‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 67 sur 106 · LA MADONE « DEL SOCCORSO · texte numérisé non relu

LA MADONE « DEL SOCCORSO

Dans la Basilique actuelle, au fond du petit transept de droite, à qui se dirige vers la Confession, se trouve la chapelle Grégorienne, ainsi nommée de son fondateur, Grégoire XIII. Sous l'autel repose, comme nous l'avons déjà raconté, le corps de saint Grégoire de Xazianze; audessus, entre des colonnes de marbre précieux, l'image d'une Madone dont le culte est étroitement lié à celui d'un des plus illustres et des plus saints pontifes de l'Eglise romaine, Léon I le Grand.

Léon fut enseveli en 461, le premier peut-être, .sous le porliipie du Paradis de Saint-Pierre, qui dans la suite, pai- le nombre croissant des papes (pti vinrent l'y rejoindre, s'appela le portique des l'onlifes. Il y demeura de longues années, sans himneurs particuliers, presque oublié, tellement que sou tomijeau, plus humble (pie ceux de ses successeurs, devenait inconnu. Deux siècles plus lard, le pape Sergius I semul d'un délaissement (pii paraissait un outrage à une si sainte mémoire. Lan (iO(>. il releva ses restes et les transféra dans rinléiieiii' de la Basilique, .sous un autel élevé en son liomieui- pivs le mur occidental, à gauche de la

Confession, à côté de la porte conduisant au monastère de Saint- Martin'.

Or il advint que toute une lignée de Léon se succéda sur le siège de saint Pierre : Léon II, Léon III, Léon IV, pontifes saints entre tous, ayant bien mérité de l'Église. Il parut à Pascal IL dans les premières annnées du xiie siècle, qu'il serait bon de réunir dans un même autel, pour participer aux mêmes bonneurs, ceux que Dieu avait unis par une similitude de nom et de sainteté : il recueillit leurs restes et les ensevelit près de Léon le Grand, mais sans les mélanger. De tels hôtes demandaient un autel plus ricbe, dont la splendeur fût un hommage à leurs mérites et une invite à la dévotion des pèlerins. Pascal II le comprit et décora lantique oratoire de Sergius. Entre autres ornements, il fit peindre audessus de l'autel une image de la sainte Vierge tenant dans ses bras son divin Fils, sous le vocable de la Madone deJ Soccorxo ou du Secours. Elle attira bientôt à ses pieds les hommages des fidèles, qui confondaient dans une même vénération et la Roinc des saints et les glorieux pontifes ensevelis à ses pieds. Ce concours dura jusqu'à la démolition de la basilique Constantinienne. Jules II ayant fait raser cette partie des murs, l'oratoire disparut, et la fresque de la Madone del Soccorso fut reléguée ailleurs, tandis que les corps des Léon restaient sous le pavé, sans aucuns honneurs. Ce ne fut que sous le pontificat de Grégoire XIII que l'on s'occupa de les relever. Sous la base de l'antique oratoire, on trouva un sarcophage en marbre hermétiquement fermé portant l'inscription posée par Pascal II, quatre siècles auparavant, pour attester la présence des saints corps. Sur le même lieu, Grégoire éleva un petit édifice gracieusement orné, où ce sarcophage prit place en attendant la fin des travaux. Oublieux de la tradition, il n'eut pas la pensée de remettre à ce même autel l'image de Notre-Dame del Soccorso, qu'il transporta, pour des raisons toutes personnelles, à sa chapelle Grégorienne, brisant ainsi pour toujours les liens qui l'attachaient, depuis Pascal II, au culte de Léon le Grand. Car le corps de ce pontife ne la suivit pas dans cette demeure. Sous Paul V, le sarcophage qui le contenait fut déposé sous l'autel de Sainte-Marie délia Colonna, à quelques pas de l'oratoire bâti par Grégoire XIII et démoli alors pour établir définitivement le pavé de la Basilique. Cent ans après, Clément XI, suivant la pensée d'un de ses prédécesseurs. Innocent X, qui avait construit et décoré une chapelle pour recevoir les restes de Léon le Grand sans pouvoir achever son œuvre, résolut d'en faire lui-môme la translation.

' Caiicullieri, de Secret., U, |i. 043. — Siiulont, Albariitm... etc. S. Jlasil. Vatic, p. 40.

sr.i

En mai 1717, son neveu le cardinal Annibal Albani, archiprêtro de la basilique Vaticanc, accompagné de quelques cbanoines, parmi lesquels Prospcr Lambertini, depuis pape sous le nom de Benoit XIV, ouvrit le sarcopliago de marbre. A l'intérieur, on découvrit un premier cercueil en bois contenant des ossements et des cendres : c'étaient, d'après l'inscription, les restes des saints papes Léon II, Léon III et Léon IV. Audessous, un deuxième cercueil portait ces simples mots : Corpus sancii Leonis papx prlmî. On ne l'ouvrit point. Tout fut remis en place, en

Tomhp.iu d'innnwnt VIII (partie inférieiiro ) . par rnllajiiulu

attendant que la chapelle où il devait reposer fût couiplétcmcnt 1»^min(!e.

L'année suivante, au mois d'avril, (| uniques jours avant la fête du saint pape, le même cardinal oiiviit li^ cercueil : Lt'nn le (iiaiid apparut à tous les yeux intact comme au jour de sa mnri. vêtu de ses habits pontificaux, lia joie lui universelle. l)ix-liiiil cardinaux, le pape Clément XI. vinrent le vénérer. Ce pontife tint à honneur de présider en personne sa translation. Les corps des autres Léon restèrent à l'autel de Sainte- Maiie ilflla Cnltm lui ; cohil de Léon le Grand, porté d'abord en procession aiilour (le la place Saint-Pierre, au milieu des acclamations d'une foule immense, l'ut di'posé sous l'autel spécial qui lui est consacré.

Comme nous aimerions voir à cet autel, malgi'é toute la beauté du rétable (le T.Mgarde. l'image de Notre-Dame ilcl Soccorso ! Sa présence près de Léon le roand feiail revivre tout un long passé' d'hommages et de siqiplications.

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