SAINT- 1' lEiiiii: i)i; noMi
Les luicieni! L'Xitloraleurs des calucoiiilje.s avaient pu voir de leurs yeux la cliaii-e devant laquelle Tablié Jean s'était prosterné; Bosio avait déerit la rhaniltre sépulcrale qu'elle occnpait: aussi, dés que le einieliére Ostrien fut ouvert aux recherches des archéologues, on se mit à l'œuvre pour la retrouver. Les galeries furent déblayées, et aujourd'hui les jiélerins peuvent de nouve;iu contempler et vénérer dans la crypte, où reposa le corps de sainte Éniérentiennc la chaiiv t.iilN'c dans le tuf en mémoire du séjour de Pierre dans la villa d'Ostorius'.
Nous savons que la plupart drs .luteurs placent I.i pii-mière habitation de l'apôtre au Tianstévère. qui était alors le quartier des Juifs; mais les constatations faites au cimetière Ostrii'ii. les expressions employées par les martyrologes et le papyrus de Monza, nous jiermettent d'affirmer que la villa d'Ostorius fut le premier toit hospitalitr qui reçut saint Pierre. 11 y enseigna, puisque sa chain' y «'lail vénérée; il y baptisa, puisque Usouvenir de ce baptême (lninia ."i ce cimetière le nom ad nymphas S. Pétri : jiourquoi n'y aurait-il pas habité? Pourquoi, sans aucun document positif, le faire descendre au Transtévère, et en même temps enseigner et baptiser sur la voie Nomentane? Les Juifs, du reste, n'étaient pas favorables au chef connu des chrétiens, et son séjour parmi eux n'eût pas été sans péril.
Nous sommes d'autant plus autorisé à rejeter le séjour de Pierre au Transtévère, qu'il n'y a laissé aucun vestige de son passage. Cet argmurnt pourra paraître singulier; mais ceux qui ont vécu quelque temps à Rome et qui connaissent Fattenlion scrupuleuse avec laquelle les Romains conservent le moindre souvenir, la moindre tradition concernant saint Pierre, en apprécieront la valeur. A la voie Nomentane, au Vicus Patricius, à l'Aventin, au Forum, près la porte Ca})ène. sur la voie Appienne et celle d'Ostie, an Tidlianum, au Vatican, partout oij l'apôtre a fait un acte important, partout oii les fidèles l'ont suivi, la tradition tenace de l'Eglise de Rome, quelquefois à l'encontre des érudits trop positifs dont la science ne l'etTrayc pas, affirme et consacre par une église, par un autel, par une pierre, la présence de son fondateur. Au Transtévère, rien; c'est le silence
chaire vénérée par nos pères, le collég-e des CuUores Marlyrum y célèbre solennellement sa mémoire, comme autrefois. le 18 janvier. Nous avons eu le Ijonlieur d'y oITrir le saint sacrifice le 18 janvier 1893 sur le tombeau de sainte Kmérentiennc, tout proche la chaire de saint Pierre.
' Cette chaire a-t-elle .servi à l'apùtre? Nous n'osons nous prononcer. Il est évident que du tcm]is de saint Pierre la catacombe actuelle n'avait pas l'étendue qu'elle eut depuis. Ce devait être une sépulture de famille. Les circonstances obligèrent-elles l'apôtre à s'y réfugier, pour enseigner rEvangilc au milieu des troubles sans cesse suscités par les .luifs? Ou bien les fidèles, pour garder le souvenir de ses prédications et de la fondation de l'Église de Rome, tiillèrent-ils cette chaire d'aboi'd, puis les autres, en témoignage de leur vénération? Ce que nous avons lu et ce que nous avons entendu dans les conférences faites sur le lieu même par le professeur Marucchi, l'éminent disciple de M. de Rossi, n'ont pu dissiper nos doutes.
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absolu. Pierre y est totalement oublié; aucun signe de ce premier séjour si clairement manifesté au cimetière Ostrien.
Pierre habitait donc la villa d'Ostorius, et allait à Rome annoncer l'Évangile, tant chez les Juifs que chez les païens. Malgré les tracasseries dont il fut l'objet de la part de la synagogue, sa parole eut un immense succès. Le filet du pêcheur de Galilée se remplit à rompre. Nous en avons une preuve dans le cri d'alarme que l'empereur Claude jetait en plein Sénat, l'an 47. cinq ans après l'arrivée de Pierre. « Il se plaignit, (lit Tacite, du progrès des superstitions étrangères.' » Or, quand Tacite jiarlo de superstitions étrangères, il .s'agit surtout du christianisme. Luimême nous fournit le commentaire de cette expression, lors(jue, raconl.iiil les supplices etïroyabk's infligés aux chrétiens par Néron, il montre Iciii " immense nniHihide », muUitudo ingens, accusée de « superstition exécrable ' ».
Du reste, il sort des entrailles mêmes de cette terre de Rome, arrosée du sang de tant de martyrs, un témoignage invincible de la rapidité de la jiropagation de la foi au temps a{)Ostolique. Les catacombes contemj)oraines de Pierre ouvrent leurs sombres galeries, montrent leurs locidi pressés, entassés les uns sur les autres. On mourait vite à cette époque, et les fossores avaient peine à suffire à la tâche d'ensevelir tous ceux qui versaient leur sang pour le Christ ou voulaient reposer à leur côté.
M. de Rossi établit ainsi le nombre des cimetières chrétiens creusés au tomp.s de saint Pierre pour recevoir les corps de ses enfants : sur la voie CurncUa, le cimetière du Vatican; sur la voie Aurélia, le cimetière de Lucine, oii furent déposés les restes de Processus et Martinianus; sur la voie Ostiensis, le cimetière où repose le corps de saint Paul; sur la voie Ardcatina, le cimetière de Domitille, où cette pieuse chrétienne ensevelit les saints Nérée et Achillée. \*vv<- du lomhcau de sainte Pétroiiille; sur la voie Appia, le cimetière ad Calacumbas; sur la voie Salaria, le cimetière de Priscille, qui servit de sépulture à la familh^ sénatoriale de Pudens; enfin, sin- la voie Nonienlmia, le cimetière Osti'ien. ad nymphas sancii Petrl.
« Dans eliaiini de <'('s ciiiiclièros, ajoute ri'iniiicnt airli('ologue, j'ai lioiivé des inscriptions iion dalt-rs (pii concrmcnl l'videmment des peisonnages ((uilriiipdrains des Klaviens et dc^ Ti'ajan. Souvent même des dates certaines accompagnaient ces inscriptions et les l'attachaient iiidiibilalilcment à cette époque... Dans des catacombes si diverses, si éloignées
' Tacite, Ann. XI.
' 1(1. ihid. XV.
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ruiie (11' liiiilre, rencontrer des inscriptions de cette date, c'est mettre la main sur un momunent d'origine apostolique'. »
Pour creuser des cimetières aussi nombreux et dans des régions si diverses, car les sej)t cimetières menlinnnés forment une zone sépulcrale autour de Rome, il fallut évidemment \nie raison majeure : cette raison fut, sans aucun doute, la multitude des disciples de l'apôtre. Ils se pressaient au pied de sa chaire comme les jeunes pousses de l'olivier percent, nombreuses et IdulVues. .iiiluin- du tronc; (|ni les nourrit.
Bientôt Pierre comprit que sa résidence, à trois milles de la ville, serait un obstacle à sa prédication. Après un séjour dont la durée ne peut être tixée, il se décida à transporter sa chaire dans les nuu's de Rome, au centre même de la société païenne.
Parmi les païens convertis que l'apôtre avait baptisés, se trouvait un personnage de rang sénatorial, appelé Pudens. Ce devait èlie un des plus fervents disciples, car saint Pierre lui demanda l'hospitalité. Le palais de Pudens était situé au Vicus Patricius, sur la rampe du Viminal. Ce lieu, à jamais célèbre pour les chrétiens, n'a pas cessé depuis lors d'être une terre sacrée. Cent ans après la mort de Pierre, le pape Pie I, sollicité par les enfants de Pudens, Praxède et Pudentienne, convertit ce palais vraiment apostolique en basilique, du titre de Pasteur.
Dans une épitaphe du ive siècle (384) on lit le nom de « Léopard, lecteur de la Pudentienne », lector de Pudentiana. Une mosaïque contemporaine de ce lecteur portait cette inscription : Dominus conservator Ecclesiae Pudentianœ. Cette église, en effet, n'était nullement dès le principe dédiée à sainte Pudentienne, mais prenait son nom de Pudens, son père. Nous en avons une preuve dans les signatures de deux prêtres attachés à son service, sur les actes du concile tenu sous le pape Symmaque durant le v<; siècle : Asterius, presbyter titidi sancti Pvdentis: Justinitis, presbyter tituli sancti Pudentis. Ce n'est (|iic |)his lard i|ue Fou fit intervenir le culte de sainte Pudentienne en traduisant à tort Ecclesix Pudentianse par « église de Pudentienne », au lieu d'église Pudentienne -.
La dignité sénatoriale de Pudens a ftdt naître quelques doutes sur la réalité historique du séjour de saint Pierre dans son palais. Une certaine école, prenant trop à la lettre les passages des épîtres de saint Paul où l'humble disciple de Jésus-Christ, pour abaisser l'orgueil humain, se glorifie de ne voir parmi ses disciples que des honunes de basse condition. — ignobilia mundi , — prétend (|uil n'est jias ]irol)able (|u\m sénateur .se soit converti avec toute sa famille à la religion d'un Juif crucifié.
* De Rossi, Roma sotlerr.. I. p. 184-185. - Cf. Armellini, Chiese di Borna, p. 566.
Munuinc'nl un bronxu cuiUfiiunl iu cliaii-u du buiiil l'it-rrt^', pur lu Uctuiii.
LA li A S 11, in IF. VA Tir. A ni; 47
Les catacombes, qui sont les vraies archives de l'Église, apportent encore ici un témoignage invincible. Leurs marbres, brisés par la hache des barbares et patiemment recueillis et mis en ordre par M. de Rossi, révèlent les noms des familles patriciennes les plus illustres qui ont cru en Jésus-Christ. Or, parmi ces prédestinés, le nom de Pudens a été retrouvé dans la catacombe apostolique de Priscille. « La preuve que les Pudens étaient chrétiens, écrit M. de Rossi, et qu'ils ont pris leur sépulture dans le cimetière de Priscille, m'est fournie pai' un titre qui se trouve à son étage inférieur. C'est l'empreinte du cachet d'un Pudens Félix plusieurs fois répétée sur le ciment qui scelle un loculus. Ces deux prénoms, accolés l'un à l'autre, conviennent merveilleusement aux descendants des Cornélius, puisque Cornélius Sylla fut le premier parmi les Romains qui s'arrogea le surnom de Félix et le transmit à ses descendants. Or les Pudens chrétiens passent pour appartenir à la gens Cornelia '. »
Le Pudens dont parle saint Paul - est donc le patricien descendant de Cornélius Sylla. Son palais devint la première cathédrale où Pierre, le pasteur suprême, enseignait l'Évangile de Jésus-Christ.
La Providence nous a gardé le souvenir le plus touchant de la résidence de Pierre dans la maison de Pudens, le siège même où il s'asseyait pour instruire les fidèles. C'est la chaire conservée dans la basilique vaticane. Non pas, selon M. de Rossi, que cette chaire soit la chaise curule du sénateur Pudens, car le bois dont elle est fabriquée ne répond pas à la richesse exigée pour les sièges sénatoriaux ^ pas plus que sa forme.
Cette relique vénérable fut gardée avec le plus religieux respect. Longtemps elle resta près du baptistère du Vatican, et, quand les néophytes avaient été purifiés par l'eau baptismale, ils se rendaient à la chaire de Pierre connue pour témoigner de la sincérité de leur foi et en rendre grâces à celui qu'ils reg^u-daient comme leur père, a Voyez les seuils humides du baptistère, » s'écrie Ennodius de Pavie, envoyant les néophytes en robe blanche vers la sella gestatoria de la confession apostoli(|ue '.
Longtemps aussi les successeurs de Pierre tinrent à iionneur de prendre possession du souverain pontificat en s'asseyant , le jour même de leur intronisation, dans la chaire apostoli(|ue. Usage très touchant,
' De Hossi , Imayiiies B. M. V.
" H ïimotli. IV, '21.
•' Ils ('■t;iii'nt en ivoire.
* Apoloij. pro Sijnodo.
Is SAl.NT-l'lIiUllL; llK. linMI-:
qu'il est regrellalile do voir suspenclu. I,i' |).i|ic Aloxaiidif \'ll iiiil Imn (lo reK'j"iicr l;i cliaire de saiiil Pienv an l'oiid de la liasili(|iic acluelle, dans une place cerlainenienl lionorahle, mais à une liaulriir Irlle tiuelle est devenue inaccessible. Elle est revêtue diiii siège en bronze doré, porté pai" quatre docteurs de l'I^filise, deux de l'Orient et deux de l'Occident, œuvre du Bciniii. -riin lidùi aitistique lr«''S médiocre. F.a vc'-iiéralion ipii i'enloiu'ait a pres([ue (lis|i,iiii. cl l;i tVIc si |"i|Mil;iiiv ;iiilicri)is de la chaire de Pierre, quand on |M)Uvail la voir d I apiUMclifr. csl dcvemie jtresque inconnue en délions du clergé. 11 est loin le temps où les fidèles la solennisaienl par de joyeux festins, ce qui avait valu ;\ ce jour le nom de feslum B. Pétri Epularam ".
A l'aide des rares documents ipii (Iniiiiriil qncNjues d('lails sur les cérémonies du culte chrétien pratirpiées par les Apôtres et lems disciples, à laide smiout des traditions constantes de l'Eglise romaine. dépositaire des secrets liturgiques des premiers siècles, il nous est permis, sans crainte de nous égarer dans des rêves chimériques, de pénétrer dans le palais de Pudens et d'assister au saint sacrifice olVcrl par saint Pierre '.
C'est le dimanche, le jour du Seigiieui', devenu .saint par la ii'suirection du Sauveur, que les portes du palais sénatorial s'ouvrent poiulaisser entrer les lidèles. Baptisés, catéchumènes et pénitenls iiénètient dans le cenaculum où a lieu la réunion.
Au fond de la salle, dans une place réservée et séparée du reste de l'assemblée par un voile, est l'autel en bois destin(' au sacrifice. Derrièie, le siège de l'apôtre; de chaque côté, les prêtres. Les ostiarii surveillent l'entrée des fidèles. Debout, les diacres font le service d'ordre. Ils placent les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, niellant au premier rang les vierges et les veuves consacrées à Dieu ; au dernier, les pénitents et les catéchumènes. L'apôtre, porté sur sa chaise, traverse l'assistance et commence la prière. Puis le lecteur, sur une estrade élevée, lit des passages lie l'Ancien 'festament, figure et prophétie du Messie. Après la lecture on
' Belet, Rational. c. i.xxxiii.
Il est hors de doute que les éléments essentiels de la liturgie ont été établis par Pierre et les Apôtres. Les protestants eux-mêmes en font l'aveu. « Je ne saurais douter, dit Grotius, de l'institution apostolique de la liturgie, en voyant dans tous les siècles et dans toutes les parties du monde la concordance des liturg-ics à reproduire uniformément les prières par lesquelles on demande à Dieu de sanctKier par son Esprit les dons offerts sur l'autel et de les changer au corps et au sang du Christ. » {De Pace EccL, p. 070.)
Et, en ellet, outre les passages des Épîtres de saint Paul où il est question des chants, des prières et des autres choses qu'il se réserve de fixer de vive voix, cxtera cum venero disponam, nous pouvons, avec l'Apologie de saint Justin, les Constitutions apostoliques, les œuvres de Tertullien, reconstituer les parties essentielles du culte. Cf. Ducliesne, Origine du culte chrétien; Paris, Thorin.