I.A IiA>ll.lnI E VATIi:ANE
cliJiiite des psaumes. A1<jis l'iriiv piciid Ju |i;uole : crst ri-ivjui^nk', l'Évangile non pas chanté à la lueur des cierges et au milieu des nuages d'encens, mais l'Évangile raconté par un témoin oculaire, nu des acteurs principaux de ce drame qui iviimii;i Imijours les entrailles de Jliiimanité.
Il raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu depuis le jour où André son frère le présenta à Jésus; toutes les merveilles de doctrine, de puissance, de miséricorde, «pii coulaient à flots pressés de l'esprit et du cœur du Maître. La voix qui proclamait Jésus de Nazareth, le Fils hieii-ainié de iJicu. il l'a (utciiilue; ce vin iiiirandeux des noces de Cana, il en a bu; ces aveugles, ces paralytiques, ces lépreux guéris, il les a connus; cette tempête sur le lac de Tihériade. calmée jiar un signe, il en a étéépouvanté; ce filet l'egorgeanl de imissons, c'est lui. l'icnc. ipii le tirait; lui aussi qui marchait sur les tlots, eufoneail pi-is de peur; et la main de Jésus, cette main, il la pressée comme un naufrage' r\\ détresse. Il a vu de ses yeux la Iransûguration de Jésus, el c'est lui. Pierre, qui a dit : « Il est bon d'être ici! » Il a vu de ses yeux Lazare, enseveli depuis quatre jours, sortir vivant du tombeau, et le lils de la veuve de son cercueil.
Puis venaient les récits douloureux de la passion du Sauveur : cette dernière cène où le Fils de Dieu lui avait lavé les pieds, malgré ses protestations. « J'étais assis près de lui. disait-il, il |)rit dans ses mains un morceau de pain, et il dit : " Ceri est mon corps; « puis la coupe de vin, et il dit : « Voici le calice du sang de la nouvelle alliance. » Ces paroles, je lésai entendues, et j'ai reçu de lui ce pain d ce vin. « Faites-le eu nii'moire de moi, » aj(juta le Maître. Et le saint vieillard, l'iiiu pai- ces grands souvenirs, redisait à ses audiliuis la douloureuse agonie de Jésus, pendant ipic lui-même dormait; son arrestation, son jugement. st!s humiliations, ses tortures, et alors, heureux de publier dexaut toute l'i-iglise sa chute lamentable, il racontait son tiiple reniement, et sur ses joues vénérables les larmes coulaient... Elles coulaient aussi des yeux de ses disciples, touchés jusqu'au l'ond <le l'iuiie par ces n'cils dont la sublime beauté les ravissait.
Quelle docli'iiie i\r cousolaliou rt d'espiMauce poin- ics t'amilles patriciennes lirové'es par la main des empereurs, ou ces esclaves dont la ti'-te ('lait mise à plus bas |iri\ que celle des animaux! Cai'. au pied de la chaire de l'aiiôtre, tous les rangs ('taient cont'omlus : le j)atricien coudoyait l'esclave, la tille du si'nateur s'assevail près de raiVranchie. Les l'ud»Mis. les r.lemi'Us. les Klavia I tomililla. les l'onqionia (îra-cina. les l'riscilla, les Lucina. ne dédaignaient jias les plus hundiles frères, fussent-ils lems
AINT-I'I r. M M K'ÎDE liiPMK
propres si'i'vileiir.s, commo iNérée pI A<1ii1I<''l'. mi (les convertis ilu jinlaisine coiniiie Aipiila ol Prisca. L'espiit nouveau, celui du Père commun, avait piuiétré leurs Ames : |iliis de .Inil |iliis de Grec, plus de barbare, plus de maître ni d'esclave, rien (|iii' ijcs frères, fils du ne'me Père céleste, raciietés par Ir nirnic S.iiimui . Im'i iliers des mêmes promesses.
Les récits évangélifiues de saint l'ierre charmèrent tant ses auditeurs, ipiils le siiiijilièrent d'onlnnncr à son disciple Iiien-aimé Marc, qu'il appelait " son fils' ". i|i' les ('■crirf. (IVst l'ori^iinr <le l'Évangile selon saint Marc, qui appartient pins à Pierre ipi ;in disiiplr lui-même*.
Après ces divers entretiens, les diacres font sortir les catéchumènes et les pénitents. L'assemblée se lève, et. Inmiiée vers rorient, prie « Ohii qui s'élève sur le ciel des cienx à roricnl )\ Les diacres apportent les offrandes destinées au sacrifice, le |iaiii rt le vin. ipic Ir ponlil'c suprême doit consacrer. 11 est à l'autel, deliciil; il prie à haute voix pour l'Eglise de Jésus-Christ, pour la paix univiiscllc. pour r(Mii|iereur, pour les fruits de la terre. Puis il se retourne et hénil lassendjlée. Le sacrifice conimcnce. Sur le j)ain et sur le vin PieiTe prononce les paroles du Christ. Le peuple adore et prie en silence. Le diacre s'écrie : « Que nul ne conserve d'inimitié contre son frère. Arrière les hypocrites! » Et tous d'une même voix récitent la prière de la vraie fraternité: « Notre Père, qui êtes aux cieux! » Puis chacun s'approche pour participer au corps et au sang du Sauveur.
Souvent ces solennités dominicales étaient rehaussées par une cérémonie pleine de grandeur dans sa simplicité. Pierre n'oubliait pas, tout en donnant ses soins au troupeau qui lui était confié, qu'il avait comme pasteur universel, en dehors de l'Église de Rome, le monde à conquérir et à ramener à son Maître. Rome, capitale de l'univers, devait devenir la capitale de la chrétienté. D'elle étaient parties les légions invincibles qui avaient subjugué les provinces; d'elle devaient partir les hommes pacific(ues qui, par leurs prières, leurs vertus, leurs miracles, leur mort surtout, allaient renverser l'empire du démon et établir le règne du Christ. Dieu avait préparé les voies à ces hardis pionniers de la vérité. Soldats, consuls et empereurs s'étaient mis à leur service, sans s'en douter, en créant les routes qu'ils devaient parcourir pour arriver aux extrémités du monde. Toutes partaient de Rome comme d'un point central, indiquant ainsi que Rome était la .source unique. — la source paradisiaque, — d'où le fleuve de la prédication évangélique devait sortir pour se répandre sur la terre et la vivifici-.
• I. F»etr. V, VA.
" s. Epiph. Hœrcs. u. — Kuseb. Hiit. Eccl. II, xv. — Nicepli. C;il. HUt. H, xlv. — S. Hieron. Epist. CXL.
l'ioiie cuii.-^aciii (1)' ses |iro|tit's mains It-.s apôtres <|ii il lijiiuj.;, «ml'Italie, la Gaule et TEspa^ine. pour prêrlier TEvangile. Et rien de jdus émouvant que de voir ee vieillard sans appui, san.s puissance e.xft-iieure. en face du trône des Cé.sars. parta<ier le monde entre ses disciples et k-ui dire au norn di- son .Maitii- : " .\llez. ensfijinez toutes K-s nations, et baptise/.-les au innii du Père, du Eils et du Saint-Esprit. »
pnitilii's pa|- la ln'iK'dirliini api xtoliipic. co vajjlaiils |iartai('nt. pauvres
Tilri- •!'■ Pudf'n"*. \'in: t-xlériciiru. ( Phuto^. ,\riili'rïMjii.)
des liieiis de la Icrrc. mais Ir («rm pli'Ui di' lauiipur dr hhii. it inu |iarolc iais.iil des iimi \rillrs. l'icrn' ot aiii>i Ir \('rila|p|r lundati'ur dr TEglise d'()rridriil C.liosr rriiiaiipialili' . laiidisipir 1rs l\^li>-r- d Hrirnl , laliorieiisrmriit l'Ialilirs par srs rollrj^urs dans ra|isl(i|at, (Hil pirsipir loules tlisjianir^ mii sr soni amnindrirs. srnie ri!;:lisr d'(irridrnl. l'I'l^lisr de Pierre, a iiiaiiilniii rinli'rrili' i\f sa loi ri, mal^n'' srs prilr>. ne ce»!- (\i' sr di'vriopprr jiisipi aux l'xl 1 1 'i II I li'> du niiindr'.
' On 11 conli'Mlr rrMiii),'rliMilii)ii :i|iiisliili(|iic ilr iiihiiiirs l'^'liM!* iii d.ilili' Mirlmil M.iir< foiiuiii le» piriivi H à l'cncoillrr ni' miIiI iiuIIi'IiiiiiI pii.silJM.s , l:i li.iililinii , .i|>|'ii\ri' Mil ili ■> iIki iiiiii'nl> i|Ui ont leur viilciir, Ii'il-illi' iiiriiir muIi', CdiisriM' ms iliDil.t. .Vr/mr i.-.( n.»ii/ifiii ; ,'.<«i(/.-ii(i.« .\».iiil .1.détruire, il l'uut fiiiic l;i l'iriivo, il i-IU' n'est piLi l'iiilc. Il siTiiil nit'nu' l'xliiiorilinitirf <ni«- l'irrrr, ^i
;i2 >AiNT-i'ir;itiir. m: ihimp:
|,r rti'iir (le l";i|ii'il n- ii',ili;iii(l(iiiii;iil pJis ses l'iiliiiils djins leur détresse. Trois irt'iitir l'ux. iMirliri. N'.ilriv il M.ili'iiic. dcsUiiés ;"i ri'v.iii;iélisation (le 1.1 ( icniiniiic i-oiii;iiiU'. ai-i-iv;iii'iil un inin- ilmis mn' \illr du nord de la (iaiilf. Malcnic. ('')Miisé de l'ali;^nr. loinli.i niid.iili' ri nininiil. Ses cnnijia^nioiis rensi'volirent et rt'juircnl. pli-ins dr liisicssc. le rliciiiin di' lionie.
« Voire fils Materne est mort, dunil-ils l'i l'icnv. — Retournez vers lui. répond l'apôtre, et nirllrz sni- son coip- \r lnilun ipic je vons dunnc Materne ressuscitera, car il dnii s;in\ri' liciiiciniii dïunes. » Malcinc soi'lit «Ml ellet vivaiil du IihiiIkmu. cl L::ird,i le iiàton p.isloi'al du vicjnir fie Jésus-Christ. Aussi le pape innoceiil III disait, en expiiipi.uil les (•érémoni(>s de la messe, qur jamais \o |»unlil'r lomaiii ne |ioili' de hàion pastoral en souvenir de celui que l'iciic ru\oya à Malciiir. Il ne le piend ipie dans le diocèse de Trêves, où Malciiic lut évê(jue '.
D('jà l'Kglise de Rome avait ilcux centres de réuiiiou. I lui sin la voie XoiiH niant', l'autre au Vicus Patricms, où Piei're prêchait, otïrait le sahit sacrifice et adininisti ail li's sacrements. ]>e vicill;u-d ne suffisait ]ilus aux nécessités multiples du ministère aposloliqiir. et autour de hii. Lin, Clet, Clément et beaucoup d'autres, Faidan'iil dans ses fonctions. Il l'.dlul (•i-('('r un nouveau centre d'apostolat.
Le lieu fut choisi à une extrémité de Rome, sur l'Aventin, où les patriciens avaient de nombreuses villas. Sur le versant oriental de cette célèbre colline, dominant le l'alalin. une faïuille juive convertie au chrislianisnie posst'dail une maison et un jartlin. Pi'isca et Aquila tienneni dans l'épitre de sain! l'an! aux Honiains une place considérable, l.e grand apôtre les salue les jD-emiers. el dan< ipiels termes! « Saluez l'risca et Arpiila. mes aides dans le Christ Jésus, qui ont exposé leur vie jiour mon salut. Ce n'est pas moi seulement qui dois les remercier, mais toutes les Eiïlises des nations. Saluez aussi ieiu' église domestique-. »
Ces quelques lignes soni la plus grande louange des liabilants de la maison où Pierre établit son troisième ]ia[itislère. Mlle était sitm'e près de
ardent pour la gloire de son Maître, se fût confiné dans Rome et n'eût pas songé à envoyer des missionnuires dans les provinces de l'empire qui étaient en relation ordinaire avec la métropole. Vingtcinq ans de pontificat à Rome seraient iiiexplicalilcs avec un tel oubli. Nous croyons donc que les .Vpollinaire, les Prosdociine, les Martial, les Trophiiue, les Materne, les Ursin, les .\uslremoine et tant d'autres dont les Eglises d'ilalie, de Gaule, d'Ksjiagne, se font gloire sont vraiment les disciples et les envoyés de saint Pierre. Cf. pour: Aug. Mai, Script. Vet. .\. — Barouius, ad ann.-40. — Ughelli, Ilalia sacra. — Gallia christiana. — Faillon, Sainte Madeleine. — Contre : l'abbé Duchesne, Fastes épiscopaux île l'ancienne Gaule.
' Innocent III, de Sacrificio Missu-. — S. Tbomas, (|. 3, art. 3, distinct. XXIV, lib. IV, dit : Roniantis Pontifex non utitur baculo, quia Petrus misit ipsum ad sxgcitandum quemdani discipulum suum qui postea factus est episcopus Trevirensis . et iden in diœcesi Trevirensi Papa haculnm portât et non in aliis.
■■^ Ad Rom. XVI, 3.
LA lî ASII.lgUF. VATICA.NE 53
deux lieux célèbres dans riiistoire de Ronui : le temple d'Hercule, et surtout une grotte habitée, disait-on, par un faune. Cette grotte avait une fontaine, et Numa. qui était gai à ses heures, y mit un jour du vin pour l'enivrer.
Les traditions et les documents s'unissent pour affirmer la présence de Pierre à l'Aventin. Nous avons d'abord le témoignage de saint Paul, saluant « l'église domestique » de la main d'Aquila. Cette église domestique, qui avait pu la fonder si ce n'est Tévèque de Rome? Aussi, môme après sa mort, la maison d'Aquila continua d'être une des paroisses de Rome et devint un titre ecclésiastique. La preuve nous en est donnée par le titidaire même, un cardinal-prêtre, signataire du second concile tenu à Rome par le pape Symmaque, l'an 499 '. •
Au xive siècle, Pierre Sabinus rapporte qu'il y avait .sur Tarchitrave de la porte de cette église l'inscription suivante, tracée en caractères anti(jues. et confirmant la tradition apostolique :
HJEC DOMUS EST AQUIL.E SEU PRISC.t: VIRGINIS AI.M.E
QUOS LUPE l'AUI.E TUO ORE VEIUS DOMINO lin:, l'ETRE , DIVI.M THIHUKBAS FEHCULA VERBI
S/CPIUS HOCCE L(JCO SACRIFICANS DOMINO "
Une découverte récente est venue jeter une nouvelle lumière sur le séjour de Pierre à l'Aventin, en établissant la certitu ij des relations ({ui existaient entre lu maison de Pudens et celle d'Aquila.
Sous le pontificat de Pie VI, l'an 1776, on trouva près de l'église de Sainte-Prisque une plaque de bronze expédiée d'une ville d'Espagne, l'an 222, à Caïus Marins Pudens Cornelianus, personnage sénatorial que cette cité avait choisi |hiiii- jnotecteur. Usage universel à cette époipie dans les provinces de l'empire. Le protecteur devait défendre, au besoin, les intérêts de la rWr. (Jii lui envoyait le diplôme dv ce protectorat gravé sur une table de bronze, destiné à orner l'atrium de son palais.
Le dipiniiie de l'Avi'iitiii s'exprimait eu ces tenues ;
IMl'. CAES. M. AUR. SEVEHO ALEXANDRO
COS. EU). APRIMBUS.
CONCILIUM. CONVENTUS. CLYNIENS.
' Aniiellini, Chiesc , p. 560.
* I({. ibid. On conserve A SaiiUi - l'risc;i un grand \asr de marbre blanc, ancien chapiteau (l'ordre dorique, <|ue l'on prétend avoir servi de cuve baptismalo h saint Pierre. On lit autour', gravée en lettres du xiiii' siècle, l'épigraphe suivante : Baptisiiius saiicli Peiri. .Malheureusement pour celte iiiseiipliun , les archéologues refusetit à ce vase li>s honneurs apostoliques et lui assignent pour date le régne des Antonins. Même relus pour la consécration de l'autel de la crypte attribuée p:ii- erreur à saint Pierre. — Cf. Arinellirii, Cliifsc. p. r>tlO-.''i<'i1.
54 SAlNT-IMKKUi; IJ K lUJ.MI-: