‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 74 sur 106 · I.K CULTE · texte numérisé non relu

I.K CULTE

la décadence de son temps, lui donnent cet aspect romain, cet air antique, qui sont comme la signature de son acte de naissance. On ne peut s'y tromper. Tel n'est pas le vêtement de saint Pierre. A ne le regarder (^u'en passant, il parait avoir lui aussi cet aspect romain. Mais ce n'est qu'une illusion. Il n'a, en réalité, ni tunique ni toge. L'artiste, voulant donner à sa statue la physionomie romaine, lui a fabriqué de toutes pièces un co.stume d'apparence romaine : une tunique qui se termine en toge sur l'épaule gauche. Jamais, sous l'empire, un artiste n'eût été si mauvais tailleur. On voit que celui de saint Pierre avait quelques notions du cos-

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tumc rom;iin, mais n'en connaissait pas suffisiiminent les parties les plus essentielles. 11 ;i fait de l'a peu près, un vt'ritable Inmipo-l'œil.

Aussi bien, ces dilîérences c;iiactérisliques font de la statue de saint Pierre une œuvre d'ait d'aspect plus byzantin que romain, digne de tous points de l'époque de Léon h' (îiand, ce v« siècle où liiil byzantin commence à régner dans toute ril.ilir.

De plus, l'opinion de Bartolini se heurte à une impossibiliti' historique, l'attribut personnel exclusif de saint Pierre : les clefs. Comment se figurer un artiste, en plein ni"-' siècle, mettant entre les mains du prince des Apôtres les clefs symboliques, nettement marquées d une croix? Rien n'autorise, et tout, au contraire, condamne le fait. Les catacombes ont ouvert leurs galeries, dévoilé leurs tombeaux; on a pu suivre

pas à pas, sur les plaques de marbre, sur les parois, sur les voûtes, le développement des symboles chrétiens depuis le ler siècle jusqu'au iv« et au delà; nulle part, l'image de saint Pierre portant les clefs n'est apparue. C'est un signe de puissance qui n'a pris place dans l'iconographie chrétienne qu'après le triomphe assuré de l'Église. Sous Léon le Grand, ce triomphe est universel; Pierre peut porter haut et fier le symbole divin de son universelle juridiction sur le troupeau du Christ*.

Maintenant, que Léon le Grand ait mis une inscription grecque ou latine sur la base de la chaire de saint Pierre; qu'il ait employé une expression, très courante du reste, dans le langage chrétien, pour prémunir les fidèles contre le danger d'un culte idolâtrique, cela importe peu assurément. A Rome, même au ve siècle et même beaucoup plus tard, sous Grégoire le Grand qui écrivait tantôt en grec, tantôt en latin, la langue grecque possédait toujours, et, si le peuple ne la comprenait plus, les clercs en faisaient encore un usage rendu nécessaire par les rapports fréquents avec la cour de Constantinople. Ni la langue grecque, ni l'expression de verbum, ni le sens de l'inscription, ne sont donc en réalité des coups bien terribles contre la tradition Léonienne. On nous objectera le silence du Liber pontificalis. Ce silence est réel. Le Liber pontificalis , qui étale complaisanunent les dons riches et nombreux offerts par Léon le Grand à la basilique Vaticane, ne souffle mot de la statue de saint Pierre; mais nous ferons observer que le Liber pontificalis garde ce silence pour tous les papes. Si ce silence universel avait quelque valeui', il prouverait que la statue de saint Pierre n'a été faite sous aucun pape, puisqu'il n'en est question nulle part. Qui prouve trop ne prouve rien, dit l'École. La statue de saint Pierre existe, c'est un fait brutal contre lequel aucun silence documentaire ne peut protester.

Léon le Grand a-t-il utilisé le bronze de Jupiter Capitolin pour fondre la statue de saint Pierre? Question qui serait importante pour les archéologues, si nous pouvions la résoudre; mais nous n'avons sur ce détail aucune donnée positive. C'est une tradition vague, très contestable, que nous signalons sans y attacher aucune valeur.

Si l'opinion qui rattache aux relations d'Hippolyte et de l'impératrice Sévéra l'érection de la statue de saint Pierre a des aspects séduisants, la tradition qui la relie à Léon le Grand a pour elle un fait historique dont la grandeur morale et l'inunense bienfait lui assurent une portée plus haute et un sens plus patriotique. Léon venait d'arrêter la marche conquérante d'Attila; c'était sauver l'Italie entière, Rome surtout. — cette ville

' Les clefs n'apparaissent dans les mains de saint Pierre que sur les mosaïques de Ravenne, au mausolée de Galla Placidia, en 440, précisément à l'époque de Léon le Grand.

qui excitait toute la convoitise des Barbares, — des horreurs du pillage, du massacre et de la destruction. Mais ce pontife avait conscience qu'Attila ne reculait pas devant lui : Pierre avait parlé, agi, par la bouche et la main de Léon. C'est Pierre qui était apparu, au-dessus de la tête de Léon, aux regards épouvantés d'Attila, brandissant une épée et le menaçant de mort s'il n'obéissait au pontife de Rome. Aussi, au milieu de lexplosion d'enthousiasme qui salua le retour de Léon le Grand dans la Ville éternelle, cet homme de Dieu n'eut garde d'oublier le vrai libérateur de Rome. La statue de saint Pierre, exécutée par ses ordres, fut le glorieux hommage de sa reconnaissance, un acte de foi dans la protection du prince des Apôtres, le mémorial perpétuel de la délivance de la patrie*. C'est ce qui explique le mieux l'incroyable dévotion dont cette statue fut l'objet. Léon la plaça dans le monastère de Saint -Martin, dont les murs touchaient ceux de la Basilique, vers l'ouest. Une porte percée à l'angle de l'abside, près de la Confession, y donnait accès. Après le tombeau même de saint Pierre, il n'y avait dans la Basilique aucun autel, aucun sanctuaire plus visité, plus aimé, plus enrichi par les offrandes des fidèles; à ce point, qu'à force de visiter saint Pierre dans le monastère de Saint- Martin, les pèlerins finirent par se persuader qu'il y avait habité de son vivant. C'était la maison de saint Pierre. Aussi, lorsqu'au vnie siècle l'iconoclaste de Constantinople, Léon l'isauricn, menaça le [lape Grégoire II de faire briser la statue de saint Pierre, il put lui répondre fièrement : a Viens, si tu l'oses! »

Au ixe siècle, Pascal I éleva dans la basilique Vaticane un oratoire aux saints Processus et Martinianus, ces geôliers de la Mamertine convertis par saint Pierre et martyrisés après lui. Leurs restes y furent déposés dans une urne de porphyre. Il crut bon de retirer la statue de saint Piéi iv du monastère de Saint-Martin, où les pèlerins, de plus en plus nomliroux. avaient peine à pénétrer, et la transporta dans cet oratoire.

Nous ne la suivrons pas dans ses diverses pérégrinations pendant la reconstruction de la Basilique; indi((Mons seulement que dans le courant (lu XV" siècle un Français, le canlinal Hicliiird-Olivicr de Longucil, évoque de Porto et arclii[iirlii' di" la hasili(|iic N'aticane, renouvela la

' Au iiiorni'iit tir mettre sous presse, nous lisons ilatis l:i Civilla cutlolica une iDtércssjinle étude (lu P«'"re (Irisiir, S. J., sur celte niéiiie i|uestiiin. La eonelusion du savant jésuite i-st A peu près la même (pie la n<Mre, (piiii<(u'elle soit amenée par une voie ilitféreule.

Pouripioi relarder de cpieUpies années, sdus Synuiiaipie, ce ipie la Iradiliou met sous Lénn le (irand'M)etle tiadition, appuyée p.ii' tons les ar^'uments de la thèse, a une réelle valeur historique, tandis que, rien n(^ milite en faveur de Synnnaqne. (Cf. Civilta riillolicn ; Uouia , '21 mai 1898. — Cf. Ciarucei, Sloria ilcW artc, I. p. 587. — Cf. ILirhier de .Monlault . nuvres romplèles, II, p. 305. Kdit. 180f..l

chaire qui portait la statue. Plus heureuse que la chaire primitive, sur laquelle était gravée Tinscription grecque, celle du cardinal de Longueil, remplacée à son tour par un marbre plus précieux, ne fut pas détruite : elle se trouve reléguée dans les grottes vaticanes.

De nos jours, comme autrefois, la statue de saint Pierre reçoit encore les baisers des pèlerins : le pied droit en est usé. Si Léon le Grand, ou, si l'on veut, l'impératrice Sévéra et son maître Hippolyte entraient dans la basilique Vaticane, ils n'auraient qu'à se mêler à la foule pour rendre au premier Vicaire du Christ leurs anciens hommages. Rien n'est changé: même foi, même amour, même culte. Il n'y a que quinze siècles de plus.

BIBLIOGRAPHIE

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Domenico Bartolini, Delta cetehratissima statua di bronzo del Principe dci Ap S. Pietro; Roma, 1840.

Ms"" Gerbet, Ksquisse de Rome eln-étienne. Me' Gaume, les Trois Rome.

Goyau, le Vatican.

SAINTK PKTRONILLK ET LA FRANCE

Nous ne pouvons quitter le tombeau de saint Pierre sans parler de sa « tivs douce fille Pétronille ». Si nous gardions le silence, Pierre luimême nous reprocherait d'avoir si [)on connu les sentiments intimes de son cœur, et, de la terre de France, toute une lignée de rois se lèverait de la poussière pour protester contre notre ingratitude. Entre saint Pierre et Pétronille, entre Pétronille et la France, il y a des liens sacrés ({u'il n'est pas permis d'oublier. Leur histoire est indissolublement attachée au tombeau du prince des Apôtres. Pendant tout le moyen Age et niêine au delà, jusqu'en plein xviie siècle, on crut que Pétronille était la iille de saint Pierre. Chacun sait, d'après l'Évangile qiii' s;iitit Pierre, avant sa vocation à l'apostolat par Notre-Seigneur Jésus-Chiist. était dt'jà marié. Saint Luc' raconte que le divin Maître, entrant un jour dans la maison de Pierre, trouva sa belle- mère atteinte d'une forte lièvre et la gm'rit subitement. On dit, sans autre preuve qu'une tradition très contestable, (|ue la femme de saint Pierre le suivit à Rome et subit le martyre avant lui. On i,qt{Hiite même une fort belle exhortation que l'apcMre lui aurait adressée, en lui disant adieu. Or, après l'ère des persécutions, le peuple romain gardait le souvenir (runc jeune tille poui- laquelle saint Pierre avait «mi la plus paternelle tendresse. Elle s'appelait Pétronille. L'allecfion de Pierre, ce nom lui -même de iN'tionillo, qui s(Mnbl;iit un (liininutif alTectueux de

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