L'AUTEL DE LA PRÉSENTATION
C'est un des plus anciens titres de la Basilique. Il eut pour fondateur, au viiie siècle, le pape Grégoire III, qui le consacra en même temps que son plus proche voisin, dédié à saint Gabinus. Il était situé dans la nef centrale, au midi, devant le pilier qui soutenait lare triomphal. Pendant de longs siècles la Sardaigne et la Corse lui payèrent tribut; ce qui ferait supposer que Grégoire III l'éleva aux frais de ces deux îles, en souvenir, sans doute, de quelque pèlerinage au tombeau de saint Pierre.
Sous le pontitîcat d'Innocent VIII, cet autel acquit une grande célébrité. Ce pontife, ayant reçu de Bajazet II la sainte lance qui perça le côté du Christ, bâtit autour de l'autel de la Présentation un oratoire pour la déposer. Bramante en fut l'architecte. Sous un cïborium d'une grande richesse, il plaça un tabernacle dans lequel Innocent VIII renferma la précieuse relique. Pour lui rendre des hommages perpétuels, il créa quatre bénéficiers supplémentaires, appelés, de son nom, les chapelains d'Innocent (capellani Innocentiani). Ils devaient desservir cet oratoire, et, les jours de dimanche et de fête, s'unir aux chanoines de Saint-Pierre pour célébrer l'office divin. Nous avons raconté en son lieu les déboires de ces malheureux, fort mal accueillis par les chanoines et les bénéfîciers titulaires.
Ce fut aux pieds de la Vierge de la Présentation qu'Innocent VIII voulut reposer. Peu confiant dans ses héritiers, il eut la prévoyance de faire exécuter de son viA'ant son propre mausolée, œuvre en bronze du célèbre artiste florentin Pollajuolo. On le mit en place dans l'oratoire sous la surveillance d'Innocent Vlli lui-même, en sorte qu'après sa mort on n'eût qu'à l'y ensevelir.
Malgré toutes ces précautions, ce pontife n'est plus aujourd'hui aux pieds de la Madone de la Présentation. La construction de la nouvelle Basilique bouleversa tous les autels, renversa tous les oratoires, sans respect aucun pour les volontés suprêmes de leurs fondateurs. Le titre môme de la Présentation aurait à jamais disparu de la Basilique, si, au temps où Urbain VIII distribuait les nouveaux titres aux nouveaux autels, un descendant de la famille d'Innocent, le duc de Massa, n'eût énergiquement réclamé auprès du révérendissime Chapitre. Il y eut mémoire sur mémoire pour rappeler les droits de la Présentation. Le Chapitre, qui ne gardait plus rancune à Innocent pour la malencontreuse fondation de ses chapelains, se laissa convaincre et rédigea une supplique au pape, où il était dit : « On doit rétablir la chapelle d'Innocent sous le titre de la Pré-
sentation. Ce pontife, en effet, est l'instituteur des quatre chapelains qui desservaient l'ancien oratoire. II légua en outre une rente annuelle pour entretenir le luminaire devant l'autel. C'est lui également qui fit don à la Basilique du fer de la sainte lance. Aussi, fort de son droit, le prince de Massa a-t-il souvent fait des instances pour que des souvenirs si glorieux pour sa famille ne périssent pas'... » La demande était juste, les motifs raisonnables, les droits incontestables; Urbain VIll donna son adhé.<ion. On affecta au titre de la Présentation la deu.Kième chapelle ouvrant sur la petite nef latérale de gauche, entre celle des fonts baptismaux et le chœur. Elle fut richement décorée. Romanelli exécuta la merveilleuse peinture de la Présentation de la Vierge au temple, qui fut placée audessus de l'autel. l'Iiis tard, en 17-27. lorsqu'on résolut de ne conserver dans la Basilique «pie des tableaux en mosaïque, l'original fut transporté à Sainte-Marie-des-Anges et remplacé par une copie en mo.sa'irpie de Cristofari. Toutes les mosaïques qui décorent lu vnùte et les bas-cùtés de cette chapelle ont été exécutées sur les dessins de Carlo Maratta. S'inspirant heureusement des saintes Écritures, cet artiste choisit les personnages (loui les actes prophétiques se rapportent à la sainte Vierge, comme Aaron offrant l'encens devant l'arche, Moïse ôtant ses sandales devant le buisson ardent, Noé s'extasiant devant l'arc-en-iici. Gédéon et sa toison de brebis, Balaam et son étoile, et ces femmes fortes, symboles des victoires surnaturelles de la Vierge, qui s'appellent .luditii et Jael. Cette page iiiblique à la gloire des divines prérogatives de la Mère de Dieu est tout ini poème (|ue Cailo Maratta a délicieusement chanté.
Il est regrettable que là, comme ailleurs, on n'ait tenu aucun compte des an1i(jues tradilions. Un souvenir de la sainte lance, à défaut de la relique clle-niêmc, sei'ait si bleu à sa place sur cet autel pour on rappeler la fondation piiinitivc. Iiiihhi'iiI Vllf lui-même n'a pas liuiiv('' gi-âce. Son tombeau, vmv. des rares épaves échappées au vandalisme des déniolisseui's de la basili(pie Constantiui(!nn(\, se trouve relégué dans la nef voisine, à côté de cette chapelle tant aimée par lui. où ses os reposeraient dans une paix meilleure.