‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 9 sur 106 · QUE. MERITA. FER LEGATU.M · texte numérisé non relu

QUE. MERITA. FER LEGATU.M

VAL. MARCELLUM

CLUNIENSEM '

A côté de la maison de Prisca les Pudens possédaient doiir uni' jinipriétc, ce (|iii explique encore davantage le choix de rapôtre. Les deux, familles, lune patricienne, l'autre juive, étaient voisines à l'Aventin. N'est-ce pas par ce voisinage que Pierre eut d'abord accès dans je palais du sénateur?

Les fouilles, commencées en 1776. donnèi-eiit un témnip;nan:e plus direct à la présence de saint Pierre. On luiL au jour les ruines d'un oratoire dont les fresques, représentant saint Pieri*e et saint Paul, furent ju^iées remonter au lye siècle. Un vase en verre, retrouvé dans les décombres, portait gravées les têtes des deux apôtres. On était évidemlueiit sur un lieu consacré ])ar leur souvenir et leur culte, sur la villa iiM'nie des Pudens chrétiens-.

Le développement rapide du christianisme ne se faisait pas sans difficultés. L'ennemi du Christ, le Juif, lui avait juré une haine implacable, et partout où paraissait un de ses apôtres le Juif lui déclarait la guerre. Le mot d'ordre était parti du sanhédrin : empêcher à tout prix l'œuvre évangélique. A Rome, dans le (juarlier du Transtévère, la synagogue avait de nombreux et ardents défenseurs. Aussi quand ils apprirent que Pierre était le chef de l'Église naissante, ils mirent tout en œuvre pour arrêter ses prédications et soulever le peuple contre lui. C'étaient chaque jour tracasseries et clameurs menaçantes, à ce point que Claude, irrité et craiguant une sédition, interdit aux Juifs de se rassembler, selon leurs coutumes. « Ils étaient cluKjue jmir eu luuudte. écrit Suétone, sous Timpulsion de Chredos '. w

Les Juifs ne voiilurenl passe sKumeihc au di'cret iiupérial et furent chassés de Rome, l'an 49. Aucune disliurildu ue fui faite entre Juifs et chrétiens, et Pierre dut céder à l'orage.

Confiant dans la Pjovideiice, il remit le soin de la chrétienté, arrosée de .ses sueurs depuis sept ans, entre les mains de Lin et de Glet, iju'il

' Cf Armellini, CInese. p. 560. — Borghesi, Glorna!. Arcud., t. CXXV. p. 18-2. Cotte plaque tin bronze est conservée à la liibliotliéque Vaticane. "■' De Rossi, Dullel. d'urcheol., i867, \>. 40. ■' Suétone, Claitd. xxv.

LA BAblLlQLE VATICANE oà

sacra évoques, et reprit le chemin de l'Orient. Il pouvnit partir. l'Église romaine était fondée. Il la laissait avec une hiérarchie sacerdotale : évêques, prêtres, diacres et clercs capables de la diriger; et surtout il la laissait riche de foi et de vertu. Pierre avait conmiuniqué à ses enfants l'impression profonde que la doctrine et l'amour de son Maitre avaient produite sur son âme. Ténacité de la foi, ardeur de la charité, tels étaient les caractères principaux de la chrétienté de Rome. LKglise appelée à devenir la mère et la maîtresse de toutes les Églises devait avoir, avec la primautt' triionneur et de puissance, la primauté de la foi et du sang répandu. Elle n'y l'îiillirn pas. Plus de licnte papes, successeurs de Pierre, mourront pour sauver l;i doctrini' du Maitre et lui prouver leur amour. Des millions de martyrs les suivront dans cette voie royale, et uiillf ji.iit ailleurs li' (llirist ir.iur;i de ti'iiiniiis [ihis mmdjreux.

Aussi, même pendant la vie de saint Pierre, son glorieux émule saint Paul, occupé à évangéliser les peuples de la Grèce, sentit le besoin d'entrer en relation avec les chrétiens de Rome. « Votre foi, leur écrit-il, est connue dans tout l'univers '. » Quelques luniéos plus tard. Ignace, le grand évèipic (r.Xntiociie, leur écrivait : « Ignace, siunonuué Tliéophore, à cette Kglisc riche des miséricordes de la uiaguiticence du Très-Haut et de son Fils imique, à cette Eglise chérie, éclatante de lumière.... à cette Eglise (jui commande à toutes les autres dans la capitale de reinpiie nmiain. Eglise si digne dt; Dieu, si lielle. a|i|ie|i'e lieui-ense à si juste lilre, (loiil l'iiixlre est si adiniraMe. les \eiiiis si pures, la chaiitt' si parfaile. i|i'|insilaire de la loi de Jésus-Chi'ist. (ii-n(''e du nom île l'Eglise du Père, salul en .h'sus-ChrisI , Fils de Dieu le Pèi-e; à cette Eglise, et à vous, si étroilenieul unis selon la chair et l'esprit, en la jiralique de tous les comniandenieiits; à vous, remplis de sa grâce; à vous. |iurs dt' toute eiivni'. sahil el ln'ni'dictioits saintes el ahoudantes eu .lésus-( liuist „\otre- Sei;.:neur el noire I tien ■ ! ■>

Honnein- an londaliin- d'une l-Jglise ipii ni(''iilail de tels éloges de la ImiiicIic d'un le| niai'l \ i !

I K|)ist, iiil Hum. I, 8.

•^ Epist. S. Ignat. ;ul Fioni.

m s VINT-PI Eli IU-; DE HiiMK

BIBLIOGRAPHIE

De Rostii, Ronid Kotterranca .

De Rossi , Inscriptiones christianse.

Marucchi, le Memorie dei SS. Apostoli Pietro c Paolo nella citta di Roma, 1894.

Cai)rara, la Venuta di S. Pietro in Roma.

Le Père Perroiie, S. ,1., San Pielro in Roma : ib., 18(34.

L'abbé Diichesne, Liber pontilicalis.

D. Guéranger, Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles; Parit;, 1R74.

.\rmellini, Scoperta délia cripta di Santa Emereniiann e di una memoria relalica alla cattedra di S. Pietro, ncl cemeterio Ostriano : Roma, 1877.

Fogginio Petro, De Romano divi Pétri itinere et episcopatu : Flureutiïe, 1711.

LK MAKTVKE

De l'an 49 ;ï IVin GO, les actes de saint Pierre sont enveloppés d'une grande obscurité. A peine quelques points lumineux, épars à travers ces dix-sept ans, [)euvent dirlLiiT riiistnrion en marquant avec certitude 1(> passage de l'apôtre.

Parti de Rome en 49, Pierre visita successivement les chrétientés d'Orienl. tint le concile de Jérusalem, où la question du judaïsme fut délinitivement tranchée, assisl.i à l.i iikhI di- la sainte Vierge, et entreprit de nombreux voyages ;i)insln|iqiH's en lt;ilic. >-\\ l'ispagne, en (i.iuif. iiirinf. dit-on. rn .MViqiir. Il n'ciilrt; pas il.ins iinti'i' lr.i\;iil de ilisculer les raisons qui inlirment ou corroborent les données plus ou moins précises de la tradition et des documents siii- la fondation par l'apôtre des nond)reuses Églises (pu en revendiquent llionneur. Pendant cette longue période, le pontife ne fit ({ue de rares apparitions à Rome, où sa présence était e.xposée à mille dangers. .V l'avènement de Néron, les Juifs ies[tirèrent et purent

re|il'eil(ll'(' le ehcmiii de Rouie. \ /.i p;ii\ iir lui |i;is lougue pour les chrétiens. L"an r>'i. couuue uous l'.ivous \u. lui le si^u.il d'iuie horrible perséeulioii qui hut .'i inie iluie l'prcuive la foi des ciifauls de saint Pierre. Ils se montrèrent dignes de leur père. Leur courage héroïipie for(.-a Taihiuration, et leur mort paisible; o\ joyeuse fut poui- beaucoiqi un salutaire enseignemeni.

Le cœur de I ap("ilre s/'umi de piti('' ;iu n'^eil de tant de tortmes. Sou Eglise ('lai! dévastée, ses enfants dispersés, la désolation el la ruine

menaçaient son œuvre la plus chère : il résolut d'apporter à tous la consolation et la force de sa présence. L'an 66, Pierre était à Rome. La lutte suprême allait s'engager entre le premier pape et le monstre qui gouvernait l'empire. Lutte inégale de tous points, où l'équilibre de la victoire devait être renversé. Le vaincu sera le vainqueur; le tombeau du crucifié prendra la place du trône de Néron.

A son arrivée, Pierre retrouva devant lui Simon le Magicien, dont il s'était attiré la haine, on s'en souvient, par le refus de lui donner le Saint- Esprit à prix d'argent. Les auteurs sont très divisés sur le genre de lutte qui s'établit entre l'apôtre du Christ et celui de Satan. Les uns , acceptant en bloc les récits des premiers historiens de l'Église et de quelques Pères, font de Simon le Magicien, le grand adversaire de Pierre en Orient et à Rome, une sorte d'Antéchrist contre lequel l'apôtre dut diriger tous ses efforts. D'après eux, le Magicien a la place prépondérante et presque exclusive dans la prédication de saint Pierre. II est vrai qu'ils ont pour appui des noms vénérables, tels que les Constitutions apostoliques ', saint Épiphane *, saint Cyrille ' de Jérusalem, saint Augustin *, Arnobe ^ Sulpice Sévère'^, Grégoire de Tours'. Théodoret^ etc.. Les autres, au contraire, surtout à notre époque, nient presque entièrement les démtilés religieux de Pierre et de Simon, et principalement le côté miraculeux de ces démêlés.

On raconte, en effet, que le Magicien, voulant triompher définitivement de l'apôtre de Jésus-Christ, annonça au peuple romain que tel jour et à telle heure il s'élèverait dans les airs, et prouverait ainsi la divinité de sa doctrine. Pierre fut invité à assister à cette ascension, Néron également. A l'heure convenue, en plein Forum, devant l'empereur et la foule, le Magicien s'élança dans les airs, assis sur un char de feu... Déjà le ])euple criait au miracle et se prosternait pour adorer ce nouveau dieu, quand Pierre se mit à genoux et pria son Maître de confondre l'imposteur. A l'instant môme Simon retombait et se brisait les membres sur une pierre '.

Outre les documents nombieux (jui attestent ce lait célèbre dans

' CoHslit. Apost. M, 9.

- Heeres. .\xi.

^ Catech. vi.

* Epist. Lxxxvi ad Casul.

5 Contr. yent. H, xxii.

« Hist. I, II.

" De yloria Martyr. 1, xxv.

" Hœres. jahul. i.

•' Cf. Phil. de Hseres. m. — Lib. de excidio Hierosol. III, ii. — S. Max. Taurin. Sermo V de Natal. Apost. — S. Aug. Epist. lxxxvi «rf Casul. — Constil. Apost. vi, 9. — Commentar. II, 9.

l'antiquité chrétienne, et auquel des païens même font allusion '. la tradition romaine en conserve et consacre le souvenir. Dès les premiers siècles une église fut élevée à la mémoire des apôtres Pierre et Paul, à l'endroit même où le Magicien était tombé. Elle s'appelait l'église in Silice. L'an 760. Paul I la restaura. On y conservait la pierre sur

Chute du biiiiuii le Miitfc-, pur Butuoi. (Église Siunte-.Muric-des-Anges.j l'Ii'itug. Alinuri

laquelle l'apûtre s'agenouilla r[ l.iiss.i innloiMh'iiM'iii creusée I l'inpreinte de ses genoux. Elle est aujoiiicl Imi dans l'église de Sainte-Mai'ie-la-Neuve. ou Sainte- Françoise, au lAirnni

Documents et traditions ne iieiiiR'ttciil pas d'opposer une négatnui absolue aux luttes de Pierre <■! de Simmi. A iiotii' avis les deu.v écule.s tuiiiheut dans l'exagération. Iiiih' un dunnaiil aux ia|iporls de Pierre et

' SiiiHoiiu, Ni'ru , c. XII. — .luvciial , S,il \\[ : « Magua oinnia iiovit. o

de Simon une place trop prépondérante, l'autre en les supprimant. Nous pensons que la vérité est dans ces paroles de M. de Rossi, qui nous paraissent pleines de sagesse ; « Il ne faut nullement rejeter comme une fable et tourner en dérision l'accusation de magie portée contre Simon, pas plus que sa rencontre à Rome et sa lutte avec saint Pierre. De graves témoignages historiques les appuient, et les Philosofumena leur apportent une nouvelle preuve.

« Cependant, dans ces livres, comme dans ceux de Justin et d'Irénée, nous ne trouvons aucune mention de la tentative de vol dans les airs, quoique cette histoire fût déjà en cours dès les premiers temps de la paix de Constantin. Ce silence de Justin et d'Irénée et de l'auteur des Philosofumena, sur le vol de Simon, est certainement un argument capable d'en faire douter. D'autre part cependant, l'antiquité de cette croyance, les souvenirs topographiques placés dans un lieu si célèbre (le Forum), les allusions des historiens profanes et des poètes comme Suétone, Dion, Juvénal, qui disent qu'au temps de Néron un magicien tenta de voler dans les airs et retomba lourdement, ces témoignages nous conseillent de ne pas précipiter notre décision et de ne pas regarder ce vol comme une fable. Attendons du temps et du progrès de la science archéologique un nouveau rayon de lumière sur cette question '. »

Que de questions, concernant les trois premiers siècles du christianisme, mériteraient d'être traitées avec la même prudence et le même respect! Suspendre sa décision, dans le doute, est le signe d'une vraie science.

Nous nous sommes attardés quelque peu à cet épisode, parce que plusieurs historiens le considèrent comme la cause déterminante de l'arrestation de saint Pierre. Le Liber de excidio Hierosolymx dit que Néron, affligé du malheur d'un tel ami, — Simon le Magicien, —et indigné qu'un homme si utile à lui-même et si nécessaire à la république eût disparu, ordonna de mettre Pierre à mort '. Nicéphore Calliste ' et saint Maxime de Turin ' sont du même avis.

La plupart des Pères cependant placent les motifs de cette arrestation dans des régions supérieures. Le palais des Césars n'avait pas échappé à la bienfaisante prédication de l'Évangile. Saint Paul salue les Philippiens au nom des frères « de la maison de César' ». Or, parmi ces convertis, se trouvaient deux femmes, anciennes favorites de Néron, qui oppo-

' Bullet. d'archéoL. 1867.

« m, II.

^ Hist. Eccles. II, xxxvi.

■' Sermo V. de Nat. Aposl.

^ Ad Philipp. IV. -22.

(,.\ liASIIJnllE VA TIC A. NE H|

sèrent le refus !<■ jiliis énergique à de nouvelles débauches'. L'empereur, ayant appris que ce refus provenait de la foi qu'elles avaient embrassée, fut transporté de colère, et résolut de détruire le christianisme renaissant. Jl croyait l'avoir écrasé, étouffé plutôt dans les flammes, et voilà que dans son propre palais cette superstition lui ravissait la proie de sa volupté. l'iMpper les petits en masse n'avait pas abouti; la police romaine fut chargée de trouver et de saisir les chefs. C'est dans ce sens que nous pouvons admettre, avec M. de Broglie *. que saint Pierre et .saint Paul furent a|i)ii<''hendés par un simi)U! arrêté de police. Cette police romaine, dont les yeux A'igilants étaient partout, ne pouvait ignorer l'importance de sa capture, et savait qu'en saisissant i'ierro et Paul elle saisissait les premiers chefs et les propagateurs les plus ardents de la super.stition chrétienne.

Pierre, en elfet. n'était plus seul à cultiver le sol de Rome : Dieu lui avait i'iivoy(' ])our la seconde fois un collaborateur, venu pour verser ses sueurs et son sang dans les fondations de l'Église romaine. Paul, le docteur des nations, devait en vérité s'unir dans la mort au chrl suprême de l'Église, pour montrer à tous que Juifs et Gentils n'avaient qu'un jjasteur. Tous deux s'occupaient activement de réparer les ruines faites par la j)remière persécution, quand des symptômes menaçants réveillèrent toutes les craintes.

Les fidèles, tremblant pour les jours de Pierre, le supplièrent de l)rendre la fuite. Le Seigneur n'avait-il pas dit : « Si vous êtes persécutés dans une ville, fuyiv, dans une autre? »

1,1' virill.inl li(''sita. .\vcrli par nue n'v('lalinn i\\\r l'heure de sa mort était jddche, comme il récrivait quelque temps auparavant aux chrétientés d'Asie', pour(pioi retarder cette heure tant désirée? Cédant toutefois aux sollicitations de ses enfants, Pierre se déroba. Il allait par la voie Appiennc, un peu plus loin que le Seplizonium , quiuid une des bandelettes qui entouraient ses jambes tomba'. Les fidèles qui l'accompagnaient la ramassèrent, et plus lard, puiir |iiTpétuer le souvenir <lu

' (;f. Commenlar . III, xm. — S. .Vinluds. i>t Auxcnt. de Basilica nova.

' L'Eglise au iv<' aiàcle , I, p. 155.

•' II Petr. 1, li.

l'Iusii'urs aiilciii's phiociit ci' f;iit ilc r;i|)|iaiilioii do Notre -S('ij;ii('ur |>i-iulanl l.i ca|ilivil(' do saint l'icrrc. Il miiis paiait (lillicilo d'adinolti o la fuilo do .saint Piorio di' la |iri.son Manierliiio. Cf. Ad. .S.S'. Vrocens. et Mnrlin., .")'2. — Pusain l'elri.

* Le Scjitizoïiium ou ■''>eple»)zotliiim était situé au |iio(l du l'alatiii , |irés du circus .Maxinnis. O'I édilicc, l)àti pai- Septirnc Sévère avec une tfrande uia^'iiiliconce, avait une forme partirulioro. Sept étages de colonnes se superposaient, ayant chacun un enlablenienl distinct ol une corniche retenant à l'ontour. A <pioi servait cotte construction'.' on no saurait le dire. Kn tout cas, son nom mit à la torture les copistes ilu moyen ii^o. lis ni' savaient plus ce ipu» si^fniliait oo nom olranjte, et, laconlanl l'épisode do la baiulelette, ils écrivaient (pi'ello était tombée ninid sepcni , aptiii solia , apiid scptiitoliii , (ijiKit sepcm aonium , sans parvenii' à trou\er le vrai toniio.

passage de l'apôtre à cet endroit . on éleva une église au titre significatif de Fasciola.

Cette tradition vénérable se trouve contirmée d'une manière éclatante par de nombreuses inscriptions relevées et commentées par M. de Rossi. On croyait dans ces derniers temps que le titre de Fasciola était une corruption de Fabiola. la célèbre matrone chrétienne dont le cardinal Wisemann a immortalisé le nom. C était une erreur.

D'après l'illustre archéologue, les inscriptions portant le titre de Fasciola ne peuvent nullement correspondre à im nom de personne, mais bien à un nom de lieu ou de chose. Les titres qui rappellent un nom de personne ne se libellaient point dans l'antiquité comme ceux ipù rappellent un nom de lieu ou de chose. Ainsi, on ne trouve aucune inscription parlant du titre : de Clémente, de Pudente, de Marco, mais toujours : de dominicu démentis, de Pudentiana, etc.; tandis que les titres de lieu ou de chose sont libellés de cette façon : de via Sacra, de Suburra, et, pour le cas présent, de Fasciola. La conclusion de M. de Rossi est que le titre môme de l'église de Fasciola confirme absolument le fait de la bandelette '. N'oublions pas qu'une de ces inscriptions, relatives au titre de Fasciola, remonte à l'an 337. A cette date mourait un lecteur de Fasciola, ce qui nous autorise à considérer cette église comme existant à la fin du me siècle \

Pierre continuait sa route sur la voie Appienne, quand tout à coup, hors la porte Capène, au delà du toniljeau des Scipions, à l'endroit où la voie Latine se soude à la voie Appienne, Notre- Seigneur lui apparut, chai'gé de sa croix, la face tournée vers Rome. « Seigneur, où allez-vous? lui dit l'apôtre. — A Rome, répondit le Maître , me faire crucifier une seconde fois. » Le saint vieillard comprit; son heure était venue. « En vérité, en vérité, je te le dis, Pierre, quand tu étais jeune tu te ceignais toi-nième et tu allais où tu voulais. Quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas... Suis-moi l » Cette prophétie va s'accomplir. Pierre est vieux, ses mains vont s'étendre, et « l'autre » s'apprête à le conduire au gibet. La volonté divine était manifeste, l'apôtre rentra dans Rome.

' Inscript. Christian. 1, 831.

- Le père du pape Félix HI fut prêtre de ce titre et mourut en 47t. En 499, trois autres prêtres du même titre signent les actes du concile tenu par le pape Sj mmaque. Cette (' ,'lise est connue aujourd'hui sous le nom des saints Nérée et Achillée, disciples de saint Pierre, dont les corps reposent sous l'autel avec celui de sainte Domitille. Baronius en fut cardinal titulaire et lui rendit par d'heureuses restaurations son cachet dantiquilé. L'homélie de saint Grégoire gra\ée sur la chaire de l'abside n'a pas été prononcée dans celte église, mais à la basilique nic'nie élevée sur le tombeau des martyrs, au cimetière de Domitille, via Ardeatina. CI. Aimellini, CUiese, p. 467.

'■' Juan. XXI , Ibi.

LA KASlUnUK VATICANE

Cette vision est restée célèbre dans lantiquitt'. Dès le niilien ilii me siècle, Origène en parlait comme d'un épisode familier aux fidèles '. Hégésippe et les Actes de Processus et Martinianus en font mention, et saint Amltroise la regarde comme authentique*.

Les pierres témoignent encore ici en faveur de la tradition. A lendroit même où le Sauveur apparut au fugitif, s'élève une petite église dont Texistence remonte ;ni\ invinicrs siècles. On la connaissait au ix*" sous le titre : î/fe/ Dominus apparuit: et encore : rie jnilnui. ad priftftna. à cause

I.<; UlVii de Fascîolu. \ Église SS-Nt^réu et Acliillé»' - \'i.i .\|)|)ia.

d'une pierre où Nofrc-SeignciM- l;iiss;i dit-on. rempri'iiile de ses pieds'.

On tenait tant à fonsei-ver ce souvenii'. qu'au xvi' siècle, la chapelle menaçant ruine, le cardinal Polus d'Angleterre fit construire à côté un petit édicule de tonne circulaire j)0ur en prévenir Iniilili. I,('(licule de Polus en l'honneur de saint Pierre est la borne qui sépaie IWngleterre catholique de l'Angleterre protestante. Puisse-t-il devenir ini |>hare et

' In Joann. ii.

'^ Cf. Armellini, C.hiesf . \>. 7(li

' Cotti? |iii'iitî st> trouM- il.iiis II' Irr.siir lies rclii(ii<'s de hi li:isili(Hi(' do S.iiiit-St'-baslii-n. Cellf i|Ui' l'on voit :ulu('llcinent :iii Domine qiio vailin n'est iiu'iiii f:ic-siniilr (|ui y lut |il:io'' lois de sa rfstaiiration sous l'aiil V pur un dévot piiHii' , I^rnace KIoriani . de Castrilidardo.

La piciri' où est I rni|irciut(' des pas de Notie-Seitfiieui' ne serait-elle pas un simple ex-voto, un mémorial en i'Iiournur de son apparition, comme les chaires do saint Pierre dans lii cinieliùre Ostricn?

64 S A 1 N T - PI E li li E J) E 11 1 1 M E

ramener an pontife de Rome ceux dont les pères ont été les premiers et les j)lus fervents pèlerins au tombeau de saint Pierre!

Les deux apôtres Pierre et Paul furent arrêtés peu de temps après lapiiarition de Notre- Seigneur, dans le courant de septembre de l'an 66, et jetés en prison '.

Le quatrième roi de Rouie, Ancus Martius (640 avant .T.-C). voulant réprimer le brigandage de ses sujets, bâtit au ])ied du Capitole, à droite en venant du Foriun, une prison dont les miu's, en IjIocs énormes de pierre tiburtine, ont résisté à tous les siècles. Un de ses successeurs, Servius Tullius, y ajouta un étage inférieur, plus profond dans la terre, qui prit de lui le nom de Robur TulUanum. Pas de jiorte pour pénétrer dajtis ces sombres cellules, mais au milieu de la voûte un trou béant par où les condamnés étaient précipités. Aucun rayon de Iniiiière n'en éclaire l'horreur. Véritables sépulcres nù la vie était un supplice, et d'où Fou ne sortait d'habitude (pTi-tranglé on poignardé, pour être jeté sur les escaliers des gémonies.

Aussi les anciens nous ont l.iissé de cette prison d'etfrayantes descriptions. Ils ne savent quels ternies employer pour dépeindre la terreur qu'elle inspirait. C'est la chambre des gémissements, la demeure de la tristesse, la ténébreuse horreur, l'antre de l'enfer, la caverne des ténèbres. « Il y a un lieu, dit Salluste, que l'on appelle TulUanum; les murs l'entourent, les ténèbres l'habitent, iiiir odeur (('tidc le remplit, son aspect est terrible-. » « Je vois une prison ]iiibli({ue. s'écrie Calpurnius Flaccus, bâtie en blocs énormes, où la lumière ne passe que par des trous étroits. l^es coupables qui y sont jetés contemplent le Robur TulUanum; chaque fois que la barre de fer (\\n en couvi-e l'ouverture grince sur ses gonds, ils pensent au supplice qui les attend en voyant celui des autres. Au fond du goulTre. les coups retentissent. Inexorable, le gai'dien est assis; sa mère pleuni;iil. que ses yeux resteraient secs...^ »

Dans ce Barathrum, coi m m ■ l'épouvante faisait appeler cette prison, furent jetés et massacrés d'illustres misérables. Abreuvé d'outrages, ])endant le triomphe de Marius, Jugurtha, roi de Numidie, est traîné au TulUanum. On le dépouille de ses vêtements, et le monarque est pi'écipité nu dans la prison inférieure : « Quirites, s'écrie-t-il. que votre ])ain est froid M s> Et pendant six jours, luttant contre la faim, il meurt justement puni de ses cruautés.

* Nous fixon.s Pli septembre l'arrcstalion des Apôtres, en nous basant sur les Actes de Processus et Martinianus et la tradition qui veulent que les Apôtres soient restés )ilus de neuf mois dans la Mamertine.

" Sallust. Calilinu, c. lv.

■■' In Déclamât, iv.

' Plutarc. II! Mario.

LA BASILKJLF. VATICANK lia

Les complices de Catilina y furent étranglés, et l'héroïque Vercingétorix, le dernier Gaulois, y attendit pendant deux ans qu'il plût à César de le faire égorger.

Souvent même le bourreau ne prenait pas la peine de remonter les cadavres, à moins que les prisonniers n'aient été condamnés à la suprême infamie des gémonies '. Une porte, pratiquée dans le mur du Tullianum, ouvrait sur une galerie dont les ramifications souterraines s'étendaient sous le Capitole , et formaient les prisons supplémentaires attribuées à Tarquin et appelées Latomias '. Un de ces corridors aboutissait à la cloaca Maxima, où le bourreau jetait les cadavres. C'est dans cette prison, réservée aux scélérats et aux grands vaincus, que furent enfermés saint Pierre et saint Paul '.

Les premiers historiens ecclésiastiques lui donnent le nom de Mamertine. Parlant des œuvres du pape Anastase, le Liber pontificalis dit : « Il fit une basilique appelée Crescentiana , dans la seconde région, via Mamertina. « Or la seconde régiojî de Rome chrétienne correspondait à la huitième de Rome civile, où se trouvait le Bobur Tullianum. Cette basilique était donc située dans le voisinage de Saint- Pierre in carcere. Nous rencontrons une autre mention de la Mamertine au xiie siècle, dans le rituel du chanoine Benedetto, publié par Mabillon *. où il décrit la route que le pape suivait en allant de la basilique vaticane à Saint-Jean de Latran. <( Passant devant Saint-Marc, il monte sous l'arc Manus carneae par le Clivus argentarius, longe le Capitole et descend devant la Mamertine. » Depuis lors, le nom de Mamertine a toujours désigné l'antique prison d'Aiicus Mnrtius. Il est assez difficile d'en trouver la raison.

Il existait à Rome une famille patricienne portant ce nuni. Sous Trajan, un Mamertinus administra la préfecture urbaine. C'est lui qui relégua le pontife saint Clément dans la Chersonèse Tauri(|ue. Lampridius, dans la Vie de Commode, parle d'mi Mamertinus qui. la troisième année du règne de cet empereur, fut consul avec R^fus^ Cette famille donna son nom à un édifice ({ue Ton appelait Bulnetnn Mamertini, à un

' Scipion l'Asinliciuo, piiilant tic Gracclius, s'écrie : Ul in carcere, instar fitris et latroni.i, vir clarissimus concluilatur et in roborc ac Icnebris expire I , deinde ante carcerem nudus projiciatur. (Tit. Liv., lib. XXXVIII.)

'■^ Cf. Cancelliori, Carcere Tulliano.

■' Baronius prcHcnil ;'i tort que Ir Tiitliaiiiim se trouve à Saint-Nicolas in Carcere. Il est A peu près seul de sou avis, .\neieus et iiioilernes s'accordent à le placer au (".apitoie. Cf. Allierlinus, de Mirabilibus urbis 7io»ia.',- Fulvius, dclla Cancre antic. ilclla citta di /Voi/ia; Marliano, Urbis lopographia; Panvinius, Ugonio, Nardini et surtout Cancellieri, Carcere Tulliano.

* Muséum liai., II, p. 143.

■• Lanip. in Coinmodo, c. vit.

lac près la porte Capène et à un établissement pour les jeux '. Quelques réparations importantes au Robur TuUianum lui valuirnl-elles le même honneur?

Nous sommes plus incliné à penser (jue le nom du Mamertine vient par corruption du premier fondateur de la prison, Ancus Martius. Mamers et Mars sont identiques, de même que Mamertinus et Martius. C'est l'explication la plus simple et la plus plausible.

Quoi qu'il en soit, Pierre et Paul, arrêtés par ordre impérial, furent confiés à la garde des geôliers du Robur Tiillianiov. Outre les deux cellules

l'risnn .Mam*'rUiio (élatie mu

superposées qui formaient, à proprement parier, la {)rison romaine, il y avait à l'étage supérieur, au niveau du sol, des cacliots supplémentaires, sorte de déj)ôt où certains prisonniers jouissaient d'une (lemi-lil)erté.

.Vu dire des Actes des saints Processus et Martinianus, l(>s chrétiens, ayant appris l'aiTestatiou des Apôtres, venaient en foule les visiter, leur demander les consolations de la foi et la guérison de leurs inlirmités. Or le trou étroit qui donnait accès à la prison supérieure (ît au Robiir Tullianum ne pouvait suffire à une telle affluence. Nous devons donc conclure de ce pèlerinage de l'Église romaine à la prison de ses pères, qu'ils habitaient, dans les premiers temps de leur arrestation, un lieu accessible à tous, sauf la permission des geôliers. Chose, du reste, qui était coutumière dans le régime pénitentiaire de Rome. Pour n'en citer (pi'im e.xemple en dehors du christianisme. Agrippa I. jeté en piison par Tibère, avait l'autorisation de recevoir ses amis-.

' Nardini, Roma antica, p. 209.

'^ Jos. Ant. jud. XVIll, viir.

LA nAsii.inn; vaticam:

Les lieux (-ijitils. — les enchainés du Christ. — coniint' disait >aiiit l'aiil. ('taiiTit sftiis la haute autorité de Pauhnus, directeur de la inisou. Au-dessous de lui. ijcux sous-chefs, Processus et Martiniauiis, que les Actes de leur martyre qualifioiit de magistriani, avaient la charge de les surveiller. Jamais ils iravaicnt eu entre les mains des criminels de ce genre. Si on le> insultait, ils gardaient le silence; si on les frappait, ils priaient jiuiu' leurs bourreaux; pas une plainte. ))as un regret. Quand les iidèles étaient réunis aulmn' d'eux, un eùl dit (jue les dieux eux-mêmes halnlaienl la [irison. tant la joie rayonnait sur leur

rii-utt .M;iiiiri liiic (t'tat'e siipéricui- ).

visage, tant les paroles de paix, de ((insdlalion. d'espérance, se pressaient sur leurs lèvres. On les entourait, on haisait leui's chaînes, on touchait leurs vêtements, et eux, pleins de tendresse et de |iitii' pour ces Ames qu'ils savaient expost'es à toutes les peisi'-cutions. lein- a|iprenaieut à souflrir avec joie pour Jésus-Christ.

« Parlez-nous du Christ, « disaieid les cNn'tiens, avide- d Vnlendre encoi'c ces récits MierxeiJleux el eini^nhinls i{ui ;i\aienl -l'ilnit leur cieur l']t tour à Inui' l'ieireel r;nil iMi i ml :ueul hi \ ie , les enseigneiueul.-~. la nioil el les liiduiplies (lu SauNcur. I ,es ^e(i|iers l'eoiitaient . ra\ is. Jamais paj'cil langage navail liapiu' jeins oreilles. Peu à peu la pensée de Jésus les envahit; ils se piiicnl ,'i .unier cet inconnu dont on «lisait qu'il avait tant aimé lin-mènie les pelils el les d(''shérités de ce monde.

I>'es]iril de Dieu souillait visiblement dans les cachots de la Nhunertine; les chrétiens se fortiliaient dans la foi, et les païens, captifs et geôliers, se sentaient énuis. Les miiacles des ApAtres acluxéicnt de les

gagner au Christ. Sous leurs yeux stupéfaits d'admiration, Pierre et Paul guérissaient toutes les infirmités. La puissance divine était dans leurs mains '.

Il est probable que les faits merveilleux et la propagande chrétienne dont la Mamertine était le théâtre furent révélés en haut lieu. Ordre fut donné de sévir contre les Apôtres et de les enfermer, avec leurs compagnons et les deux geôliers Processus et Martinianus, dans le Robur TuUianum. Cet ordre équivalait à un arrêt de mort. Tous furent descendus dans l'horrible prison. A l'étage supérieur, Pierre laissa un souvenir de son passage. Durement frappé par un garde, il heurta contre la muraille, où la forme de sa tête s'imprima profondément dans la pierre -. Nous sommes descendu dans le Robur lullianuni; nous avons vu cette cellule étroite, ténébreuse, ruisselante d'humidité, dont les voûtes basses vous écrasent de leurs blocs gigantesques , et ce n'est pas sans émotion que nous nous sommes dit : Ici. sans air, sans lumière, dénués de tous soins, ayant à peine une nourriture suffisante, ont vécu pendant plusieurs mois nos pères dans la foi. les chefs de l'Église, saint Pierre et saint Paul.

Ils étaient enchaînés à une colonne dans un angle de la prison, — elle s'y trouve encore. — Autour d'eux, entassés comme de vils animaux, quarante-sept détenus, hommes et femmes, souffraient les mêmes tortures.

Ce gouffre devint un sanctuaire. Pendant qu'au-dessus de ce sépulcre vivant le paganisme étalait ses splendeurs et glorifiait ses idoles; pendant que Néron parcourait la Grèce, cueillant des lauriers sur tous les théâtres rt montant en trionqjhateur à tous les Capitules, Dieu descendait en silence dans le Robur TuUianum, et y consacrait les pierres fondamentales de l'Église romaine. Rien de grand comme le spectacle de ces agissements divins; nul éclat extérieur : im homme enchaîné, des captifs comme lui, une prison, c'est tout.

« Baptisez-nous, répétaient les geôliers et ienrs quarante-cinq compagnons, nous croyons en Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur du monde. » Il n'y avait point d'eau dans le Robur, pas môme pour rafraîchir les malheureux qui y étaient renfermés. Pierre s'agenouille et prie. A ses pieds, vive et limpide, jaillit une source. Tous s'inclinent, et il les baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ils sont prêts pour le sacrifice.

' Act. SS. Process. et Martiniani , passira.

^ Cette pierre se trouve encore encastrée dans le mur de droite, au-dessus de l'escalier moderne qui conduit au Robur TuUianum.

Au milieu de ses faciles triomphes, Néron n'oubliait pas ses ennemis. Pour être l'ennemi de Néron, il suffisait de garder dans son cœur quelque vestige d'honnùtctf'. Aussi les familles patriciennes, qui sentaient couler dans leurs veines quelques gouttes du sang des vieux Romains, étaient d('ciiiiées. Néron avait laissé à Rome un autre lui-même, son affranchi Hélius, avec ordre de faire disparaître toutes les personnalités gênantes. Le sang coulait chaque jour, et chaque jour un courrier en portait à l'empereur la joyeuse nouvel h. Les captifs de la Mamertine ne pouvaient être oubliés. Un premier groupe fut immolé. Devançant les Apôtres, les quarante-cinq convertis subirent d'horribles supplices. Seuls les anciens geôliers, Processus et Martinianus, furent réserv('s et n'obtinrent la couronne du martyre qu'après les Apôtres. Il semble qu'Hélius voulut réserver à son maître la joie (riiniiidli r bii-même les chefs des chrétiens. Depuis neuf mois Pierre cl l'.nil j)ort;ii(iit les fers. Néron ne se pressait pas. La Grèce asservie l'acclame; tous les titres lui .sont prodigués : .\pollon. Hercule, Sauveur du monde. Génie protecteur de la terre! Pour l'arracher à cet enivrement, il faut qu'Hélius l'épouvante par la crainte d'une conjuration; mais le retour est long. Naples retient dans ses murs l'impérial chanteur, et, las d'attendre, le gouverneur de Rome donne l'ordre de mettre à mort les deux prisonniers de la Mamertine.

Avant (le jtartir pour le lieu du supplice, Pierre et Paul subissent les horreurs de la flagellation, comuic les plus vulgaires criminels; puis tous deux sont conduits à travcM's la ville. \y,ir le i|u;ntier juif, du côté de la porte Trigemina, sans doute pour que cette marche douloureuse serve de legon à ceux qui tenteraient de rester chrétiens. La tradition veut que les saints martyrs ne se soient dit adieu ([ue sur la voie d'Ostie, à l'endroit où s'élève .lujourdhui un petit oratoire qui en consacre le souvenir. Ils se donnèrent le baiser de paix, heureux dans leur • œur île soutlVii' poui' leur Maître bien-aiuK'. et joyeux à l.i [leiisée de le revoir bientôt.

l'.iul (dnliumi s:i roule vers les Eaux-Salviennes. Plautilla, sœui- de Flavius Cleniens. <|ui devin! eousul sous Doinilien. eu 95, et mère île Domitilla ', accourut jioiu' implorer une suprême bénédiction. Llle pleurait. l'.iul lui dein.HHl.i son voile jiour s'en eoiivrir les veux au moment du su]i|iliee. I,e ^r.ind .\|iôire lut di'T.ipité sur une borne nnlliaire. S;i \r[r til liois lionds. et lidis t'oiilaiut's jaillirent aux endroits où lile louclia l;i terre. Luciue '. noble matrone dt' famille

' De Rossi , niillcl. «fclicol., mars ISOr).

" Lucina, d'après M. dp Rossi, ost la m(''mi' personne t|up la ci'lohri' l'oiuponia Cirtrcina ilonl Tacite parle en ces termes : o Pomponia Ora-cina, noble dame marii'e A Plaulius qui avait IrioinpW (le I;i Ilri'Iagno, ayant été a('<Misée de xiiiirrxtiliou l'IraïKji'-rr , fut reiiiise au ju^'ciiicnt de son mari.

sénatoriale, avait une villa à la distance de deux milles environ des Eaux- Sahiennes. Elle rendit les derniers honneurs à son père dans la foi, transporta son corps dans sa villa, et le déposa au lieu où s'est élevée depuis la basilique patriarcale de Saint- Paul hors les Murs.

Ainsi mourut le Docteur des nations, le prédicateur de la croix de Jésus-Christ. Nul ne Ta mieux comprise; nul n'en a révélé avec une science plus sûre les trésors de sagesse, de puissance et de miséricorde; nul n"a pénétré plus avant dans les conseils de Dieu pour y saisir les secrets de sa Providence sur la réprobation des Juifs et la vocation des Gentils; nul n"a eu sur Jésus-Christ, Sauveur du monde, Fils unique de Dieu, des idées plus nettes, des conceptions plus larges, des convictions plus intimes; nul aussi ne la aimé d'un amoiu' plus ardent et plus dévoué. Jésus était tout pour lui. — ses lettres en font foi. — sa vie. sa joie, son linnliiMu-; Cl' n'est [ilus Paul qui vivait, mais Jésus qui vivait en Paul.

Il convenait au premier vicaire de Jésus-Christ d'avoir une passion douloureuse comme celle de son Maître. Revenant sur ses pas, il fut coniluit au cirque de Néron, sur le Vatican, et cloué à une croix', près de robélis(pie central, ffui ornait la spina, entre les douxmeta. Quand Pierre aperçut le ^ibi-t sur leipiel « l'autre devait lui étendre les bras ». la pensée de la ci-oix de sou Sauveur lui lit dcuiauder en gi'âce d'èti'e crucilié la t("'te en bas. Celte touchante attention de l'apôtre a été signalée |iar tous les historiens et les Pères. « Il ne voulut pas être crucifié comme le Seigneur, dit saint ^laxiuie de Turin, pour montrer à tous

qui, selon la coutume, rassembla toute la parenté. Le procès étant jugé, l'ile fut déclarée innocente. Cette dame vécut lonjftemps dans une conlinuelle tristesse; car, depuis la mort de Julia, fille de Drusus, que Messaline fit mourir, elle porta le deuil sur ses habits et sur son visage, pendant ([uatoi-ze ans, sans être inquiétée pour cela du vivant de Claude. i>(.4)r»i., XIII, xxxil.) — La jireuve de .M. de Hossi est péremptoire. .\u cimetière de Luciue , il a trouvé deux inscriptions l'uiiéraires, l'une d'un Pouq>onius Bassus, l'autre d'un Poiiiponius Grœcinus, évideiuiiient ensevelis dans ce cimetière parce qu'il appartenait à leur l'amille. Lucina seiait le nom chrétien de l'omponia Grœcina.

' Saint Pierre dut être cloué à la croix et non lié avec des cordes. Les Romains pratiquaient les deux usages, mais le cruci affujere est le plus commun. C'est l'opinion générale des Pères. On possédait des clous du cruciliemcnt de saint Pierre à Limoges, dans la basili(|ue de Saint- Martial; à Mortaing, dans un monastère de cisterciennes, et nous en avons vénéré un autre à Rome dans la crypte de la basilique des saints .Vpètres. Il est long de vingt centimètres, à quatre faces, un peu recourbé vers la pointe.

Cependant, pour être complet, nous devons dire qu'il y avait autrefois, sur les murs d'une des galeries du ((uadriportique de l'ancienne basilique, une peinture réputée très ancienne, représentant l'ensi^velissement de saint Pierre. Le corps était étendu sur un suaire blanc dont les extrémités étaient soutenues au-dessus du .sarcopliage par deux personnages. Les bras croisés sur la poitrine laissaient voir la main droite posée sur la main gauche, sans aucune trace de blessure faite |)ar un clou. A prcTnière vue, cette absence de blessure à la main peut paraître un argument contre les clous du crucifiement; mais nous pensons que le peintre a omis les stigmates pour éviter une ressemblance avec Notre-Seigneur. Il y aurait facilement une équivoque.

Page 1