la magnificence d'un paysage que, des sommets doM l'œil plonge dans l'immensité béante, il rencontre quelques ruines perdues, (pielques débris informes égarés dans l'espace! ce ([u'il voit, c'est la sombre verdure des forêts, la fiaicheur dos pâturages, les dentelures des montagnes qui découpent le bleu du ciel en d't'tianges arabesques. Les ruines sont au paysage ce (pfest l'ombre à la lumière, elles !.• j'oni resplendii'.

Qu'un pape comme Benoit IX. suiii dune lamille altièi'e et cniiuni-

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pue, ait eu une conduite scandaleuse, indigne d'un pontife; que Boniface VIII n'ait pas montré assez de condescendance envers Philippe le Bel; qu'Alexandre VI se soit servi de l'excommunication pour satisfaire ses rancunes personnelles; que Jules II, homme de génie s'il en fut, n'ayant pas assez de soldats pour battre ses ennemis, les ait excommuniés, nous l'accordons, et qu'importe? Infaillibles dans leur doctrine, les papes ne le sont pas dans leur conduite : quelques-uns ont pu se tromper, suivre leurs passions, servir leurs intérêts, faiblir dans leur gouvernement; mais s'il y a dans le monde une chose digne d'admiration et véritablement extraordinaire, c'est de voir cette longue suite de pontifes qui, armés d'un pareil pouvoir, l'ont exercé avec justice et prudence, souvent au péril de leur vie, pour le bien de l'Église, l'honneur de Dieu et le salut des âmes.

Si l'on compare les services rendus à la société par l'excommunication : liberté de la conscience chrétienne, sainteté du mariage, célibat ecclésiastique, défense de la propriété, et tant d'autres, aux abus dont elle a été l'occasion, on sera forcé d'avouer que l'excommunication, en réfrénant la violence et la corruption des grands, — car elle atteignait rarement les petits, — a sauvé le monde de l'esclavage et de la barbarie. Grâce à elle, s'est formée la société chrétienne du moyen âge; grâce à elle, s'est constitué dans ses principes d'honneur et de loyauté le droit des gens, qui est la force et la sécurité de la société moderne. L'excommunication a été la digue qui, refoulant les passions, a permis à l'esprit chrétien de se répandre sur le monde et de l'imprégner de sa douceur.

Gloire et merci aux pontifes romains qui, malgré les menaces, l'exil et les tourments, n'ont pas failli à leur devoir, mais ont su, par leur énergie et leur héroïsme, défendre les droits de Dieu, et par là même les droits de l'homme ! Sans l'excommunication, ils s'en seraient donné à cœur joie, les Barberousse et les Henri IV d'Allemagne, les rois, les barons, les évêques et les abbés simoniaques. Le peuple, déjà piétiné, eût été écrasé, la morale souillée, la liberté enchaînée. Tant que le pape n'avait pas parlé, la violence et la corruption setalnient au grand jour, applaudies par les courtisans; mais lorsque, las de remontrances et de prières, le pape lan(;ait l'excommunication, les choses changeaient de face. Si la sentence n'avait atteint le coupable que dans sa vie privée, dans ses rapports avec Dieu et l'Eglise, il aurait pu regimber et tenir tête au pontife : la grâce de Dieu, la p;ulicipalion aux sacrements, l'espérance du salut éternel, il pouvait tout mépriser, tout fouler aux pieds et se damner à plaisir. Mais, grâce à la foi qui dominait le monde et faisait la force sociale de Texcommunication. le coupable était atteint dans ses relations

extérieures. Empereur ou roi, il n'avait plus de sujets, le pape les soustrayait à son pouvoir. La révolte était permise : chacun étiit libre de marcher contre lui, de s'emparer de sa personne et de ses biens. Dans le cercle plus intime de sa vie privée, le vide se faisait autour de sa personne; on l'évitait, on le fuyait; il était dans la société comme ces lépreux qu'on n'osait approcher, qui avaient défense de se mêler au peuple, pour lesquels on bâtissait dans la solitude des abris dérobés. Il (Uait un maudit dont on ne prononçait le nom qu'en se signant.

Avec le concours intéressé des rares partisans qui restaient fidèles à sa cause, l'excommunié déclarait la guerre au pape; il pillait ses biens, saccageait ses Etats, le forçait à fuir en exil ou le jetait en prison, créait des antipapes pour l'absoudre. Vengeance stérile! meurtres, pillages sacrilèges et tourments laissaient inébranlable l'Église qui l'avait frappé. Et peu à peu la lassitude venait. Dans ces cœurs aux passions fougueuses, la foi vivait, ensevelie, perdue dans le tumulte; le remords saisissait le coupable, lui courbait la tête et l'amenait, humble et repentant, au tombeau de saint Pierre, solliciter le pardon.

Combien de hautains persécuteurs sont allés à ce tombeau demander pitié! Combien de tètes couronnées, qui avaient cru se mettre au-dessus de la loi dje Dieu, ont humilié devant ce tombeau leur orgueil et imploré pénitence! L'Eglise ne frappait ces grands coupables qu'après avoir épuisé toute son indulgence; aussi, au premier ajipel de l'enfant prodigue, le père ouvrait ses bras pour l'étreindrc. L'Église ne frappe jamais pour tuer, même ses plus terribles ennemis; si elle excommunie, c'est pour sauver. Sa joie est grande quand, après avoir fermé la porte du ciel, elle peut la rouvrir, elle l'ouvre à deux battants.

Des deux clefs, la plus aimée est celle qui ouvre; on peut môme dire qu'elle est aimée jn.squ'à I;i faiblesse, f.ml les papes se moiiti-ent indulgents. Leur cnnfianco est sans borne; ce|tendant, quelles raisons n'auiaienlils pas de la modérer! Combien sont venus se frappant la poitrine, leur baisant le pied, comme Hemi IV à Ganossa, la trahison dans le cœur? Que de baisers de Judas donnés au Vicaire du Christ! Ils ne l'ont point endurci, ses bras restent grands ouverts. « Cninliien de fuis ilois-je pardoimer? demandait i'ienv ;'i sdu M;iitre. jusqu'à sept fois'? » Pour un Juif, c'ét.iil ini nombre héroïque. Le M.iitre n'pnndit : « Non pas sept fois, mais .septante fois sept fois, c'esl-.'i-diie toujours. » Les oiTenses se comptent, les |»ardons ne se comptent pas.

LorscpTini de ces grands excnmmimiés dom;ind;iil liilisulntion, il all.iit

' Miitlh. .wiii. -Il -•!•>.

lui-même au tombeau de saint Pierre ou y envoyait ses représentants; car, si le tombeau du Pêcheur avait le privilège d'être le lieu de l'excommunication, il était également le lieu du pardon. C'est à la basilique Vaticane que, d'ordinaire, se faisait la cérémonie solennelle de l'absolution, symbole de celle du ciel.

Au jour fixé, les portes de la Basilique étant fermées, le pape se rendait avec toute sa cour sous le portique. Le pénitent, à genoux devant le pontife, promettait d'obéir à la loi de l'Église et d'accepter la pénitence qui lui sellait imposée pour l'expiation de ses fautes. Les Chartres entonnaient le psaume Miserere, pendant lequel le pape frappait légèrement les épaules du coupable de quelques coups de baguette, — dernier reste bien adouci de l'antique discipline. — Après quoi, le prenant par la main, il le conduisait lui-même à la porte de la Basilique, qui s'ouvrait devant eux. Ensemble ils allaient au tombeau de saint Pierre, devant lequel ils priaient quelques instants. Pierre avait lié : Pierre lui-même, du fond de son sépulcre, déliait; l'Église était ouverte, le ciel égaleiïient. Le pénitent reprenait sa place dans le bercail du Christ.

Ainsi fut absoute par Sixte ÏV la ville de Florence, en l'an 1480; ainsi fut absoute la république de Venise, par Jules II, l'an 1510. Cependant, entre toutes les absolutions célèbres données près le tombeau de saint Pierre, nulle ne fut aussi solennelle, aussi féconde on résultats que celle donnée par Clément VIII, en 1595, à Henri IV de Bourbon, roi de France et de Navarre. Nous la racontons ici pour offrir à nos lecteurs un type parfait de cette cérémonie.

Après bien des hésitations, le Béarnais, appelé au trône de saint Louis, dut comprendre qu'il était plus facile de gagner des batailles que d'imposer à la France un roi huguenot. Sixte-Quint l'avait excommunié; ses successeurs, Grégoire XIV et Clément VIII, favorisèrent la Ligue et défendirent aux catholiques d'obéir au roi de Navan-e. L'Espagne, guettant le moment propice pour s'arroger la couronne de France, ne ménageait pas ses avances à la cour pontificale. A vrai dire, celle-ci n'en fut jamais dupe; quoique combattant le Béarnais, elle gardait l'espoir de le voir revenir à la foi romaine. Son caractère était aimé, sa valeur connue : on le désirait comme roi de France. Henri IV, de son côté, n'était pas sans embarras. Son parti l'entourait, le pressait de rester fidèle au protestantisme, et son parti, c'étaient les braves soldats qui luttaient et mouraient jiour lui. La messe ne l'épouvantait pas, le pape non plus; mais il neùt pas été fâché d'allier le prêche à la messe, Luther au pape, et le diable au bon Dien. Alliance tellement chimérique, qu'il fallut bien se résoudre à entrer en poui'parlers avec les catholiques.

Mallieureusement, les évêques français qu'il consulta ne furent ni assez loyaux ni assez couragoux. Au lieu de lui tracer une ligne de conduite droite et sûre, seule capable de faire du Béarnais un vrai catholique en exigeant une soumission complète au souverain pontife, ils l'engagèrent

Tiiinlir^u ilu (Jl<;nn.'lit VIII :i Siiiiiei'-Miirii^-Miiji'uriv ((•'.(••■Ir ilii llniiiii I

dans une fausse voie. L'archevêque de Bourges, Renaud de Beauno, plus courtisan (|iin pontifi", |)rt'l(M)dit (pi'il n'rtait pas ncVessaire do recourir au pape pour recc^voir ralijiiralioii du roi et l'ahsouilre de l'exconuuunicatioii. Cette concession pliil à Henri IV, (pii ne dcmaiidail pas mieux el laissa faire. Il alijura et fui absous p;ir larchevèipie de Bouiges dans la basirKpie (le Sailli - DeiMS. On ne pouvait plus llagraule iisiii imlinn de

pouvoir; jamais tête couronnée n'avait été absoute en dehors du pape, et, dans le cas, l'absolution se compliquait d'une abjuration donnant droit à la couronne de France. Il y avait aggravation de sacrilège. Les évêques le sentaient si bien, qu'ils mirent dans la formule d'absolution cette clause conditionnelle : Salva sanctas Sedis apostolicx auctoritate. Ils envoyèrent de plus à Clément VIII une lettre explicative pleine d'humilité. On supprimait le pape poliment, avec courtoisie, en lui faisant la révérence.

Clément VIII se fâcha net. Il trouva outrecuidante l'ingérence des prélats français dans une cause qui ne relevait que de son autorité suprême. On a beau être courtisan, il n'est pas aisé de jouer au pape. Renaud de Beaune dut avouer à Henri IV que son abjuration était nulle, nulle son absolution. Tout était à recommencer. Pour recevoir la couronne de saint Louis, il ne fallait pas être catholique à demi.

Du reste, le pape, tout en condamnant sévèrement la conduite de l'archevêque de Bourges, ouvrait tout grands ses bras au Béarnais. La brebis errante, — si brebis il y avait; car, dans le cas présent, la brebis sentait son renard de loin, — serait admise avec joie dans le bercail, à condition de passer par la porte et non par la fenêtre. Seul, le pape pouvait ouvrir la porte.

Henri IV se soumit, l'absolution papale fut décidée. Clément VIII le dispensa de se présenter en personne, deux ambassadeurs suffisaient. Le roi lit choix de Jacques Davy Duperron, conseiller d'Etat, premier ainnônier, et d'Arnaud d'Ossat, doyen de Varèse, au diocèse de Rodez, cardinaux depuis tous les deux. Le jour fut fixé, les détails de la cérémonie minutieusement discutés : chacun des partis voulant garder ses droits et sa dignité. Les trois jours j)récédents. Rome vit un spectacle touchant. Clément VIII comprenait la gi^andcLU' de l'acte qu'il allait accomplir et les avantages qui en résulteraient pour l'Église. Aussi, voulant obtenir de Dieu que la conversion de Henri IV fût sincère, il visita pieds nus les sanctuaires les plus insignes de la Ville éternelle. Tout son peuple l'entourait, une même supplication sur les lèvres.

Le 15 septembre 1595, entouré des cardinaux, prélats et personnages de sa noble cour, le pa])e se rendit devant la porte de la basilitjue Vaticane. L'emplacement avait été transformé c^n une salle ornée de tapisseries. Au milieu se trouvait le trône pontifical. Clément VIII s'étant assis, les procureurs d'Henri IV, d'Ossat et Duperron, se mettent à genoux devant lui et lui baisent le pied. Puis, l'un d'eux donne lecture de la supplique royale implorant l'absolution des censures. Sur l'ordre du pape, les deux procureurs, au nom du roi de Navarre, Henri IV de Bourbon, les mains étendues sur les saints Évangiles, abjurent l'hérésie et promettent avec

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serment d'obéir aux commandements de l'Église et de suivre inviolablement la foi catholique, apostolique et romaine, comme l'avaient fait les rois très chrétiens ses prédécesseurs. Après quoi, l'assesseur de la sainte Inquisition se leva, et lut le décret par lequel Sa Sainteté déclarait le loi absous de toute censure et de toute sentence portée contre lui.

Dans la formule de ce décret, Clément VIII rappelle, pour la condamner et la déclarer abusive et sans valeur, l'absolution donnée à Saint-Denis par Renaud de Beaune.

L'inquisiteur notifia ensuite aux procureurs du roi la pénitence qui lui était imposée. Outre certaines conditions concernant le rétablissement de la religion catholique dans le Béarn, l'éducation du prince de Condé, que l'on devait soustraire à rinfluence protestante, la collation des bénéfices, la publication légale du concile de Trente différée jusqu'alois par l'opposition du parlement, la restitution des biens ecclésiastiques, la profession publique et la protection de la foi catholique, le pape exige que le roi récite chaque jour le chapelet de Notre-Dame, le mercredi ses litanies, le samedi le rosaire entier, « laquelle prendra pour son advocate es cieux et gardera les jeûnes et autres commandements de l'Église, cira la messe tous les jours, et les jours de fête messe haute; et se confesseia et communiera en public pour le moins quatre fois par chacun an. Et bastira, en chacune province du royaume et en Béarn, un monastère d'hommes ou de femmes de religion monastique ou de mendiants des religions réformées'. » Tout fut accepté, juré par les deux procureui-s. Du reste, très douce est la pénitence, si on la compare aux pillages, aux massacres, à tout le sang répandu pendant la guerre religieuse que diiigcait Henri IV.

De nouveau les procureurs royaux se prosternèrent aux pied-s du pontife; toute l'assistance se mit à genoux, et l'on chanta le Miseirrr, pendant lequel Clément VIII donna quelques coups de baguette sur les épaules des procureurs. Le psaume terminé, il se leva; d'une voix haute il déclara i[ue, par l'autorité du Dieu tout-puissant, des bienheuroux apôtres Pierre et Paul, et la sienne, il absolvait Hi-nri de Bourbon, roi de France et de Navarre, de toutes les censures ecclésiastiques eni-ourues pour motif d'hérésie. A l'instant les cloches de la Basilique et do toutes les églises sonnèrent à toute volée, pour annoncer cette grande joit> île l'Église. La porte de la Basilique s'ouvre, le pape s'avance entre les deux procureurs qu'il tenait par la main; en mettant le pied sur le seuil, il leur dit :

' Procès-verbal de l'absolution.

« Vous direz à votre maître que si nous lui avons ouvert aujourd'hui la porte de l'Église militante, c'est à lui de se rendre digne, par sa foi et ses œuvres, d'entrer un jour dans l'Église triomphante. »

Toujours la main dans la main, ils se rendirent au tombeau de saint Pierre, où le pape vivement ému entonna le Te Deum, que la foule chanta avec enthousiasme.

C'est que le Béarnais, par sa bravoure et son caractère chevaleresque, avait conquis le cœur des Romains. Maintenant qu'il était redevenu enfant de l'Église, cet amour faisait explosion. Les armes de France furent placées au-dessus de toutes les portes, et l'on raconte qu'il n'y eut pas jusqu'au plus pauvre qui n'achetât le portrait d'Henri IV.

Pour l'éternelle mémoire de cet heureux événement. Clément VIII fît frapper une médaille où d'un côté était son effigie, de l'autre celle de Henri IV. De plus, voulant rendre hommage à la sainte Vierge, à l'intercession de laquelle l'Église attribuait cette conversion si ardemment désirée, le même pontife éleva, près de Sainte-Marie-Majeure, une croix qui en perpétue le souvenir. Elle se tiouve maintenant un peu à l'écart, à droite de la Basilique.

BliJLi()(;i;APiiiE

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