L.\ MADONE « DE CONVENTU
En avaiil ijc Idraldiii' de la Présentation, dans la nef transvei-sale, un peu à gauche dcv.mt la Confession, se troiivail dans la vieille basili«|ue une autre Madmie. aii\ |iieds de laquelle les ciianoines de Saiiif-i'ierre
' Alltiriiiin... S. Ua.iil. Wilic. \<. II'-'.
s'assemblaient pour chanter les louanges de Dieu. C'était le chœur. Seul, le titre de Notre-Dame de Conventu ou du Chœur en rappelle le souvenir et l'emplacement. Ce titre remonte-t-il à Tinstitution des quatre monastères de moines par Léon le Grand? Nul ne le sait, car nul document n'en fait mention. C'est même chose étrange de voir passé sous silence ou indiqué d'une manière douteuse le chœur du révérendissime Chapitre. On dirait qu'il n'avait point dans la basilique Constantinienne une place éminente. On raconte en grands détails ce qui se passait au chœur, tout l'ordre de la liturgie, même ce qui n'en faisait nullement partie, comme les disputes de préséance entre les membres du Chapitre, sans que personne ait l'idée d'indiquer avec précision le lieu, la forme, la disposition du chœur lui-même. La Vierge seule, la titulaire de l'autel, est signalée.
Malgré cette pénurie documentaire, un détail clairement mentionné par tous les historiens de la Basilique nous permet de déterminer l'emplacement du chœur. Il y a unanimité jiour placer Tambon devant la Confession, à gauche, dans la nef transversale. L'ambon servait autrefois au diacre pour chanter l'Évangile. Sa place, si nous en jugeons par la basilique de Saint-Clément qui a gardé l'ancienne disposition liturgique, se trouvait sur un côté du chœur, à peu près au milieu de la clôture qui le sépare des fidèles. De l'autre côté, faisant pendant, le pupitre, moins élevé, moins riche de décoration, d'où l'on chantait l'e-pitrc et les prophéties. En reconstituant le chœur de Saint-Pierre sur ce plan traditionnel, nous le plaçons dans la nef centrale, devant la Confession, sur la gauche, adossé à l'oratoire de la Présentation. Cette place lui convient parfaitement : les chanoines étaient près le tombeau de saint Pierre, près l'autel papal, près le sanctuaire, dans le Heu le plus lavoraiilo à l'exercice de leurs fonctions. Dans ces conditions, nous croyons (|u'il faut en faire remonter la fondation à Léon le Grand, qui, le premier, organisa le service divin canonial dans la Basilique.
Les chanoines restèrent dans ce chœur primitif, aux pieds de la Madone, jusqu'au pontificat de Sixte IV (1471-1484). Pour des raisons qui nous sont inconnues, uniquement peut-être parce que l'ancien chœur n'offrait pas toutes les convenances nécessaires au développement graduel du culte. Sixte en construisit un nouveau. Ce ne hil point une simple restauration, un agrandissement: reniitlacement même fut changé. Au lieu de laisser le chœur dans la nef transversale, comme l'avait fait Léon le Grand, au risque d'encombrer les abords de la Confession et d'en gêner l'accès, il le transporta vers le milieu de la Basilique, dans la dernière nef latérale de gauche; et, pour lui donner plus d'ampleur, sans
LE CULTK
empiéter sur la nef elle-mêmo, il le fit déborder en dehors des muis. L'abside se trouvait aboutir près le temple de Saint-André, devenu depuis longtemps la sacristie.
C'était une hollo chapelle carrée, sauf l'abside, richement ornée, au dire d'Alpharanus, rpii Trippelle dans son manuscrit : nobili.fsimnm oraforium magnificrniissimc doUUvm alque e.rornaliim*. L'épaisseur de ses murs la rendait cliaude en hiver, fraîche en été, dit Grimaldi, agréable en toute saison*. Deu.\ antiques colonnes de porphyre, sur lesquelles étaient
l'hirui- (!<• S;nnt -Ciûliimt.
scuiph'cs les ligures do deux cmpeicins s"('iiil)rassaiil iimtiiclloment. soutenaient Taie (le l'abside. Klles oriiml aujuiinriini laiilrl de la chapelle Pauline, au Valican. Trois rangs de sièges étaient disposés poin- Irs trois ordres du révércndissime Chapitre : les chanoines, les bénéficiers. les clercs béiK'ficiers; nul séculici- n'avait le droit de s'y asseoii-. Stu" la porte d'entrée on lisait ctîlte dc'reuse : lùlicliint. : sedrrr in his sttbsi'Uiis nono atidcat nisi naccrdos iniHahifniui' sacria. Profane, ipihiiiiix rx^procvl cslo^. La Madone */r' Conrndu , i\\\\ |)eii(laiil mille ans avait re(;u les hommages du Chapitre el pré-sidé- sui' son Irône ses assemblées liluigiques.
' Altnriutn... etc. .'^. I!,iiiit. Valic. \< 1011. ' ToiM-i;;. ms.. c, (i. Arcli. ilc l;i ll;isllii|iji'
ne le suivit pas dans sa nouvelle résidence. Cependant, pour continuer la tradition, Sixte IV dédia le chœur à la sainte Vierge. Se souvenant qu'il avait porté la bure de saint François, il le consacra à l'Immaculée Conception, à saint François d'Assise et à saint Antoine de Padoue. Balthazar de Sienne peignit à fresque, dans l'abside, la Vierge entourée de séraphins, ayant à ses pieds saint Pierre et saint François d'un côté, de l'autre saint Paul et saint Antoine; plus bas, à genoux devant saint Pierre, Sixte lui-même, dans une attitude suppliante.
L'an 1479, le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception de la Vierge, Pierre Guillaume, archevêque de Salerne, au nom du pape, consacra l'autel du chœur. Il y renferma les reliques suivantes : du voile de la sainte Vierge, des ossements de saint Etienne, saint Laurent, saint Sixte II et saint Sébastien,' du sang qui coula des stigmates de saint François, de ses cheveux, de son cilice, de sa tunique, et de la peau de la tête de saint Antoine de Padoue.
A cette occasion, Sixte IV rendit une nouvelle ordonnance contre les profanes qui tenteraient de s'intioduire dans le chœur des chanoines. Si les hommes non revêtus de la cléricature n'avaient pas le droit de s'asseoir sur les bancs, les femmes furent encore traitées plus sévèrement. Interdiction absolue à toute femme, sous peine d'excommunication, d'entrer dans le chœur, si ce n'est trois fois par an, aux fêtes de l'Immaculée Conception de la Vierge, de saint François d'Assise et de saint Antoine de Padoue. On y ajouta le jour anniversaire de l'ensevelissement de ce pontife, car c'est dans cette chapelle qu'il voulut doi'inir son dernier sommeil. Son tombeau, un des plus riches et, à coup sûr, le })Ius artistique et le plus religieux de tous ceux qui décorent la Basilique, fut placé devant l'autel, au centre du chœur. Plus tard, derrière l'autel, Jules II, son neveu, dont le gigantesque mausolée ne fut jamais terminé, reçut une sépulture provisoire. L'ancien martyrologe de la Basilique en fait mention en ces termes pompeux : « Jules II, souverain pontife, né à Savone, en Ligurie, neveu de Sixte IV, illustre par son génie et la gloire de ses actes. Il vengea l'Église des usurpateurs qui détenaient injustement ses biens; au milieu des troubles de la guerre, il ne négligea rien de ce qui pouvait augmenter la majesté du culte divin. L'antique basilique tombant en ruines, il posa la première pierre du nouveau temple Vatican, le 13 des calendes de mai 150G... On célèbre pour lui tous les ans un anniversaire'. » Lorsque, sous le pontificat de Paul V, on dut achever la démolition des derniers restes de l'ancienne basilique, ce ne fut pas
' Altarium... i^. Biisil. Vatic.,\i. 102.
sans regret que les chanoines virent tomber le chœur de Sixte IV. L'impérieuse nécessité seule put leur faire accepter sa disparition. On prit jour pour y célébrer une dernière fois l'office divin avec solennité, l'office des adieux. Ce furent de véritables funérailles. Grimaldi. notaire du Chapitre, en dressa le procès-verbal, pour en conserver l'impérissable souvenir. Il dit : « Les ouvriers ayant reçu l'ordre de démolir le chœur, les révérendissimes chanoines me prièrent, en ma qualité de notaire, de rédi-
UC'lail (lu monument en lironzv de Sixle IV. par Holliijuolu.
ger un acte |iiil»lic l'elataiit nllliicllcmcnl Ir jour où. pi nu- la dernière fois, ils célébrèrent JMfiicc (i.iiis le cliniii- de Sixte IV. Ce fut le 15 novembre, un dimanche de l'année KiO',». tiuc la dernière messe fut chantée. Après les vêpres, devant la lonlc arcoui no à ce triste spectacle, on enleva les ornements des stalles et de Faufol, les saintes reliques... »
Au mois de février suivant, les nuirs tombaient, et avec eux, .sans égard pour .son antiquité, l'image de la deuxième Madone (/'■ Convpntn, peinte ;\ fresque dans l'abside. Seize ans plus lard, Urbain VIII ivuoue la tradition. Son prédécesseur, Grégoire XV, avait commencé, s.uis pouvoir la liiiiiiiKi , la construction du nouveau chipur des chanoines, sur l'emplacement de celui de Sixie IV. l'rliain (X)ntiuui' son n-uvr»'. Il décore
la chapelle, y met des stalles en marqueterie de noyer. Se souvenant de cette image de la Vierge qui, depuis Léon le Grand, présidait l'office canonial, il place au-dessus de l'autel une mosaïque représentant, comme autrefois, l'Immaculée Conception, saint François d'Assise et saint Antoine de Padoue. Il y a cependant une innovation : aux pieds de la Vierge, les mains tendues vers elle, un personnage en habits pontificaux la montre avec un sounre de béatitude.
C'est Jean Chrysostome.
Cet illustre docteur de l'Église grecque, dont les lèvres d'or protestèrent avec tant d'énergie contre toutes les erreurs, toutes les injustices, toutes les corruptions de la cour de Constantinople, chassé de son siège, traîné en exil, accablé d'outrages et de mauvais traitements, expirait sous le règne d'Arcadius, dans l'église du saint martyr Basiliscus, en Arménie, martyr lui-même. Rapporté à Constantinople par Théodose, le fils d'Arcadius, son corps y demeura jusqu'au temps des croisades. Lorsque les Latins prirent possession de Constantinople, il fut transporté à Rome et enseveli près le tombeau de saint Pieire, au milieu de Vatrium qui faisait communiquer le temple de Sainte-Pétronille avec celui de Saint -André. Alpharanus, témoin oculaire, en parle en ces termes : « Au centre de l'étroit passage qui allait à Sainte-Marie-des-Fièvres, — ou Saint-André, — vers l'Orient, se trouvait l'autel de saint Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, docteur de l'Église. Il était orné de quatre colonnes de porphyre et de marbres pi'écieux. Sous l'autel reposait le corps, très vénéré par les femmes. En passant la tête au dedans de la Confession, elles disaient entendre les plaintes des âmes du pm^gatoire. Aussi donnaient-elles de lai'ges aumônes aux prêtres de la Basilique, pour célébrer des messes à leur intention'. » Ces quelques lignes nous révèlent un l)ien singulier usage. L'autel de saint Chrysostome devait être vide à l'intérieur et muni, comme à la Confession de saint Pierre, de la fenestella confessionis, cette petite ouverture par où les fidèles passaient la tête pour prier. Il leur semblait qu'étant plus près des reliques, les touchant presque, ils seraient plus généreusement exaucés. Quelle rumeur étrange entendait- on sous l'autel de saint Chrysostome, pour donner à penser qu'elle venait du purgatoire? C'est un mystère que les femmes, qui seules entendaient, pourraient seules nous expliquer.
Quoi qu'il en soit, et peut-être à raison même de cette pratique contestable, saint Pie V, en 1567, fit transporter le corps de l'illustre docteur dans le temple de Saint-André. Il fut déposé sous l'autel consacré
' Gancellicri, de Secret., I, p. 109U.
LA IMKTA DK M 1 C II K L - A N (! K (Basilique de Sainl-I'ierrc.)
aux saints Lambert et Servais, par les soins du cardinal Sanctorio, du titre de Saint-Barthélemy-en-l'Ile. Il y demeura jusqu'au temps d'Urbain VIII. Ce pontife eut l'heureuse inspiration de rendre à ces glorieux restes de plus solennels honneurs. Le 2 mai 1G26, aprr-s avoir été i)ortés en triomphe au milieu d'une foule de cardinaux, d'évêques latins et orientaux, de prélats et de fidèles, pendant que les élèves du collège grec chantaient des hymnes dans la langue même de Chrysostome, ils furent placés sous l'autel du chœur. Chrysostome est bien à sa place dans la basilique Vaticane. Nul peut-être, parmi les docteurs de l'Église, n'a eu pour le tombeau de saint Pierre une plus ardente dévotion; nul, sans contredit, n'en a chanté les gloires avec un plus éloquent enthousiasme. C'est lui qui s'écriait dans une de ses homélies sur l'épitre aux Romains : « Non, le (•i(;l irradié par les feux du soleil n'a pas plus de splendeurs que cette Rome illuminée par la gloire de Pierre et de Paul. C'est de là que Paul, que Pierre ressusciteront. Pensez donc au spectacle merveilleux que Rome contemplera, lorsque Pierre et Paul s'envoleront de leurs tombeaux au-devant du Christ'. »
On dirait que sa dépouille mortelle n'a point eu de repos avant d'être déposée près le tombeau de saint Pierre, afin que ses yeux vissent de plus près et les premiers ce merveilleux spectacle.